25 juillet 2025 - Rien qu'à Khan Younis, plus de vingt personnes ont été tuées par les forces coloniales israéliennes, dans plusieurs attaques - Photo : Doaa Albaz /Activestills
Par Ramzy Baroud
Les mots « tué », « blessé », « mutilé » et autres termes similaires perdent souvent une grande partie de leur sens lorsqu’ils sont sans cesse répétés.
Prenons, par exemple, un titre tel que : « 13 Palestiniens tués à Gaza, d’autres blessés ». Bien que beaucoup d’entre nous puissent encore éprouver une profonde tristesse face à une telle tragédie, la nouvelle elle-même perd de son caractère brutal avec le temps.
Selon les chiffres publiés par le ministère palestinien de la Santé à Gaza, Israël a tué et blessé au total plus de 250 000 Palestiniens depuis le début du génocide en 2023.
Ce décompte est mis à jour quotidiennement, car les massacres ne cessent jamais.
Le 23 juillet, six Palestiniens ont été tués à Gaza. La veille, 13 avaient été tués, et l’avant-veille, neuf autres, et ainsi de suite.
C’est ce « et ainsi de suite » qui nous fait perdre, au fil du temps, la mesure de ce qu’impliquent réellement ces tragédies. Il s’agit de personnes innocentes brûlées vives dans leurs tentes, bombardées dans leurs voitures, ou tuées alors qu’elles tentaient de profiter d’un bref moment de répit à la plage pour échapper à la chaleur torride.
Parmi les neuf personnes tuées le 21 juillet, une famille entière, dont quatre jeunes enfants, a été exterminée en une seule frappe. Alors que se multiplient les informations faisant état du nombre quotidien de Palestiniens tués par Israël à Gaza, les journalistes négligent trop souvent de donner un visage humain aux victimes.
Une photo qui circule sur les réseaux sociaux montrait trois de ces enfants : un garçon portant un t-shirt sur lequel on pouvait lire « Santa Monica Beach » ; sa sœur à lunettes, vêtue d’un t-shirt rose, tenant fièrement un certificat de réussite décerné par son école ; et leur plus jeune sœur, posant avec un regard très doux.
Ces trois enfants représentent tous les enfants palestiniens tués depuis le début de ce génocide. Selon les estimations de l’ONU et de la communauté internationale, plus de 21 000 enfants ont été tués à Gaza, et des dizaines de milliers d’autres ont été mutilés ou ensevelis sous les décombres.
Même si la routine quotidienne des tueries rend la tragédie moins choquante pour ceux qui se contentent d’entendre les chiffres, elle devient infiniment plus tragique pour ceux qui doivent la subir directement. À Gaza, aucune famille n’a été épargnée par la perte d’êtres chers, ce qui aggrave le chagrin jour après jour.
Il n’y a pas de mots pour décrire la douleur collective de Gaza.
Ce qui rend cette tragédie encore plus insupportable, c’est que le monde entier sait ce qui s’est passé et continue de se passer à Gaza, mais ne fait rien pour y remédier. Nous consignons les chiffres, nous dénonçons la barbarie d’Israël, nous fustigeons l’inaction des institutions internationales et nous secouons la tête de désespoir.
Pourtant, la situation reste inchangée : le nombre de morts augmente, et de nouvelles statistiques sont publiées chaque jour pour nous rappeler l’ampleur de la crise.
Un rapport conjoint publié le 23 juillet par la FAO, l’UNICEF et le Programme alimentaire mondial a révélé que 1,4 million de Palestiniens à Gaza sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë.
Le rapport a également averti que plus de 74 000 enfants de moins de cinq ans devraient avoir besoin d’un traitement d’urgence contre la malnutrition aiguë au cours de l’année à venir.
Ce rapport a été publié le jour même où les autorités sanitaires de Gaza ont actualisé le bilan officiel, portant le nombre de Palestiniens tués à plus de 73 311. Ce chiffre est déjà plus élevé aujourd’hui, car d’autres personnes ont été tuées depuis.
Ce même jour, Thameen Al-Kheetan, du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), a déclaré qu’« aucun endroit à Gaza ne peut être considéré comme sûr ».
Cette affirmation est bien sûr vraie, mais c’est aussi le fait le plus connu au monde à l’heure actuelle. Personne ne la conteste. Et pourtant, personne n’agit : Israël continue de bombarder, le Congrès américain continue de lui fournir davantage d’armes, et le reste du monde se contente de compter les morts.
Dans le même temps, Israël — qui a pris le contrôle d’une partie encore plus importante du territoire de Gaza depuis le prétendu cessez-le-feu — construit actuellement d’imposantes barrières de terre s’étendant sur environ 23 kilomètres à travers la bande de Gaza.
Même si cela n’a jamais été juste dès le départ, le plan initial de Trump pour Gaza ne mentionnait pas non plus la construction de frontières intérieures, l’appropriation de terres supplémentaires, ni le regroupement des Palestiniens déplacés dans de minuscules enclaves au sein d’un territoire déjà restreint.
Le plan à long terme d’Israël ne consiste pas seulement à maintenir un contrôle militaire permanent sur Gaza, comme l’ont déclaré de hauts responsables israéliens, mais aussi à prolonger indéfiniment son calvaire.
Au moment même où j’écris cet article, les informations indiquent que quatre Palestiniens de plus viennent d’être tués. Il est peu probable que ce chiffre reste aussi bas ; l’armée israélienne tue rarement en petit nombre.
Mais même ces petits nombres représentent des êtres humains dont la douleur ne peut être mesurée par des statistiques, résumée dans des communiqués officiels ou réduite à des titres de presse clichés.
Les survivants ne se raccrochent pas non plus à la promesse vide de sens selon laquelle le droit international l’emporterait sur l’impunité soutenue par les États-Unis. L’histoire a rendu les Palestiniens terriblement sceptiques. Depuis des générations, à travers chaque massacre et chaque spoliation de terres depuis la Nakba de 1948, l’attente de la justice n’a abouti qu’à des promesses creuses et à un nombre croissant de victimes.
La seule différence entre le passé et le présent, c’est qu’aujourd’hui, nous savons, voyons et entendons tous exactement ce qui se passe à Gaza et dans toute la Palestine.
Le moins que nous puissions faire, c’est de refuser de détourner le regard ou de réduire à de simples chiffres le génocide qui se déroule sous nos yeux.
Si nous laissons cela se produire, nous devenons nous aussi coupables : Israël commet ces massacres, à l’aide d’armes américaines, tandis que nous restons les bras croisés, comptant les morts et secouant la tête devant la triste situation du monde.
Auteur : Ramzy Baroud
* Dr Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle.
Il est l'auteur de six ouvrages. Son dernier livre, coédité avec Ilan Pappé, s'intitule « Our Vision for Liberation : Engaged Palestinian Leaders and Intellectuals Speak out » (version française). Parmi ses autres livres figurent « These Chains Will Be Broken: Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons », « My Father was a Freedom Fighter » (version française), « The Last Earth » et « The Second Palestinian Intifada » (version française) Son dernier livre, « Before the Flood », a été publié par Seven Stories Press.
Dr Ramzy Baroud est chercheur principal non résident au Centre for Islam and Global Affairs (CIGA). Son site web.
29 juillet 2026 – Middle-East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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