Mazen Rantisi - Photo : médias sociaux
Par Mondoweiss
L’enlèvement puis les mauvais traitements infligés à Mazen Rantisi, surnommé le « médecin des pauvres », indiquent que personne n’est à l’abri des attaques israéliennes contre la population palestinienne en Cisjordanie. La fille ddu Dr Rantisi affirme qu’il a été pris pour cible parce qu’il aide la société palestinienne à rester résiliente.
Avant l’aube du 21 juin, les forces israéliennes ont mené un raid dans le quartier d’al-Tireh, au cœur de Ramallah, faisant irruption au domicile du Dr Mazen Rantisi, âgé de 71 ans. Son arrestation par l’armée israélienne a fait la une des journaux dans toute la Cisjordanie.
Personnalité renommée et respectée, ce médecin est connu pour ses décennies de dévouement qui lui ont valu le surnom de « médecin des pauvres », en raison de sa célèbre propension à soigner gratuitement les patients qui ne pouvaient pas payer.
En tant que personnalité locale sans antécédents d’activité politique, le Dr Rantisi était la dernière personne que les Palestiniens s’attendaient à voir arrêtée par Israël. Son arrestation a clairement montré que personne ne serait épargné par l’offensive israélienne contre l’existence même des Palestiniens en Cisjordanie.
Pour beaucoup, l’arrestation de Rantisi est une preuve supplémentaire que la brutale répression israélienne ne vise pas à seulement détruire des groupes ou des individus spécifiques, mais le tissu même de la société palestinienne.
Dimanche dernier, l’affaire Rantisi est revenue sur le devant de la scène après qu’Amira Hass, de Haaretz, a fait état des conditions inhumaines dans lesquelles Rantisi était détenu, ainsi que des mauvais traitements, de la privation de nourriture et de la négligence médicale dont il était victime.
Tous ces abus ont été décrits par Rantisi lui-même à l’avocat du Comité public contre la torture en Israël. Selon la famille de Rantisi, le médecin, qui souffre de plusieurs maladies chroniques, s’est vu refuser ses médicaments, ce qui met sa santé en danger.
De tels témoignages sont devenus monnaie courante depuis octobre 2023, date à laquelle la torture, la privation de nourriture et les mauvais traitements sont devenus une politique officielle dans les prisons israéliennes.
Mais le cas de Mazen Rantisi est particulièrement préoccupant pour les travailleurs sociaux palestiniens, en raison de ce que son arrestation représentait.
Le Dr Rantisi est accusé d’avoir présidé le conseil d’administration de l’Union des comités de travail de la santé (UHWC), une ONG médicale palestinienne fondée dans les années 1980 qu’Israël a déclarée organisation « terroriste » et mise hors la loi en août 2022, dans le cadre d’attaques plus larges menées par Israël contre la société civile palestinienne et les organisations de défense des droits de l’homme
« Les jeunes détenus ont tenté de protéger mon père de leur propre corps »
Sylvia Rantisi, la fille du Dr Rantisi, se trouvait en Jordanie, où elle vit avec sa famille, lorsqu’elle a appris la nouvelle de l’arrestation de son père en juin. « Je suis immédiatement revenue à Ramallah, tout comme ma sœur, pour être aux côtés de ma mère, qui s’est retrouvée seule à la maison après l’arrestation de mon père », a déclaré Sylvia à Mondoweiss.
« C’est la première fois que notre famille doit faire face à une arrestation par les forces d’occupation. Mon père n’avait jamais eu de problèmes avec les forces d’occupation auparavant, et à son âge, nous ne nous attendions pas à ce qu’il soit arrêté. Nous n’étions pas préparés à cela. »
Depuis octobre 2023, Israël interdit toute visite familiale aux détenus palestiniens, et Sylvia n’a pu voir son père soit qu’au tribunal.
« La dernière fois que je l’ai vu, c’était il y a une semaine, lors de son audience, où nous avons échangé quelques mots avant le début de l’audience », a-t-elle déclaré. « Il m’a dit qu’il ne prenait pas ses médicaments régulièrement, mais qu’il allait bien — même si je pouvais voir qu’il avait beaucoup maigri. »
« Ensuite, nous nous sommes entretenus avec l’avocate à qui il avait remis ses déclarations, et elle nous a décrit les conditions de détention de mon père selon ses propres mots », a poursuivi Sylvia. « Mon père a raconté à l’avocate que pendant les trois premiers jours, il n’avait rien mangé, et que le premier repas qu’il avait reçu se composait d’une tomate, d’un œuf à moitié-cuit et d’un morceau de pain. »
Sylvia raconte que son père a également décrit la manière dont les gardiens de prison israéliens maltraitent et abusent systématiquement les détenus dans le cadre d’une routine apparemment quotidienne : tous les jours, ils prennent leurs matelas et les aspergent d’eau, avant de les leur rendre trempés.
