L’Afrique du Sud doit stopper ses livraisons de charbon à Israël

16 mai 2026 - Manifestation contre les exportations de charbon sud-africain vers Israël au terminal charbonnier de Richards Bay, au nord de Durban - Photo : Riley Singh

Par Riley Singh

Bien qu’elle ait pris la tête des poursuites contre Israël devant la Cour internationale de justice, l’Afrique du Sud est également l’un des principaux exportateurs de charbon qui alimente le génocide perpétré par Israël à Gaza. Les militants exigent que le gouvernement mette fin à ces livraisons, qui enfreignent la législation sud-africaine.

Le 15 mars 2026, le gouvernement sud-africain a officiellement pris acte de la réponse d’Israël à ses conclusions écrites dans l’affaire judiciaire concernant l’application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza qu’il a portée devant la Cour internationale de justice (CIJ).

En effet, l’Afrique du Sud a été le premier pays à invoquer la Convention sur le génocide pour motiver ses poursuites contre Israël et la nature de sa guerre à Gaza, une initiative qui l’a placée à l’avant-garde d’un mouvement international visant à tenir Israël responsable de son génocide à Gaza.

Et pourtant, trois jours seulement après que le gouvernement eut pris acte de la réponse d’Israël, un navire transportant du charbon a quitté le terminal charbonnier de Richards Bay (RBCT), les données d’expédition indiquant que sa destination était le port de Hadera, dans le nord d’Israël.

Selon un nouveau rapport intitulé « Fuelling Genocide », rédigé par l’avocat spécialisé dans les droits de l’homme Sirhaan Che Khan pour la SA BDS Coalition, l’Afrique du Sud a exporté 2,99 millions de tonnes de charbon vers Israël depuis octobre 2023.

Ce document juridique de 264 pages a été remis au ministère sud-africain du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence (DTIC), soulignant les obligations du pays, tant en vertu du droit international que de son propre cadre constitutionnel, de mettre fin aux exportations de charbon vers Israël.

« Nous n’avons jamais réellement cherché à intenter une action en justice. [Depuis] juillet 2024, la SA BDS Coalition a écrit à divers ministres pour demander un dialogue sur ces questions, mais nos demandes ont été ignorées. En septembre [2025], nous avons réalisé que le gouvernement n’était pas disposé à dialoguer avec nous et nous n’avons eu d’autre choix que d’envisager les aspects juridiques de cette affaire », a déclaré Khan.

En janvier 2024, la CIJ a estimé qu’il était « plausible » qu’Israël ait violé la Convention sur le génocide, ce qui a déclenché l’obligation, en vertu du droit international, pour tous les États de prévenir le génocide et de ne pas se rendre complice de violations du droit international.

En effet, le rapport de Khan s’appuie largement sur l’article 1 de la Convention sur le génocide, qui prévoit que les États doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour faire respecter le droit international, afin de prévenir et de punir les actes de génocide.

S’appuyant sur l’affaire Bosnie-Herzégovine c. Serbie-et-Monténégro, le rapport démontre l’existence d’une obligation préexistante pour les États de prévenir le génocide lorsqu’ils ont connaissance de la situation et les capacités d’agir.

À travers cet arrêt, Khan note que l’Afrique du Sud a satisfait à ces deux exigences, puisqu’elle s’est engagée dans des procédures juridiques internationales et dispose d’un cadre réglementaire visant à empêcher la vente de charbon à Israël.

Bilan des exportations de charbon

Au cours des six premiers mois de 2024, l’Afrique du Sud était le deuxième plus grand exportateur de charbon vers Israël, après la Colombie, qui représentait 60 % des importations de charbon thermique d’Israël.

Cependant, après que la Colombie a imposé un embargo sur le charbon à Israël, l’Afrique du Sud est rapidement intervenue pour combler le vide, les exportations augmentant de 87 % au cours des trois derniers mois de 2025.

Selon Khan, ce qui est le plus préoccupant, c’est la rapidité avec laquelle ces exportations de charbon ont augmenté. En août 2024, le charbon sud-africain représentait environ 11 % des importations maritimes de charbon thermique d’Israël. Comme publié dans «Fueling Genocide», ce pourcentage était passé à 55 % en mai 2026.

Cependant, un mois seulement après la publication du rapport, l’Institut palestinien pour la stratégie climatique a publié son propre rapport dans lequel il affirme que l’Afrique du Sud fournit désormais 88 % du charbon thermique importé par voie maritime par Israël.

Entre octobre 2023 et décembre 2025, la coalition BDS sud-africaine a identifié 22 navires qui ont chargé du charbon au RBCT et ont mis le cap sur les ports d’Hadera et d’Ashkelon en Israël, certains tentant de dissimuler leur destination.

« Ces navires procèdent ainsi en indiquant d’autres destinations, par exemple Gibraltar, puis, avant d’arriver à Gibraltar, ils désactivent leurs transpondeurs. Une fois qu’ils les rallument et que d’autres données sur la cargaison deviennent disponibles, nous constatons que ces navires ont en fait accosté en Israël », a déclaré Khan.

Les chercheurs qui assistent le groupe de solidarité avec la Palestine ont pu confirmer le déchargement de charbon en Israël grâce aux données de position AIS, à l’imagerie satellite et au rapport annuel sur les exportations du South African Revenue Services (SARS).

