Les enfants disparus de Gaza

Photo : via The New Arab

Par Alaa Helou

À Gaza, la question des enfants disparus est devenue l’une des crises humanitaires les plus douloureuses et les plus alarmantes auxquelles sont confrontées des milliers de familles gazaouies.

Aggravée depuis le début du génocide perpétré par Israël à Gaza en octobre 2023, la situation s’est encore détériorée en raison de l’impossibilité de mener des opérations de recherche ou de déterminer le sort des personnes disparues, tandis que l’ampleur des destructions, les bombardements incessants et les restrictions imposées à l’entrée de matériel lourd ont empêché les équipes de secours de récupérer les corps ou de mener des opérations de recherche à grande échelle.

En conséquence, le nombre d’enfants dont on ignore le sort à Gaza est actuellement estimé à plus de 2900.

Selon les estimations publiées par le Centre palestinien pour les personnes disparues et victimes de disparitions forcées, environ 2700 de ces enfants seraient encore ensevelis sous les décombres des bâtiments détruits par les bombardements intensifs israéliens.

On pense également que beaucoup sont encore piégés dans des zones auxquelles les sauveteurs n’ont pas pu accéder.

D’autres sont classés comme disparus ou portés disparus dans des circonstances peu claires, laissant leurs familles prisonnières d’un cycle angoissant d’attente, prises entre espoir et désespoir.

Les personnes toujours portées disparues se comptent par milliers

Dans une interview accordée à The New Arab, Nada Nabil, directrice du Centre palestinien pour les personnes disparues et victimes de disparitions forcées, a déclaré que le nombre de Palestiniens portés disparus « se situait entre 7000 et 8000. Ce chiffre comprend environ 2700 enfants qui seraient toujours ensevelis sous les décombres, 200 autres enfants état portés disparus dans diverses circonstances, notamment dans des zones d’attente pour l’aide humanitaire, près de zones adjacentes aux positions de l’armée israélienne et le long des couloirs d’évacuation. »

Elle a ajouté que « la famine qui sévit dans la bande de Gaza a contraint de nombreux enfants à assumer des responsabilités familiales, telles que la recherche de bois de chauffage et de denrées alimentaires de base, principalement de la farine. Cela les a conduits vers les zones où se trouvaient les convois d’aide, ce qui a entraîné la disparition de nombreux enfants. »

Nada a également expliqué qu’« en vertu du droit international humanitaire, la disparition forcée est considérée comme un crime contre l’humanité et est strictement prohibée. Elle oblige les parties accusées de tels crimes à révéler le sort des personnes disparues et à les libérer ».

Elle a en outre déclaré que « le droit international souligne le droit de chaque famille à connaître le sort de son enfant. Parallèlement, les personnes ensevelies sous les décombres sont considérées comme disparues jusqu’à ce qu’elles soient retrouvées par leurs familles, que des certificats de décès soient délivrés et qu’elles soient enterrées dans le respect de la dignité humaine, que ce soit pendant ou après le conflit. »

7 août 2025 – Dr Musab Farwana, à l’hôpital « Patient’s Friends Benevolent Society » de Gaza : « Nous voyons des enfants souffrant non seulement de malnutrition, mais aussi de déshydratation sévère due au manque d’eau potable. Les cas sont très graves. Nous risquons de perdre beaucoup d’enfants. Si la situation perdure et n’est pas traitée de toute urgence, elle va s’aggraver. Nous perdrons de plus en plus de vies innocentes, des dizaines, voire des centaines d’enfants » – Extrait vidéo Abdel Qader Sabbah

L’attente au milieu des ruines

À l’heure actuelle, les sites des maisons détruites se sont transformés en fosses communes.

Le manque de moyens techniques et logistiques pour récupérer les dépouilles des victimes fait que les corps sont restés sous les décombres pendant de longues périodes, ce que beaucoup qualifient de violation flagrante de la dignité humaine.

Cette situation ne fait qu’aggraver la souffrance des proches, privés de la possibilité de faire leurs adieux ou d’organiser des funérailles dignes de ce nom.

Parmi les personnes touchées figure Majdal Saadallah, assise devant un tas de pierres qui était autrefois sa maison à Gaza.

Le regard perdu au loin, elle a déclaré à The New Arab, d’une voix tremblante : « La dernière fois que j’ai vu mon fils, il riait, son jouet à la main. Il m’a demandé quand il pourrait retourner dormir dans sa chambre. »

Évoquant les circonstances de l’attaque, elle a raconté : « La maison qui s’est effondrée sur le corps de mon fils de huit ans, Ahmed, appartenait à des proches de mon mari. Ils avaient été contraints de fuir leur propre domicile, situé dans l’ouest de la ville de Gaza, qui avait été détruit à la suite d’ordres d’évacuation successifs émis par Israël. La maison a été bombardée soudainement, sans avertissement. Les équipes de secours n’ont toujours pas pu récupérer le corps de mon enfant ni ceux de plusieurs autres personnes. »

Évoquant la suite des événements, Majdal a ajouté que les équipes de secours avaient finalement réussi à la sortir, elle et son mari, des décombres après des heures de recherches, mais elle a précisé que la « joie de son cœur » restait ensevelie.

