2 novembre 2026 - Un Palestinien examine les dégâts causés à sa maison après que les habitants ont pu regagner leurs foyers dans les quartiers d’al-Jaladeh et d’Ein Deir Baha, dans la ville d’Hébron (Al-Khalil), en Cisjordanie, à l’issue d’une opération militaire israélienne de onze jours, le 2 novembre 2026. Environ 4000 habitants de ces deux quartiers avaient été déplacés de force lorsque l’armée israélienne avait déclaré la zone « zone militaire fermée » et imposé un siège le 23 octobre, à la suite d’une attaque menée par la résistance palestinienne contre un barrage militaire situé à proximité. À leur retour, les habitants ont trouvé leurs maisons endommagées et leurs biens saccagés et vandalisés à la suite de l’incursion des forces israéliennes, qui avaient utilisé plusieurs habitations. Des pillages ont également été signalés, ainsi que la démolition de nombreux bâtiments - Photo : Mosab Shawer/Activestills
Par Jonathan Cook
C’est la même logique raciste et sioniste qui a justifié le génocide de Gaza qui empêche aujourd’hui l’opposition juive de parvenir à un accord avec les partis palestiniens pour évincer Netanyahu.
Les élections législatives israéliennes de la semaine dernière ont démasqué sans l’ombre d’un doute un des mythes préférés de l’Occident, selon lequel Israël serait un « État juif et démocratique ».
Le fait qu’on puisse encore prendre au sérieux les prétentions démocratiques d’Israël laisse pourtant pantois. Depuis des décennies, Israël bénéficie d’un passe-droit – il est même célébré – en tant que « seule démocratie du Moyen-Orient ».
Les Establishment occidentaux ont accepté de fermer collectivement les yeux sur le traitement brutal infligé par Israël à des millions de Palestiniens contraints de vivre sous une occupation militaire illégale.
Ces Palestiniens n’ont pas leur mot à dire dans l’élection du gouvernement qui les maltraite, les emprisonne, les torture, un gouvernement qui commet un véritable nettoyage ethnique que, désormais, toutes les grandes instances juridiques, de défense des droits de l’homme et les experts universitaires considèrent comme un génocide.
Pour défendre Israël, ses partisans affirment que son attitude belliqueuse dans les territoires occupés est dictée par des impératifs de sécurité. Il serait, selon eux, injuste de considérer ce qui s’y passe comme le reflet de l’État « juif et démocratique » solide situé à l’intérieur des frontières internationalement reconnues d’Israël – alors même qu’Israël refuse de définir ces frontières.
Et pour preuve, les apologistes d’Israël mettent en avant le traitement réservé à la minorité palestinienne à l’intérieur d’Israël.
Ce sont les survivants des expulsions massives de 1948 qui ont ouvert la voie à la création d’un État « juif » sur la terre natale des Palestiniens. Fait unique, ces Palestiniens ont été déclarés citoyens et ont obtenu le droit de vote peu après la création d’Israël.
Une démocratie de façade
Comme Israël applique le principe « une personne, une voix » – y compris pour ce qui représente aujourd’hui quelque deux millions de « citoyens » palestiniens –, on nous dit qu’il doit être considéré comme une démocratie libérale de type occidental.
Il aurait été facile de démontrer à quel point cet argument est absurde, si les capitales occidentales avaient eu la moindre intention de percer à jour la démocratie de façade d’Israël.
Les manœuvres post-électorales menées la semaine dernière par les partis juifs israéliens – qu’il s’agisse du bloc au pouvoir dirigé par Benjamin Netanyahu ou de la soi-disant « opposition » – devraient enfin mettre fin à ce mensonge.
Un tollé agite l’ensemble de la classe politique juive israélienne : la minorité palestinienne – que la majorité juive qualifie avec mépris d’« Arabes israéliens » – s’est rendue aux urnes en nombre sans précédent et a élu un nombre record de députés.
Le parlement est désormais divisé à parts égales entre le camp de Netanyahu et l’opposition, cette dernière étant incapable de renverser le Premier ministre à moins de conclure un accord avec les partis palestiniens.
Et pourtant, le bloc d’opposition rechigne à cette perspective. Les élus palestiniens, qui représentent un cinquième de la population israélienne, ne sont pas considérés comme des acteurs politiques légitimes. Ce sont les « intouchables » d’Israël.