Le charbon alimente la machine de guerre israélienne

Selon la société publique Israeli Electric Corporation (IEC), le charbon est importé pour être brûlé dans deux grandes centrales à charbon : Orot Rabin à Hadera et Rutenberg à Ashkelon. Comme Israël ne possède pas de réserves de charbon nationales, il dépend entièrement des importations pour faire fonctionner ces centrales.

Ces installations ne fournissent pas uniquement les infrastructures civiles. Une fois que l’électricité entre dans le réseau, sa production devient impossible à distinguer, ce qui permet les opérations militaires israéliennes, les réseaux de surveillance et le maintien des colonies de peuplement dans les territoires palestiniens occupés (TPO).

Comme le souligne le rapport, « l’électricité est l’épine dorsale invisible de la machine militaire israélienne ». Les logiciels de suivi basés sur l’IA utilisés dans les opérations de surveillance dans les TPO nécessitent un approvisionnement énergétique ininterrompu.

Les campagnes de bombardements massifs à Gaza, au Liban et en Iran requièrent des centres de communication militaires qui consomment d’énormes quantités d’électricité.

Même les propres évaluations de sécurité d’Israël ont confirmé que ses infrastructures énergétiques sont essentielles au maintien de ses systèmes militaires.

Ce sont ces mêmes systèmes militaires qui ont été largement documentés par des journalistes, des organisations internationales de défense des droits humains et les Nations unies comme ayant commis de nombreux crimes de guerre et actes de génocide dans toute la région MENA. Le plus notable étant la destruction systématique des infrastructures civiles à Gaza depuis octobre 2023.

Et pourtant, malgré l’opposition de l’Afrique du Sud à ces actes devant la CIJ, son approvisionnement continu en charbon thermique a concrètement soutenu la campagne militaire israélienne alors que celle-ci se prépare à un deuxième génocide au Liban.

Complicité entre le public et le privé

Située dans la province du KwaZulu-Natal, Richards Bay est le point d’exportation de la majeure partie du charbon sud-africain, le RBCT étant l’un des plus grands terminaux charbonniers au monde. Ce terminal appartient à des sociétés minières privées, la société suisse Glencore étant le plus grand exportateur de charbon vers Israël.

Malgré les mesures provisoires prises par la CIJ pour que les États et les entreprises ne soutiennent pas les activités illégales d’Israël, Glencore n’a montré aucune réticence à jouer son rôle dans la fourniture d’une capacité énergétique essentielle à Israël.

Glencore facilite la vente de charbon sud-africain par le biais de coentreprises et de partenariats avec des sociétés minières locales. L’un de ces partenaires est African Rainbow Minerals (ARM) qui, selon son site web, détient une participation de 20 % dans les activités de Glencore en Afrique du Sud.

ARM appartient également au milliardaire Patrice Motsepe, beau-frère de l’actuel président Cyril Ramaphosa.

Bien que des entreprises telles que Glencore et ARM exercent un contrôle total sur les terminaux de Richards Bay, le processus d’exportation dépend des infrastructures de l’État. Transnet, une société ferroviaire publique, est chargée de transporter le charbon des mines vers les terminaux portuaires, et l’Autorité nationale des ports de Transnet supervise les opérations portuaires et l’accès des navires.

En d’autres termes, non seulement le gouvernement sud-africain est conscient que ces entreprises privées exportent du charbon vers un pays qui commet un génocide, mais il y contribue activement.

Interrogé au Parlement sur la possibilité d’un embargo sur le charbon, Parks Tau, ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence, avait déclaré qu’il n’était pas prévu de réexaminer les exportations de charbon vers Israël.

Il a fait valoir que si ces exportations devaient être suspendues, cela constituerait une violation des obligations de l’Afrique du Sud au titre des principes de « non-discrimination » de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Cependant, comme le souligne le rapport, l’interprétation générale de la jurisprudence de l’OMC autorise explicitement des restrictions commerciales ciblées en cas de violations graves du droit international.

Interrogé par Mondoweiss au sujet du rapport, Kaamil Alli, porte-parole de Tau, a déclaré que le DTIC « avait reçu le dossier et en examinait actuellement le contenu… le ministère répondra une fois qu’il aura examiné le document et l’aura soumis aux procédures gouvernementales pertinentes ».

« Nous n’avons eu d’autre choix que d’en faire une question juridique »

Le 23 mars 2026, une délégation de la Coalition BDS sud-africaine a remis le dossier juridique complet au DTIC, accompagnant celui-ci d’une demande formelle adressée au ministre Parks Tau afin qu’il utilise ses pouvoirs légaux pour mettre un terme aux expéditions prévues vers Israël.

Le gouvernement n’ayant pas répondu au dossier, une réunion a été programmée entre le DTIC et la Coalition BDS sud-africaine pour le 4 mai.

« Lors de cette réunion, le ministre Tau a déclaré qu’il n’était pas en mesure de prendre une décision concernant les ventes de charbon à Israël… sa réponse était extrêmement préoccupante – nous commettons littéralement un crime en continuant à alimenter le réseau électrique israélien », a déclaré Roshan Dadoo, porte-parole de la SA BDS, à Mondoweiss.

Dadoo a ajouté que la coalition BDS allait intensifier sa campagne pour s’assurer que le gouvernement et les entreprises se conforment à leurs obligations légales en mettant fin à la vente de charbon à Israël.

19 mai 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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