Capituler ou mourir : le « processus de paix » à Gaza et la propagande occidentale

4 août 2026 - Un Palestinien pleure devant les corps de ses proches lors d’un immense cortège funèbre organisé à Gaza pour les 112 membres des familles Abu Sharia et Al-Hassaina, dont les corps avaient été retrouvés sous les décombres de leurs maisons détruites par les bombardements israéliens dans le quartier d’al-Sabra. Ces funérailles ont constitué l’un des plus grands cortèges funéraires jamais organisés dans la bande de Gaza. Les attaques israéliennes contre ces familles ont eu lieu à différentes dates en octobre et novembre 2023, ainsi qu’en mai 2024. Selon les médias palestiniens, 308 personnes ont été tuées ou sont toujours portées disparues sur les lieux. Les équipes de secours et de protection civile continuent de fouiller les décombres à la recherche d’autres corps, malgré les difficultés considérables liées à l’ampleur des destructions et au manque d’engins adaptés en raison du siège israélien en cours. Des milliers de Palestiniens sont toujours portés disparus et restent ensevelis sous les décombres - Photo : Yousef Zaanoun/Activestills

Par Andi Olluri

Andi Olluri soutient que le « processus de paix » à Gaza sert de cadre de propagande visant à légitimer l’occupation israélienne et les objectifs politiques occidentaux, tout en présentant la capitulation et le désarmement des Palestiniens comme des conditions préalables à la paix. Selon lui, les médias et les élites politiques ont systématiquement présenté la violence, l’occupation et les punitions collectives en cours comme de la diplomatie, tout en marginalisant les propositions palestiniennes en faveur d’un règlement politique.

À Gaza, « Israël » s’est effectivement employé à atteindre l’objectif qu’il s’était fixé dès le premier jour, à savoir « ne pas lutter contre une organisation terroriste, mais contre l’État de Gaza », « ne pas fournir à l’autre camp les moyens de prolonger son existence » et ainsi lutter efficacement « non seulement contre les combattants armés du Hamas », mais aussi « contre l’ensemble de la population de Gaza », pour reprendre les propos de Giora Eiland, ancien chef du Conseil national de sécurité israélien.

Tel est l’objectif constant depuis lors, réaffirmé à maintes reprises par les plus hauts dirigeants israéliens. « Nous sommes profondément implantés à Gaza et nous ne quitterons jamais l’ensemble de Gaza – cela n’arrivera pas », a déclaré le ministre de la Guerre, Israël Katz. En bref, « la conquête totale de la bande de Gaza, afin d’établir le contrôle israélien sur l’ensemble du territoire de la bande », comme l’a expliqué le gouvernement en avril.

Le terrain a été préparé l’automne dernier pour la « conquête totale » illégale de la bande de Gaza, lorsque la dite communauté internationale a approuvé la création du Conseil américain pour la paix (BoP) – Orwell aurait adoré ça. Ce brillant coup de propagande a été réalisé après que nous avons tué au moins 200 000 Palestiniens, selon les estimations des services de renseignement occidentaux, et physiquement éradiqué le pays au cours d’une guerre dont l’objectif spécifique était le nettoyage ethnique, avec un sadisme qui aurait fait rougir Pol Pot.

Le contexte s’avère d’ailleurs assez révélateur, et il est bien sûr aujourd’hui complètement tombé dans l’oubli – la couverture médiatique ayant été, dès le départ, quasi inexistante. Les desseins et les plans occidentaux visant à contrôler Gaza ont été pour l’essentiel qualifiés d’agression illégale.

En juillet 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) a statué que l’Occident avait « l’obligation de ne pas reconnaître comme légale la situation résultant de la présence illégale d’Israël dans le territoire palestinien occupé » et de « ne pas apporter d’aide ou d’assistance au maintien de la situation créée par l’occupation et l’attaque illégales d’Israël ».

La CIJ a également ordonné de mettre immédiatement fin à « toute aide financière, économique, militaire ou technologique à l’État d’Israël, et de sanctionner de telles violations », et a exigé que les États terroristes occidentaux versent une « réparation intégrale » aux Palestiniens.

