23 avril 2026 - Les proches rendent hommage à Khamis Al-Qassas, au complexe médical Al-Nasser à Khan Yunis. Al-Qassas est décédé des suites de blessures subies lors d’une frappe aérienne israélienne qui l’avait pris pour cible dans le quartier de Cheikh Nasser, à l’est de Khan Yunis, plus tôt dans la journée. Son fils avait également été tué par les forces israéliennes il y a environ un an. Malgré le cessez-le-feu d'octobre 2025, les attaques israéliennes sur Gaza se poursuivent quotidiennement, avec plus de 780 Palestiniens tués dans des frappes à travers la bande de Gaza depuis lors, selon le ministère de la Santé de Gaza - Photo : Doaa Albaz / Activestills
Par Maha Hussaini
Les tirs israéliens provenant d’hélicoptères militaires, de quadricoptères et de tireurs d’élite positionnés sur des tours, visent de plus en plus souvent des Palestiniens se trouvant dans des zones censées être sûres.
Moins de deux semaines avant le mariage de sa fille, Khalil al-Masri est parti avec son fils aîné pour mener à bien ce qui aurait dû être l’un des derniers préparatifs les plus joyeux de la famille : régler et confirmer la réservation de la robe de mariée que celle-ci avait choisie dans une boutique du quartier de Rimal, à Gaza.
Une fois la réservation confirmée, les deux hommes se sont arrêtés dans une confiserie voisine pour fêter cela, où ils ont retrouvé deux amis. Alors qu’ils étaient assis ensemble à une table à l’extérieur de la boutique, une balle a transpercé la tête de Khalil al-Masri, le laissant inconscient sous les yeux horrifiés de son fils et de ses amis.
Ce père de sept enfants, âgé de 43 ans, a été transporté d’urgence à l’hôpital al-Shifa, mais il a succombé à ses blessures le lendemain, le 14 juin.
« Ce fut un choc total. Il était très heureux et riait avec ses amis. Il avait commandé un dessert, mais la balle lui a transpercé la tête alors qu’il attendait d’être servi », a déclaré Mahmoud, le frère de Masri, à Middle East Eye.
« Le mariage s’est transformé en funérailles. »
Cet incident, filmé par une caméra de surveillance à l’entrée du magasin, n’est pas un cas isolé.
Bien que l’origine du tir reste inconnue, celui-ci s’est produit dans un contexte d’escalade des tirs israéliens visant des civils palestiniens dans différentes zones de la bande de Gaza ces dernières semaines.
« Le tir provenait de l’est. Nous supposons qu’il provenait soit d’un quadricoptère israélien, soit d’une tour de surveillance militaire [mirador] », a déclaré Mahmoud.
« Il y avait un quadricoptère dans la zone avant qu’il ne soit frappé, mais il y avait également une tour de surveillance militaire dans la même direction, dans la zone jaune [à environ 1,7 km de là]. »
Tuer depuis les hauteurs
Ces postes d’observation militaires, qui ressemblent à des tours de guet équipées de mitrailleuses, ont été mis en place par l’armée israélienne dans les zones d’occupation situées près de la « ligne jaune », une zone qu’Israël était censé occuper temporairement lors de la première phase du cessez-le-feu, mais qu’il a refusé de céder.
Gaza : les Israéliens bombardent les réfugiés sous leurs tentes
Israël n’a pas donné suite à la deuxième phase de l’accord, qui prévoit son retrait, et s’est désormais emparé de plus de 60 % de la bande de Gaza.
Les miradors servent à surélever les armes et les équipements de surveillance au-dessus du niveau du sol, ce qui permet d’étendre la couverture visuelle sur de vastes zones et d’ouvrir le feu sur de larges zones civiles.
Selon le Centre palestinien pour les droits de l’homme, [PCHR] ces structures ont été déployées à 23 endroits différents au sein de la « zone jaune », dans l’est de la bande de Gaza.
Le jour même où Masri a été abattu, au moins cinq autres Palestiniens ont été touchés par des tirs israéliens dans un autre quartier situé au cœur de la ville de Gaza.
Parmi eux figurait Muhammed Abu Hassira, un étudiant de 19 ans, qui marchait dans la rue al-Wehda lorsque les forces israéliennes ont ouvert le feu, selon des témoins directs.
Ces témoins ont déclaré ne pas avoir pu déterminer si les tirs provenaient d’un quadricoptère armé ou d’une tour de guet militaire israélienne.
« Muhammed rentrait chez lui après sa séance de sport vers 19 heures ; il se trouvait dans la rue al-Wehda lorsque les forces d’occupation israéliennes ont soudainement ouvert le feu, le touchant ainsi que d’autres personnes se déplaçant dans la rue. Lui et quatre ou cinq autres personnes se sont effondrés au sol », a déclaré à MEE Khaled al-Tarshawi, l’oncle d’Abu Hassira.
