27 juin 2026 - À l’hôpital al-Nasser de Khan Yunis, dans la bande de Gaza, des Palestiniens ont fait leurs adieux à Walid Youssef Abu Jazar, âgé de 10 ans, décédé ce matin des suites de blessures subies lors d’une frappe aérienne israélienne survenue mardi 23 juin dans le quartier d’al-Mawasi, à l’ouest de la ville. Selon le ministère de la Santé de Gaza, les forces israéliennes ont assassiné 1031 Palestiniens et en ont blessé 3 309 autres depuis le soi-disant « cessez-le-feu » d’octobre dernier - Photo : Doaa Albaz / Activestills
Allianz, dont le siège est à Munich, et sa filiale californienne ont accumulé au moins 2,67 milliards de dollars d’obligations d’État israéliennes depuis 2024.
Au plus fort de la campagne militaire d’Israël à Gaza, une entreprise est devenue le premier bailleur de fonds étranger de l’État israélien – détenant davantage d’obligations d’État israéliennes que les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et tous les autres pays réunis.
Il s’agit d’Allianz, le géant allemand de l’assurance et des services financiers, ainsi que de sa filiale californienne de gestion obligataire PIMCO, le plus grand gestionnaire actif d’obligations au monde.
Les données communiquées à Middle East Eye par Profundo, un cabinet de recherche sur le développement durable basé à Amsterdam, montrent qu’en septembre 2025, le groupe Allianz avait accumulé environ 2,67 milliards de dollars d’obligations d’État israéliennes à travers ses différentes filiales de fonds.
Cela représentait 51,8 % de l’ensemble des avoirs non israéliens recensés dans la base de données à ce moment-là. En termes simples : à son apogée, Allianz-PIMCO détenait plus d’obligations de guerre israéliennes que le reste du monde réuni.
Les gouvernements émettent des obligations pour lever des fonds destinés aux dépenses publiques ou pour rembourser leurs dettes.
Pour Israël, ces ventes ont été cruciales pour financer ses guerres à Gaza, au Liban et en Iran, les émissions obligataires ayant atteint des niveaux records tant en 2024 qu’en 2025.
L’achat d’obligations émises par un gouvernement faisant l’objet d’une enquête pour génocide comporte des risques juridiques et de réputation qui vont bien au-delà de ceux liés à un investissement classique dans la dette souveraine, mais les investisseurs ont été largement récompensés pour avoir pris ce risque.
Les obligations d’État israéliennes émises pendant la guerre ont affiché un taux d’intérêt moyen d’environ 5,56 %, contre 1,4 % pour les émissions d’avant-guerre.
Cette « prime de guerre » a fait des obligations israéliennes un placement attractif pour les investisseurs institutionnels en quête de rendement, alors même que la notation de crédit du pays a été dégradée par les trois principales agences.
« Compte tenu du génocide que commet actuellement Israël à Gaza, le fait que PIMCO continue d’investir dans la dette souveraine israélienne témoigne d’un mépris flagrant des responsabilités en matière de droits de l’homme et des obligations juridiques internationales », déclare Max Hammer, militant chez BankTrack, une organisation qui surveille l’impact des banques commerciales sur les droits de l’homme.
« Cela place également PIMCO en désaccord avec bon nombre de ses concurrents, qui ont, à juste titre, décidé de se retirer des émissions obligataires israéliennes.
« Les organisations de défense des droits de l’homme, les experts en droit international et les responsables de l’ONU – dont Francesca Albanese – ont clairement indiqué que le fait de financer Israël revient inévitablement à contribuer à de graves violations des droits de l’homme et à des crimes de guerre. »
Une demande en forte hausse
L’ensemble de données Profundo suit les investisseurs institutionnels internationaux sur les obligations d’État israéliennes à travers quatre instantanés pris entre fin 2024 et début 2026.
Bien qu’il ne soit pas exhaustif, il rend compte d’un flux important de ventes d’obligations et dresse un tableau d’ensemble de la forte hausse de la demande occidentale.
Plus précisément : le total des avoirs non israéliens est passé de 1,16 milliard de dollars en novembre 2024 à au moins 4,91 milliards de dollars en mars 2026 – soit un quadruplement en un peu plus d’un an, alors que les guerres menées par Israël à Gaza et au Liban se poursuivaient et que les attaques contre la Cisjordanie occupée s’accéléraient.
Deux pays ont été les principaux moteurs de cette croissance.
L’Allemagne et les États-Unis représentaient à eux deux 90,7 % de l’ensemble des avoirs non israéliens début 2026, soit 4,45 milliards de dollars sur un total de 4,91 milliards. Tous les autres pays réunis en représentaient moins de 10 %.
En novembre 2024, le groupe Allianz – comprenant ses activités principales en Allemagne, la plateforme de fonds américaine PIMCO, PIMCO Europe et Allianz Global Investors – ne détenait que 32 millions de dollars d’obligations israéliennes. Moins d’un an plus tard, en septembre 2025, ce chiffre était passé à 2,67 milliards de dollars.
