Depuis sa geôle en Israël, Thiago Ávila écrit à sa fille

Thiago Ávila est un des organisateurs de la Sumud Flotilla, ainsi que de missions antérieures en Méditerranée, comme celle du navire Madleen - Photo : via poder360.com.br

Par Thiago Ávila, Al-Mayadeen

Le militant brésilien, kidnappé par les Israéliens en même temps que le militant espagnol Saif Abu Keshek, explique à sa fille ce qui l’a poussé à rejoindre la flottille humanitaire à destination de Gaza.

Je suis triste de ne pas être à la maison avec toi en ce moment. Malheureusement, ton père, ta mère et tant d’autres personnes à travers le monde ont compris la mission historique qu’il nous incombe d’accomplir.

Aujourd’hui, plus d’un million d’enfants sont victimes d’un génocide, meurent de faim, subissent des amputations sans anesthésie et sont exposés à des idées horribles et haineuses, alors même qu’ils ne savent pas ce que sont le sionisme et l’impérialisme.

Je suis sûr que je te manque énormément, et que toutes les mères et tous les pères palestiniens souffrent aussi énormément pour leurs enfants, et donneraient n’importe quoi pour vivre une vie d’amour, de bonheur et de joie que chaque être humain mérite, indépendamment de sa race, de sa religion, de son appartenance ethnique ou de toute autre caractéristique.

Ton monde sera plus sûr parce que de nombreux parents ont décidé de tout donner pour construire ce monde meilleur pour toi. J’espère qu’un jour tu comprendras que, parce que je t’aime tant, il n’y avait rien de plus dangereux pour toi et pour les autres enfants que de vivre dans un monde qui accepte le génocide.

S’il te plaît, souviens-toi de ton père comme de la personne qui te chantait des chansons et jouait de la guitare pour t’endormir. Et quand tu seras grande, ta maman te dira aussi que ton père était un révolutionnaire et que même face aux personnes les plus horribles qui soient – Donald Trump, Benjamin Netanyahu et Itamar Ben-Gvir –, il est resté fidèle à sa conviction de construire un monde meilleur.

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Le Brésil et l’Espagne exigent la libération immédiate de leurs ressortissants, Thiago Ávila et Saif Abu Keshek

Al-Mayadeen – 6 mai 2026

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a condamné le maintien en détention du citoyen brésilien Thiago Ávila, membre de la flottille Global Sumud, qualifiant l’action du régime israélien d’injustifiée et de violation des normes internationales.

Avila fait partie des quelque 180 militants à bord de la flottille Global Sumud, qui a pris la mer depuis la France, l’Espagne et l’Italie dans le but de briser le blocus « israélien » de Gaza et d’acheminer de l’aide humanitaire vers ce territoire assiégé.

La flottille a été interceptée par les forces navales israéliennes dans les eaux internationales au large de la Grèce le 30 avril, où les militants restants ont été détenus pendant 40 heures sur l’île grecque de Crète, avant d’être libérés.

Dans un message publié sur X, Lula a déclaré que la détention de militants en eaux internationales constituait une grave violation du droit international et devait être condamnée par la communauté internationale.

Il a ajouté que le Brésil, aux côtés de l’Espagne, qui compte également un ressortissant détenu, Saif Abu Keshek, exigeait des garanties totales quant à la sécurité des militants et leur libération immédiate.

Le président brésilien a souligné que l’interception de la flottille en eaux internationales avait déjà constitué un grave affront aux principes juridiques internationaux, renforçant ainsi les appels à la responsabilité et au respect du droit maritime.

Prolongation de détention

Un tribunal israélien a prolongé la détention des deux militants de la flottille d’aide humanitaire à destination de Gaza jusqu’au dimanche 10 mai ; leurs avocats ont averti que cette décision reposait sur des accusations tenues secrètes auxquels les deux hommes n’avaient pas été autorisés à avoir accès, a confirmé l’organisation de défense des droits humains Adalah.

Saif Abu Keshek, ressortissant hispano-suédois d’origine palestinienne, et le Brésilien Thiago Avila, enlevés par les forces israéliennes dans les eaux internationales le 30 avril, en sont désormais à leur sixième jour consécutif de grève de la faim, ne buvant que de l’eau depuis leur enlèvement.

Le soit-disant tribunal dit « de première instance d’Ashkelon » a accédé mardi à la demande de l’État de prolonger la détention des deux militants jusqu’au dimanche 10 mai. « Nos avocats ont été informés que l’État demandait une prolongation de six jours pour les deux militants », a déclaré Miriam Azem, coordinatrice des actions internationales chez Adalah, à l’AFP.

Adalah a confirmé que le tribunal avait accordé cette prolongation sans imposer de limites ni de contraintes judiciaires à la durée des interrogatoires.

« Le tribunal a donné à la police ce qu’elle demandait et lui a donné le feu vert pour poursuivre cette mesure illégale », a déclaré à l’AFP Hadeel Abu Salih, une avocate d’Adalah représentant les deux militants.

Adalah a qualifié cette décision de « validation judiciaire de l’arbitraire de l’État » et a déclaré faire appel devant un tribunal de district. Les avocats du groupe ont fait valoir que, puisque les militants ont été enlevés à plus de 1000 kilomètres de Gaza et ne sont pas citoyens israéliens, le droit interne israélien ne s’applique pas à eux.

Aucune accusation formelle n’a été portée contre l’un ou l’autre des militants.

Tortures et mauvais traitements

Selon Adalah, les deux hommes sont détenus en isolement total à la prison de Shikma, à Ashkelon ; ils sont soumis à un éclairage intense 24 heures sur 24 dans leurs cellules et ont les yeux bandés chaque fois qu’ils sont déplacés, y compris lors des examens médicaux.

Les avocats qui leur ont rendu visite samedi ont déclaré qu’ils avaient témoigné de « graves violences physiques s’apparentant à de la torture ».

Abu Salih a déclaré à l’AFP que les deux militants subissaient une « torture psychologique » en détention, ajoutant que les interrogateurs israéliens « essayaient sans cesse de lier l’aide humanitaire au mouvement Hamas pour la présenter comme un service rendu au Hamas ».

Les organisateurs de la flottille Global Sumud ont fait écho aux récits des avocats, déclarant le X que les deux hommes avaient été « soumis à des interrogatoires, à des menaces de mort, à la privation de sommeil et à la négligence médicale » depuis qu’ils avaient été emmenés de force en Palestine occupée.


5 mai 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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