Un employé de l'UNRWA assiste un enfant à Gaza, dans une école transformée en refuge - Photo : UNRWA
Par Sami Mshasha
Un projet de loi au Congrès vise à démanteler l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens. Cela s’inscrit dans le cadre d’une campagne coordonnée visant à empêcher que les réfugiés palestiniens puissent jamais obtenir justice. Les Palestiniens doivent s’y opposer avant qu’il ne soit trop tard.
Les attaques contre l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine) se sont multipliées sous différentes formes, au fil des décennies : une nouvelle crise fabriquée de toutes pièces, de nouvelles réductions de financement, de constantes restrictions israéliennes et d’incessantes demandes américaines de nouvelles réformes, le tout accompagné du silence et de la complaisance habituelles des Nations unies (l’organisation mère de l’UNRWA).
Depuis la guerre de Gaza, une étape supplémentaire a été franchie dans la plupart des cercles du pouvoir. Washington ne débat plus de la manière dont l’UNRWA devrait fonctionner.
Il se demande si l’UNRWA doit tout simplement exister — et ce débat est désormais ouvert, incarné par le projet de loi H.R.9680, une proposition bipartisane du Congrès intitulée « Loi visant à remplacer l’UNRWA par une véritable aide humanitaire », qui charge le Département d’État (le même département qui avait suspendu tout financement à l’UNRWA dès 2018) de déterminer qui reprendra les activités de l’UNRWA une fois que celle-ci aura disparu.
L’objectif final est clair :
- démanteler les opérations de l’UNRWA dans ses cinq zones d’intervention
- démanteler les camps de réfugiés en Cisjordanie et à Jérusalem-Est
- Encourager l’exode forcé de plus d’un million et demi de réfugiés à Gaza, après avoir détruit la quasi-totalité des camps de réfugiés de la bande de Gaza
- œuvrer à l’intégration, à la réinstallation ou à l’immigration vers un pays tiers des réfugiés palestiniens vivant encore dans des camps en Jordanie, en Syrie et au Liban.
Ce projet de loi ne sera peut-être jamais adopté. Washington n’a pas besoin de cette loi pour agir selon l’hypothèse qui la sous-tend, et cette hypothèse est déjà acquise : un monde sans cette agence se profile, et la planification de ce monde a déjà commencé.
En réalité, la campagne menée au Congrès contre l’UNRWA vise à faire disparaître purement et simplement la question des réfugiés palestiniens.
Israël et ses alliés le comprennent très bien. Chose étonnante, les entités politiques et civiles palestiniennes, y compris les réfugiés et leurs représentants, chargées de défendre cette cause, ont pour la plupart réagi comme si cette grave affaire ne les concernait pas.
L’UNRWA occupe une place centrale dans la politique israélienne pour des raisons qui n’ont guère de rapport avec les écoles, les dispensaires ou l’aide humanitaire et les soins d’urgence qu’elle fournit.
Ces services pourraient, en principe, être confiés à n’importe qui. L’Agence est prise pour cible en raison de ce qu’elle représente. Depuis plus de 75 ans, elle incarne une réalité politique non résolue : des millions de Palestiniens sont toujours des réfugiés parce que les circonstances qui les ont forcés à fuir n’ont jamais été réglées.
Soyons clairs : l’UNRWA n’a pas créé le droit au retour, et ce droit, consacré et codifié par le droit international, ne dépend pas de la pérennité de l’Agence. Elle n’a pas non plus été créée pour résoudre la question des réfugiés. Elle a été mise en place pour venir en aide aux réfugiés palestiniens en attendant la mise en œuvre d’une solution politique juste.
Mais aucune autre institution n’a incarné avec autant de constance la responsabilité permanente de la communauté internationale envers les réfugiés palestiniens, qui attendent une solution équitable à leur problème depuis tant d’années. C’est cette importance politique qui a fait de l’UNRWA la cible d’efforts soutenus et incessants visant à l’affaiblir, à la délégitimer et à la remplacer.
Une autre agence pourrait éventuellement prendre le relais des salles de classe, des dispensaires et des programmes d’aide d’urgence, mais la reconnaissance institutionnelle du fait que la question des réfugiés reste en suspens disparaîtra avec l’UNRWA.
Le démantèlement s’est déroulé simultanément sur trois fronts, qui se renforcent mutuellement.
À Gaza, l’UNRWA a subi la pire attaque jamais dirigée contre une agence des Nations unies — des centaines de membres de son personnel ont été tués, des dizaines de ses écoles, cliniques et entrepôts ont été réduits en cendres dans toute la bande de Gaza —, un événement que le monde a paresseusement qualifié de drame humanitaire plutôt que de le traiter comme une attaque contre une institution des Nations unies.
