17 septembre 2026 - Un artiste palestinien peint une fresque représentant le rappeur américain Macklemore sur le mur d'une maison détruite à Gaza, afin de le remercier d'avoir exprimé son soutien aux Palestiniens de la bande de Gaza et à travers toute la Palestine - Photo : Abdalhkem Abu Riash/AA
Par Ramzy Baroud
« Page Six Hollywood » a récemment déclaré : « Une guerre des lettres ouvertes éclate entre les factions pro-israéliennes et pro-palestiniennes à Hollywood. » Il y a quelques années encore, un titre comme celui-ci aurait semblé impensable.
L’article décrivait une lutte de plus en plus ouverte entre les forces pro-palestiniennes et pro-israéliennes au sein de l’industrie du divertissement. D’un côté, on trouve des artistes et d’autres personnalités du secteur qui prennent clairement position contre le génocide perpétré par Israël à Gaza ; de l’autre, les défenseurs d’Israël qui tentent de nier ce génocide face à des preuves irréfutables.
Pourtant, même cette présentation ne rendait pas compte de toute la réalité. Ce qui se joue actuellement a des implications bien plus importantes qu’une simple querelle entre célébrités ou qu’une « guerre de lettres ouvertes ».
Cela s’inscrit dans une révolution culturelle qui couve au sein de la société américaine – une révolution qui a désormais atteint les plus hautes sphères de l’establishment culturel du pays. Et dans cette lutte, Israël est en train de perdre – et de perdre lourdement.
Bien que l’article reconnaisse que le soutien à la Palestine soit devenu suffisamment puissant pour diviser ouvertement Hollywood, il a masqué l’ampleur de la transformation en cours en présentant la situation comme une « guerre » entre deux tendances.
Bien avant que les cinéastes, les sociétés de production et les acteurs israéliens ne s’imposent à Hollywood, l’infrastructure culturelle de l’industrie mettait systématiquement en avant Israël à la moindre occasion.
Le cinéma et la télévision ont construit une image sans aspérité d’une nation héroïque dont la création et la survie étaient présentées comme miraculeuses, tandis que la dépossession et la violence sous-jacentes à ce récit étaient largement occultées.
Les Palestiniens, les Arabes et les musulmans, quant à eux, étaient presque invariablement dépeints sous un jour négatif : « l’autre » inculte et menaçant, censé ne posséder aucun droit légitime à la civilisation, aucune morale reconnaissable, ni aucune histoire ou identité digne d’être prise au sérieux.
En effet, Hollywood a joué un rôle central dans la déshumanisation systématique des Palestiniens au sein de la culture populaire occidentale. Mais lorsque des milliers d’acteurs, de cinéastes, de producteurs et d’artistes commencent à prendre publiquement position en faveur de la Palestine, souvent au prix de risques professionnels considérables, on peut donc parler sans hésitation d’un tournant culturel aux proportions historiques.
Susan Sarandon, Mark Ruffalo, Penélope Cruz, Javier Bardem, Joaquin Phoenix, Tilda Swinton, Olivia Colman, Emma Stone, Cynthia Nixon et Riz Ahmed ne sont que quelques-uns des noms les plus en vue d’une liste sans cesse croissante d’artistes courageux et animés par des convictions morales qui s’opposent à un establishment cinématographique archaïque.
Mais ces faits dépassent largement le cadre d’Hollywood. Prenons par exemple la grande polémique qui a récemment éclaté aux États-Unis après que Macklemore a été retiré du programme des dates restantes de la tournée « Loop Tour » d’Ed Sheeran.
Macklemore n’est pas qu’un chanteur pro-palestinien parmi d’autres. Ce rappeur et auteur-compositeur, lauréat d’un Grammy, est un conteur politique de talent dont la carrière allie le succès artistique grand public à un engagement de longue date en faveur des causes sociales. Depuis le début du génocide, il s’est imposé comme l’une des voix les plus influentes de la solidarité avec la cause palestinienne aux États-Unis et au-delà.
Lors des récents concerts de Sheeran au MetLife Stadium, dans le New Jersey, Macklemore a exprimé sa solidarité avec les Palestiniens de Gaza et de la Cisjordanie occupée, a appelé à une « Palestine libre » et a interprété « Hind’s Hall », son hymne de protestation rendant hommage à Hind Rajab, l’enfant palestinienne tuée par les forces israéliennes à Gaza.
