Bahaha Abu al-Ajeen à l'hôpital des Martyrs d'Al-Aqsa, avec une photo de son fils, Rayyan - Photo : capture d'écran tirée d'un témoignage vidéo recueilli par Osama Kahlout pour Mondoweiss
Par Tareq S. Hajjaj
Des soldats israéliens ont abattu Rayyan Abu al-Ajeen, âgé de trois ans, alors qu’il était dans les bras de son père, et se sont moqués des supplications de ce dernier qui pleurait son fils mourant. Le père affirme qu’ils se trouvaient dans la partie de Gaza désignée comme « sûre » pour les civils pendant le « cessez-le-feu ».
Dans la soirée du 14 juin, l’armée israélienne a abattu Rayyan Abu al-Ajeen, âgé de trois ans, alors qu’il était dans les bras de son père.
Bahaa Abu al-Ajeen, le père du garçon, était parti ce soir-là avec son fils, en compagnie de son ami et parent, Khaled Abu Ghrab, pour aller inspecter les terres agricoles qu’ils possédaient à Deir al-Balah, dans le centre de Gaza.
Alors qu’ils se trouvaient dans ce qu’ils décrivaient comme une zone sûre, loin de la ainsi-nommée « ligne jaune » qui divise Gaza en deux, les deux hommes et l’enfant ont été pris par surprise par des soldats israéliens qui se cachaient à l’intérieur d’une maison palestinienne située dans la zone de sécurité désignée.
Lorsqu’ils se sont approchés de la maison, les soldats en sont soudainement sortis et les ont encerclés, a déclaré Baha Abu al-Ajeen.

Le 14 juin 2026, le petit Rayyan Abu al-Ajeen, âgé de 3 ans, a été tué d’une balle dans la tête tirée par des soldats israéliens alors qu’il était dans les bras de son père – Photo : famille Abu al-Ajleed
S’exprimant depuis son lit à l’hôpital des Martyrs d’al-Aqsa dans un témoignage vidéo pour Mondoweiss, Abu al-Ajeen a rappelé que lorsque les soldats les ont interpellés, un membre de sa famille lui a dit de s’asseoir par terre.
« Nous nous sommes assis pour leur montrer que nous étions désarmés et que nous ne représentions aucune menace. Nous empruntons régulièrement cette route à l’intérieur de la zone de sécurité. Puis mon fils s’est mis à pleurer très fort de peur. Il n’avait jamais vécu une telle expérience auparavant », a-t-il déclaré.
Abu al-Ajeen a déclaré avoir alors pris son fils dans ses bras et avoir reculé d’environ 50 mètres pour le calmer.
« Alors que je commençais à marcher, les soldats m’ont crié de m’arrêter et ont tiré à mes pieds. Je me suis arrêté immédiatement. Et dès que je me suis arrêté, deux soldats ont pointé leurs armes sur nous, et l’un d’eux a tiré sur mon fils alors qu’il était dans mes bras. La balle est entrée par l’arrière de sa tête et est ressortie par son œil gauche alors qu’il était dans mes bras. Puis ils m’ont tiré dans la jambe. »
Le père a évoqué le moment du meurtre, lorsque le soldat israélien a visé avant de tirer. « Le soldat s’est mis à genoux, a visé la tête de mon enfant et l’a tué. Une seule balle », a-t-il déclaré. « J’aurais préféré qu’ils me tuent à sa place. »
Depuis que le Hamas et Israël ont conclu un cessez-le-feu en octobre 2025, des dizaines de Palestiniens ont été tués près de la « ligne jaune », une frontière qui s’est progressivement étendue pour annexer de nouvelles parties de Gaza au fil des mois, et qui place désormais plus de 65 % de la bande de Gaza sous contrôle israélien.
Ces meurtres ont commencé dès les premiers jours du cessez-le-feu.
Selon la famille Abu al-Ajeen et des journalistes présents sur place, le meurtre du 14 juin a eu lieu loin de la Ligne jaune, dans une zone largement considérée comme sûre et fréquemment empruntée par des civils.
« Lorsque l’armée avance, il y a généralement des signes avant-coureurs, comme des coups de feu ou une activité intense de drones », a déclaré Bahaa Abu al-Ajeen. « Nous évitons ces zones. Mais tout était calme ce jour-là. Il n’y avait aucun signe d’activité militaire. Nous nous rendons régulièrement à cet endroit. C’était la première fois que les forces israéliennes se trouvaient à cet endroit. »
Jaber Abu al-Ajeen, le grand-père du petit Rayyan âgé de trois ans, a déclaré qu’il avait été en contact avec son fils avant l’incident, et que des personnes avaient emprunté ce même chemin à peine une demi-heure plus tôt. « C’était à plus de 500 mètres de la ligne jaune », a-t-il expliqué. « Nous savons où se trouve la ligne jaune, et nous ne nous en approchons pas. »
« Mon fils est agriculteur, comme moi », a-t-il ajouté. « Nous cultivons nos terres et en vivons. L’armée israélienne sait qui nous sommes. Elle sait que nous sommes des agriculteurs. Elle surveille toute la zone où nous vivons et travaillons, et dispose de toutes les informations dont elle a besoin à notre sujet. Malgré cela, ils ont tué un enfant dans une zone prétendument sûre, loin de leurs positions. »
De part et d’autre de la Ligne jaune, « des Palestiniens meurent »
Après que le petit Rayan ait été touché par balle, Abu al-Ajeen a dit avoir immédiatement commencé à crier : « Mon fils, mon fils. »
« Ma jambe saignait, et mon enfant se mourait dans mes bras, rendant son dernier souffle. Je les ai suppliés de me laisser mourir, mais de sauver mon fils. Ils ont refusé et ne m’ont apporté aucune aide », a raconté Abu al-Ajeen. « Les soldats m’ont dit : ‘Laisse ton fils.’ Je leur ai dit que je voulais le sauver, mais ils n’ont cessé de m’ordonner de l’abandonner. »
Le père a également déclaré que, tandis que les soldats discutaient de sa blessure à la jambe, il avait entendu certains d’entre eux parler arabe entre eux. « Laissez-le. Coupez-lui la jambe », disaient-ils, selon Abu al-Ajeen.
