Gaza soumis à la mort lente

28 avril 2026 - Un cortège funèbre défile devant l'hôpital Al-Shifa en hommage aux quatre Palestiniens tués lors d'une frappe aérienne israélienne visant un véhicule civil au carrefour de Haider, à l'ouest de la ville de Gaza, dans la bande de Gaza, le 28 avril 2026. Israël a intensifié ses attaques contre la bande de Gaza au cours de la semaine dernière, portant à plus de 800 le nombre total de Palestiniens tués depuis le soi-disant « cessez-le-feu » d'octobre 2025 - Photo : Yousef Zanoun / Activestills

Par Qassam Muaddi

Gaza paie le prix des guerres menées par les États-Unis et Israël au Moyen-Orient, qui se sont soldées par un échec. Alors que ces pays se sont enlisés au Liban et en Iran, Gaza a été reléguée au second plan, et les espoirs des Palestiniens de voir une fin au génocide se sont évanouis.

Six mois après le cessez-le-feu censé mettre fin à l’attaque contre Gaza, la bande de Gaza est figée dans un limbe post-apocalyptique.

La guerre génocidaire n’a pas repris de plus belle, mais la reconstruction n’est pas non plus en cours, et Israël continue de restreindre l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza alors que les pénuries alimentaires refont surface.

Il ne s’agit plus d’une situation temporaire, mais bien d’un nouveau statu quo.

Les raisons de cette situation ne tiennent pas seulement à l’intransigeance israélienne sur les termes de l’accord de cessez-le-feu ou à la question du désarmement du Hamas, mais aussi aux échecs du positionnement américano-israélien dans la région, compte tenu de l’impasse dans laquelle se trouvent leurs guerres contre l’Iran et le Liban.

Tant que ces fronts resteront en suspens, Israël et les États-Unis n’auront aucun souci de clore le dossier de Gaza, et encore moins de le faire avancer selon des conditions qui profiteraient aux Palestiniens. En d’autres termes, Gaza paie le prix de la vision stratégique chancelante des États-Unis et d’Israël pour la région.

S’il y a une conclusion à tirer six mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza dans le cadre du « plan en 20 points » du président américain Trump, c’est que la fin de la guerre à Gaza est aujourd’hui plus éloignée qu’elle ne l’était en octobre, la question de la reconstruction n’étant pratiquement même pas abordée.

Gaza n’a jamais figuré dans les plans d’Israël comme un endroit où la population serait autorisée à reconstruire sa vie. La raison en est que Gaza reste un pivot de sa stratégie plus large pour la région — une stratégie qui se heurte actuellement à un mur de pierre au Liban et en Iran, et dont les répercussions se font désormais sentir à Gaza.

Voici comment tout cela est lié.

La dispersion des fronts israéliens

Lorsque le premier cessez-le-feu à Gaza a été conclu en janvier 2025, Netanyahu a déclaré qu’Israël l’acceptait afin de permettre à son armée de se regrouper et de se concentrer sur le front libanais et sur l’Iran.

Puis Israël a rompu le cessez-le-feu en mars de la même année et a lancé sa première guerre contre l’Iran en juin.

Lorsque le deuxième cessez-le-feu à Gaza a été conclu en octobre 2025, Netanyahu a repris le même argument, à savoir « se concentrer sur l’Iran », pour justifier son acceptation.

Au cours des deux guerres contre l’Iran qui ont suivi, le Premier ministre israélien n’a cessé d’affirmer que lui-même et son gouvernement étaient en train de « changer le visage du Moyen-Orient ». Ce « changement » impliquait un changement de régime en Iran, la destruction des capacités de combat du Hezbollah au Liban et l’assassinat de ses plus hauts dirigeants militaires et politiques.

Aujourd’hui, il est plus qu’évident que les choses, tant en Iran qu’au Liban, ne se sont pas déroulées comme Israël l’avait prévu.

