20 juin 2026 - Des lycéens palestiniens passent la première épreuve du baccalauréat (Tawjihi) à l'école Al-Hussein Bin Ali, dans la ville d'Hébron (Al-Khalil), en Cisjordanie. Environ 91 000 élèves de Cisjordanie, de la bande de Gaza, de Jérusalem et de sa banlieue, ainsi que de la diaspora, passent ces épreuves cette année - Photo : Mosab Shawer/Activestills
Par Tareq S. Hajjaj
Malgré les déplacements, la faim et la perte de leurs foyers, les étudiants de Gaza ont passé leurs examens nationaux du lycée et se sont tout de même classés parmi les meilleurs.
La semaine dernière, les rues de Gaza ont résonné de festivités, un spectacle inhabituel au milieu du génocide en cours.
Les familles se sont réunies, des friandises ont été distribuées et des coups de feu de joie ont retenti, tandis que des félicitations étaient adressées aux jeunes dans toute la bande de Gaza.
Il s’agit d’une tradition sociale de longue date à Gaza : avant la guerre, les familles célébraient cette occasion par des banquets, de grands rassemblements et des feux d’artifice qui illuminaient le ciel du petit matin jusqu’à tard dans la nuit. Pour certaines familles, les festivités se prolongeaient jusqu’au lendemain.
Cette année, au milieu des tentes et des camps de déplacés, les célébrations ont pris un aspect différent, mais elles ont tout de même eu lieu.
Ces célébrations ont marqué l’annonce des résultats de l’examen du baccalauréat palestinien, connu sous le nom de « Tawjihi », qui a eu lieu le vendredi 24 juin. C’était la première fois depuis 2023, après le début du génocide, que les élèves de Gaza passaient ces examens en même temps que leurs camarades de Cisjordanie occupée et de Jérusalem.
Selon le ministère palestinien de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, les examens de cette année ont enregistré le taux de réussite le plus élevé de ces trois dernières années, atteignant 74 %.
Amjad Barham, ministre de l’Éducation, a annoncé que 36 900 élèves de la bande de Gaza avaient passé les examens cette année, précisant que plus de 1100 élèves qui devaient se présenter aux épreuves avaient été tués pendant la guerre.
Tous les examens se sont déroulés par voie électronique, car la quasi-totalité des établissements scolaires où ils avaient lieu avant la guerre ont depuis été rasés, tout comme plus de 80 % des bâtiments détruits ou endommagés dans toute la bande de Gaza.
Se réunissant dans des cafés et des lieux publics disposant d’un accès à Internet, les élèves du Tawjihi ont passé leurs examens sur leurs téléphones, ordinateurs portables et tablettes, ce qui constitue en soi un exploit compte tenu de la rareté des bornes de recharge solaires à Gaza.
Classé deuxième au niveau national, Ayham Faris, un élève originaire de Khan Younis, a célébré son succès dans la modeste tente où il avait passé l’année scolaire. Ayant obtenu une note de 99,7 % dans la filière scientifique, il a dédié sa réussite à la mémoire des martyrs palestiniens et aux prisonniers palestiniens.
« Ce succès n’a pas été facile à obtenir », a déclaré Faris à Mondoweiss. « Il est venu après d’immenses souffrances, notamment notre déplacement, la destruction de notre maison à Khan Younis et la vie dans une tente qui n’était pas adaptée non seulement pour étudier, mais même pour vivre. Nous avons également enduré la famine cette année-là. Nous nous endormions le ventre vide et nous nous réveillions le ventre vide. Mais rien n’a pu nous empêcher d’exceller et de réaliser nos rêves. »
Faris explique qu’au début de l’année scolaire, sa famille était encore confrontée à des déplacements répétés.
« J’avais perdu toute motivation au début de l’année », a-t-il déclaré. « Je n’avais tout simplement plus l’énergie nécessaire pour étudier, surtout en vivant sous une tente. Je n’avais ni bureau, ni éclairage, ni aucun des éléments indispensables à l’éducation. »
Au bout d’un certain temps, il s’est rendu compte que la situation n’était pas prête de s’améliorer. « Alors, quand j’ai compris que cette réalité pourrait durer indéfiniment, j’ai commencé à me ressaisir », a-t-il déclaré. « J’ai aménagé un coin pour étudier à même le sol. J’ai étendu un tapis, apporté une petite table, et je me suis mis à étudier. »
Lorsque Faris s’est rendu compte que la crise ne faisait que s’aggraver, il a poursuivi ses études, d’abord dans un centre d’enseignement, puis dans une école partiellement détruite par les bombardements mais restée en partie intacte. Celle-ci proposait des cours spécialement destinés aux élèves préparant le Tawjihi.
