Gaza : comment les Israéliens ont systématiquement détruit le cessez-le-feu

12 avril 2026 - À Gaza, les proches de Yahya al-Agha, 48 ans, pleurent sa mort à Khan Yunis, après qu’il a été touché à la tête par les forces israéliennes alors qu’il allait chercher sa fille à l’école. L’armée israélienne a tué au moins 748 habitants de Gaza depuis le soi-disant « cessez-le-feu » d’octobre 2025 - Photo : Doaa Albaz / Activestills

Par Zeteo

Qu’il s’agisse d’avoir massacré plus de 730 Palestiniens, d’avoir restreint l’accès à l’aide humanitaire ou d’avoir poursuivi sa campagne de privation alimentaire, voici comment Israël a fait en sorte que ce soi-disant « cessez-le-feu » n’en soit pas un.

Au cours des six mois qui se sont écoulés depuis la signature d’un prétendu accord de « cessez-le-feu » entre le gouvernement israélien et le Hamas, Israël a violé cet accord plus de 2073 fois, selon des responsables palestiniens.

Au moins 738 Palestiniens ont été massacrés, les enfants continuent de mourir de faim et la crise humanitaire, déjà désastreuse, n’a fait qu’empirer. Gaza n’est pas plus près d’une reconstruction significative qu’elle ne l’était la veille de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Inutile de préciser que l’accord d’octobre 2025 n’était en rien un cessez-le-feu. Au contraire, ses promesses de sécurité, d’« autodétermination » et de liberté pour les civils de Gaza n’étaient qu’un écran de fumée – un moyen de détourner l’attention du monde du génocide perpétré par Israël tandis que celui-ci poursuit ses massacres et ses destructions massives.

Les violations sont innombrables, mais voici sept des façons les plus flagrantes dont Israël a complètement détruit le cessez-le-feu.

1. Les frappes directes

Israël a commencé à attaquer la bande de Gaza presque immédiatement après l’entrée en vigueur du « cessez-le-feu », tuant au moins 104 personnes, dont 46 enfants et 20 femmes, quelques jours seulement après la mise en place de l’accord.

Une frappe a tué 11 membres de la famille Abu Shaaban lorsque Israël a pris pour cible leur véhicule dans le quartier de Zeitoun, à Gaza.

9 avril 2026 – La famille de Mohammed Washa, correspondant d’Al Jazeera Mubasher, a fait ses adieux à leur proche à leur domicile dans le camp de réfugiés d’Al Bureij, dans la bande de Gaza, après qu’il eut été tué lors d’une frappe israélienne par drone contre sa voiture. Depuis le lancement de sa guerre génocidaire contre les Palestiniens de Gaza en octobre 2023, Israël a tué un nombre sans précédent de journalistes dans la bande de Gaza – au moins 262 journalistes selon le Bureau des médias du gouvernement de Gaza. Le 28 mars, Israël a également tué trois journalistes dans le sud du Liban lors de son invasion militaire – Photo : Doaa Albaz / Activestills

À ce jour, Israël continue de frapper violemment Gaza presque quotidiennement. Lundi, des frappes aériennes israéliennes ont tué au moins 10 personnes près d’une école à Gaza, à l’est du camp de réfugiés de Maghazi.

Mercredi, des frappes israéliennes ont visé et tué le journaliste d’Al Jazeera Mohammed Wishah ainsi que trois autres personnes.

2. Le blocage de l’aide humanitaire

L’accord d’octobre 2025 promettait que « l’entrée des biens de distribution et de l’aide dans la bande de Gaza se ferait sans entrave », mais depuis lors, Israël n’a cessé de refuser et de restreindre l’accès de l’aide humanitaire aux civils de Gaza, réduisant de moitié le nombre convenu de camions entrant dans la bande de Gaza à peine quatre jours après l’entrée en vigueur du « cessez-le-feu ».

En décembre dernier, Israël n’avait autorisé en moyenne que 459 camions par jour à entrer à Gaza, mais une analyse d’Oxfam a révélé qu’en moyenne, moins de 100 de ces camions étaient coordonnés par l’ONU.

Pire encore, Israël continuait de restreindre l’entrée de produits tels que le lait maternisé, les fournitures médicales et les matériaux destinés à la construction d’abris plus solides, alors que les Palestiniens devaient faire face aux rigueurs de l’hiver.

Le nombre de camions a encore été réduit de 80 % au cours des deux premières semaines de la guerre américano-israélienne en Iran.

3. Une campagne de famine qui se poursuit

La destruction par Israël du secteur agricole de Gaza a rendu ses habitants entièrement dépendants de l’aide alimentaire. Mais en raison des restrictions imposées par Israël sur l’aide, 77 % de la population de Gaza est confrontée à une insécurité alimentaire de niveau « crise » ou « urgence », selon le baromètre mondial de la faim soutenu par l’ONU.

10 avril 2026 – Une organisation caritative distribue de la nourriture à des Palestiniens déplacés de force à Khan Younis, le 10 avril 2026 – Photo : Abed Rahim Khatib / Anadolu

Israël a, à maintes reprises, donné la priorité à l’entrée des camions commerciaux plutôt qu’à celle des camions transportant de l’aide humanitaire. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), une part importante des produits commerciaux entrant à Gaza comprenait « des articles à forte valeur monétaire, mais à faible valeur nutritionnelle ».

