La Nakba, depuis 78 ans !

Par Jonathan Kuttab

Le 15 mai est célébré en Israël comme le jour de l’Independence, marquant la création de l’état juif d’Israël. Pour les Palestiniens, toutefois, c’est le jour de leur Nakba (« Catastrophe »).

Les deux concepts sont étroitement et inextricablement liés : la création de l’état d’Israël n’aurait pu se faire sans la Nakba. Pour implanter un état juif en Palestine, il était nécessaire de déplacer les Palestiniens, de conquérir leur patrie et de les en déposséder avant de s’y installer.

Ceux qui prétendent le contraire, qui évoquent des versions théoriques du sionisme qui aient cherché à s’adapter à la présence des Arabes palestiniens et aux aspirations nationalistes refusent de voir que de telles versions du sionisme n’ont jamais pris racines en Israël.

Les versions dominantes du sionisme ont toujours cherché l’éradication des Palestiniens et la création d’un état juif sur les terres palestiniennes, quel qu’en soit le coût.

Un brillant étudiant en droit de l’université d’Harvard, Rabea Eghbarieh, a écrit un formidable article, qui a été publié dans la Columbia Law Review après bien des controverses. Il y soutient que la « Nakba » devrait être reconnue par le droit international en tant que crime de guerre spécifique et crime contre l’humanité, en ce qu’elle comprend des éléments qui incluent mais dépassent le génocide, le nettoyage ethnique, et l’apartheid.

Il s’agit d’un crime qui vise le déplacement total et l’éradication d’un groupe national ou ethnique par divers moyens qui varient selon les occasions et qui deviennent souvent plus horribles et plus génocidaires lorsqu’une résistance leur est opposée.

C’est pourquoi, de nombreux Palestiniens parlent d’une « Nakba continue », qui a débuté bien avant le 15 mai 1948 et qui se poursuit jusqu’à ce jour.

Pour bien comprendre, il faut revisiter ce qu’il s’est réellement passé en Palestine en 1948.

Selon le mythe sioniste qui se perpétue en Occident, sept armées arabes ont attaqué Israël à sa création. Le mythe veut que les Palestiniens soient partis sur ordre de dirigeants arabes pour permettre l’anéantissement des colonies de peuplement juives et empêcher la création d’un état juif, état mandaté par les Nations Unies mais rejeté par les Arabes.

La réalité était tout autre. Les milices armées juives étaient déjà en train de nettoyer ethniquement, et ce de façon systématique, les villes et villages palestiniens et d’expulser leurs habitants arabes des mois avant que des armées arabes n’interviennent pour sauver une partie du territoire alloué à un état arabe. Le nouvel état d’Israël s’étendait au-delà des zones qui lui avaient été (injustement) allouées par le Plan de Partage, que les Arabes avaient en fait rejeté comme intrinsèquement injuste.

De nombreuses résolutions de l’ONU exigeant le droit au retour des réfugiés palestiniens (à commencer par la résolution 194) furent rejetées d’emblée par Israël, qui continue jusqu’à ce jour de refuser aux Palestiniens le droit au retour.

Ils prétendent que permettre le retour des Palestiniens est incompatible avec le concept d’Israël en tant qu’état juif.

La création de l’état d’Israël reposait sur la nécessité de faire venir en Palestine le plus grand nombre possible de juifs du monde entier et d’expulser le plus grand nombre possible de Palestiniens et de les empêcher de revenir. Quand il s’est avéré qu’il n’était pas possible de les expulser tous, comme après le 7 octobre, l’extermination et le génocide sont devenus une nécessité.

Dans l’intervalle, il a fallu recourir à un régime militaire, à l’apartheid, à la discrimination et au nettoyage ethnique pour préserver le caractère juif de l’état et des territoires sous son contrôle.

Cette affirmation n’est ni une polémique, ni une accusation. C’est la triste réalité de la nécessité pour le sionisme de parvenir à la domination démographique, et de contrôler la terre et les ressources en Palestine, pour le compte des juifs et d’eux seuls.

A partir d’une situation où les juifs en Palestine ne constituaient qu’une petite minorité qui possédait environ 5% de la terre, aucun état juif ne pouvait s’établir sans modifier radicalement la composition démographique et l’équilibre foncier, coûte que coûte.

Un autre élément constitutif important de la Nakba, à savoir le projet de transformer la Palestine en un état juif, nécessitait de nier l’existence, ou la légitimité de l’identité palestinienne sous toutes ses formes.

Même aujourd’hui le drapeau palestinien, la cuture, les chants, la cuisine palestinienne, ou toute expression de l’identité palestinienne hérissent les sionistes et leurs sympathisants et suscitent leur objection.

Pendant de nombreuses années, le mot « Palestine » lui-même était tabou, ou au moins était diabolisé en l’associant au terme « terrorisme. » Même au sein des soi-disant sionistes « libéraux », après Oslo l’utilisation du terme était limitée aux Arabes de Cisjordanie et de Gaza. Les citoyens palestiniens d’Israël sont définis comme « Arabes israéliens » et les Palestiniens de la diaspora sont qualifiés de réfugiés arabes.

Mettre fin à la Nakba commence par la reconnaissance des Palestiniens en tant que peuple investi du droit à l’autodétermination, à l‘égalité et du droit de vivre dans sa patrie.

Tout autre solution en deçà de ces prérequis est inacceptable et ceux qui acceptent une telle solution se rendent coupables de complicité et de participation au crime de la Nakba.

A contrario, la réponse réellement appropriée et convenable consiste à affirmer face à des forces écrasantes l’identité et les droits des Palestiniens.

Mettons fin à la Nakba ! Libérons la Palestine !

26 mai 2026 – FOSNA – Traduction: Chronique de Palestine – MJB

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