Palestine : les Israéliens exposent sans complexe leur « solution finale » et le monde regarde ailleurs

24 août 2026 - Des membres de la défense civile palestinienne tentent d'éteindre un incendie suite à une attaque menée par les forces israéliennes contre une usine de dessalement d'eau dans la région de Cheikh Radwan, à l'ouest de la ville de Gaza. Selon des rapports de l'ONU, environ 82 % des structures – soit quelque 200 000 bâtiments – à Gaza sont endommagées, les deux tiers ayant été détruits. La plupart des infrastructures vitales – telles que l'usine de dessalement d'eau – ont été prises pour cibles - Photo : Yousef Zaanoun/Activestills

Par Nesrine Malik

Les projets visant à expulser de force les Palestiniens de Gaza ne sont pas le fait de quelques voix marginales. Pourtant, la communauté internationale continue de détourner le regard.

Le fossé entre ce qui est infligé aux Palestiniens et la réaction appropriée de la communauté internationale a toujours été immense. Mais aujourd’hui, il est si grand qu’il engloutit la réalité elle-même.

Alors que les licences d’exportation d’armes vers Israël délivrées par des États tels que l’Allemagne se multiplient, les discours sur des mesures plus sévères et des sanctions de la part d’autres pays européens ne restent que des paroles.

Des personnes continuent d’être tuées à Gaza, des familles palestiniennes restent assiégées en Cisjordanie, et la droite politique israélienne ne laisse planer aucun doute sur le caractère intentionnel de ces violations, en faisant part au monde entier de ses espoirs et de ses projets.

En voici quelques exemples, tirés uniquement des derniers jours. Jeudi, le ministre israélien de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben-Gvir, a détaillé un plan visant au nettoyage ethnique illégal de tous les Palestiniens de la bande de Gaza.

Il a également publié une vidéo générée par IA, désormais supprimée, montrant des hommes palestiniens entrant sur un tapis roulant menant à un centre de détention, d’où ils ressortaient émaciés et en larmes.

Il y a quelques jours également, le ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré que le pays était « organisé et prêt » à expulser les Palestiniens de Gaza « par tous les moyens possibles ».

Ce théâtre macabre continue de se dérouler, ses représentations devenant de moins en moins crédibles de jour en jour.

Le Conseil de la paix promet que Gaza sera « reconstruite pour le bien » de sa population, tandis que l’idée selon laquelle ces mêmes Palestiniens de Gaza ne peuvent pas être autorisés à vivre décemment est exprimée par les responsables politiques israéliens avec une constance et une fréquence qui tournent ces déclarations en dérision.

Le mois dernier, l’ancien chef du Conseil de sécurité nationale israélien, Giora Eiland, a souligné que l’acceptation par Israël du plan en 15 points de Donald Trump relevait d’une tactique militaire temporaire, plutôt que d’une paix à long terme. « Israël n’a aucun intérêt à ce que Gaza soit reconstruite ; il vaut mieux pour nous qu’elle soit détruite pour les générations à venir », a-t-il déclaré.

Moshe Feiglin, autrefois considéré comme un « paria d’extrême droite » selon le Times of Israel, est désormais en passe d’obtenir un poste au sein du gouvernement grâce à une alliance avec le Parti sioniste religieux du ministre des Finances, Bezalel Smotrich.

Dans une récente interview, Feiglin a déclaré que ceux qui ne voulaient pas quitter Gaza devaient y être contraints « par tous les moyens possibles. Nous couperons ses canalisations d’eau, par exemple ».

Ce genre de discours, émanant des rangs mêmes du gouvernement, est souvent écarté comme non représentatif de l’État israélien et, à l’approche des élections, est considéré comme une rhétorique électorale sensationnaliste mais finalement peu sérieuse. Or, des personnalités telles que Ben-Gvir et Katz ne sont pas des voix marginales : ce sont des ministres chargés de portefeuilles exécutifs à fort impact – la sécurité et la défense – qu’ils ont bel et bien utilisés pour faire avancer une politique en accord avec leurs déclarations.

Ben-Gvir a rouvert la prison souterraine de Rakefet, fermée dans les années 1980 pour ses conditions inhumaines. Il a réussi à faire adopter la peine de mort pour les Palestiniens reconnus coupables d’attentats terroristes, et a célébré cette législation avec un gâteau orné d’un nœud coulant.

La torture et les abus sexuels dans les prisons israéliennes sont largement documentés, ces derniers valant à Israël une place sur la liste noire de l’ONU relative aux violences sexuelles dans les zones de conflit.

Comme Ben-Gvir lui-même aime à le dire : « nous l’avons promis, nous l’avons fait ».

Katz a approuvé la plus grande expansion des colonies en Cisjordanie depuis des décennies et a justifié cette décision en affirmant qu’elle « empêche la création d’un État palestinien qui mettrait Israël en danger » ; il a récemment fait avancer la légalisation des fermes des avant-postes de colonies en Cisjordanie, et a ordonné à l’armée israélienne (IDF) de transférer les fonctions de maintien de l’ordre en Cisjordanie à la police israélienne, ce qui constitue une manœuvre détournée en vue de l’annexion.

Comme l’a écrit le député Ahmad Tibi dans Haaretz plus tôt cette année, il existe une fiction au cœur de la politique israélienne, où les efforts des responsables politiques pour expliquer et justifier leur politique auprès de l’opinion internationale se déroulent comme si « le racisme et l’extrémisme qui guident aujourd’hui la politique gouvernementale n’existaient qu’en marge ». Alors qu’en réalité, ils sont au cœur même de l’État.

Et si certaines des déclarations les plus extrêmes ne sont que de la démagogie électorale, qu’est-ce que cela révèle des limites du débat public dans le pays lorsque votre campagne consiste en un nettoyage ethnique de masse ? Qu’est-ce que cela révèle non seulement sur l’avenir de Gaza, mais aussi sur celui de tous les Palestiniens des territoires occupés qui subissent les démolitions de maisons, les attaques des colons et l’annexion de facto de la Cisjordanie ?

Même si ces personnalités constitueraient une minorité, tant en termes de sièges détenus à la Knesset que de nombre relatif de personnes ayant voté pour elles, elles détiennent toujours les leviers du pouvoir ; il n’existe aucune mobilisation nationale significative contre elles, et le reste du système est incapable ou peu disposé à les arrêter.

Les distinctions quant à la taille de leur électorat ou à leur degré de représentativité par rapport à l’ensemble des Israéliens n’ont absolument aucune importance pour le sort des Palestiniens sur lesquels ils exercent désormais une autorité complète et exécutive.

La question qui se pose désormais est la suivante : pourquoi ne prend-on pas ces personnes au mot ? Pourquoi n’y a-t-il ni sentiment d’urgence ni indignation ? Pourquoi ces politiques et ces objectifs déclarés de l’État israélien ne sont-ils pas pris au sérieux et ne font-ils pas l’objet de sanctions appropriées, d’embargos commerciaux et d’armement, ainsi que d’une condamnation internationale ?

Il existe une asymétrie flagrante quant à la perception de la puissance de la rhétorique et de l’action israéliennes. « Du fleuve à la mer », par exemple, telle qu’exprimée par les Palestiniens et leurs partisans, est stigmatisée et son utilisation est censurée.

Pourtant, l’interprétation la plus extrême de cette expression, selon laquelle elle signifierait qu’il ne peut y avoir qu’un seul peuple souverain sur le territoire mentionné, est monnaie courante en Israël.

7 septembre 2026 – The Guardian – Traduction : Chronique de Palestine

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