Gaza : la poursuite du génocide est une nécessité pour le pouvoir sioniste

Naturellement, l’Occident a alors immédiatement envoyé des dizaines de milliards d’aide militaire à « Israël » – et s’est directement engagé dans des opérations militaires et l’administration de l’occupation, tandis que les intellectuels occidentaux allaient encore plus loin dans l’auto-glorification de notre engagement en faveur du droit international et de la démocratie.

Cette histoire était d’ailleurs similaire à celle qui s’est déroulée lorsque la Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt contre des terroristes et des criminels de guerre israéliens soutenus par l’Occident. Dans ce cas-là, les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union européenne ont tout simplement détruit la Cour (autrefois chouchoute de l’Occident lorsqu’elle s’en prenait à la Russie) à coups de sanctions écrasantes, de menaces ouvertes et de campagnes de dénigrement soigneusement orchestrées.

Les dirigeants occidentaux ont fait preuve d’une honnêteté rafraîchissante et ont souligné que leur position officielle à ce sujet est que cette cour « est destinée à l’Afrique et à des voyous comme Poutine », selon les propos du sénateur Lindsey Graham. C’est tout à fait exact : nous devons faire semblant de nous soucier du droit international lorsque nous condamnons nos ennemis officiels, et veiller à garder le silence lorsque nous nous livrons à des agissements mafieux à l’échelle mondiale.

Tout cet épisode était manifestement trop embarrassant pour qu’on s’en souvienne, et il a dû être censuré jusqu’à tomber dans l’oubli historique total – une tâche facile pour le système doctrinal occidental.

On y voit clairement la servilité et la lâcheté absolues des médias et des classes intellectuelles, qui se sont ralliés à leur État dans sa campagne de répression contre le droit international et contre des populations sans défense subissant l’agression occidentale.

Eh bien, après tous ces triomphes, le BoP a pu voir le jour. Ses textes fondateurs – comme l’ont d’ailleurs confirmé les événements qui ont suivi – indiquaient clairement que Gaza n’avait aucun droit à la légitime défense, et que l’occupation israélo-américaine pouvait se poursuivre, voire s’étendre. Ainsi, l’objectif même du BoP était de permettre le maintien de la situation créée par l’attaque illégale d’« Israël », au mépris de la Cour internationale de justice – et sous les louanges et l’admiration assourdissantes des médias.

Ainsi, Dennis Ross, haut diplomate américain spécialiste du Moyen-Orient et défenseur des atrocités commises par l’Occident, s’est réjoui que le BoP « soit une source d’espoir » et que la « constellation de forces » composée d’« États-Unis puissants » et de leurs satellites israéliens et arabes « soit également une source d’optimisme ». Tout n’est cependant pas aussi rose, et un problème se pose : « le Hamas […] pourrait tenter de violer les différentes clauses du cessez-le-feu ». Si l’« engagement du Hamas » peut être garanti, alors nous serons en mesure de faire respecter le « plan de paix », pour reprendre les termes du Conseil européen des relations étrangères, le principal forum politique européen.

Massacrer des centaines de milliers de personnes dans une guerre d’extermination illégale, affamer la population, détruire les tribunaux qui se dressaient sur notre chemin : tout cela ne suscite aucune inquiétude et ne mérite pas la moindre mention dans les journaux d’opinion ou le débat public. Seuls « l’espoir » et l’admiration pour notre « force » sont autorisés après un génocide mené à bien.

Le fait même que l’on puisse parler d’un « plan de paix » orchestré par les agresseurs qui procèdent au nettoyage ethnique de la victime est en soi une impossibilité logique. Cela n’est comparable qu’à, disons, une presse nazie débordant d’« optimisme » alors que le Führer met en œuvre son « plan de paix » après avoir conquis la Norvège.

L’absurdité flagrante de tout cela est trop flagrante pour qu’on puisse même en parler, mais elle ne peut être perçue dans une société aussi profondément endoctrinée que la nôtre. Énoncer cette simple vérité est tout simplement incompréhensible, comparable à parler une langue étrangère ou à imaginer un « carré rond ».

