L'Université islamique de Gaza est l'un des établissements d'enseignement les plus prestigieux du territoire assiégé - Photo : Omar Asthawy/Al Jazeera
L’université souhaite permettre aux Palestiniens de poursuivre leurs études malgré les ravages causés par la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza.
Avant la guerre, l’Université islamique de Gaza comptait parmi les principales universités publiques de l’enclave palestinienne.
Malgré les difficultés liées aux frappes aériennes israéliennes et au siège de Gaza, elle s’est toujours efforcée d’offrir le meilleur environnement universitaire possible à ses étudiants.
L’accent était notamment mis sur les domaines reposant largement sur la formation pratique, tels que la médecine, les sciences de la santé et l’ingénierie. Mais l’emprise paralysante d’Israël sur Gaza imposait d’énormes défis pour l’enseignement de ces disciplines.
Malgré tout, les étudiants passaient des heures dans les laboratoires, à manipuler du matériel médical, à traiter des échantillons et à mettre en pratique ce qu’ils avaient appris théoriquement en cours, afin de se préparer à un avenir dans les sciences, la médecine et les métiers de l’ingénierie.
Tout cela a basculé le 8 octobre 2023, lorsque la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza a éclaté. Les campus universitaires ont été bombardés et le siège s’est resserré, au point d’empêcher l’entrée de simples stylos et cahiers.
Yassin al-Nounou, coordinateur des laboratoires de l’université, a indiqué que du matériel destiné aux sciences médicales et de la santé était arrivé quelques jours seulement avant le début de la guerre.
Il s’agissait notamment de modèles anatomiques et de squelettes pédagogiques destinés à renforcer la formation pratique et à rapprocher les étudiants des conditions réelles de travail.
Ces projets ont été interrompus lorsque l’université a perdu une partie importante de ses infrastructures, de ses laboratoires et de ses équipements à la suite du début des bombardements massifs israéliens.
Même le dernier « cessez-le-feu », entré en vigueur en octobre 2025 et violé maintes et maintes fois par Israël, a posé un nouveau défi : comment reconstruire l’enseignement pour les étudiants à partir des décombres ?
Des jours de catastrophe
Pas moins de 19 bâtiments d’enseignement ont été détruits lors de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza, tandis qu’environ 500 salles de classe, 200 laboratoires scientifiques et 75 laboratoires informatiques ont également été gravement endommagés.
La bibliothèque centrale a perdu plus de 240 000 livres, revues, ouvrages de référence et thèses universitaires.
Abdulraouf Ali al-Manama, doyen de la faculté des sciences de la santé de l’université, qualifie ces trois dernières années de « l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire de l’université ».
Les bombardements israéliens ont détruit la plupart des bâtiments universitaires, des salles de cours, des laboratoires d’enseignement et de recherche, des bibliothèques et des centres de formation clinique.
L’université a perdu des milliers d’appareils scientifiques, de matériel de laboratoire, de livres et de ressources qu’elle avait accumulés au cours des cinq dernières décennies. Il ne restait plus que « les ruines d’une université détruite », a déclaré al-Manama.
Les déplacements massifs de population depuis les villes et villages de Gaza ont également entraîné la transformation des bâtiments et des installations du campus en abris temporaires.
Le manque de salles de cours adaptées, les coupures répétées d’électricité et d’Internet, ainsi que les répercussions psychologiques et sociales subies par les étudiants et le personnel ont gravement affecté la capacité de l’université à dispenser ses cours, a-t-il déclaré.

Le professeur Abdul Raouf al-Manama, doyen de la faculté des sciences de la santé de l’Université islamique de Gaza – Photo : Omar Asthawy/Al Jazeera
Au milieu d’un paysage dévasté et des barrages militaires, les étudiants peinent toujours à se rendre à l’université ou sur leurs lieux de formation, ce qui fait de l’éducation un véritable parcours du combattant.
La guerre a également entraîné la perte d’un environnement éducatif intégré, capable de fournir aux étudiants, notamment en médecine et en sciences, les compétences professionnelles nécessaires au bon fonctionnement de Gaza.
