Comment résoudre la catastrophe de l’eau contaminée à Gaza ?

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En moyenne un Palestinien consomme 70 litres d'eau par jour, et un Israélien 280... - Photo : lifegate.it
Sandy TolanÀ peine 3% des puits d’eau potable de Gaza sont propres à la consommation humaine et la crise de l’eau fait des victimes.

Cet article est le deuxième d’une série en deux parties sur la crise de l’eau à Gaza. Le premier, qui examine la catastrophe de l’eau et de la santé à Gaza, a été publié le lundi 29 octobre.

Gaza – En ce qui concerne la survie à Gaza, une eau potable saine et propre ne figure pas en tête de la liste des priorités de Mousa Hillah.

Depuis la guerre de 2014, Hillah, connu des voisins et de la famille sous le nom d’Abou Ali, a des inquiétudes bien plus graves, profondément ancrées dans le visage épuisé de ce grand-père âgé de 48 ans.

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Mousa Hilleh, 48 ans, a reconstruit sa maison après la guerre de Gaza en 2014 et il nous fait savoir que le fait de ne pas avoir accès à de l’eau potable est une préoccupation majeure – Photo : Abdel Kareem Hana/Al Jazeera

Évitant les tirs d’obus de chars israéliens, il s’est sauvé avec sa famille après la destruction de son quartier de Shuja’iyya, écrasé par Israël dans une attaque si dévastatrice – 7 000 obus en à peine une heure – qu’elle a étonné même les responsables de l’armée américaine. (« Saint bejeezus ! » s’exclama un général à la retraite.)

La famille s’est réfugiée pendant des mois dans la maison d’un beau-frère au bord de la mer, avec 50 autres personnes. À leur retour, Abou Ali a retrouvé sa maison – celle qu’il avait construite après 30 ans de travaux de construction en Israël – complètement détruite.

Brique par brique et planche par planche, il la reconstruisit, ornant son entrée principale – dose d’ironie mordante – avec des obus de chars réutilisés.

Et maintenant, alors qu’il est assis dans la lumière filtrée du matin sous un réseau de feuilles de vigne, il s’inquiète moins pour l’eau potable que du drone israélien qui bourdonne au-dessus de sa tête – souvent le signe annonciateur d’une prochaine attaque.

« Je veux pouvoir dormir en toute quiétude », dit Abou Ali, alors que sa famille se réfugie à l’intérieur de la maison reconstruite. « Je ne me sens pas en sécurité chez moi. »

Ainsi, l’eau saumâtre et non potable qui jaillit de son robinet, ou l’eau douce avec une possible contamination fécale stockée dans son réservoir sur le toit, sont les questions d’Abou Ali dans la catégorie des nuisances extrêmes.

Ce matin même, par exemple, l’électricité n’a été fournie que de 6h30 à 8h30.

Abu Ali s’est plaint avant que le camion de livraison d’eau n’arrive : « C’est trop tard pour pomper l’eau sur le toit ».

La pénurie d’eau potable est une préoccupation majeure, mais il est clair que l’inquiétude suscitée par le bourdonnement du drone passe avant tout.

La catastrophe de l’eau à Gaza

Pourtant, si la bande de Gaza devient véritablement « inhabitable » d’ici 2020, comme le prédisent l’ONU et des groupes humanitaires, ce sera en grande partie à cause de l’effondrement total du système d’approvisionnement en eau potable et de traitement des eaux usées, responsables de maladies.

En raison de la catastrophe de l’eau et du traitement des eaux usées à Gaza, les experts dans le domaine de la santé constatent actuellement une forte augmentation de maladies d’origine hydrique et alimentaire, notamment la gastro-entérite, la diarrhée sévère, la salmonelle, la fièvre typhoïde, une « ampleur alarmante » du retard de croissance chez les jeunes enfants, et même un phénomène appelé le syndrome de « bébé bleu ».

Des études médicales indépendantes examinées par des pairs ont également documenté une augmentation alarmante de l’anémie et de la mortalité infantile. Et les médecins des hôpitaux de Gaza signalent maintenant un nombre accru de cancers pédiatriques.

Pendant des années, ces tourments ont semblé être isolés du monde extérieur par des successions de clôtures, de portes verrouillées, de patrouilles de drones et d’avions de combat israéliens, ainsi que par le dédain et l’indifférence de la communauté internationale.

