Gaza : les Israéliens bombardent les réfugiés sous leurs tentes

22 juin 2026 - Une fillette palestinienne au milieu des tentes installées dans le stade du Club des services de Khan Yunis, où un camp de tentes pour personnes déplacées a été mis en place dans le sud de la bande de Gaza, le 22 juin 2026. Les Palestiniens déplacés vivent dans des conditions désastreuses dans ce camp surpeuplé, situé en face du terrain de sport et autour des installations endommagées du Club, l’un des principaux clubs sportifs du sud de Gaza. Selon les autorités sportives locales, 265 installations de la bande de Gaza ont été endommagées ou détruites depuis le début du génocide perpétré par Israël contre Gaza, dont 184 ont été complètement détruites. Parmi celles-ci figurent des terrains de football, des salles de sport et des sièges de clubs. Certains stades et installations ont été transformés en abris pour les personnes déplacées. Selon les Nations unies, 92 % des habitations de la bande de Gaza ont été détruites ou endommagées à la suite des attaques israéliennes. Près de 90 % de la population de Gaza a été déplacée au moins une fois depuis le 7 octobre 2023, la plupart des personnes ayant perdu leur logement ou étant dans l’impossibilité d’y retourner - Photo : Doaa Albaz / Activestills

Par Abdel Qader Sabbah

« Cette zone est constituée de tentes abritant des civils : des personnes déplacées, qui ont subi l’oppression, l’humiliation, la famine, la guerre et le siège. Et tout cet endroit a été bombardé. »

KHAN YOUNIS, bande de Gaza — Mercredi, Ahmed Al-Raqab, âgé de onze ans, jouait devant la tente familiale installée sur le littoral sablonneux de Gaza, à Al-Mawasi, à l’ouest de Khan Younis, lorsque le missile israélien a frappé, le tuant et blessant gravement plusieurs autres personnes.

« Les enfants jouaient et ils ont tiré un missile directement sur eux », a déclaré le père d’Ahmed, Sabri Al-Raqab, en sanglotant alors qu’il était agenouillé sur le sol de l’hôpital Nasser, les bras autour du corps sans vie de son fils dans une dernière étreinte.

« Il portait une pastèque. Quel était le crime de cet enfant ? Il a ramassé une pastèque et ils ont tiré sur lui. Est-ce un combattant ? Ce n’est pas un combattant. C’est un enfant. »

Accablé de chagrin, Al-Raqab a enfoui son visage dans celui de son fils, couvert de sang, et a pleuré sans retenue. Dans une salle voisine, un enfant de six ans blessé lors de la même attaque hurlait de douleur tandis que le sang provenant d’une plaie béante à son œil droit lui coulait sur la joue et l’oreille. Il a été transporté à l’hôpital dans les bras d’un adolescent de sa famille qui l’a allongé en criant : « Venez vous occuper de ce garçon. On est en train de le perdre, on est en train de le perdre. »

Le grand-père de l’enfant, Ahmed Al-Jarjawi, se tenait à proximité, le devant de sa djellaba taché de rouge vif par le sang. « Nous étions simplement assis quand la frappe a touché le sol juste à côté de notre tente et a atteint trois autres tentes », a déclaré Ahmed Al-Jarjawi à Drop Site News. «

Cet enfant a perdu son œil. J’ai été blessé ici », a-t-il ajouté en désignant sa poitrine. « La femme de mon fils a également été blessée à la cuisse. »

p>24 juin 2026 – Des enfants morts et blessés sont acheminés à l’hôpital Nasser de Khan Younis à la suite d’une frappe aérienne israélienne sur un campement de tentes à Mawasi, près de Khan Younis – Extrait vidéo de Mohamed Ahmed

Les dernières attaques israéliennes contre des enfants ont eu lieu au lendemain de la publication d’un rapport de la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU, qui concluait que « les autorités et les forces de sécurité israéliennes ont délibérément pris pour cible des enfants palestiniens, ce qui a entraîné un génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre dans la bande de Gaza ».

L’enquête de l’ONU a révélé qu’au cours des deux premières années de l’offensive israélienne, plus de 20 000 enfants ont été tués et plus de 44 000 blessés.