Au milieu de tout cela, Gaza a été reléguée au bas de la liste des priorités, figée dans un « cessez-le-feu » constamment rompu où Israël continue de lancer quotidiennement des attaques de moindre intensité contre les Palestiniens, qui font des victimes chaque jour, mais sans susciter l’indignation internationale qui avait accompagné le comportement d’Israël au cours des deux ans et demi précédents.

On est bien loin de ce que devrait être la situation à Gaza si les grandes lignes du cessez-le-feu avaient été ne serait-ce que vaguement mises en œuvre.

Selon cet accord et le plan de Trump, Gaza aurait dû être en pleine reconstruction à l’heure actuelle sous l’égide d’un « comité national » de technocrates palestiniens, censé être supervisé par le « Conseil de la paix » dirigé par Trump, tous deux annoncés en janvier parallèlement à l’annonce par l’envoyé américain Steve Witkoff du début de la deuxième phase du cessez-le-feu.

Puis, en février, divers pays se sont engagés à verser jusqu’à 7 milliards de dollars au Conseil de la paix pour la reconstruction de Gaza. À tous égards, Gaza devrait se trouver dans une situation totalement différente à l’heure actuelle.

Pourtant, la situation sur le terrain n’a rien à voir avec cela : 98 % des Gazaouis restent déplacés, plus de 80 % des logements ne sont plus que des tas de décombres, la plupart des infrastructures civiles restent détruites, et les habitants continuent de souffrir d’un manque de médicaments, de nourriture et d’eau potable, tandis que des maladies infectieuses se propagent dans les camps de tentes.

De plus, les points de passage vers Gaza, qu’Israël était censé ouvrir dans le cadre de l’accord, sont restés largement fermés depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.

Pendant ce temps, l’armée israélienne a poursuivi ses frappes aériennes et ses tirs d’artillerie à travers la bande de Gaza.

Les forces israéliennes ouvrent régulièrement le feu sur les Palestiniens près de la «ligne jaune», cette frontière invisible et soi-disant temporaire qui coupe Gaza à peu près en deux.

Il en résulte un bilan de 834 Palestiniens tués et plus de 2300 blessés depuis la conclusion du prétendu cessez-le-feu, selon le ministère de la Santé de Gaza.

Cette réalité abjecte est devenue le nouveau statu quo, presque comme si le front de Gaza attendait que le grand « changement » balaye le reste de la région avant que ses répercussions ne se fassent sentir localement.

Un Moyen-Orient plus que jamais égal à lui-même

Dimanche dernier, le cabinet de sécurité israélien s’est réuni pour discuter d’une éventuelle reprise de la guerre contre Gaza.

Cela signifie que le cabinet israélien envisage ouvertement de rompre définitivement le cessez-le-feu négocié par Trump — en collaboration avec l’Égypte, le Qatar et la Turquie — et de mettre fin au prétendu « plan de paix » que Trump avait proclamé lors du sommet de Charm el-Cheikh en Égypte, où il s’était vanté d’avoir mis fin à un « conflit vieux de 3000 ans ».

La nouvelle de la réunion du cabinet a été rapportée par la chaîne publique israélienne, mais elle n’a guère fait l’objet d’une couverture médiatique ailleurs.

Selon l’analyste militaire israélien Amos Harel, Netanyahu pourrait envisager de reprendre le génocide afin de renforcer sa position avant les élections israéliennes de novembre.

C’est ce qu’a laissé entendre le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, qui, fin avril, a justifié par la possibilité d’une escalade dans la bande de Gaza, l’interception de la flottille humanitaire Global Sumud en route vers Gaza dans les eaux internationales.

Cependant, toute reprise de la guerre à Gaza serait très probablement limitée dans le temps et aboutirait à une sorte de cessez-le-feu qu’Israël violerait quotidiennement — simplement à une échelle d’intensité moindre, et avec une situation humanitaire en constante détérioration ne recevant qu’une aide intermittente.