Pour les partis juifs israéliens, les partis palestiniens doivent continuer à n’avoir aucune influence politique dans un État « juif ».
Ou, comme l’a fait remarquer la chroniqueuse Hanin Majadli dans le journal israélien Haaretz : « Le racisme envers les Arabes s’avère plus solide que l’opposition à Netanyahu. »
Un État issu du découpage électoral
En réalité, il s’agit là d’un schéma de comportement des dirigeants israéliens qui remonte à la fondation de l’État.
La naissance d’Israël en tant qu’État dit « juif » en 1948 n’a été possible que parce que son armée a expulsé 80 % de la population autochtone, soit quelque 750 000 Palestiniens, de leurs foyers vers des zones situées au-delà des nouvelles frontières d’Israël – ce qui a constitué l’un des plus grands actes de découpage électoral de l’histoire.
Pour les partis juifs israéliens, les partis palestiniens doivent continuer à n’avoir aucune influence politique dans un État « juif ».
Israël a été créé en tant qu’État « juif », avec une majorité juive écrasante, par un acte de nettoyage ethnique de grande ampleur.
Ce n’est qu’une fois que les dirigeants israéliens se furent assurés d’une majorité juive inébranlable – après avoir truqué leur démocratie – qu’ils envisagèrent d’accorder le droit de vote à la population palestinienne survivante et de les qualifier de « citoyens ».
C’était là le facteur clé qui différenciait Israël d’un ancien État d’apartheid, l’Afrique du Sud.
Les dirigeants blancs d’Afrique du Sud n’osaient pas accorder le droit de vote à la population noire précisément parce qu’elle constituait une majorité.
Dans un système où « une personne, une voix », les partis noirs auraient obtenu plus de sièges que les partis blancs. Accorder le droit de vote à la majorité noire aurait été suicidaire pour le projet d’apartheid.
Mais dans l’État d’apartheid qu’est Israël, la minorité palestinienne ne représentait pas une telle menace électorale. Lors de n’importe quelle élection, le nombre de sièges remportés par les partis politiques représentant la minorité palestinienne au Parlement serait toujours largement inférieur à celui des législateurs représentant la majorité juive.
Ce déséquilibre démographique a été gravé dans le marbre par la Loi du retour de 1950. Elle accordait à chaque Juif du monde le droit d’obtenir instantanément la citoyenneté israélienne, tout en privant chaque Palestinien expulsé par Israël – ainsi que tous ses descendants – de tout droit de retour dans son pays d’origine.
Et pour couronner le tout, accorder le droit de vote à la minorité palestinienne constituait un coup de maître en matière de propagande.
Contrairement à l’ancienne Afrique du Sud, le caractère apartheid d’Israël pouvait ainsi être dissimulé aux yeux des étrangers, d’autant plus que les Establishments occidentaux étaient tout à fait disposés à passer sous silence ce que leur principal État client militarisé, situé au Moyen-Orient riche en pétrole, faisait réellement.
La loi martiale
Si vous n’êtes toujours pas convaincu qu’Israël n’est qu’une démocratie de façade, réfléchissez à ceci : Pendant les vingt premières années, la minorité palestinienne d’Israël vivait au sein d’un État soi-disant « juif et démocratique » et votait aux élections, alors qu’elle était soumise à la forme la plus sévère de loi martiale.
On lui refusait toute liberté de mouvement ; elle était confinée dans ses communautés, coupées du reste du pays par des responsables militaires juifs, dans ce qui s’apparentait à un prototype du siège de Gaza imposé par Israël en 2006.
Au cours de ces deux premières décennies, les « citoyens » palestiniens devaient obtenir un permis auprès d’un gouverneur militaire avant d’être autorisés à se rendre sur leurs terres agricoles, à se rendre sur leur lieu de travail en dehors de leur communauté, ou à se déplacer pour assister au mariage ou aux funérailles d’un proche.
L’État « juif » d’Israël a profité de cette longue période de confinement pour atteindre deux objectifs.
Premièrement, les autorités israéliennes ont pu recruter comme collaborateurs un grand nombre de familles désespérées d’obtenir un laissez-passer pour assurer leur subsistance. Israël s’est rapidement retrouvé à la tête d’un réseau sophistiqué d’informateurs qui l’aidait à mettre en œuvre une politique de « diviser pour régner » à l’égard de la minorité palestinienne.
