Illustration : Batoul Chamas / Al Mayadeen
Par Al-Mayadeen
La Journée de la Résistance et de la Libération marque la fin de 22 ans d’occupation israélienne dans le Sud-Liban, le 25 mai 2000 ; une journée qui reste gravée dans les mémoires pour les sacrifices consentis, la résistance, le deuil et le moment où tout un peuple a enfin pu respirer à nouveau librement.
Il y a des jours dans l’histoire dont on se souvient, et il y a des jours dont les répercussions se font sentir à jamais. Le 25 mai 2000 n’a pas seulement marqué la libération du Sud-Liban. Ce fut le moment où tout un peuple a pris conscience que la souffrance n’était pas éternelle, que l’occupation israélienne pouvait être mise à mal.
Plus qu’une simple date historique
Le 25 mai 2000 a marqué le jour où l’occupation israélienne, qui avait débuté avec l’invasion du Sud-Liban en 1978 avant de s’étendre davantage lors de l’invasion de 1982, a finalement été contrainte de se retirer de la majeure partie du territoire qu’elle occupait depuis plus de deux décennies.
Pendant 22 ans, les habitants du Sud n’ont pas mené une vie normale. Ils vivaient sous le joug de l’occupation israélienne, sous la présence constante des chars israéliens, des postes de contrôle, des raids, des interrogatoires, des prisons, des bombardements, des collaborateurs et de la peur qui les poursuivait jusque dans leurs foyers, leur sommeil et même leurs prières.
Des générations entières ont grandi en mémorisant le bruit des drones et des bombardements avant même d’avoir compris ce qu’était le sentiment de sécurité.
Les mères ont appris à dormir d’un sommeil léger, car chaque coup frappé à la porte recelait des possibilités trop terrifiantes pour être exprimées à voix haute. Le bruit des véhicules militaires de l’occupation israélienne la nuit pouvait signifier que quelqu’un était sur le point de disparaître, d’être arrêté ou de devenir un martyr.
Les pères ont ravalé leur humiliation en silence, jour après jour ; l’humiliation d’être fouillé sur sa propre terre, interrogé sur ses propres routes, surveillé dans sa propre ville comme s’il n’y avait pas sa place, comme s’il était un intrus dans son propre pays.
Peut-être que le plus cruel dans l’occupation israélienne n’était pas seulement la violence en soi. C’était la façon dont elle tentait de convaincre les gens que cette réalité durerait éternellement, que le Liban était trop faible pour résister, trop brisé pour riposter, trop petit pour se reprendre en main.
Comment la Résistance est née au Liban
Alors que l’occupation israélienne tentait de banaliser la peur, la Résistance faisait tout le contraire. Elle enseignait au peuple que l’occupation n’était pas une fatalité, que peu importe à quel point une armée pouvait paraître « puissante », la terre appartiendrait toujours à son peuple, et que ceux qui refusaient de se rendre ne pouvaient être effacés.
La Résistance n’est pas née dans le confort. Elle est née dans les funérailles, dans les maisons détruites, dans les massacres, chez des parents enterrant leurs enfants tout en refusant d’abandonner leurs villages.
Elle est née de personnes qui ont compris que la dignité sans liberté est incomplète, et que la survie seule ne suffit jamais.
Pendant des années, les combattants de la Résistance ont porté le Sud-Liban sur leurs épaules. Des jeunes hommes ont laissé derrière eux leurs familles, leur avenir et leur vie ordinaire, non pas parce qu’ils aimaient la guerre, mais parce que l’humiliation nous est insupportable.
Ils voulaient que leur peuple vive sans occupation, qu’il respire librement.
Et peu à peu, au fil des années de sacrifices, d’embuscades, d’opérations, d’emprisonnement, de torture et de sang, l’image de l’armée d’occupation israélienne « invincible » a commencé à se fissurer jusqu’à ce que le 25 mai 2000 arrive enfin.
Le jour où le Sud-Liban s’est remis à respirer
Les gens n’ont pas attendu les annonces officielles pour comprendre ce qui se passait. Ils ont collectivement senti la libération envahir leur pays. Ils l’ont vue de leurs propres yeux et l’ont ressentie dans leurs os.