Au moins 70 % des bébés à Gaza naissent avec un poids insuffisant. Au cours des deux derniers mois, les rations alimentaires entrant à Gaza ont chuté de 50 %, laissant plus de 60 000 enfants de moins de 5 ans dans le besoin d’un traitement vital contre une malnutrition aiguë.

4. De nouvelles limites dans l’espace

Au cours de la première phase du cessez-le-feu, les forces israéliennes se sont retirées jusqu’à la soi-disant « ligne jaune », qui était censée constituer une ligne temporaire en attendant le retrait complet de l’armée lors des phases ultérieures du cessez-le-feu.

La ligne jaune a de fait divisé la bande de Gaza en deux (une partie sous contrôle israélien et l’autre sous contrôle palestinien). Cependant, au cours des six derniers mois, Israël a à plusieurs reprises déplacé les barrières jaunes marquant la ligne afin d’empiéter davantage sur la zone contrôlée par les Palestiniens, laissant environ 60 % de la bande de Gaza sous contrôle total d’Israël.

Malgré la clause du cessez-le-feu stipulant : « Nous encouragerons les gens à rester et leur offrirons la possibilité de construire une meilleure Gaza », de nouveaux postes de contrôle et avant-postes militaires ont fait craindre qu’Israël ne considère cette ligne comme une nouvelle clôture. Souvent mal délimitée, cette ligne fixe en réalité la « zone de tir » : toute personne qui s’en approche trop ou la franchit, même involontairement, risque d’être tuée.

Selon Haaretz, plus de 200 Palestiniens ont été tués près de cette ligne.

Promesses mensongères d’une reconstruction

Le prétendu plan de paix en 20 points de Trump promet de « reconstruire et redynamiser » Gaza. Or, c’est tout le contraire qui s’est produit.

Israël a continué à détruire tous les bâtiments qui subsistaient dans la bande de Gaza. Par exemple, le mois dernier, Israël a pris pour cible un immeuble résidentiel de trois étages dans le quartier de Zaytoun, à l’est de la ville de Gaza.

En février, au moins les deux tiers de la population (1,4 million de personnes sur 2,1 millions) vivaient dans des camps de déplacés.

Plus de 90 % des écoles sont toujours détruites ou inutilisables, tandis que la « liste des biens à double usage » d’Israël, qui restreint les articles pouvant, selon lui, servir à fabriquer des armes, rend la reconstruction pratiquement impossible.

Le « Conseil de la paix » de Donald Trump, au nom des plus ridicules, est censé être chargé de la reconstruction d’après-guerre, mais jusqu’à présent, tout ce que nous avons vu, ce sont les rendus de Jared Kushner présentant une vision de Gaza digne de la Maison de rêve de Barbie, avec des biens immobiliers de luxe et du « tourisme côtier ».

On ne sait toujours pas quand la reconstruction commencera, qui la financera et ce qu’elle signifiera pour les Palestiniens qui vivent dans l’enclave.

6. Le point de passage de Rafah

Israël n’a cessé de bloquer l’accès à la bande de Gaza, notamment au point de passage de Rafah, seule voie permettant aux Palestiniens de quitter ou d’entrer dans l’enclave.

21 janvier 2025 – Des Palestiniens déplacés retournent dans leurs quartiers à Rafah, pour découvrir leurs maisons complètement détruites dans un paysage de dévastation apocalyptique, après le retrait des forces coloniales israéliennes suite à l’accord de cessez-le-feu. Les attaques génocidaires d’Israël ont détruit ou endommagé environ 92 % des logements résidentiels dans la bande de Gaza. Selon les forces de défense civile de Gaza, plus de 10 000 corps restent piégés sous les décombres des bâtiments détruits – Photo : Yousef Al-Zanoun / Activestills

Le point de passage de Rafah devait s’ouvrir immédiatement, mais il est resté fermé pendant un peu plus de quatre mois après la signature de l’accord.

Et même lorsqu’il a partiellement rouvert en février, Israël a continué à imposer des restrictions très strictes sur le nombre de personnes autorisées à entrer et à sortir de Gaza.

Israël a déclaré qu’il n’autoriserait que 50 Palestiniens à passer dans chaque sens. En réalité, ce nombre était bien inférieur, et Israël doit toujours accorder une autorisation à toute personne souhaitant quitter ou entrer dans la bande de Gaza.

Bien sûr, le point de passage n’est resté ouvert que 20 jours avant qu’Israël ne le ferme au début de la guerre contre l’Iran. Il a depuis été partiellement rouvert, mais les personnes autorisées à le franchir restent soumises à des restrictions très strictes imposées par Israël.

Le cessez-le-feu devait passer à sa deuxième phase après que le Hamas eut restitué tous les prisonniers vivants et les dépouilles de ceux qui avaient été tués. Les restes du dernier prisonnier ont été restitués fin janvier.

Pourtant, aucun progrès n’a été enregistré concernant une deuxième phase.

Israël exige le désarmement du Hamas comme condition pour passer à la deuxième phase – une exigence que le Hamas a rejetée. Le « Conseil de paix » aurait donné au Hamas jusqu’à la fin de cette semaine pour accepter un plan de désarmement.

Il est toutefois peu probable que le Hamas approuve cette proposition, d’autant plus qu’Israël continue de renier ses obligations au titre de la première phase de l’accord.

Dans le même temps, Israël aurait selon certaines informations, empêché le comité technocratique palestinien, censé prendre le relais de la gouvernance, de pénétrer dans l’enclave.

10 avril 2026 – Zeteo – Traduction : Chronique de Palestine

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