Et deuxièmement, le jeune État israélien a pu s’approprier la plupart des terres agricoles périphériques appartenant aux communautés palestiniennes sous prétexte qu’elles n’étaient pas cultivées. Cela n’avait rien de surprenant, étant donné que les agriculteurs palestiniens ne pouvaient pas obtenir les autorisations nécessaires pour se rendre sur leurs champs.
Dans un exemple notoire du traitement réservé à la minorité par le gouvernement militaire, des dizaines de « citoyens » palestiniens, dont 23 enfants, ont été abattus en 1956 par des soldats israéliens alors qu’ils s’approchaient d’un poste de contrôle à la sortie de leur village de Kafr Qassem.
Un couvre-feu militaire avait été imposé au village à la dernière minute par le gouvernement militaire. Personne n’en avait informé les habitants de Kafr Qassem. Ils l’ont payé de leur vie.
Israël allait par la suite exporter ces mêmes restrictions de circulation vers la Cisjordanie occupée, permettant ainsi aux colons terroristes de s’emparer de terres appartenant à des propriétaires palestiniens afin d’étendre leurs colonies illégales.
À l’intérieur d’Israël, de vastes étendues de terres appartenant à la minorité palestinienne ont été clôturées pour l’usage exclusif de nouvelles communautés juives.
Une façade électorale
Le fait est que pendant 20 ans, alors qu’Israël se proclamait démocratie libérale – et était présenté comme tel par les capitales occidentales –, un cinquième de la population – ceux qui appartenaient au mauvais groupe « racial » – n’avait aucun droit, si ce n’est celui de voter, sans l’accord de l’armée.
Et même dans ce cas, leurs partis étaient contrôlés par les services de sécurité.
La minorité palestinienne n’a obtenu le droit de vote que parce que cela n’avait aucune incidence significative sur le résultat des élections et parce que cela aidait les capitales occidentales à faire croire à leurs opinions publiques qu’Israël était une véritable démocratie.
Lorsque 80 % de l’électorat vote principalement pour faire valoir ses privilèges ethniques en tant que citoyens juifs, et lorsqu’il vote expressément en partant du principe que ses concitoyens palestiniens constituent une menace pour le maintien d’Israël en tant qu’État suprémaciste juif, le vote de la minorité n’a aucune importance.
Une fois les votes exprimés, les partis sionistes juifs se disputent le butin. Les partis palestiniens ne font jamais partie d’aucun gouvernement et servent de simple décoration au sein du parlement.
La dissolution du gouvernement militaire en 1966 n’a apporté aucune amélioration significative à la minorité palestinienne. Après la confiscation de la quasi-totalité de leurs terres, les communautés palestiniennes en Israël ont été strictement confinées à moins de 3 % du territoire israélien, encerclées par de nouvelles communautés juives construites pour les contenir et les surveiller.
Les « citoyens » palestiniens peuvent voter tous les quelques années, mais ils ne peuvent pas faire bouger les choses : ils continuent de vivre dans des communautés qui souffrent de ségrégation raciale, surpeuplées et sous-financées, dans des ghettos. Ils ne peuvent pas non plus influencer la politique gouvernementale lorsque le consensus «juif» considère qu’ils sont des ennemis simplement parce qu’ils appartiennent au mauvais groupe ethnique.
Un obstacle à l’égalité
Quand on ne connaît pas ce contexte historique, on ne peut pas comprendre le tollé provoqué par la performance surprise de la minorité palestinienne lors des élections de la semaine dernière, qui lui a permis de remporter un nombre record de 19 sièges au sein du parlement de 120 sièges.
Pendant de nombreuses décennies, le vote de la minorité palestinienne aux élections législatives israéliennes n’a cessé de décliner, la communauté ayant compris que voter ne changerait rien à sa situation ni à celle des Palestiniens sous occupation.
En effet, plus les partis palestiniens se faisaient entendre pour réclamer l’égalité des droits ou mettre en avant le caractère d’apartheid d’Israël – ce qu’ils ont réussi à faire avec davantage de succès à l’ère des réseaux sociaux –, plus les partis juifs israéliens s’accordaient à considérer la minorité palestinienne comme une menace pour l’image d’Israël en tant qu’État « juif et démocratique ».