Ils ont vu les soldats israéliens d’occupation prendre la fuite, les positions militaires abandonnées, et les portes de la prison du tristement célèbre centre de détention de Khiam s’ouvrir en grand, permettant à toute une population de se libérer.
Soudain, après des décennies d’étouffement, le Sud a repris son souffle, accueillant les gens qu’il attendait depuis si longtemps, tout comme ceux-ci avaient attendu des années et des années pour y revenir.
C’est peut-être le mot qui se rapproche le plus de la libération : respirer, car l’occupation israélienne avait surveillé et hanté chaque souffle des gens pendant 22 ans.
Elle vivait en chaque mère attendant que son fils ou son mari rentre sain et sauf, en chaque père qui faisait de son mieux pour ne pas s’effondrer devant sa famille, en chaque enfant qui avait appris la peur trop tôt, et en chaque famille qui se précipitait à la fenêtre chaque fois qu’une explosion résonnait à proximité.
La libération, c’était des mères s’effondrant en larmes parce qu’elles n’avaient plus à imaginer la mort de leurs enfants chaque jour. C’était des pères pleurant en silence après avoir passé des années à se convaincre qu’ils ne pouvaient pas se permettre d’être émotionnellement faibles. C’était des personnes âgées touchant le sol des villages qu’elles avaient cru ne jamais voir libérés de leur vivant.
Les gens embrassaient le sol, non pas symboliquement, mais littéralement, car cette terre était devenue bien plus qu’un simple sol. Elle était devenue la dignité même.
Le 25 mai, c’était le bruit des gens qui criaient, pleuraient, riaient, priaient et poussaient des youyous tous en même temps. Les émotions étaient trop fortes pour que le corps humain puisse les contenir correctement.
Comment expliquer le sentiment de retourner dans une maison volée et occupée pendant 22 ans ? Comment expliquer le fait de voir vos routes, autrefois encombrées par l’occupation, s’ouvrir soudain devant vous, envahies par des dizaines de milliers de personnes se précipitant chez elles ? Comment expliquer le moment où la peur quitte votre poitrine après avoir vécu avec elle pendant des décennies ?
Certains sont retournés dans des maisons détruites par les bombardements israéliens. Les murs étaient en ruines. Les photos étaient couvertes de poussière. Les quartiers étaient méconnaissables. Pourtant, même les ruines semblaient différentes ce jour-là, car les gens en étaient malgré tout pleins de gratitude.
Une libération écrite dans le sang
Derrière chaque célébration se cachait aussi le deuil. La libération du Liban s’est écrite avec le sang de ceux qui n’ont pas vécu assez longtemps pour en être témoins.
Des combattants ont trouvé la mort, persuadés que ce jour viendrait. Les prisonniers ont été torturés dans des centres de détention israéliens illégaux, y croyant eux aussi.
Le 25 mai a à la fois fait mal et guéri. Il a donné un sens à l’endurance et a montré au peuple que toutes ces années de peur, de funérailles, de résistance, de sacrifice, d’attente et de perte n’étaient pas vaines.
C’est peut-être pour cela que la Journée de la Résistance et de la Libération est sacrée au Liban jusqu’à ce jour, car le 25 mai 2000, les habitants du Sud-Liban ne célébraient pas simplement le retrait des forces d’occupation israéliennes. Ils célébraient la dignité, et le moment où l’occupant israélien a enfin compris qu’un peuple qui refuse de se rendre ne peut jamais être véritablement vaincu.
Auteur : Al-Mayadeen
* Al-Mayadeen Media Network, une chaîne arabe indépendante d'information par satellite, a été lancée le 11 juin 2012, et est basée dans la capitale libanaise, Beyrouth. Elle est aujourd'hui la première chaîne d'information dans plus d'un pays arabe en raison de son professionnalisme et de son engagement, ce qui en a fait un espace public de rencontre et d'interaction sociale.La chaîne Al-Mayadeen a pour slogan « la réalité telle qu'elle est », et est engagée à transmettre des faits et des opinions dans un monde en crise. Son compte Twitter.
26 mai 2026 – Al-Mayadeen – Traduction : Chronique de Palestine

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