« J’ai travaillé dur et je suis resté patient », a-t-il déclaré. « Les épreuves ne m’ont pas brisé. Je voulais apporter de la joie à mes parents, qui m’ont soutenu financièrement, émotionnellement et psychologiquement tout au long de cette année. Je voulais récompenser tous leurs sacrifices par une réussite à la hauteur de leurs attentes. »
Pour Faris, ces circonstances lui ont été imposées, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il devait s’y résigner. « À Gaza, nous sommes un peuple résilient », a-t-il expliqué. « Et je veux devenir médecin pour servir mon peuple. »
Pour les élèves du Tawjihi, la moyenne obtenue détermine les filières universitaires auxquelles ils peuvent prétendre. Les filières très sélectives telles que la médecine, l’ingénierie et la pharmacie exigent souvent des notes bien supérieures à 90 %, tandis qu’une moyenne de 80 % peut être rédhibitoire dans de nombreuses autres filières.
Faris rêve de devenir médecin depuis son enfance et, heureusement, ses résultats finaux lui permettent de poursuivre ce rêve. Il explique qu’il souhaite se tenir aux côtés des siens et contribuer à panser les blessures dont ils souffrent depuis la guerre, en particulier depuis que celle-ci a dévasté le système de santé de Gaza et entraîné la mort et la détention de dizaines de médecins palestiniens. Il affirme vouloir poursuivre la mission qu’ils n’ont pas pu mener à bien.
Ahmad Faris, le père d’Ayham, explique que son fils a toujours excellé sur le plan scolaire depuis ses toutes premières années d’école et que cette réussite n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’années d’efforts assidus.
Il se souvient qu’Ayham avait d’abord perdu tout intérêt pour les études après la destruction de leur maison et le déplacement de la famille dans le quartier d’al-Mawasi, à Khan Younis. En tant que père, cependant, Ahmad dit qu’il était déterminé à aider son fils à surmonter sa douleur tout en dissimulant la sienne. Il l’a soutenu et l’a convaincu d’affronter l’incertitude de l’avenir, convaincu que l’éducation restait la clé pour surmonter leur situation actuelle.
« On ne peut pas mettre un prix sur des moments comme ceux-là », a-t-il déclaré à Mondoweiss. « Les plus grandes réussites naissent de circonstances difficiles. J’espère que chaque père aura l’occasion de vivre ces moments précieux avec ses enfants. Ces moments remplissent les parents de fierté face aux valeurs et à la persévérance qu’ils ont su leur inculquer. »
Étudier à la lumière d’un téléphone
Ailleurs à Gaza, une autre élève ayant obtenu l’un des meilleurs résultats a fait preuve d’une persévérance similaire, même si son parcours a été différent.
Jana Jadou, qui s’est classée troisième dans la bande de Gaza avec une moyenne de 99,6 %, a du mal à retenir ses larmes de joie. Bien qu’elle ait dû faire face aux mêmes conditions difficiles que tous les élèves de Gaza, elle a obtenu un résultat dont elle peut être fière, même si elle espérait se classer première au niveau national.
Elle raconte avoir étudié dans des conditions tout aussi difficiles que celles de ses camarades, passant l’année scolaire dans une tente dépourvue même des commodités les plus élémentaires, y compris l’électricité. « De nombreuses nuits, j’ai étudié pendant de longues heures à la lumière de mon téléphone portable, que je rechargeais avec beaucoup de difficulté », a-t-elle déclaré. « Mais j’étais déterminée à obtenir l’une des meilleures notes de Gaza afin de décrocher une bourse d’études complète. »
« La situation financière de ma famille est difficile », a-t-elle ajouté, « et elle ne peut pas prendre en charge les frais liés à mes études universitaires. »
Jana explique qu’elle souhaitait aider à la fois sa famille et elle-même en finançant ses études grâce à ses propres mérites. Elle espère désormais étudier l’anglais, car « je veux joindre ma voix à celles des milliers d’autres personnes qui transmettent le message du peuple palestinien dans une langue comprise partout dans le monde », a-t-elle déclaré.
La mère de Jana décrit sa fille comme une jeune fille d’une détermination exceptionnelle. L’année dernière, elle a consacré la quasi-totalité de ses heures de veille à étudier, car le manque d’électricité rendait la tâche extrêmement difficile la nuit.
« Mais certaines nuits, elle continuait à étudier bien après la tombée de la nuit », a ajouté la mère de Jana. « Je l’exhortais à se reposer, mais elle refusait. Elle n’a jamais perdu de vue le rêve qu’elle était déterminée à réaliser. »
« Je rêvais d’excellence scolaire, et j’y suis parvenue », a déclaré Jana. « J’ai désormais un autre rêve pour mon avenir. Et je le réaliserai, lui aussi. »
Auteur : Tareq S. Hajjaj
* Tareq S. Hajjaj est un auteur et un membre de l'Union des écrivains palestiniens. Il a étudié la littérature anglaise à l'université Al-Azhar de Gaza. Il a débuté sa carrière dans le journalisme en 2015 en travaillant comme journaliste/traducteur au journal local Donia al-Watan, puis en écrivant en arabe et en anglais pour des organes internationaux tels que Elbadi, MEE et Al Monitor. Aujourd'hui, il écrit pour We Are Not Numbers et Mondoweiss.Son compte Twitter.
28 juillet 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau

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