En d’autres termes, un retour au même statu quo. Et pourquoi ? Selon tous les responsables militaires, c’est parce qu’il n’y a pas d’objectif clair à atteindre à Gaza.

Cela est d’autant plus vrai si le véritable objectif de la reprise des hostilités est lié à des calculs politiques internes israéliens, qui sont eux-mêmes influencés par le besoin de Netanyahu de démontrer une sorte de réussite après l’enlisement des campagnes au Liban et en Iran.

Ni lui, ni son gouvernement, ni l’armée israélienne dans son ensemble n’ont réussi à atteindre aucun des objectifs déclarés qu’ils s’étaient fixés en Iran, y compris le changement de régime, sans parler de la destruction du programme nucléaire.

En octobre dernier, lorsque le Hamas a accepté les conditions de Trump pour le cessez-le-feu, il a consulté les autres organisations palestiniennes, qui ont collectivement approuvé l’accord.

Mais l’accord imaginé par Trump n’était pas favorable aux Palestiniens, et après deux ans de ce que le monde entier reconnaît désormais comme un génocide, le cadre du cessez-le-feu ne garantissait aucune responsabilité, aucune réparation, aucune fin au blocus israélien, et aucune unité avec la Cisjordanie.

Même la reconstruction a été mentionnée sans aucune garantie. Au contraire, la vision de Trump pour Gaza était d’en faire un terrain de jeu pour les speculateurs de l’immobilier.

Sans parler des revendications nationales palestiniennes plus larges en matière d’autodétermination…

Le comité technocratique chargé de l’administration de Gaza était lié au Conseil de paix de Trump — et non à l’OLP ou à l’Autorité palestinienne (AP) — et en février dernier, le bureau de Netanyahu a officiellement rejeté la demande du comité technocratique d’entrer à Gaza sous le prétexte grotesque qu’il avait utilisé un logo similaire à celui de l’AP.

Pourtant, les Palestiniens ont accepté les conditions de la formation de ce comité en raison de l’ampleur de la catastrophe qu’Israël a infligée aux Palestiniens — la « doctrine du choc » par le génocide.

Pourtant, même ces conditions terribles pour les Palestiniens, qui avaient été définies par les négociateurs américains, restaient insatisfaisantes pour les ambitions maximalistes d’Israël.

S’il y a une partie de l’accord de cessez-le-feu qu’Israël a mise en œuvre sans aucune résistance, c’est bien la division de la bande de Gaza en deux par le tracé de la Ligne jaune.

Bien qu’elle fût censée marquer, en théorie, la première phase du retrait militaire d’Israël de la bande de Gaza, Israël l’a simplement considérée comme la prochaine étape d’une colonisation totale, comme l’a confirmé le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, lorsqu’il a déclaré que la Ligne jaune serait la « nouvelle frontière » d’Israël.

Et à mesure que les guerres au Liban et en Iran se développaient, Gaza s’est effacée au second plan, et les espoirs des Palestiniens de commencer à surmonter le génocide se sont également évanouis.

Comme Israël et les États-Unis n’ont pas réussi à mener à bien la guerre en Iran et au Liban en imposant une supériorité militaire israélienne totale au Moyen-Orient, la région a été contrainte à un statu quo de « ni guerre, ni paix ».

Israël avait espéré que l’issue de la guerre contre l’Iran et le Liban aboutirait à une domination israélienne incontestée sur l’Asie de l’Ouest. Cela ne s’est pas produit, et rien n’indique que cela se produira.

Pourtant, sans ce positionnement stratégique de domination régionale, Israël n’a pas la capacité de mettre fin à une guerre sur aucun front. Mais surtout, il n’a pas non plus la capacité de poursuivre et d’achever le nettoyage ethnique de Gaza, d’autant plus que les critiques internationales s’intensifient et que l’armée est engagée sur d’autres fronts sans perspective d’une fin.

Le résultat ? La poursuite de la réalité dystopique et post-apocalyptique actuelle à Gaza.

7 mai 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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