On lit, sans que personne ne sourcille, qu’il s’agit là de la « meilleure chance… depuis des décennies de créer une bande de Gaza contrôlée non pas par le Hamas ou Israël, mais par son peuple » (un mensonge éhonté, bien sûr). « Pour la première fois depuis longtemps, des lueurs d’espoir apparaissent à Gaza », et par conséquent « toute personne sensée devrait souhaiter le succès au Conseil de la paix », comme l’a formulé David Ignatius, du journal libéral Washington Post.

Si cela peut être réalisé en écrasant la résistance locale, le Hamas, alors « ce serait en effet un exploit historique » – pour reprendre les mots de Marc Weller, titulaire de la chaire de droit international à Cambridge, illustrant ainsi son mépris pour les décisions de justice et le droit international.

Quel cessez-le-feu à Gaza ? Depuis octobre, les Israéliens ont tué plus de 1000 Palestiniens

La « meilleure chance » pour une Gaza libre ne consiste donc pas à mettre fin à l’attaque, à l’occupation puis à la colonisation, suivies de réparations pour ce crime du siècle. Ni peut-être à se conformer aux ordonnances de la Cour internationale de justice, qui imposeraient en effet toutes ces mesures. Il s’agit plutôt de mener cette « guerre d’extermination : le massacre aveugle, effréné, cruel et criminel de civils », comme le décrit lui-même le plus haut échelons politique israélien, puis d’imposer un ultimatum de capitulation à la population qui n’a pas encore été tuée ou affamée à mort. Ce n’est qu’alors que nous pourrons célébrer les « lumières éclatantes de Gaza ».

Nous constatons clairement à quel point les concepts tels que l’agression illégale, le massacre de masse et le droit international sont totalement ignorés et méprisés par les intellectuels occidentaux. C’est une condition indispensable pour quiconque souhaite être considéré comme un intellectuel respecté, se voir attribuer une belle chaire de droit dans une université prestigieuse ou avoir accès aux médias ; sans cela, il est impossible de prendre part au « débat ».

Bon, revenons à aujourd’hui. Le cher Dirigeant a déclaré que la « paix » avait été rétablie et qu’il fallait détourner le regard, et naturellement, les médias fidèles ont obéi docilement à l’ordre.

Des études minutieuses ont montré que la couverture médiatique occidentale de Gaza a alors immédiatement chuté, tandis que les massacres quotidiens perpétrés par Israël à Gaza (environ 1000 personnes assassinées et plus de 2500 blessées à l’heure où nous écrivons ces lignes) se poursuivent depuis novembre 2025, pratiquement sans la moindre critique.

La seule question qui se pose est de savoir si le Hamas « acceptera » ou non de se désarmer. Traduisons cela en français : notre victime acceptera-t-elle de renoncer à toute résistance face à nos plans d’invasions et d’occupations, se contentant ainsi de respecter notre version frauduleuse des accords, alors que nous en violons les termes chaque jour ? Voilà ce que signifie tout ce « débat » sur le désarmement du Hamas, une fois les euphémismes mis de côté.

En résumé : l’objectif même de ce « cessez-le-feu » frauduleux, destiné à faire baisser la garde du Hamas, est donc de contraindre les Palestiniens à devenir « les exécutants des décisions d’autrui », les laissant « une fois de plus sans aucun contrôle sur leur propre destin » (Martin Griffiths, sous-secrétaire général des Nations unies chargé des affaires humanitaires), et ainsi « empêcher la création d’un État palestinien », selon le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Dans une culture terroriste comme celle-ci, où l’un des principes fondamentaux est que personne n’a le droit de se défendre contre les attaques occidentales, il est naturel que nous soyons furieux et inquiets au moindre signe indiquant que les Palestiniens tenteraient de se défendre au lieu de capituler. Sur cette question, un consensus proche de 100 % règne sur l’ensemble du spectre politique.