Une évaluation menée par le ministère palestinien de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, en coopération avec l’UNESCO, a montré que la plupart des établissements d’enseignement supérieur de Gaza ont subi des dégâts importants depuis 2023, et des centaines de laboratoires et d’installations spécialisées ne sont plus en état de fonctionner.
L’utilisation des laboratoires, du matériel médical, la manipulation d’échantillons, la réalisation de tests et l’analyse des résultats constituent le lien entre les connaissances théoriques des étudiants et les cas concrets. La destruction de ces installations signifie que de nombreux cours reposant sur une formation pratique ne peuvent désormais être dispensés que de manière théorique.
Une alternative a consisté à recourir à des simulations numériques et à des expériences enregistrées pour l’enseignement de la microbiologie médicale, de la biochimie, de l’hématologie, du diagnostic moléculaire, ainsi que pour les travaux pratiques de microbiologie médicale et la formation en kinésithérapie.
Ces solutions apportent une réponse temporaire au problème. Mais M. al-Manama a déclaré qu’elles ne pouvaient pas remplacer les véritables laboratoires, qui sont essentiels pour aider les étudiants à acquérir les compétences pratiques et la confiance nécessaires pour mettre en application ce qu’ils ont appris.
Entre les salles de cours et l’hôpital
Deema Muhaisen, étudiante en médecine, a vu son parcours universitaire se transformer radicalement depuis la destruction des laboratoires de l’université. Elle raconte qu’avant la guerre, elle passait des heures au laboratoire à acquérir les compétences nécessaires pour devenir médecin.
Depuis la destruction de la faculté de médecine le 9 décembre 2023, elle n’a plus de lieu fixe pour étudier, et une grande partie de son apprentissage s’effectue désormais dans les hôpitaux et les établissements de santé.
« Souvent, nous suivions les cours dans des recoins d’hôpitaux ou entre deux chambres de patients, rassemblés autour des médecins, dans des lieux qui ne répondaient pas aux exigences minimales d’un environnement pédagogique », explique-t-elle.
« Ce qui m’a le plus manqué, ce sont les interactions cliniques régulières avec les patients sous supervision universitaire, car cette expérience constitue le fondement du développement des compétences et de la confiance en soi d’un étudiant en médecine. »
Mais la priorité des médecins, qui sont devenus de fait les enseignants de Muhaisen, était de soigner les patients blessés. De plus, l’espace disponible pour former les étudiants était limité dans ces hôpitaux surpeuplés.
Muhaisen a tenté de pallier à cette situation en aidant les médecins dans les hôpitaux afin d’acquérir une certaine expérience pratique. Pendant deux ans, elle a travaillé bénévolement dans les services des urgences, les unités de soins des plaies et les services de chirurgie de plusieurs hôpitaux du nord et du sud de Gaza, en commençant par des tâches simples, puis en assumant des responsabilités croissantes à mesure que les besoins en personnel médical augmentaient.
« J’ai commencé à assister dans les blocs opératoires, à assurer le suivi de nombreux patients après leurs interventions chirurgicales et à répondre à leurs besoins et à leurs préoccupations », a-t-elle déclaré. « Cela m’a apporté une solide expérience pratique et a renforcé mon sens des responsabilités. »
Yassin al-Nounou, coordinateur des laboratoires de l’université, explique qu’outre la perte du matériel, il existe également un fossé entre les connaissances théoriques des étudiants et l’expérience pratique acquise en laboratoire, ainsi que l’apprentissage de l’utilisation du matériel médical en salle de cours.
« Auparavant, les étudiants étudiaient l’appareil, en comprenaient les détails, son fonctionnement et son utilisation, afin d’être capables de s’en servir dès leur entrée sur le marché du travail », a-t-il déclaré. « Aujourd’hui, il n’y a plus ni matériel ni laboratoire comme ceux qui existaient auparavant. »
L’université a été contrainte de s’appuyer sur des explications théoriques, des vidéos et des expériences enregistrées pour transmettre ces informations aux étudiants.
« Au cours de cette période, les étudiants ont commencé à ressentir de l’inquiétude car ils se demandaient : ‘Comment allons-nous travailler avec quelque chose que nous n’avons jamais vu en réalité ? Comment allons-nous manipuler un appareil devant lequel nous ne nous sommes jamais tenus ni que nous n’avons jamais utilisé de nos propres mains ?’ », a déclaré M. al-Nounou.
