15 juin 2026 - À l'hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza, un proche palestinien transporte le corps de Mousa Al-Habil, tué aux côtés de son père, Mohammed Al-Habil, lors d'une frappe israélienne qui a touché leur domicile dans le quartier d'Abu Iskandar, au nord de la ville. Mohammed Al-Habil, infirmier, a été tué aux côtés de son fils alors qu'ils allaient chercher de l'eau sur le toit de leur maison. Les attaques israéliennes dans la bande de Gaza ont fait près de 1000 morts parmi les Palestiniens depuis le soi-disant « cessez-le-feu » d’octobre 2025. - Photo : Yousef Zaanoun / Activestills
Par Diana Buttu
Pour Israël, le mot « cessez-le-feu » signifie simplement poursuivre son génocide – continuer à tuer, affamer et torturer les Palestiniens –, mais à un rythme plus lent.
73 000. C’est le nombre de Palestiniens (recensés) qu’Israël a tués à Gaza depuis le début du génocide.
1000. C’est le nombre de Palestiniens qu’Israël a tués depuis l’entrée en vigueur du soi-disant « cessez-le-feu », il y a huit mois.
J’ai toujours détesté l’utilisation du terme « cessez-le-feu » lorsqu’il s’agit de la Palestine. Le dictionnaire Cambridge English définit ce terme comme « un accord, généralement conclu entre deux armées, visant à mettre fin aux combats afin de permettre des discussions sur la paix ».
Pour être clair, les Palestiniens n’ont pas d’armée ; nous ne « combattons » pas (c’est Israël qui commet un génocide), et bien sûr, il n’y a pas de « discussions sur la paix » (ni aucune perspective de paix, étant donné qu’Israël continue de voler des terres).
Et avant que quiconque ne déforme mes propos, je tiens à être clair : ce sont les Palestiniens qui se sont le plus réjouis de voir cesser les massacres perpétrés par Israël lorsque le soi-disant « cessez-le-feu » a été annoncé en octobre 2025.
D’octobre 2023 à octobre 2025 – au plus fort du génocide mené par Israël contre Gaza –, Israël tuait en moyenne plus de 100 Palestiniens par jour. Les forces israéliennes bombardaient avec jubilation presque tous les 36 hôpitaux de Gaza, ainsi que plus de 200 écoles et universités (nous avons vu les vidéos sur TikTok).
Les soldats israéliens considéraient les enfants, les journalistes et le personnel médical comme des cibles légitimes.
Israël et ses soutiens américains prenaient un malin plaisir à voir les Palestiniens se précipiter pour trouver de la nourriture, pour que les soldats israéliens les abattent ou les bombardent.
Alors pourquoi est-ce que je déteste le terme « cessez-le-feu » ? Parce que « cessez-le-feu » ne signifie pas la fin du génocide – du moins pas pour Israël.
Examinons donc ce que cela signifie pour Israël.
Avant tout, pour les Israéliens, un cessez-le-feu signifie continuer à tuer des enfants, des hommes et des femmes palestiniens, continuer à bombarder des tentes, continuer à frapper des personnes qui cherchent à se procurer de la nourriture et de l’eau.
C’est pourquoi Israël a tué plus de 1 000 Palestiniens, dont 200 enfants, et en a blessé des milliers d’autres depuis octobre 2025.
Outre les plus de 73 000 morts recensées depuis octobre 2023 (chiffre qui n’inclut pas les décès dus à des complications médicales ou à l’absence de soins), Israël a blessé 172 000 autres personnes, dont plus de 43 000 souffrent de blessures qui bouleverseront leur vie.
Au cours d’un seul week-end de ce mois-ci, Israël a tué huit enfants à Gaza et en a blessé d’autres alors qu’ils jouaient au football sur une plage.
La semaine suivante, des bombes israéliennes ont tué un ambulancier, Mohammed Al-Habeel, et son fils de 5 ans, Mousa, alors qu’ils remplissaient des bidons d’eau. Dans une vidéo déchirante, on voit Zeina, la fille de Mohammed, supplier son père décédé, l’implorant de « se lever ».
2. Voler encore plus de terres
Deuxièmement, le cessez-le-feu a pour but de s’emparer de davantage de terres.
Malgré la « phase 2 » promise du cessez-le-feu, au cours de laquelle Israël était censé se retirer de la quasi-totalité de Gaza, nous avons au contraire vu Israël s’emparer de nouvelles terres, Netanyahu admettant qu’Israël a pris 60 % de Gaza et promettant d’en prendre encore davantage.
Cela signifie que l’ensemble de la population de Gaza, soit environ 2 millions de personnes, est entassée sur de simples lambeaux de terre. En d’autres termes, cela représente trois fois la population de Washington, DC, contrainte de rester dans une zone plus petite que Washington, DC elle-même.
Et si les Palestiniens franchissent la soi-disant « ligne jaune » – une ligne qui est censée délimiter le début des zones contrôlées par Israël mais qui n’est souvent pas marquée –, ils risquent d’être tués.
3. Affamer et refuser l’aide
Troisièmement, pour Israël, le cessez-le-feu signifie continuer à affamer les enfants, refuser toute assistance médicale et maintenir les Palestiniens enfermés dans une prison à ciel ouvert, où ils croupissent dans des tentes sans eau courante ni électricité.