Par exemple, l’ancien correspondant de l’AP au Moyen-Orient, Dan Perry, a fustigé le fait que « le Hamas se moque… du plan de Trump » – et non des États-Unis et d’« Israël », bien sûr. Les Palestiniens, donc, « sont toujours prisonniers sous la botte d’une mafia djihadiste qui a détruit leurs vies » – là encore, et non pas le génocide et la guerre d’extermination menés par l’Occident – et par conséquent, « Israël n’acceptera jamais un État palestinien tant que le Hamas restera une milice armée susceptible de reprendre le pouvoir ».

Puisque tout le monde a déjà intégré l’idée que personne n’a le droit de se défendre contre une attaque occidentale, il est inutile de se demander pourquoi le Hamas et les Palestiniens devraient accepter l’existence d’un État fantoche armé par l’Occident qui les occupe et mène sans cesse des guerres d’agression contre la population civile, jugées illégales par la Cour internationale de justice. Ou encore, pourquoi les Palestiniens devraient accepter le « plan » meurtrier de l’agresseur, qu’ils n’ont pas le droit de dicter. Ou encore, pourquoi « Israël » et l’Occident, les agresseurs, ne devraient-ils pas être soumis aux mêmes critères que les populations occupées et attaquées, et être contraints de désarmer alors qu’ils mènent de multiples guerres d’agression dans la région ? Ces suggestions ne sont pas réfutées ; elles sont simplement inconcevables dans l’esprit des élites occidentales – un exploit considérable dans l’histoire du lavage de cerveau.

Prenons l’exemple de Dennis Ross et David Makovsky, « experts » de premier plan en politique étrangère et conseillers principaux d’Obama pour le Moyen-Orient. « Le succès » du « plan de paix » « dépendra du désarmement du Hamas », ont-ils déclaré, avertissant que « si le Hamas choisit de ne pas se désarmer et que Gaza ne se réunifie pas, l’avenir s’annonce sombre ».

De même, Thomas Friedman, chroniqueur au New York Times, s’est montré inquiet : « Est-ce que je pense que cela [le désarmement du Hamas] serait facile ? Bien sûr que non. Est-ce que je pense que les Palestiniens ont une classe dirigeante vieillissante et corrompue qui doit être remplacée, dynamisée et réformée — et qui a beaucoup à se reprocher quant à leur propre sort ? J’en suis convaincu. » Par conséquent, le « désarmement » doit être imposé — peut-être sans Netanyahou — afin que l’Occident puisse « consolider ses gains stratégiques ».

De même, Elliot Abrams et ses collègues s’inquiétaient du fait que la résistance palestinienne « ait largement refusé de déposer les armes… En conséquence, les Forces de défense israéliennes ne peuvent pas se retirer de Gaza ». De plus, « il n’existe aucun moyen facile de contenir le Hamas », car « le Hamas, après tout, est aussi intransigeant et belliqueux que peuvent l’être les groupes terroristes ».

Laissons de côté les falsifications des faits et examinons cette logique, que tout le monde considère comme correcte. Selon leurs propres critères, la Palestine – ainsi qu’une multitude d’autres pays attaqués par l’Occident, tels que l’Iran, le Yémen ou le Liban – devrait donc envahir « Israël », tuer (proportionnellement) un million d’Israéliens, anéantir physiquement la majeure partie d’« Israël », l’occuper et exiger la capitulation de la population, tout en larguant des bombes sur ses bailleurs de fonds à Washington, Bruxelles, Londres, etc. « Israël, après tout, est aussi intransigeant et belliqueux que les États ‘terroristes’, et il a ‘largement refusé de rendre ses armes’ et de mettre fin à son agression conformément aux ordonnances de la CIJ ; par conséquent, le Hamas ne peut pas se retirer de Tel-Aviv. »

Malgré les menaces, la résistance palestinienne ne désarmera pas

Mais rien de tout cela ne peut être abordé – certainement pas dans une publication destinée au grand public –, car le niveau de fanatisme, de déformation des faits et de frénésie génocidaire est bien trop élevé dans les milieux politiques et culturels occidentaux.