Depuis l’entrée en vigueur du soi-disant cessez-le-feu en octobre 2025, Israël a tué au moins 265 enfants et en a blessé des centaines d’autres à Gaza, selon les conclusions publiées la semaine dernière par l’UNICEF, l’agence des Nations unies pour l’enfance.

« Au cours d’une période censée être marquée par la retenue et la protection, un enfant a été tué, en moyenne, chaque jour pendant plus de huit mois », a déclaré James Elder, porte-parole de l’UNICEF, dans un communiqué. « C’est un chiffre absurde et dévastateur. »

Les attaques israéliennes de mercredi ont visé plusieurs zones du littoral de Gaza où des milliers de Palestiniens déplacés vivent dans des camps de tentes délabrés. Ces camps situés en bord de mer se trouvent aussi loin que possible de la « ligne jaune » où sont stationnées les troupes israéliennes, qui ne cessent de progresser vers l’ouest.

Pourtant, Israël a bombardé à plusieurs reprises les plages de Gaza, tuant des Palestiniens vivant dans la partie la plus dépourvue de l’enclave.

L’une des frappes aériennes de la nuit a touché un campement de tentes sur le littoral à l’ouest de la ville de Gaza. Israël avait prévenu de la frappe quelques minutes auparavant, ce qui a poussé les familles à fuir vers la mer avant que le missile ne frappe, détruisant plusieurs tentes et laissant un cratère gigantesque dans le sable.

« Nous dormions, c’était la nuit. Nous avons entendu du bruit et de l’agitation, alors nous sommes sortis pour voir ce qui se passait, et nous avons constaté que tout le monde, dans tout le quartier, dans tout le campement, était en train d’évacuer. Nous sommes partis avec eux », a raconté Ahmed Yassin, qui vivait avec sa femme, ses cinq enfants et d’autres proches dans deux tentes dressées sur les dunes de sable.

Il parlait d’une voix basse et fatiguée. « Nous avons pris nos enfants, qui dormaient. Ma mère est âgée et handicapée. Elle est malade. Nous avons à peine réussi à sortir in extremis. »

Derrière lui, des enfants fouillaient les ruines des tentes, essayant de récupérer ce qu’ils pouvaient parmi les débris.

« Nous n’avons nulle part où aller, aucun abri, rien. Où sommes-nous censés aller ? Nous n’en avons aucune idée. Depuis le début de la guerre jusqu’à aujourd’hui, les attaques n’ont jamais cessé. Ça n’a pas arrêté. Une trêve, un cessez-le-feu… où est ce cessez-le-feu ? De quoi parlent-ils ? Bombardements, destruction, tirs d’artillerie. La guerre fait rage », a déclaré Yassin.

24 juin 2026 – Des membres de la famille Yassin à côté de leurs tentes détruites sur le littoral à l’ouest de la ville de Gaza, après une frappe aérienne israélienne – Extrait vidéo de Mohamed Ahmed

La famille Yassin a été contrainte de quitter son logement de cinq étages situé dans le quartier d’Al-Zeitoun, à Gaza, dès le début de la guerre. Elle s’est dirigée vers le sud, où elle a dû se déplacer à plusieurs reprises avant de revenir vers le nord après l’entrée en vigueur du prétendu « cessez-le-feu ». Elle s’est finalement installée dans une tente sur le littoral.

« Al-Zeitoun est un quartier dangereux ; aujourd’hui, il n’y a plus personne là-bas. Le quartier où nous vivions n’est pratiquement plus qu’une zone de démolition », a déclaré Rana, l’épouse de Yassin.

« Cet endroit ici, était constitué de tentes abritant des civils : des personnes déplacées, des gens qui ont subi l’oppression, l’humiliation, la famine, la guerre et le siège. Et tout cet endroit a été bombardé, toute la zone a été détruite. »

Elle a poursuivi : « Aujourd’hui, comme vous pouvez le voir, nous sommes assis sur les décombres de la tente et nous ne savons ni où aller ni quoi faire. Tout a disparu. Si vous voulez des tentes, tout coûte de l’argent. Si vous voulez du bois, tout coûte de l’argent. Si vous voulez des matelas, des draps, des couvertures, des vêtements pour les enfants… Les enfants n’ont que les vêtements qu’ils portaient lorsque nous avons fui la région. À part ça, il n’y a rien. Il n’y a rien. »

Alors que les températures grimpent en flèche pendant les mois d’été, les Palestiniens de Gaza n’ont pratiquement aucun moyen de se protéger de la chaleur et l’accès à l’eau potable est un véritable calvaire.