Pour réduire ce fossé, l’université coordonne ses efforts avec les centres de soins, les hôpitaux et les institutions locales afin que les étudiants puissent combiner les aspects théoriques et pratiques de leurs études dans un cadre réel.

Yassin al-Nounou, responsable du département des laboratoires à l’Université islamique de Gaza – Photo : Omar Asthawy/Al Jazeera
Reprendre des cours
Malgré l’ampleur des dégâts subis par ses facultés, l’Université islamique continue de chercher des moyens de reprendre progressivement les cours en présentiel dès que la situation le permettra.
Al-Nounou, le coordinateur du laboratoire, affirme que la destruction du campus principal constitue un obstacle évident à la reprise des cours en présentiel. Peu de bâtiments sont disponibles sur le campus pour l’enseignement, et bon nombre de ceux qui sont encore debout servent toujours d’abris aux Palestiniens déplacés.
Pour remédier à cette situation, l’université a mis en place cinq antennes et des structures éducatives réparties dans différentes parties de la bande de Gaza. Cela devrait permettre aux étudiants, dispersés à travers Gaza, de poursuivre plus facilement leurs études en réduisant la nécessité de se rendre sur le campus principal, compte tenu des dangers sur la route et des autres restrictions de déplacement.
L’université s’est également largement appuyée sur l’enseignement en ligne, les simulations virtuelles, les expériences pratiques enregistrées, la refonte des programmes universitaires et l’élargissement des possibilités de formation sur le terrain dans les hôpitaux, les centres de soins et les institutions locales.
Selon le doyen al-Manama, ces mesures ne peuvent constituer qu’une solution temporaire au problème, car l’université ne dispose toujours pas des laboratoires entièrement équipés dont les étudiants ont besoin pour développer leurs compétences pratiques.
La reconstruction de l’université ne se limite pas à la réparation des bâtiments endommagés, mais implique une reconstruction complète de l’ensemble du système éducatif, y compris les laboratoires, les équipements et le matériel de formation.
L’université a également besoin de nouveaux équipements d’analyse de laboratoire, de microscopes, d’incubateurs, d’appareils de stérilisation, d’outils de mesure et d’analyse, ainsi que d’ordinateurs spécialisés, de produits chimiques et de réactifs de laboratoire.
Le siège imposé par Israël à Gaza et la difficulté d’accéder au matériel médical, aux matériaux de construction et aux pièces de rechange constituent un obstacle majeur à la relance de l’université. De ce fait, la planification en est encore au stade théorique et dépend de l’obtention des fonds nécessaires ainsi que de l’importation des équipements indispensables à la reprise des cours.
Pour autant, l’université n’a pas renoncé à sa vision : offrir aux étudiants de Gaza la meilleure éducation possible. Les diplômés de l’université constitueront également un élément essentiel de la main-d’œuvre nécessaire pour aider Gaza à se relever et à se reconstruire après près de trois ans d’une guerre génocidaire.
Muhaisen, l’étudiante en médecine, a pu compenser une partie de la formation pratique manquée pendant la guerre dans des hôpitaux, des services d’urgence et des blocs opératoires.
Cette expérience sur le terrain a renforcé sa compréhension des responsabilités et des devoirs liés à la profession de médecin, malgré l’absence d’expériences d’apprentissage en laboratoire et de travaux pratiques dont bénéficient généralement la plupart des étudiants en médecine avant d’entrer dans la vie active.
Sa résilience et les efforts déployés par l’université pour poursuivre la formation des étudiants face à de tels défis reflètent une volonté commune de protéger la future génération de médecins et de professionnels.
La reconstruction de Gaza commencera non seulement par les éléments de base nécessaires à la reconstruction des installations universitaires, mais aussi par la préservation de la capacité des gens à réparer ce qui a été détruit.
« Investir dans l’éducation aujourd’hui, c’est investir dans le rétablissement, car reconstruire les personnes n’est pas moins important que reconstruire les bâtiments », explique Muhaisen.
Auteur : Lina Ghassan Abu Zayed
* Lina Ghassan Abu Zayed est diplômée de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université islamique de Gaza.
27 juillet 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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