« Je suis retournée sur les lieux plus d’une fois, essayant de trouver la moindre trace de mon enfant, mais je n’ai trouvé que le silence et la poussière », a-t-elle dit.

Son témoignage, a-t-elle ajouté, reflète la réalité de centaines de mères à travers Gaza, prises entre l’espoir et le deuil, attendant toujours des réponses qui ne viennent pas.

Des familles à la recherche de réponses

D’autres témoignages indiquent que de nombreuses familles ont passé des mois à rechercher leurs enfants disparus sans recevoir aucune information.

Dans de nombreux cas, toute trace d’eux s’est éteinte dans différentes parties de la bande de Gaza, alors que certains indices laissent penser qu’ils auraient pu être victimes de disparitions forcées ou avoir été directement pris pour cible, ce qui aurait entraîné la l’effacement de leurs corps ou les aurait rendus introuvables.

De plus, de nombreux rapports suggèrent que certains de ces enfants ont été vus pour la dernière fois près de points de distribution d’aide ou dans des zones sous contrôle militaire avant de disparaître complètement, sans qu’aucune information officielle ne soit fournie sur leur sort.

C’est le cas notamment d’Ibrahim Abu Zaher, un adolescent de 15 ans originaire du quartier de Tal al-Zaatar dans le camp de Jabalia, qui a disparu le 17 juillet 2025. Il s’était rendu dans la zone de Zikim, près de la frontière et des positions militaires israéliennes, où de l’aide humanitaire était acheminée pendant la famine qui touchait environ deux millions de personnes à Gaza.

Selon sa famille, le contact avec lui a été maintenu jusqu’à tard dans la soirée, après quoi il a été complètement rompu.

Des témoignages oculaires indiquent qu’une unité spéciale israélienne a encerclé des dizaines de civils sur place et les a emmenés vers un site militaire. On pense qu’Ibrahim faisait partie des personnes détenues.

Des informations ultérieures ont laissé entendre qu’il avait été vu à l’intérieur du centre de détention de Sde Teiman en décembre 2025, bien qu’aucun détail concernant sa détention n’ait été confirmé.

En l’absence de reconnaissance officielle ou d’inscription de son nom sur les listes de détenus, il est toujours considéré comme disparu.

2 mai 2025 – La mère de Saif Al-Ghaid, âgé de treize ans, le porte de son fauteuil roulant jusqu’à son lit, à l’intérieur de la tente familiale située dans la région d’Al-Zawaida, au centre de la bande de Gaza. Il a été blessé lors d’un bombardement visant le quartier de Shuja’iya alors qu’il était déplacé avec son oncle. Il a subi une grave lésion médullaire qui l’a laissé paralysé des jambes, ainsi que des problèmes rénaux et des fièvres récurrentes. Le père de Saif a été tué au début du génocide perpétré par Israël à Gaza, le laissant déplacé avec sa mère et ses frères et sœurs du nord de la bande de Gaza vers le sud. Les ressources médicales étant limitées en raison du blocus israélien en cours, la santé de Saif se détériore, et sa mère affirme que son fils doit être transféré d’urgence à l’étranger pour y être soigné – Photo : Doaa Albaz / Activestills

Ce silence persistant alimente les craintes d’une détention secrète et d’une disparition forcée, tandis que l’on ne peut exclure la possibilité qu’il ait été pris dans des opérations militaires menées dans la région.

Un autre cas est celui de Mohammed Abu al-Ula, un jeune homme de 17 ans qui a disparu le 7 octobre 2023 après être sorti pour suivre les événements à l’est de Khuza’a, dans l’est de Khan Younis.

Tout contact avec lui a été perdu, et sa famille n’a pu obtenir aucune information sur l’endroit où il se trouve ni sur son sort, malgré une information non vérifiée selon laquelle il aurait été emmené à l’hôpital, où l’on n’a trouvé aucune trace de lui.

En réaction, la famille d’Abu al-Ula a lancé une vaste campagne de recherches dans les hôpitaux et les morgues, tout en lançant des appels aux organisations de défense des droits humains et aux médias, mais sans résultat.

La famille continue de vivre dans l’angoisse et l’attente, en l’absence de toute preuve tangible. Le sort de Mohammed reste inconnu, alors que les appels se multiplient pour faire la lumière sur ce qui lui est arrivé et mettre fin à l’incertitude entourant sa disparition.

Pris dans leur ensemble, ces cas reflètent à quel point la vie quotidienne des enfants de Gaza s’est transformée en un environnement de plus en plus périlleux.

La perte n’est plus seulement liée aux bombardements, mais aussi à la lutte pour la survie elle-même, qu’il s’agisse de chercher de la nourriture ou du bois de chauffage, ou de retourner dans des maisons détruites pour récupérer ce qui reste.

Dans ce contexte, la disparition ou la mort non répertoriée est devenue un risque constant.

En fin de compte, l’absence prolongée d’un si grand nombre d’enfants, sans enquêtes efficaces ni mécanismes clairs pour déterminer leur sort, aggrave une crise humanitaire déjà épouvantable.

Elle plonge les familles dans un état d’incertitude infinie et douloureuse, où le temps qui passe n’apporte ni réponses ni résolution.

23 avril 2026 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine

Soyez le premier à commenter

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.