Il a également indiqué que, lors des quatre appels quotidiens, les détenus étaient contraints de s’agenouiller, menottés dos à dos, et que leurs cellules faisaient régulièrement l’objet de perquisitions.
« Lors de ces fouilles, les gardiens frappent les détenus, et les plus jeunes ont tenté de protéger mon père de leur corps », a précisé Sylvia.
Le « médecin des pauvres »
Le Dr Mazen Rantisi s’est forgé une réputation grâce à des années de travail au service des Palestiniens de tous horizons. Son ami de toujours, Safwat Tahboub, le décrit comme « un homme sensible, doté de profondes valeurs humaines et d’une grande empathie sociale ».
« Je connais Mazen depuis l’enfance, et nous avons fait nos études [de médecine] ensemble en Bulgarie », se souvient Tahboub. « À son retour en Palestine, il a travaillé pendant quelques années comme médecin du campus à l’université de Birzeit, où il soignait les étudiants. Mais par la suite, il a commencé à se rendre dans les villages, notamment autour de Ramallah, où il n’y avait pas de centres médicaux. »
M. Rantisi a ensuite ouvert son propre cabinet privé, où il a soigné pendant de nombreuses années des patients issus de toutes les classes sociales. Il s’est fait connaître pour ne facturer que 25 shekels (8 dollars) pour une consultation, tarif qu’il a par la suite porté à 40 shekels (13 dollars), à une époque où le prix standard d’une consultation médicale s’élevait à 100 shekels (33 dollars).
Il était également connu pour ne pas faire payer les patients qui avaient des revenus limités, explique Tahboub.
« Parfois, il recevait des appels tard dans la nuit pour aller soigner un patient dans un village, et il s’y rendait », se souvient Tahboub. « Les gens qu’il soignait dans les villages lui apportaient souvent des olives, des concombres, des cornichons faits maison ou tout autre produit de saison en guise de paiement, et il acceptait. »
« Lorsqu’il savait qu’un patient ne pouvait pas payer ses médicaments, il écrivait une note spéciale sur l’ordonnance que seul le pharmacien comprenait, lui indiquant de ne pas faire payer le patient », a-t-il ajouté. « Plus tard, il se rendait lui-même à la pharmacie pour régler le prix des médicaments. »
Aucun Palestinien n’est en sécurité
En raison de sa réputation et de son rôle dans la société, le Dr Rantisi a été invité par l’UHWC à occuper le poste de président de son conseil d’administration.
« Mazen est entré à l’UHWC, dans les années 1990, pour diriger un centre médical qui dispensait les soins de base, en particulier aux Palestiniens à faibles revenus », explique Tahboub. « Il y a environ trois ans, l’UHWC a demandé à Mazen de prendre la tête de son conseil d’administration. »
En octobre 2021, Israël a qualifié six ONG palestiniennes d’organisations « terroristes » et a interdit leurs activités, notamment celles de l’organisation de défense des droits de l’homme al-Haq, de l’association de défense des droits des prisonniers Addameer et de l’organisation de défense des droits des enfants Defense for Children International-Palestine (DCIP).
Près d’un an plus tard, en août 2022, les forces israéliennes ont mené une descente dans les bureaux de ces six ONG à Ramallah, ainsi que dans ceux de l’UHWC, qui avait été ajoutée en tant que septième organisation aux six ONG initiales. Les portes des bureaux de chaque organisation ont été soudées par l’armée israélienne et un ordre militaire leur a été signifié de cesser leurs activités.
Israël a accusé plusieurs de ces ONG de verser des fonds à l’organisation palestinienne de tendance marxiste, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), mais des dossiers classifiés des services de renseignement israéliens qui ont fuité n’ont révélé aucune preuve à l’appui de ces allégations, tandis que l’Union européenne a mené un audit des finances de ces organisations et conclu que les allégations d’Israël étaient « sans fondement ».
Une enquête de la CIA n’aurait également trouvé aucune preuve justifiant cette qualification de « terroriste ».
Pour Amnesty International, ainsi que d’autres organisations, le ciblage de ces ONG palestiniennes a pour objectif de fracturer la société civile palestinienne.
Pour Sylvia Rantisi, les implications de l’arrestation de son père sont claires. « Le fait de prendre pour cible des personnes qui servent une communauté a pour but d’affaiblir cette communauté », a-t-elle déclaré.
« Et je pense que si mon père a été arrêté, c’est précisément qu’il fait partie de ces personnes qui insufflent de l’espoir à la société, en soulageant autant que faire se peut, les souffrances de ceux qui la composent ».
Auteur : Mondoweiss
* Mondoweiss est un site web indépendant consacré à l'information des lecteurs sur les développements en Israël/Palestine et sur la politique étrangère américaine qui y est liée. Ce site fournit des nouvelles et des analyses qui ne sont pas disponibles dans les grands médias concernant la lutte pour les droits de l'homme des Palestiniens.
12 août 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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