L’élection de Jamila al-Shanti et Fatima Shurrab à la direction du Hamas brise « le plafond de verre »

Jamila al-Shanti (ici au centre) et Fatima Shurrab sont devenues les premières femmes à être élues au bureau politique du mouvement de résistance islamique Hamas - Photo: via The Palestine Chronicle

Par Adnan Abu Amer

Les résultats des récentes élections au sein du Hamas dans la bande de Gaza sont significatifs car, pour la première fois depuis sa création en 1987, deux femmes ont rejoint le bureau politique du mouvement.

Cette évolution a attiré l’attention de la communauté palestinienne, arabe et internationale, car elle contredit définitivement le stéréotype diffusé par la propagande israélienne selon lequel le Hamas est un mouvement religieux obscurantiste qui exclut les femmes et ne leur donne pas la place légitime qui leur revient.

Le Hamas lui-même a annoncé que Jamila Al-Shanti et Fatima Shurrab seraient membres du bureau politique jusqu’en 2025.

Al-Shanti, âgée de 66 ans, est une dirigeante du mouvement des femmes et membre du Conseil législatif palestinien [CLP]. L’État d’occupation israélien l’a placée sur sa liste des dirigeants visés par des projets d’assassinat, après qu’elle et d’autres femmes aient réussi à briser le siège de la mosquée Umm Al-Nasr à Beit Hanoun en 2006.

Un certain nombre de femmes avaient été tuées et blessées par les forces israéliennes d’occupation.

Lire également : La Charte du mouvement Hamas : version française

Shurrab est la responsable de la section des femmes du Hamas et occupe une position de premier plan parmi ses membres féminins. Elle est impliquée dans des activités populaires et politiques.

« Le processus électoral du mouvement permet aux femmes d’être élues et d’occuper des postes de responsabilité dans la prise de décision », a déclaré le Hamas. « Il garantit leurs droits dans le travail conjoint ou séparé. »

Cela met en lumière la position des femmes dans la pensée et le comportement politiques du Hamas. Depuis sa création, le mouvement a compris le rôle que jouent les femmes en tant que piliers fondamentaux de la société et qui ne sont certainement pas subordonnés aux hommes.

Il a formé le Département de l’action féminine à la fin des années 80, disposant d’un statut identique à ses autres comités d’organisation, avec un budget et des activités publiques.

La présence de femmes dans les rangs du Hamas a attiré de nouveaux membres, notamment parmi les étudiants des universités. Il convient de noter que les femmes membres du mouvement ont toute latitude de se mobiliser et d’opérer dans le domaine public.

Elles font usage d’un discours religieux qui influence tous les Palestiniens, en particulier dans les zones rurales et les camps de réfugiés, où les communautés sont plus conservatrices et sensibles à la dimension religieuse qui domine le discours politique du Hamas.

Les Palestiniens se réunissent pour célébrer le 32e anniversaire du mouvement Hamas à Gaza le 16 décembre 2019 – Photo : Mohammed Asad / Middle East Monitor

Les élections législatives de 2006 avaient été une occasion historique de mettre en évidence le rôle des femmes au sein du Hamas, et le mouvement avait tenu à présenter des candidatures féminines.

Dans une déclaration datée du 2 janvier 2006, le Hamas avait fait part de sa décision de promouvoir les femmes par rapport aux homme, introduisant une législation qui protège les droits des femmes et affichant son intention de résister aux tentatives de marginalisation. Six femmes avaient remporté des sièges au Conseil législatif sur la liste du Hamas : Jamila Al-Shanti, Maryam Farhat, Samira Al-Halaiqa, Mona Mansour, Hoda Naim et Maryam Saleh.

Néanmoins, l’élection d’Al-Shanti et Shurrab au bureau politique confirme un réel changement au sein du Hamas en termes de vision positive du rôle des femmes. Dans ce cadre, elles assureront des postes de direction dans les municipalités, le parlement et les ministères, ainsi qu’au sein de l’organisation.

Le siège du mouvement des femmes du Hamas dans la ville de Gaza est une véritable ruche. C’est là que ses membres féminins participent à des comités pour, entre autres, la formation, les relations publiques et l’éducation, les activités bénévoles.

Rien de surprenant, bien sûr, car le Hamas sait par expérience que les femmes ont toujours été au cœur de la résistance à l’occupation israélienne. Elles ont maintes fois démontré leurs capacités et leur efficacité dans des rôles en première ligne, c’est pourquoi le Hamas a complètement intégré les femmes dans sa structure organisationnelle, et pas seulement dans un département particulier.

Lire également : La nouvelle stratégie du mouvement Hamas

Des femmes font partie du Conseil général de la Choura, la plus haute instance du Hamas. Il y a encore beaucoup à faire pour parvenir à une représentation complète des femmes dans les institutions du Hamas, malgré le grand progrès de ces dernières années, et il y a un débat en cours pour faire évoluer la perception d’une telle représentation au sommet du mouvement.

Il convient de souligner qu’il existe une différence importante entre les deux principaux organes du Hamas, le Conseil de la Choura et le Bureau politique. Le premier a un rôle consultatif, donc non contraignant pour la direction, et compte des dizaines de membres, dont plusieurs femmes.

Le bureau politique, quant à lui, ne compte que quinze membres et ses décisions ont force de loi pour le mouvement. Il est réconfortant de constater que des femmes aient enfin franchi le « plafond de verre » et aient été élues à ce niveau.

Depuis sa fondation, le Hamas a reconnu que la femme musulmane avait « un rôle non moins important » que celui de l’homme musulman dans la lutte de libération. « Elle est notre créatrice. Son rôle dans l’orientation et l’éducation des nouvelles générations est énorme. »

Malgré tout, l’implication des femmes dans la résistance armée a été limitée en raison de barrières juridiques, de restrictions religieuses et de normes dans la société.

Le principe en était inacceptable jusqu’à ce que Reem Riyashi ait mené une attaque contre Israël en janvier 2004 au passage d’Erez dans le nord de Gaza. Cela a entraîné un changement dans la vision du Hamas sur une telle implication.

En avril 2007, la branche militaire du mouvement, les Brigades Al-Qassam, a annoncé la formation de sa première cellule composée de femmes.

L’élection de deux femmes au bureau politique du Hamas illustre comment le mouvement s’appuie fortement sur les femmes aujourd’hui, autant que sur les hommes, en particulier dans la mobilisation et le soutien populaires.

Cela sera essentiel dans les campagnes électorales des prochains mois. Jamila Al-Shanti et Fatima Shurrab ont donné un exemple qui sera probablement suivi par beaucoup plus de femmes au sein du Hamas dans les années à venir.

* Adnan Abu Amer dirige le département des sciences politiques et des médias de l’université Umma Open Education à Gaza, où il donne des cours sur l’histoire de la Cause palestinienne, la sécurité nationale et lsraël.Il est titulaire d’un doctorat en histoire politique de l’université de Damas et a publié plusieurs ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Cause palestinienne et du conflit israélo-arabe. Il travaille également comme chercheur et traducteur pour des centres de recherche arabes et occidentaux et écrit régulièrement pour des journaux et magazines arabes. Son compte Twitter.

17 mars 2021 – Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine