Israël affiche un plaisir jubilatoire dans le meurtre

23 mai 2026 - Des Palestiniens transportent les corps de policiers du Hamas tués lors d'une frappe aérienne israélienne, à l'hôpital al-Shifa, à Gaza. Selon les informations fournies par le ministère de la Santé de Gaza, six Palestiniens ont été assassinés à la suite d'une frappe aérienne israélienne dans le nord-ouest de la bande de Gaza. Les forces israéliennes ont tué au moins 880 Palestiniens dans la bande de Gaza depuis le soi-disant « cessez-le-feu » d'octobre 2025 - Photo : Yousef Zaanoun / Activestills

Par Mark Muhannad Ayyash

Une société de colons récompensée pour sa violence a cessé de feindre de la déplorer.

Les dernières révélations sur les tortures brutales infligées par Israël aux prisonniers palestiniens, qui incluent des viols et des violences sexuelles, ont donné au monde un nouvel aperçu de la réalité effroyable de la vie des Palestiniens sous l’éternelle occupation coloniale israélienne.

Toute personne dotée d’un minimum de décence humaine est horrifiée, révoltée et consternée par les récits qui en ont été faits. La majorité des gens à travers le monde ne peuvent même pas concevoir, et encore moins commettre, les actes de torture répugnants et horribles relatés par les victimes palestiniennes.

La dure réalité est que ce n’est pas la première fois que nous entendons parler de violences sexuelles, de viols et d’autres formes terrifiantes de torture psychologique et physique dans les prisons israéliennes. Des chercheurs et des organisations de la société civile documentent ces atrocités depuis des décennies.

Avant octobre 2023, des chercheurs avaient déjà montré comment les conditions de détention des Palestiniens dans les prisons israéliennes s’étaient détériorées depuis les années 2010. Au cours des deux dernières années et demie, ces conditions déjà horribles se sont considérablement aggravées.

Au cours de cette période, nous avons également assisté à l’émergence d’un autre aspect troublant de la violence israélienne, non seulement à l’intérieur des chambres de torture, mais aussi au-dehors, à savoir les démonstrations de joie qui accompagnent ces violences.

À la lecture des témoignages de détenus et de prisonniers palestiniens, il apparaît clairement que non seulement les gardes israéliens commettent régulièrement des actes de torture, mais qu’en plus ils les commettent en riant. Témoignage après témoignage, les victimes parlent des rires des gardes.

2 janvier 2025 – Un enfant pleure le corps de son frère, Ahmed Hossam Zeidan Naim, au complexe médical Nasser, après qu’il a été tué par les forces israéliennes dans le sud de Khan Yunis, dans la bande de Gaza, malgré le « cessez-le-feu », le 2 janvier 2026. Cela se produit alors que la population de la bande de Gaza endure de dures conditions humanitaires, et au moment où le monde célèbre la nouvelle année, laissant Gaza seule à payer le prix du silence international – Photo : Doaa Albaz / Activestills

Cela soulève une question souvent ignorée : qui trouve dans de tels actes de torture une source de plaisir et de joie ? Dans quelles conditions le rire en vient-il à être considéré comme une réaction appropriée et un accompagnement de la torture ?

La gravité de ces questions devient encore plus terrifiante et effrayante quand on sait que cette manie de s’amuser des horreurs gratuites et infinies qu’ils font subir aux Palestiniens n’a rien d’une nouveauté.

Au cours des deux dernières années et demie d’un génocide en cours, nous avons vu des dizaines de soldats israéliens non seulement se filmer en train de commettre des actes génocidaires, tels que la destruction gratuite de maisons et de quartiers entiers, le massacre de civils, y compris d’enfants, le vol des biens de civils qu’ils viennent de tuer ou d’expulser de force, le mutilation de Palestiniens innocents, etc., mais aussi manifester une joie évidente en le faisant.

L’unité d’investigation d’Al Jazeera a créé une base de données présentant certaines de ces vidéos. Dans un exemple, un soldat franco-israélien désigne un détenu et se vante : « Regarde, il s’est pissé dessus. Regarde, je vais te montrer son dos. Tu vas rire. Regardez, ils l’ont torturé pour le faire parler. Vous avez vu son dos ? Fils de pute ! »

Pourquoi ce soldat est-il convaincu que ceux qui regardent la vidéo « vont rire » ? Nous arrivons ici à une réalité effrayante qu’il faut nommer : la jubilation des tueurs de sang-froid, des tortionnaires et des massacreurs de Palestiniens est encouragée par la société israélienne. Leurs vidéos suscitent, dans l’ensemble, une réaction positive au sein de leur propre société.

Les grands médias israéliens sont également saturés de célébrations du génocide et d’appels à son intensification. Pourquoi en est-il ainsi et qu’est-ce que cela nous révèle sur la société israélienne ?

Depuis des décennies, la propagande israélienne promeut l’idée que les Israéliens considèrent le meurtre, la torture et le déplacement forcé des Palestiniens comme tragiques mais nécessaires. Ce sentiment a été illustré par la célèbre citation attribuée à la Première ministre israélienne Golda Meir : « Nous pouvons pardonner aux Arabes d’avoir tué nos fils. Mais nous ne pourrons jamais leur pardonner de nous avoir forcés à tuer leurs fils. »

Depuis lors, une version ou une autre de cette façon de penser est devenue un outil de propagande israélien si important qu’une expression est apparue pour la décrire : « tirer puis pleurer ».

Depuis la deuxième Intifada, et surtout après le début du siège barbare de Gaza en 2007, le « tirer puis pleurer » a disparu peu à peu du courant dominant de la société israélienne.