Maintenant, enfin, de Washington aux capitales européennes, et même dans l’infrastructure sécuritaire israélienne à Tel Aviv, des sonnettes d’alarme retentissent, avertissant qu’il faut faire quelque chose pour empêcher la catastrophe de l’eau à Gaza de devenir incontrôlable.

« Si vous voulez vraiment changer la vie des gens, vous devez d’abord résoudre le problème de l’eau », a depuis Gaza déclaré Adnan Abu Hasna, le porte-parole de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens à Gaza.

Comment la crise de l’eau a-t-elle commencé ?

La crise a essentiellement commencé avec la création d’Israël en 1948, lorsque des centaines de milliers de Palestiniens ont été chassés de leurs villes et villages et que la population de Gaza a quadruplé en quelques semaines.

Aujourd’hui, les trois quarts des deux millions d’habitants de Gaza sont des réfugiés. Les descendants [des réfugiés de 1948] exercent une pression immense sur l’aquifère de Gaza, l’amenant si bas que l’eau de mer y pénètre.

Ce qui accroît la pression sur l’aquifère, ce sont les milliards de litres pompés par l’industrie des agrumes de Gaza, maintenant en récession, et les milliards de plus par les colons israéliens de Gaza, qui ont largement contribué à épuiser une poche d’eau douce avant qu’Israël ne les fasse partir en 2005.

Maintenant, à peine 3% des puits d’eau potable de Gaza sont propres à la consommation humaine.

L’aquifère est gravement contaminé par les nitrates, causant des maladies résultant de l’utilisation de pesticides et des eaux usées qui s’écoulent librement, car la station d’épuration de Gaza est fermée par manque d’alimentation électrique.

Photo : Abdel Kareem Hana/Al Jazeera
Le blocus a également retardé l’entrée d’infrastructures vitales pour la gestion de l’eau – Photo : Abdel Kareem Hana/Al Jazeera

Et l’eau potable dessalée utilisée par les deux tiers des habitants de Gaza, selon des tests effectués par l’Autorité palestinienne de l’eau, est sujette à la contamination fécale, provoquant davantage de maladies et faisant peser un risque grave sur la santé des enfants de Gaza.

Le bombardement par Israël des infrastructures de distribution d’eau – y compris des puits, des citernes, des pipelines et des stations d’épuration – lors de la guerre d’agression de 2014 – a aggravé la situation.

En théorie, un accord de paix général aurait pu éliminer les problèmes en reliant Gaza à la Cisjordanie, où le vaste aquifère de montagne est assez grand pour résoudre la crise de l’eau à Gaza.

En l’état, il n’y a pas de paix. Les deux territoires sont éclatés et Israël contrôle impitoyablement toutes les ressources en eau, du Jourdain à la Méditerranée.

Face à cette crise sanitaire, les experts, responsables politiques, responsables humanitaires et simples Gazaouites doivent débattre du meilleur moyen de sortir de la catastrophe de l’eau à Gaza.

« Volé par les Israéliens »

« Nous disposons de 15% de nos ressources en eau et le reste est volé par les Israéliens », a déclaré Mazen Al Banna, vice-ministre de l’autorité des eaux du gouvernement du Hamas.

Au moment où il s’exprime, une ambulance sirène hurlante et un cortège funèbre lent et triste passent devant le bureau du ministre à Gaza-Ville – en mémoire des trois Gazaouis tués dans des attaques aériennes israéliennes la veille.

Il y a des décennies, Israël s’est accaparé le fleuve Jourdain et a redirigé une grande partie de son flux vers les équipements de son opérateur national de l’eau.

Tout aussi important, Israël contrôle l’aquifère de montagne, en vertu des accords d’Oslo qui interdisent aux Palestiniens de forer des puits – même si l’aquifère se trouve presque entièrement sous le sol de la Cisjordanie.

« Et cela va à l’encontre du droit international », dit Al Banna. « Je parle des droits palestiniens sur l’eau. C’est très important. »

Cependant, défendre les droits des Palestiniens à l’accès à l’eau équivaut à débattre du Droit de retour des réfugiés palestiniens. Cela peut être inscrit dans le droit international, mais cela reste une perspective lointaine et incertaine dans la réalité politique actuelle.