En d’autres termes, seul le débat tactique sur la meilleure façon d’écraser notre victime et de nous assurer qu’elle ne pourra pas riposter est autorisé à paraître. Il est tout à fait inconcevable qu’il puisse y avoir, où que ce soit, un débat tactique sur la meilleure façon pour les Palestiniens – la partie attaquée et victime d’un nettoyage ethnique – de vaincre « Israël » et ses maîtres occidentaux, et sur le fait que nous devrions leur envoyer une aide militaire pour y parvenir.

Prenons, par exemple, Julie Norman, l’une des principales « spécialistes » du Moyen-Orient. Elle a expliqué qu’il « était toujours probable que le passage du cessez-le-feu initial à la deuxième phase du plan en 20 points du président américain Donald Trump soit difficile ». La raison ? Principalement parce que « le Hamas a rejeté un plan de désarmement » proposé par « le ‘Conseil de paix’ dirigé par les États-Unis ». Par conséquent, « aucun processus de paix ne se profile à l’horizon, et aucune voie politique ne s’offre au Hamas si le groupe dépose les armes ».

En résumé, « Gaza devra également se déradicaliser » et être désarmée ; ce n’est qu’alors que la « paix durable » et le « processus de paix » pourront se concrétiser (The Atlantic).

Le « processus de paix » est une expression curieuse utilisée dans le discours politique. Elle signifie tout simplement ce que l’Occident décide de dire à un moment donné. Si « Israël », Washington et l’UE ont physiquement détruit un pays, tué un dixième de la population (presque exclusivement des civils), ignoré les ordonnances de la CIJ visant à mettre fin à l’occupation illégale, opposé leur veto à toutes les résolutions diplomatiques au Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), puis exigé que les survivants de Gaza se rendent sans condition – alors c’est cela, par définition, le « processus de paix ».

Par ailleurs, notons que tout le monde tient pour acquis que le Hamas n’a pas été disposé à accepter une résolution politique par la voie diplomatique. Ce conte de fées – qui est un renversement total de la réalité et qui est entretenu par les médias – constitue un coup de propagande remarquable lorsque l’on examine les faits réels.

Malheureusement, le récit historique tel qu’il est présenté est pratiquement impossible à rectifier en raison de la malhonnêteté des médias occidentaux et des classes intellectuelles, qui ont accompli un travail impressionnant pour déformer les faits évidents, comme ils se devaient de le faire.

Dans la réalité, les États-Unis et « Israël », avec le soutien enthousiaste de leurs partenaires européens, ont rejeté toutes les propositions émanant du Hamas, du Conseil de sécurité de l’ONU, de la Ligue arabe, etc., propositions qui, en réalité, se montraient toutes absurdement conciliantes envers « Israël » et allaient parfois au-delà des revendications maximalistes et rejectionnistes formulées même par les Israéliens.

Par souci de concision, je me limiterai à l’histoire couvrant l’année qui précède aujourd’hui, mais cela a été une constante tout au long de la guerre d’extermination menée à Gaza.

Au printemps 2025, le Hamas a accepté le vaste plan de reconstruction proposé par la Ligue arabe, qui prévoyait que le Hamas quitte le pouvoir et soit remplacé par un « comité » technocratique — ce qui a été immédiatement rejeté par les États-Unis et « Israël », car cela faisait obstacle au « nettoyage ethnique » des Palestiniens de Gaza « sous quelque prétexte ou justification que ce soit ».

Le Hamas a présenté une proposition distincte visant à « mettre fin à la guerre à Gaza » grâce à une trêve de cinq ans, ainsi qu’à « libérer tous les otages d’un seul coup ».

En septembre, le Hamas a réitéré sa « volonté de conclure un accord global » prévoyant la libération de « tous » les otages et la cession « immédiate » de tout pouvoir sur Gaza, mettant ainsi « fin à la guerre », en échange de la fin de l’occupation israélienne.

En décembre, le Hamas a proposé « la garantie qu’aucune arme ne serait tirée depuis Gaza contre Israël, et qu’il s’y emploierait en enterrant les armes », ainsi qu’une trêve totale « d’une durée de sept à dix ans entre Gaza et Israël, pendant laquelle le Hamas n’utiliserait pas d’armes »..