L’armée israélienne a pris pour cible les canalisations d’eau, les réseaux d’assainissement et les usines de dessalement, endommageant ou détruisant près de 90 % des infrastructures hydrauliques de Gaza, selon Médecins Sans Frontières (MSF).

« Les Palestiniens de Gaza sont confrontés à une pénurie d’eau délibérément provoquée », a déclaré MSF dans un rapport. « Les familles privilégient souvent la consommation d’eau plutôt que la cuisine ou la lessive, limitent leur hygiène personnelle et recourent à des sources d’eau insalubres ou salines lorsque les livraisons humanitaires sont interrompues. »

Pour les familles déplacées vivant sur le littoral, l’eau est encore plus rare, ce qui pousse certains Palestiniens à creuser leurs propres puits en désespoir de cause.

Mohammed Zayed, qui a été déplacé de Beit Lahia vers une tente installée sur la plage à l’ouest de la ville de Gaza, a creusé un puits de fortune à l’extérieur de sa tente à l’aide d’outils rudimentaires.

« Nous avons été déplacés de nos terres dans le nord de Gaza et vivons désormais au bord de la mer. Nous avons énormément souffert, enduré des épreuves indescriptibles, à cause du manque d’eau. Nous devions attendre les camions-citernes, parcourir de longues distances et passer des heures sous le soleil, juste pour obtenir parfois un seul gallon d’eau [4 litres]. D’autres fois, nous revenions les mains vides et sans eau, incapables de subvenir à nos besoins quotidiens », a déclaré Zayed à Drop Site.

« Nous avons été contraints de nous tourner vers la mer. L’eau de mer est salée, mais nous la recueillions et l’utilisions malgré les grandes difficultés. Nous avons essayé de continuer à vivre, mais nous ne pouvions pas supporter de vivre sans eau ni produits de première nécessité. Alors, grâce à Dieu, j’ai travaillé dur et j’ai creusé ce puits à côté de ma tente. »

24 juin 2024 – Mohammed Zayed a creusé un puits près de sa tente, sur le littoral à l’ouest de la ville de Gaza, où l’accès à l’eau est limité, ce qui lui permet de fournir de l’eau à son entourage, et d’entretenir un tout petit potager à côté de sa tente – Extrait vidéo de Mohamed Ahmed

Le puits de fortune de Zayed est petit mais efficace. Il mesure environ un pied de diamètre ; des morceaux de plastique descendent le long des parois jusqu’à un tuyau étroit et ouvert qui dépasse du sol.

Il a descendu une boîte de conserve attachée à une corde à quelques mètres de profondeur et en a remonté de l’eau fraîche, remplissant lentement un seau en plastique. « L’eau est très fraîche. Elle a soulagé mes difficultés et celles de mon entourage. Les personnes déplacées des tentes environnantes viennent ici pour faire le plein d’eau fraîche », a déclaré Zayed.

Face à la flambée des prix des denrées alimentaires, Zayed a également utilisé cette eau pour irriguer un petit potager qu’il a aménagé à côté de sa tente, où il cultive des aubergines et des courgettes.

« J’ai creusé le puits, trouvé de l’eau et réussi à cultiver des légumes. Cela a considérablement atténué les souffrances de mon entourage », a-t-il expliqué.

« Nous vivons dans des tentes et, dans ces tentes, nous sommes confrontés à tant de difficultés : la chaleur, le froid, les insectes, les rongeurs et le sable. Le sable lui-même nous cause des souffrances. Il s’infiltre dans notre literie, nos vêtements, et affecte nos enfants… Ils développent des démangeaisons et des boutons sur le corps à cause du sable, de la mer et de la chaleur. Que Dieu allège nos souffrances ! »

25 juin 2026 – Drop Site News – Traduction : Chronique de Palestine

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