L’ampleur de cette augmentation – et sa concentration au sein d’un seul groupe d’entreprises – est sans précédent dans la base de données de Profundo.
Ward Warmerdam, chercheur senior chez Profundo, a déclaré à MEE : « Allianz, par l’intermédiaire de PIMCO, est de loin le plus grand investisseur non israélien dans les obligations souveraines israéliennes, et ce depuis les attaques du 7 octobre. Elle n’a pas cédé ces obligations, même après que des allégations de génocide ont été portées devant la CIJ.
« Ce n’est pas un hasard si c’est une entreprise américano-allemande qui investit autant en Israël. Allianz/Pimco est le plus grand investisseur en titres à revenu fixe au monde.Mais cela n’explique qu’en partie l’ampleur de cet investissement. Je pense qu’il est disproportionné et délibéré.
« Et la question de savoir dans quelle mesure il est délibéré de leur part de doubler la mise sur les émissions d’obligations souveraines israéliennes après le 7 octobre est, selon moi, une question à laquelle seuls des initiés peuvent répondre. »
MEE a contacté Allianz et PIMCO pour leur poser des questions détaillées sur leurs portefeuilles d’obligations d’État israéliennes, mais aucune des deux sociétés n’avait répondu au moment de la publication.
Qu’est-ce que PIMCO ?
PIMCO, ou Pacific Investment Management Company, est l’un des acteurs les plus influents sur les marchés obligataires mondiaux.
Fondée en Californie en 1971, elle gère 2270 milliards de dollars d’actifs au total début 2026, dont 1860 milliards de dollars pour le compte de clients externes tels que des fonds de pension, des fonds souverains et des compagnies d’assurance.
En collaboration avec Allianz Global Investors, PIMCO aide également sa société mère, Allianz, à gérer près de 2000 milliards d’euros d’actifs pour le compte de tiers, faisant du groupe Allianz l’un des plus grands gestionnaires d’actifs au monde.
PIMCO est une filiale à 100 % d’Allianz depuis 2000.
Cette relation est importante car les positions obligataires israéliennes du groupe Allianz sont réparties entre plusieurs véhicules de fonds – principalement les différentes filiales de PIMCO, mais aussi Allianz Global Investors, la branche de gestion d’actifs du groupe – qui déposent chacun séparément leurs déclarations auprès des autorités de régulation.
C’est le cumul de ces déclarations, répertorié dans la base de données de Profundo, qui donne ce chiffre record de 2,67 milliards de dollars.
Le rôle de PIMCO sur les marchés obligataires israéliens va au-delà de ses propres positions d’investissement.
Comptant parmi les plus grands gestionnaires d’actifs à revenu fixe au monde, PIMCO intervient également en tant que sous-gestionnaire externe pour le compte de fonds de pension et d’investisseurs institutionnels du monde entier, achetant des obligations en leur nom dans le cadre des mandats définis par ces clients.
MEE a révélé dans une précédente enquête comment PIMCO avait acheté pour 29,2 millions de dollars d’obligations d’État israéliennes par l’intermédiaire de Border to Coast – le plus grand fonds de pension public du Royaume-Uni – en 2024 et 2025.
Ces achats n’ont été révélés qu’après que des militants pro-palestiniens ont mené des enquêtes, ce qui a poussé Border to Coast à exiger des explications de la part de PIMCO sur les raisons de ces achats.
Il convient de noter que PIMCO n’avait jamais auparavant expliqué ni évoqué ses achats d’obligations israéliennes, jusqu’à l’année dernière.
La seule justification désormais consignée – telle qu’elle a été communiquée à Border to Coast avant que celui-ci ne se désengage sous la pression des militants – est que ces obligations ont été achetées en raison de la notation de crédit alors élevée d’Israël et de ses fondamentaux économiques.
Cela n’exclut toutefois pas l’existence de relations politiques et d’intérêts particuliers en coulisses. Ni le PDG français de PIMCO, Emmanuel Roman, ni aucun autre dirigeant n’a évoqué publiquement ces achats.
Le conseil consultatif mondial de la société compte parmi ses membres Joshua Bolten, ancien chef de cabinet de la Maison Blanche et figure de proue des cercles pro-israéliens à Washington. L’ancien Premier ministre britannique Gordon Brown fait également partie de ce conseil consultatif.
Le cas de Border to Coast n’est pas isolé. PIMCO gère des actifs pour le compte de nombreux clients institutionnels à l’échelle mondiale – et l’ampleur de ses achats d’obligations d’État israéliennes dans le cadre de ces mandats échappe largement au regard du public.
De ce fait, les données de Profundo ne reflètent qu’une partie de l’empreinte réelle d’Allianz-PIMCO, ce qui signifie que le chiffre de 2,67 milliards de dollars est très probablement sous-estimé.
Cette somme correspond aux avoirs déclarés directement au nom des fonds gérés par PIMCO elle-même ; elle n’inclut pas les obligations israéliennes achetées par PIMCO pour le compte de clients externes.