« Il a reçu une balle dans l’abdomen. Des gens se sont précipités pour l’emmener, lui et les autres blessés, à l’hôpital. Il a été transporté assis sur un fauteuil roulant, car il n’y avait pas de véhicules. Les médecins ont tenté de le sauver, mais à son arrivée, il avait déjà perdu trop de sang. »
Abu Hassira venait de terminer son deuxième semestre à l’université. Après avoir réussi à terminer ses études secondaires au milieu du génocide, il s’était inscrit dans une filière d’ingénierie dans l’une des universités de Gaza.
« Il était intelligent, patient et toujours dévoué envers ses parents. Sa mère a été anéantie lorsqu’elle a appris la nouvelle, mais son père avait le cœur encore plus brisé. Muhammed était son fils aîné et le plus cher à son cœur », a déclaré son oncle.
« Muhammed a survécu aux attaques israéliennes dévastatrices tout au long des deux ans et demi qu’a duré le génocide et a refusé de quitter la ville de Gaza. Il a refusé d’être évacué vers le sud et a réussi à rester en vie pendant les pires périodes du génocide », a-t-il ajouté.
« Mais il a été tué pendant le soit-disant cessez-le-feu par un quadricoptère ou un tir depuis une tour. »
Les zones supposées sûres, prises pour cible
Mais les drones et les quadricoptères ne sont que deux des nombreux moyens par lesquels les Palestiniens risquent la mort à Gaza depuis l’accord de cessez-le-feu d’octobre.
Les chars et les tireurs d’élite israéliens déployés à l’intérieur de la « zone jaune » ont ouvert le feu à plusieurs reprises sur des piétons et des tentes de fortune dans cette soi-disant zone de sécurité, tuant et blessant des centaines de Palestiniens au cours des huit derniers mois.
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À peine un jour après que Masri et Abu Hassira ont été abattus, une balle israélienne a atteint à la tête Amir al-Bashiti, âgé de 13 ans, alors qu’il se trouvait à l’intérieur de sa tente de fortune à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza.
Selon ses parents, la balle provenait très probablement d’un char israélien.
« Il était environ minuit et il jouait avec ses cousins et ses amis à l’extérieur de la tente. Je lui ai demandé de rentrer pour aller dormir et j’aurais préféré ne pas l’avoir fait », a déclaré Emad al-Bashiti, le père d’Amir, à MEE.
« Il est rentré avec sa couverture et m’a dit : ‘Je veux te raconter ce qui s’est passé’. À ce moment-là, on entendait le bruit des chars israéliens qui se déplaçaient et des coups de feu près du camp. Je lui ai dit de s’asseoir et d’aller dormir parce qu’il y avait des échanges de tirs. Il a insisté pour me raconter ce qui s’était passé avant d’aller se coucher. »
Avant qu’il n’ait fini son récit, une balle israélienne a atteint Amir à la tête et est ressortie par son cou, sous les yeux de son père, de sa mère et de ses frères et sœurs.
« Ce n’était pas une balle ordinaire, c’était une balle explosive. Je l’ai entendue exploser après avoir pénétré dans sa tête », a poursuivi Bashiti.
« Il est tombé par terre et a vomi du sang. Je lui ai tenu la main, mais il était inconscient. Le temps que je le porte et que je me précipite dehors pour l’emmener à l’hôpital, il était déjà mort. »
Amir et sa famille ont été déplacés de Rafah et ont trouvé refuge dans la région de Batn al-Samin, à Khan Younis, une zone relativement sûre où des dizaines de milliers de personnes déplacées ont trouvé refuge.
Les attaques israéliennes visant des civils se sont intensifiées ces dernières semaines, et de plus en plus de Palestiniens sont tués ou blessés dans des zones situées bien au-delà de la « ligne jaune », y compris dans des lieux désignés comme sans risque dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.
Rien que vendredi, un enfant palestinien a été tué et deux autres Palestiniens de la famille Totah ont été blessés lorsqu’un quadricoptère israélien a largué un engin explosif sur eux alors qu’ils allaient chercher de l’eau à l’est de la ville de Gaza.
Le même jour, un autre Palestinien a été tué par des tirs israéliens à l’est de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza.
Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu le 10 octobre, au moins 1072 Palestiniens ont été tués et 3463 autres blessés dans toute la bande de Gaza.
Au moins 73 098 personnes ont été tuées par des attaques israéliennes à Gaza depuis octobre 2023, et des milliers d’autres sont portées disparues et présumées mortes sous les décombres.
« Quiconque qualifie cela de cessez-le-feu ignore ce qui se passe réellement sur le terrain. Ce n’est pas un cessez-le-feu, ce sont des tirs incessants », a déclaré M. Bashiti.
Auteur : Maha Hussaini
* Maha Hussaini est une journaliste primée et une militante des droits de l'homme basée à Gaza. Maha a commencé sa carrière de journaliste en couvrant la campagne militaire d'Israël sur la bande de Gaza en juillet 2014. En 2020, elle a remporté le prestigieux prix Martin Adler pour son travail de journaliste indépendante.
6 juillet 2026 – Middle East Eye – Traduction : Chronique de Palestine

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