La phase 2 du soit-disant cessez-le-feu devait notamment être marquée par la reconstruction, le déblaiement des décombres et la remise en état des infrastructures (eau, électricité, assainissement).
Israël est censé autoriser l’entrée à Gaza d’au moins 600 camions d’aide humanitaire par jour « sans entrave » (bien sûr, personne ne se demande pourquoi c’est à Israël, le pays qui commet un génocide, qu’il revient de déterminer quelle quantité d’aide parvient à Gaza).
La phase 2 prévoyait également l’ouverture du point de passage de Rafah. Mais, bien sûr, Israël n’a pratiquement rien fait de tout cela.

13 juin 2026 – Des Palestiniens font la queue pour recevoir des repas chauds dans le quartier d’Al-Mawasi, à l’ouest de Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, alors que les températures sont élevées et que les conditions de vie se détériorent en raison de la situation humanitaire désastreuse. Les habitants expriment une crainte grandissante face à l’aggravation de la crise de sécurité alimentaire et au risque d’un retour de la famine, compte tenu des restrictions imposées à l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza et de l’insuffisance des approvisionnements disponibles pour répondre aux besoins croissants de la population. Près de 90 % de la population de la bande de Gaza reste déplacée et les infrastructures essentielles ont été presque entièrement détruites. L’acheminement de l’aide vers Gaza continue d’être restreint, en particulier depuis les récentes mesures prises par Israël qui ont contraint la plupart des grandes organisations humanitaires internationales à suspendre leurs opérations. – Photo : Doa Albaz / Activestills
En raison des bouclages et des restrictions imposés par Israël sur les voies d’approvisionnement vitales pour les marchandises et les fournitures, les Palestiniens continuent de souffrir de la faim.
Les enfants souffrent ou risquent la malnutrition en raison d’un manque de fruits, de légumes et de protéines.
Les Palestiniens manquent toujours d’eau potable, d’assainissement et de soins de santé. La situation n’a fait qu’empirer, les rongeurs ont envahi Gaza, et des enfants sont mordus par des rats et autres rongeurs.
Et bien que certains aient pu quitter Gaza pour recevoir des soins médicaux, à la fin du mois dernier, plus de 18 500 Palestiniens avaient encore besoin d’une évacuation médicale, car il leur est impossible d’être soignés à Gaza ; d’autant plus qu’Israël bloque l’entrée du matériel et des fournitures médicales.
L’ouverture totale du poste-frontière de Rafah est une question de vie ou de mort, et Israël le sait.
4. Emprisonner et torturer
Quatrièmement, pour Israël, le cessez-le-feu signifie continuer à enlever, emprisonner, violer et torturer des Palestiniens.
Cela inclut la détention sans inculpation de médecins de Gaza, tels que Hussam Abu Safiya (et 13 autres), avec l’aval d’un tribunal israélien.
En bref, en Israël, « cessez-le-feu » signifie poursuivre le génocide, à un rythme plus lent. Nous savions que cela arriverait, car nous savons qu’Israël ne sera jamais satisfait tant que sa phase 2 n’aura pas été mise en œuvre : l’éradication totale de tous les Palestiniens.
Quant aux médias grand public, « cessez-le-feu » signifie « il n’y a rien à voir ici – il est temps de passer à un autre sujet ». Lorsqu’ils couvrent les massacres perpétrés par Israël, ils utilisent des termes tels que « cessez-le-feu fragile » ou « cessez-le-feu imparfait » ou, dans le meilleur des cas, « violation du cessez-le-feu ».
Bien sûr, pourquoi se donner la peine d’expliquer la vie à Gaza – il y aura des « discussions sur la paix » ! Gardez à l’esprit que les journalistes étrangers n’ont toujours pas obtenu l’autorisation d’accéder librement à Gaza.
Or, alors que le soi-disant accord de cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis mentionne la fin des opérations militaires au Liban et la « garantie de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du Liban », nous savons déjà quelle sera l’interprétation qu’Israël fera du « cessez-le-feu » dans ce contexte : tuer davantage de Libanais, s’emparer de nouvelles terres et continuer à détruire le Liban tout en exigeant le « calme » de la part du Liban.
Et l’interprétation des médias sera la suivante : « Maintenant, nous sommes passés à autre chose, tout comme nous sommes passés à autre chose après Gaza, car désormais, la paix règne. »
Auteur : Diana Buttu
* Diana Buttu est avocate et analyste palestinienne. Conseillère politique de Al-Shabaka, Diana Buttu est une avocate qui a été conseillère juridique de l’équipe de négociateurs palestiniens et membre de l’équipe qui a participé aux poursuites contre le Mur devant la Cour internationale de Justice. Elle intervient fréquemment sur la Palestine sur des chaînes de télévision internationales comme CNN et la BBC. Elle est également une analyste politique d’Al Jazeera International et elle contribue régulièrement à The Middle East magazine et à Zeteo. Diana Buttu conserve une activité juridique en Palestine, principalement en droit international appliqué aux droits de l’homme.Elle a écrit « Gaza : The Story of a Genocide », un recueil d'essais qu'elle a coédité, et ses mémoires, « The Hour of the Wolf ».
18 juin 2026 – Substack – Traduction : Chronique de Palestine

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