Au lieu de cela, les ministres du Hamas et tous les autres habitants de Gaza doivent faire face au siège économique en cours imposé par Israël, qui a restreint la circulation des produits de première nécessité, notamment des fournitures médicales et des éléments essentiels pour les infrastructures d’approvisionnement en eau.

« L’occupation et le siège sont les principaux obstacles au maintien de la santé publique dans la bande de Gaza », a déclaré une étude publiée en 2018 dans le Lancet, qui cite « des effets importants et néfastes sur les soins de santé. »

Selon un rapport publié en 2017 par le groupe israélien de défense des droits de l’homme, B’tselem : « Pendant le siège, le système de santé s’est encore détérioré en raison du manque d’équipements médicaux, de médicaments et de véhicules de secours et en raison des coupures de courant prolongées et fréquentes. »

Le siège israélien restreint considérablement les mouvements des personnes et des équipements à destination et en provenance de Gaza – y compris les matériaux à « double usage » qui, selon l’occupant, pourraient servir à des fins tant civiles que militaires.

C’est une raison directe du fait que près de la moitié de la population est au chômage et qu’un nombre croissant de Gazaouites – maintenant plus des trois quarts de la population – dépendent de l’aide humanitaire.

Le blocus a également retardé la mise en place d’infrastructures vitales d’approvisionnement en eau – dans certains cas pendant des années.

Une usine de dessalement proposée pour la ville de Gaza, par exemple – l’une d’une série d’usines proposées – a été retardée depuis 2010 en raison de restrictions sur la double utilisation.

« Bientôt huit ans », déclare Yasmin Bashir, coordinateur du projet pour le service d’eau de la municipalité côtière de Gaza. « Nous avons reçu le financement en 2012. Cette usine est censée servir les personnes qui souffrent d’eau de mauvaise qualité et à haute salinité. »

Pendant des années, Bashir a continué à soumettre « une longue liste » de matériaux à l’approbation d’Israël, y compris des tuyaux, des pompes et des pièces de rechange pour l’usine de dessalement.

« Mais à cause du blocus et de la fermeture fréquente des accès, cela a retardé l’entrée de matériel à Gaza. »

Et ce n’est qu’un projet.

« Nous gérons plus de 25 projets à ce jour », a ajouté Bashir.

Maintenant, même des voix au sein de l’armée et de l’infrastructure sécuritaire israéliennes lancent des avertissements.

Selon un rapport publié en 2017 par l’Institut d’études sur la sécurité nationale d’Israël, « les sévères limites d’accès et de déplacement imposées par Israël et l’Égypte ont entravé les travaux de réparation et de reconstruction post-conflit ».

La longue liste d’articles à double usage fixée par Israël, selon le rapport, « comprend 23 articles essentiels » nécessaires au secteur WASH de Gaza (eau, égouts et hygiène), « tels que des pompes, du matériel de forage et des produits chimiques pour la purification de l’eau ».

Le dessalement est-il la solution ?

Un consensus se dégage actuellement entre l’Autorité palestinienne, l’ONU, les donateurs internationaux et même, semble-t-il, l’armée israélienne, en vue de créer un réseau de grandes usines de dessalement et d’assainissement.

Cette solution coûte au moins 500 millions d’euros et serait au mieux utilisable d’ici plusieurs années, si jamais elle voit le jour.

« Bien sûr, Gaza a besoin de ce projet », a déclaré Rebhi al Sheikh, ancien vice-ministre de l’Autorité palestinienne [AP] de l’eau à Ramallah.

D’autres critiquent une solution de développement démesurée et coûteuse qui représente une technologie inappropriée pour une population appauvrie qui aurait du mal à supporter le coût de l’eau dessalée.

« Les plans fantastiques », explique Clemens Messerschmid, un hydrologue allemand basé à Ramallah, ne tiennent pas compte du fait que « Gaza ne peut se le permettre. Vous ne pouvez que commencer à pleurer si vous regardez le PIB ».

Il affirme que les entrepreneurs extérieurs, y compris en Israël, seraient les principaux bénéficiaires du programme de dessalement.