La réaction à la prise de position courageuse de Macklemore a été immédiate, mais aussi prévisible. Les milliardaires qui contrôlaient les salles ont eu recours à l’arme dont ils disposaient encore : le pouvoir financier. Robert Kraft, propriétaire du Gillette Stadium, a refusé d’autoriser Macklemore à s’y produire.
Ed Sheeran, qui semblait sous-estimer la gravité du moment, s’est mis sur la défensive. « Je ne suis pas complice », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que le retrait de Macklemore relevait de la décision de l’organisateur plutôt que de la sienne.
Mais une réponse aussi faible de la part de l’un des musiciens les plus influents au monde, d’autant plus alors qu’un artiste en pleine tournée était sanctionné pour avoir pris position, pouvait difficilement être présentée comme une position politiquement « neutre ».
Autrefois, l’histoire se serait peut-être arrêtée là. Macklemore aurait été isolé et la poursuite de sa carrière mise en danger, tandis que Sheeran, les organisateurs et les propriétaires de stades auraient continué à passer pratiquement inaperçus.
Cette époque est révolue. La solidarité mondiale envers Macklemore – et, par extension, envers la Palestine – s’est répandue si rapidement que les responsables de son exclusion ont été contraints de publier une série d’explications défensives et parfois contradictoires.
Mais à ce moment-là, le mal était déjà fait. Sheeran a dû faire face à des appels au boycott de plus en plus nombreux, à des manifestations et même à la suspension de la diffusion de sa musique par une station de radio irlandaise.
Finneas, Lukas Graham et Aaron Rowe se sont retirés de la tournée, tandis que Beoga, le groupe d’accompagnement de Sheeran, s’est également désengagé.
Des artistes et des personnalités publiques ont commencé à s’exprimer ouvertement sur le génocide, la liberté d’expression et le pouvoir des milliardaires de dicter les limites politiques de l’art.
Les podcasteurs et les commentateurs des réseaux sociaux se sont également mobilisés, touchant des millions de personnes et renforçant la controverse. Ils ont commencé à se demander qui était Kraft, en examinant ses liens de longue date avec Israël, sa campagne contre le BDS et l’énorme machine financière qui sous-tend son engagement politique.
La tentative de sanctionner Macklemore a finalement placé Kraft, Sheeran et le monde du spectacle lui-même sous un feu des projecteurs sans précédent. Loin de faire taire le message de liberté pour la Palestine, leurs actions l’ont amplifié.
En définitive, il ne s’agit pas ici d’une histoire mettant en scène deux artistes rivaux, tout comme la transformation d’Hollywood ne peut se résumer à un échange de lettres ouvertes entre deux camps. Ces deux phénomènes sont les manifestations d’un bouleversement culturel bien plus vaste, ancré dans la société américaine à la base, où des personnes d’horizons divers prennent enfin conscience des crimes israéliens et de l’influence extraordinaire que Tel-Aviv exerce depuis longtemps sur leur pays.
A part des sondages d’opinion occasionnels, cette affaire fait rarement la une des journaux. Mais lorsque le pendule oscille à ce point, ni l’argent de Kraft ni les stades qu’il contrôle ne peuvent enrayer ce mouvement.
Ils ne peuvent pas non plus faire taire le cri de Macklemore « Free Palestine » – un cri repris aujourd’hui par des millions de personnes à travers le monde.
Auteur : Ramzy Baroud
* Dr Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle.
Il est l'auteur de six ouvrages. Son dernier livre, coédité avec Ilan Pappé, s'intitule « Our Vision for Liberation : Engaged Palestinian Leaders and Intellectuals Speak out » (version française). Parmi ses autres livres figurent « These Chains Will Be Broken: Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons », « My Father was a Freedom Fighter » (version française), « The Last Earth » et « The Second Palestinian Intifada » (version française) Son dernier livre, « Before the Flood », a été publié par Seven Stories Press.
Dr Ramzy Baroud est chercheur principal non résident au Centre for Islam and Global Affairs (CIGA). Son site web.
24 septembre 2026 – Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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