Ce mois-ci, en mai, les factions palestiniennes, dont le Hamas, « ont demandé que les négociations sur le désarmement du Hamas et d’autres groupes soient subordonnées à l’octroi de droits politiques au peuple palestinien “dans le cadre national”, ainsi qu’à des engagements garantissant que la population de Gaza ne ferait plus l’objet de meurtres ».

Toutes ces propositions ont été catégoriquement rejetées par l’Occident et « Israël » (ce qui les a automatiquement rayées de l’histoire et de la couverture médiatique dominante), celui-ci n’offrant en contrepartie que des exigences maximalistes que, nous le savons, les Palestiniens ne peuvent accepter. À savoir, le désarmement et la vulnérabilité avant même qu’on leur accorde la moindre garantie en échange. Ils doivent faire confiance à Washington et à Tel-Aviv pour qu’ils se comportent correctement et respectent les traités et les accords.

Gaza : une prétendue phase 2 pour une phase 1 et un cessez-le-feu qui n’ont jamais existé

Les propagandistes occidentaux ne parviennent pas à comprendre pourquoi les Palestiniens n’acceptent pas avec joie ce signe de notre générosité et de notre humanisme, après avoir gobé leur propre rhétorique grandiloquente et embarrassante sur les « offres de paix ». Mais les victimes n’ont aucun mal à voir clair dans la réalité que l’on tente de masquer, pour avoir été témoins des précédents « cessez-le-feu » rompus par Israël à Gaza, de la « diplomatie » en Iran, au Liban, etc.

En réalité, la position conciliante du Hamas dans les négociations diplomatiques est non seulement infiniment plus ouverte que celle d’« Israël », mais peut-être même unique dans l’histoire moderne. Face à un agresseur sans scrupules et à la superpuissance mondiale menant une guerre dans le but – et en pratique en parvenant à – l’éradication physique de son pays, le Hamas est prêt à garantir sa sécurité, à accepter de ne disposer d’aucun moyen d’autodéfense contre de futures attaques, etc. Il n’exige même pas qu’« Israël » restitue les territoires qu’il occupe illégalement, ni qu’il verse des réparations, ce qui constitue pourtant la mesure minimale requise selon l’arrêt de la CIJ.

Plus choquant encore, le Hamas n’exige même pas que les États-Unis et « Israël », ces agresseurs qui bafouent constamment les accords et les traités et attaquent de nombreux pays de la région, se désarment. Ce serait pourtant le strict minimum qu’exigerait toute personne sensée observant la situation.

La situation est claire : la volonté du Hamas de faire des concessions dans le cadre de négociations diplomatiques est – à ma connaissance – sans précédent dans l’histoire politique moderne, puisqu’il accepte des concessions plus importantes que celles prévues, par exemple, par le traité de Versailles. Et il ne peut exiger – et n’exige donc pas – même les droits minimaux auxquels il aurait droit dans toute négociation honnête avec les États-Unis et « Israël », car les États occidentaux ne toléreraient jamais ne serait-ce que l’idée même d’une telle chose.

Mais ces vérités d’une évidence banale, ainsi que l’abondante documentation qui les illustre, ne peuvent être évoquées dans un climat culturel tel que le nôtre, où l’engagement en faveur de la terreur et de l’anarchie prospère et où la population doit être soigneusement protégée du dangereux monde des faits.

En bref, « Israël s’est vu accorder de fait le droit de torturer les Palestiniens » et de poursuivre sa guerre d’extermination, « car la plupart de vos gouvernements, de vos ministres, l’ont permis », comme l’a déclaré la rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese (qui a fait l’objet de sanctions de la part des États-Unis).

C’est par le biais de ces techniques de propagande et de ces déformations dont il est question ici que les médias et les intellectuels ont présenté la version propagandiste, imposée par le gouvernement, du « processus de paix ». Ils ont ainsi « permis » à nos gouvernements de détourner l’attention de la réalité fondamentale de ce qui se passe, alors qu’ils exterminent Gaza sous le mince prétexte de la « diplomatie ».

1er juin 2026 – Al-Mayadeen – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau

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