Le discours public israélien, qui a toujours marginalisé et gommé les conséquences de sa violence sur les Palestiniens, a de plus en plus cessé de mettre l’accent sur les conséquences psychologiques de cette violence sur ses propres soldats.

Désormais, en Israël, on célèbre la façon dont les soldats sont devenus d’efficaces tueurs et massacreurs de Palestiniens.

Anticipant que le siège entraînerait davantage de meurtres de Palestiniens, l’un des principaux soutiens universitaires, sinon l’architecte, du siège de Gaza, le démographe Arnon Soffer, a déclaré avec délectation en 2004 : « La pression à la frontière sera terrible. Ce sera une guerre terrible. Donc, si nous voulons rester en vie, nous devrons tuer, tuer et tuer encore. Toute la journée, tous les jours. »

Bien que Soffer ait ajouté à l’époque que « la seule chose qui me préoccupe, c’est de trouver le moyen de s’assurer que les garçons et les hommes qui vont devoir tuer pourront rentrer chez eux auprès de leurs familles et se comporter comme des êtres humains normaux », les dés étaient jetés.

La société israélienne s’est de moins en moins souciée du prix à payer pour cette violence débridée et a mis de plus en plus l’accent sur le massacre des Palestiniens. Les meurtres et le décompte des corps sont devenus si importants pour la société israélienne que les massacres en sont venus à être accueillis avec joie.

Aujourd’hui, le simulacre de pleurer tout en tirant a complètement disparu, et on assiste au spectacle d’Israéliens qui jubilent tout en tirant.

Cette violence hilare n’a rien à voir avec la nationalité ou l’identité israélienne elle-même, ni rien non plus avec l’identité, la culture ou la religion juives, c’est plutôt le résultat prévisible d’un État et d’une société profondément marqués par la violence coloniale de peuplement et une vision du monde raciste.

Le colonialisme de peuplement est un système et une structure de violence qui fait ressortir le pire chez les gens et les pousse à adopter des idées et des comportements extrémistes. Pourquoi ?

Pour que le colonialisme de peuplement fonctionne, l’État et la société colonisateurs doivent posséder deux singularités essentielles :

La première est la déshumanisation totale des habitants autochtones du territoire que le projet colonialiste cherche à éliminer physiquement, politiquement et culturellement.

Ce type de déshumanisation supprime toute inhibition morale à commettre toutes sortes de violences contre les colonisés.

Dans le même temps, elle confère au colon un sentiment de supériorité absolue à un point tel qu’elle produit l’effet inverse de la déshumanisation : elle conduit à la sur-humanisation du colon.

Tout comme le Palestinien déshumanisé devient un simple objet indésirable, tel des déchets dont on peut se débarrasser sans aucune inhibition morale, l’Israélien sur-humanisé devient presque un être divin qui n’est soumis ni aux lois humaines, ni aux interdits moraux, ni même à la décence humaine élémentaire.

La deuxième est la récompense de la violence.

Puisque chaque acte de violence perpétré par les colons et chaque saisie de nouvelles terres n’a aucune conséquence négative sérieuse, ils en viennent à associer la violence aux récompenses.

La violence n’est plus considérée comme un mal nécessaire ou une nécessité tragique, mais plutôt comme un moyen d’obtenir des récompenses, de la reconnaissance, du soutien et de la popularité.

Depuis le 7 octobre, les prisonniers palestiniens sont soumis à une politique d’abus systématique, à commencer par l’agression dont ils font l’objet lors des opérations d’arrestation, au cours desquelles les soldats de l’occupation les battent brutalement devant leurs familles. Ils sont ensuite transférés dans des centres de détention où la torture est devenue la règle, et les visites d’avocats et de représentants de la Croix-Rouge internationale leur sont interdites – Photo : via PNN

C’est pour cela qu’ils sont si heureux de se livrer à des violences. Les violences sont considérées comme quelque chose qui valorise et gratifie la société israélienne dans son ensemble, et elles engendrent donc une réaction de joie.

Une société qui célèbre avec tant de joie le recours aux formes de violence les plus atroces de tous les temps n’a pas la capacité de se réformer de l’intérieur. C’est une société incapable de se guérir elle-même et de devenir un membre normal de la région. La seule solution consiste à lui retirer les récompenses que sa violence lui procure.

Aujourd’hui, Israël continue de récolter les fruits de sa conquête coloniale de la Palestine, ainsi que de certaines parties de la Syrie et du Liban.

Ces récompenses se traduisent par une augmentation des ventes d’armes, des relations économiques croissantes avec des régions puissantes telles que l’Union européenne, et un soutien politique continu à Israël de la part des principales institutions politiques, sociales et culturelles occidentales.

Cela doit changer. Loin d’être récompensé, Israël doit être sévèrement puni pour sa violence coloniale, ce qui signifie, au minimum, l’isolement économique total et complet de l’État israélien.

Ce n’est que lorsque les Israéliens seront matériellement isolés du monde qu’ils sentiront le besoin de s’engager sur une nouvelle voie, où ils en viendront à accepter la norme morale selon laquelle la violence génocidaire ne doit pas être célébrée dans la joie, mais doit au contraire être considérée comme taboue.

Si le monde n’agit pas pour contraindre l’État et la société israéliens à respecter les principes moraux les plus élémentaires, alors toute la honte qui pèse à juste titre sur la société israélienne retombera également sur les nations du monde qui tolèrent ou légitiment la violence hilare d’Israël.

26 mai 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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