Si l’on considère l’ensemble des fonds propres de PIMCO et ses centaines de mandats externes – fonds de pension, fonds souverains et assureurs du monde entier –, le volume réel d’obligations israéliennes transitant par ses opérations est inconnu, mais s’élève certainement à plusieurs milliards, voire davantage.
La dimension américaine
Si Allianz-PIMCO est le principal acquéreur d’obligations d’État israéliennes sur les marchés internationaux, les États-Unis dans leur ensemble constituent le pilier incontestable des investissements étrangers dans ces titres.
Les investisseurs américains détenaient 2,02 milliards de dollars en mars 2026, contre 879 millions de dollars en novembre 2024. Cette croissance est régulière et continue, sans aucun signe de ralentissement.
Vanguard, société basée en Pennsylvanie et premier gestionnaire mondial de fonds indiciels, a franchi pour la première fois la barre du milliard de dollars d’obligations israéliennes dans son rapport de mars 2026 – et sa courbe de croissance reste à la hausse.
La prédominance de l’Allemagne dans ces données est, à certains égards, trompeuse. Sur les 2,43 milliards de dollars d’obligations israéliennes détenues par ce pays, environ 94 % sont gérés par la société américaine PIMCO.
En d’autres termes : il s’agit, dans une très large mesure, d’une histoire américaine. Des capitaux domiciliés aux États-Unis, gérés par des sociétés américaines, affluent vers les obligations de guerre israéliennes à un rythme extraordinaire.
Loin derrière les États-Unis et l’Allemagne, les autres principaux détenteurs d’obligations israéliennes, en mars 2026, sont le Royaume-Uni (149 millions de dollars), le Canada (101 millions de dollars), l’Italie (53 millions de dollars), la Suisse (46 millions de dollars) et la France (22 millions de dollars).
À eux tous, ainsi que tous les autres pays, ils ne représentent que 9 % de l’ensemble des avoirs non israéliens.
La concentration des capitaux américains dans les obligations israéliennes reflète, en partie, la position dominante des gestionnaires d’actifs américains sur les marchés mondiaux des titres à revenu fixe, mais aussi l’intensité du soutien américain à Israël au plus haut niveau des sphères gouvernementales et financières.
Le contraste avec l’Europe est saisissant.
Alors que l’Allemagne – par l’intermédiaire d’Allianz-PIMCO – a considérablement accru son exposition aux obligations israéliennes, d’autres pays européens ont réduit la leur ou maintenu leurs investissements à un niveau faible.
En effet, ces dernières années ont été marquées par une vague de désinvestissement de la part des grandes institutions européennes.
Par exemple : AkademikerPension, le fonds de pension des universitaires danois, a officiellement exclu Israël de son portefeuille en septembre 2025.
Trois mois plus tôt, le Fonds d’investissement stratégique irlandais avait cédé ses obligations d’État israéliennes, tandis que le Fonds de pension gouvernemental norvégien Global s’était désengagé de 11 entreprises israéliennes et avait exclu cinq banques israéliennes.
« Dans l’ensemble du secteur occidental de la gestion d’actifs, nous observons une divergence plutôt qu’une convergence [en particulier entre les États-Unis et une grande partie de l’Europe occidentale] », a déclaré Courtney Wicks, du Center for Monitored and Ethical Investment.
« Certains gestionnaires réduisent leur exposition aux problèmes liés aux droits de l’homme [en rapport avec la Palestine] en réponse à des pressions politiques ou de réputation, plutôt que de renforcer des cadres de gestion tenant compte des conflits. »
Cette divergence est visible au sein même du groupe Allianz.
Fin 2025, la branche assurance d’Allianz a cessé de couvrir Elbit Systems UK, la filiale britannique de l’entreprise d’armement israélienne, à la suite de pressions activistes soutenues.
Au même moment, sa branche de gestion d’actifs détenait des milliards de dollars d’obligations d’État israéliennes.
En 2024 et 2025, des militants pro-palestiniens ont occupé les bureaux d’Allianz à Londres et à Guildford, les aspergeant de peinture rouge pour protester contre l’assurance accordée par l’entreprise à Elbit Systems.
Allianz a désormais engagé une action civile d’un montant de près de 300 000 livres sterling à l’encontre de ces militants – en plus des poursuites pénales – après qu’un tribunal londonien a décidé cette semaine que l’affaire pouvait être jugée.
Les militants, qui n’ont pas les moyens de se faire représenter par un avocat dans cette affaire civile, affirment que cette action en justice vise à réprimer la contestation.
Allianz, quant à elle, a déclaré l’année dernière un bénéfice d’exploitation de 20,1 milliards de dollars.
Auteur : Sebastian Shehadi
* Sebastian Shehadi est journaliste indépendant et collaborateur du New Statesman. Ses articles ont été publiés dans le Financial Times, sur la BBC, sur Novara Media et dans de nombreuses autres publications.
19 juin 2026 – Middle East Eye – Traduction : Chronique de Palestine

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