Abu al-Ajeen a raconté que les soldats avaient finalement bandé sa jambe ensanglantée, après quoi ils l’avaient installé dans une jeep militaire avec le corps de son fils à ses côtés. « Ils ont filé à toute vitesse sur les bosses et les nids-de-poule tandis que j’étais assis à l’arrière, menotté. »
« Chaque fois que je parlais ou que je demandais de l’aide, les soldats me criaient : ‘Tais-toi.’ Ils ne me laissaient pas émettre le moindre son, même si je pleurais de douleur », a-t-il déclaré.
Le père a expliqué que, alors qu’il suppliait sans cesse qu’on vienne en aide à son fils, certains soldats se moquaient de lui. « Tu t’inquiètes tant pour ton fils que tu n’arrêtes pas de crier ‘Aboud, Aboud’ ? », lui ont-ils dit, selon Abu al-Ajeen. « Ils m’ont laissé saigner pendant six heures d’affilée. »
Ils l’ont conduit à l’intérieur du véhicule, lui et son fils, d’un endroit à l’autre alors qu’il saignait, a poursuivi Abu al-Ajeen. Vers minuit, ils les ont abandonnés près de Kissufim, un point de passage entre Deir al-Balah et Khan Younis, dans le sud de Gaza.
Lorsque les soldats l’ont déposé là, Abu al-Ajeen a perdu de vue son fils et n’a cessé de leur demander où il était. « Et ils m’ont répondu : ‘Ton fils est à côté de toi’ », a-t-il raconté. « J’ai été choqué de découvrir qu’ils l’avaient enveloppé dans un sac en plastique noir et qu’ils l’avaient jeté à côté de moi. »
Dans un reportage publié par l’Associated Press et s’appuyant sur les témoignages de soldats israéliens ayant servi dans des zones proches de la « ligne jaune », un réserviste a déclaré avoir vu des soldats « savourer l’occasion » de s’en prendre à ceux qui franchissaient la « ligne jaune » ou même simplement s’en approchaient.
Selon ces témoignages, les consignes de l’armée prévoyaient d’ouvrir le feu directement sur toute personne s’approchant de cette zone. Mondoweiss a rapporté à plusieurs reprises des incidents similaires, au cours desquels les tirs à balles réelles constituaient souvent le seul avertissement donné aux civils qui ne pouvaient pas voir où se situait la limite imposée.
« Il y avait un sentiment général selon lequel la vie humaine n’avait aucune valeur », a déclaré un soldat à l’AP. Un autre soldat a indiqué que les forces israéliennes se positionnaient souvent loin des personnes qu’elles visaient et agissaient « trop rapidement ».
Mais dans le cas d’Abu Al-Ajeen, les forces israéliennes avaient elles-mêmes franchi la Ligne jaune et se trouvaient dans une zone fréquentée par des civils.
Bien que le cessez-le-feu reste officiellement en vigueur, les pertes palestiniennes à Gaza n’ont pas cessé un seul jour.
Rien qu’entre le 13 et le 16 juin, 17 Palestiniens ont été tués dans différentes parties de la bande de Gaza, selon les rapports quotidiens du ministère de la Santé de Gaza, tandis que près de 50 autres ont été blessés à la suite de différents incidents de bombardements et de frappes aériennes ciblées.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu d’octobre 2025, plus de 1000 Palestiniens ont été tués à Gaza.
L’article de l’AP citait des soldats israéliens qui qualifiaient le cessez-le-feu de « simple plaisanterie ».
Jaber Abu al-Ajeen, le grand-père de l’enfant tué, a déclaré qu’ils n’étaient pas en sécurité dans les zones désignées comme « zones sécurisées » : « Il n’y a aucune sécurité. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la Ligne jaune, les Palestiniens meurent », a-t-il dit.
Auteur : Tareq S. Hajjaj
* Tareq S. Hajjaj est un auteur et un membre de l'Union des écrivains palestiniens. Il a étudié la littérature anglaise à l'université Al-Azhar de Gaza. Il a débuté sa carrière dans le journalisme en 2015 en travaillant comme journaliste/traducteur au journal local Donia al-Watan, puis en écrivant en arabe et en anglais pour des organes internationaux tels que Elbadi, MEE et Al Monitor. Aujourd'hui, il écrit pour We Are Not Numbers et Mondoweiss.Son compte Twitter.
18 juin 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau

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