À Jérusalem, Israël s’est emparé et a démoli le complexe historique qui avait servi de siège à l’UNRWA pendant des décennies, mettant ainsi définitivement fin à la présence opérationnelle de l’Agence dans la ville.
Dans le nord de la Cisjordanie, des opérations militaires ont vidé les camps de Jénine, Tulkarem et Nur Shams, déplaçant pour la deuxième fois des dizaines de milliers de réfugiés. Chacune de ces actions alimente le projet de loi bipartite à Washington : vider physiquement l’institution, la discréditer politiquement, puis légiférer sur sa succession. Une campagne, trois fronts.
L’UNRWA a pour l’essentiel cessé de défendre sa propre cause. Face à une attaque politique existentielle, l’Agence a répondu par une action humanitaire : elle a dénombré les morts, lancé des appels de fonds, documenté les dégâts. Les dirigeants, tant ceux de l’ONU que de l’UNRWA, ne se sont pas montrés à la hauteur de la situation.
Aucune campagne juridique soutenue n’a été menée pour exiger des comptes concernant le meurtre de membres du personnel de l’ONU. Aucun effort sérieux n’a été déployé pour obtenir réparation de la destruction des biens de l’ONU.
Au fil du temps, l’Agence a de plus en plus adopté le vocabulaire commun aux organisations humanitaires contemporaines — résilience (voilà un terme galvaudé et surutilisé qui s’obstine à dépeindre les Palestiniens comme des super-héros et des super-héroïnes), sécurité alimentaire, aide en espèces et travail d’information publique timide et terne.
L’Agence a progressivement abandonné le langage qui distinguait autrefois l’UNRWA de toutes les autres agences humanitaires : mandat de protection temporaire en attendant une solution juste, responsabilité internationale, résolution 194 et, en fin de compte, retour.
L’UNRWA a commencé à se redéfinir bien avant que Washington et Tel-Aviv ne se mettent à la redéfinir — transformant discrètement un mandat politique en mandat humanitaire, convaincue que cela la rendrait plus sûre et apaiserait tant les donateurs que ses détracteurs. Cela a rendu l’Agence plus facile à remplacer.
La quatrième partie responsable de la situation actuelle est celle qui est la plus à même de changer de cap. Qui, du côté palestinien, est aujourd’hui en charge du dossier de l’UNRWA ? Quelle institution palestinienne coordonne la réponse internationale ? Où est la stratégie juridique ? Où est la stratégie parlementaire ? Où est la stratégie vis-à-vis de la diaspora ? Où est le plan annuel contre le démantèlement institutionnel de l’UNRWA ?
Le Comité exécutif de l’OLP n’a pas répondu. Pas plus que le Département des affaires des réfugiés, les Comités populaires, les ambassades ou les centres de recherche qui possèdent davantage d’expertise sur le déplacement des Palestiniens que n’importe quelle agence gouvernementale à Washington.
Et puis il y a toute une série de communautés de la diaspora palestinienne, plus éduquées et mieux intégrées au niveau mondial qu’à aucun autre moment de l’histoire palestinienne, qui assistent à tout cela de l’extérieur.
Les archives historiques de l’UNRWA font encore monter les enjeux. Ces millions de dossiers constituent le témoignage documentaire d’un peuple en exil : des villages, des générations, des revendications foncières, des décennies de mémoire accumulée dont aucune agence qui lui succèderait ne pourrait hériter, car la mémoire institutionnelle ne se transmet pas.
Perdre l’UNRWA, c’est perdre le seul organisme dont le mandat a jamais été de conserver cette mémoire en tant que revendication politique. Les réfugiés peuvent recevoir de l’aide de n’importe qui, mais l’insistance institutionnelle sur le fait que leur déplacement reste sans solution disparaîtra ainsi que la reconnaissance que le monde leur doit plus que de l’aide.
L’histoire met rarement fin aux questions politiques par une seule décision spectaculaire. Elle le fait par une succession de mesures administratives, de changements juridiques, de décisions de financement et de réorganisations institutionnelles qui semblent sans lien entre elles jusqu’à ce que, tissées ensemble, elles produisent une nouvelle réalité politique.
Cette réalité est déjà en train de s’écrire pour l’UNRWA.
Les Palestiniens ne sont pas présents dans la salle où elle est élaborée. Tant que cela ne changera pas, ni le rétablissement du financement ni aucune déclaration diplomatique n’auront d’importance — car la question qui se pose n’est pas celle du budget de l’UNRWA.
Il s’agit de savoir si les réfugiés palestiniens continueront d’exister en tant qu’entité politique ou non.
Auteur : Sami Mshasha
* Sami Mshasha a été porte-parole et directeur de la communication de l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies) pendant plus de trois décennies (il a pris sa retraite en 2022). Il écrit sur les réfugiés palestiniens, la politique palestinienne et l'évolution du rôle de la communauté palestino-américaine dans la vie publique américaine.
7 août 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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