Selon Messerschmid, la quantité d’eau que l’usine produira ne suffira peut-être pas à satisfaire les besoins de Gaza. « Vous n’atteignez pas ces quantités dans des conditions réalistes à Gaza ».

Pourtant, le plan de dessalement semble prendre de l’ampleur.

Les agences humanitaires, les gouvernements étrangers et même, semble-t-il, un comité d’intervention d’urgence de l’armée israélienne se joignent aux préoccupations de l’AP concernant la crise de l’eau à Gaza.

Dans un document de « réponse d’urgence à Gaza », distribué à des « amis, amis et collègues », l’armée israélienne appelle à « une réponse humanitaire immédiate » pour « améliorer l’approvisionnement en énergie » et « accroître l’accès à l’eau potable » à Gaza.

Malgré la poussée générale vers le dessalement, une usine pilote dans le sud de Gaza peine à fonctionner.

Une visite en plein midi vers la fin de l’été a révélé une station sans activité. Les oiseaux piaillaient dans les structures du bâtiment : pas d’alimentation électrique…

« Nous n’en avons pas plus de quatre heures ces jours-ci », a déclaré le directeur de l’usine, Kamal Abu Moamar. « Mais nous espérons. »

Il attend de ses supérieurs, les ministres de l’Autorité palestinienne, qu’ils résolvent le problème. « Mais nous ne savons pas comment ni quand. »

Même si les usines sont construites, rien ne garantit qu’elles resteraient debout. Certains responsables se demandent si Israël déciderait de bombarder les usines de désalinisation lors de la prochaine guerre contre Gaza, tout comme il a bombardé la centrale électrique de Gaza et d’autres infrastructures essentielles lors des précédentes guerres.

« Personne ne peut dire à Israël qu’il fait ce qu’il ne doit pas faire », dit Al Banna, du mouvement Hamas. « Israël n’a que faire du droit international et personne ne peut empêcher Israël de faire tout ce qu’il veut. »

Dans le document « Emergency Response », l’armée israélienne approuve le plan de dessalement de Gaza, mais n’a jusqu’à présent offert aucune garantie de ne pas cibler ces installations lors de la prochaine guerre.

Al Jazeera a contacté un porte-parole de l’armée israélienne une douzaine de fois, mais n’a pas reçu de réponse à la date de publication.

La question a donc été posée à Gregor von Medeazza, expert en eau et assainissement de l’UNICEF à Gaza : « Dans ces conditions, l’investissement de centaines de millions de dollars pris sur les fonds de donateurs ne représentait-il pas un risque trop important ? »

« Toute infrastructure court un risque », a-t-il déclaré, « [Mais] quelle est la voie à suivre ? »

Au-delà des frontières de Gaza

Les autres risques abondent, à la fois avec l’eau de Gaza et ses eaux usées qui se jettent à la mer à un rythme de 110 millions de litres par jour.

Ces risques vont bien au-delà des frontières de Gaza et se dirigent vers le nord à cause des courants.

Gidon Bromberg, directeur d’Ecopeace Middle East, basé à Tel Aviv, a déclaré que les eaux usées de Gaza entraînaient la fermeture des plages israéliennes et, à un moment donné, la fermeture de l’usine de dessalement d’Ashkelon, qui fournit 15% de son eau potable à Israël.

Bromberg a déclaré que les Israéliens ne pouvaient pas continuer à ignorer la catastrophe humanitaire à Gaza.

Il a qualifié cet effet de « bombe à retardement » et a mis en garde contre une épidémie de pandémie – conséquence directe de la contamination de l’eau venue de la bande de Gaza.

Si cela se produit, dit Bromberg, les habitants de Gaza pourraient se rendre à la clôture israélienne, et pas « avec des pierres ou des roquettes », mais « avec des seaux », exigeant de l’eau propre.

« Dieu nous en préserve, si l’armée de l’un ou l’autre côté, Israël ou l’Égypte, commence à tirer sur des gens qui s’approchent de la clôture, désespérés d’avoir de l’eau potable. »

* Sandy Tolan est l’auteur du best-seller international The Lemon Tree et du célèbre livre Children of the Stone, sur le rêve d’un Palestinien de créer des écoles de musique sous l’occupation militaire israélienne. Il est professeur à la Annenberg School for Journalism and Communication de l’Université de Californie du Sud.

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30 octobre 2018 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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