Au cours des vingt dernières années, la droite et l’extrême droite, en particulier le Likoud de Benjamin Netanyahu, ont été les principaux agents de ce mouvement de rejet des citoyens palestiniens d’Israël, en multipliant les incitations à la haine raciste contre la minorité palestinienne.
Un sondage de 2025 a montré qu’une majorité de juifs israéliens souhaite que les « citoyens » palestiniens soient expulsés de force de l’État.
Ce n’est pas parce qu’il existe des preuves tangibles que la minorité palestinienne représente une menace pour la sécurité.
Les juifs israéliens craignent plutôt que le taux de natalité plus élevé de cette minorité n’érode progressivement la majorité juive actuelle, mettant fin ainsi à 80 ans de contrôle démographique.
Les voix de cette minorité pourraient alors lui permettre d’exiger l’égalité des droits et de lancer une campagne visant à mettre fin à l’apartheid israélien, tout comme la majorité noire d’Afrique du Sud a réussi à le faire il y a plus de 30 ans.
Yair, le fils de Netanyahu, très actif sur la scène politique, a souligné ce point la semaine dernière après l’annonce des résultats. Il a qualifié la minorité palestinienne de « plus grande menace pour la survie de l’État d’Israël », mis à part une prétendue menace nucléaire iranienne.
C’est pour cette raison que Netanyahu et l’extrême droite ont fait adopter la Loi fondamentale de 2018 : « Israël, État-nation du peuple juif », qui a officiellement déclaré que seul le peuple juif détient la souveraineté sur une « Terre d’Israël » vaste et indéfinie.
Cette mesure était en grande partie une réaction à l’audace croissante des partis palestiniens, qui remettaient en cause la prétention d’Israël à être un État « juif et démocratique ».
La minorité palestinienne milite depuis longtemps pour qu’Israël devienne « un État de tous ses citoyens », c’est-à-dire une démocratie libérale. Les efforts visant à faire adopter une telle législation à la Knesset se sont heurtés à une vive opposition de la part des responsables politiques israéliens et des tribunaux.
L’objectif principal de la loi sur l’État-nation est de constituer un rempart constitutionnel contre toute tentative des partis palestiniens d’obtenir l’égalité des droits.
Une ligne de fracture centrale
Depuis la création d’Israël, la ligne de fracture centrale de sa vie politique oppose, d’un côté, la majorité juive et, de l’autre, la minorité palestinienne.
Les partis juifs divergent sur certaines politiques, mais ils sont tous d’accord sur un point : les partis palestiniens, ainsi que l’électorat qu’ils représentent, doivent être traités comme des parias. Il faut à tout prix les priver de toute influence.
Mais ces dernières années, alors que Netanyahu remportait élection après élection, l’influence politique croissante de l’extrême droite juive et de la droite religieuse a ouvert une nouvelle fracture – celle-ci au sein même de la majorité juive, et largement indépendante de la minorité palestinienne.
Après tant d’années au pouvoir, l’actuelle coalition d’extrême droite est profondément corrompue. Netanyahu lui-même est actuellement jugé pour fraude, corruption et abus de confiance.
Parallèlement, son gouvernement s’appuie sur le soutien d’extrémistes religieux qui se montrent intolérants, voire méprisants, envers le public juif laïc d’Israël.
Et le fait que l’extrême droite affiche ouvertement ses sympathies fascistes a, aux yeux des élites laïques traditionnelles, porté un préjudice irréparable à l’image d’Israël à travers le monde.
La majorité juive est désormais divisée de manière irréconciliable. Bien qu’ils soient largement d’accord sur les questions relatives au traitement des Palestiniens – notamment sur le génocide de Gaza –, les blocs pro-Netanyahu et anti-Netanyahu n’ont pas vraiment de points communs.
Ils sont particulièrement divisés sur la question de savoir quel type de Juif – laïc ou religieux – devrait contrôler un État « juif ».
En réalité, une guerre civile juive de faible intensité fait rage en Israël, qui aurait probablement déjà déchiré le pays si l’oppression et les exactions à l’encontre des Palestiniens – et des États arabes voisins – ne servaient pas de ciment pour maintenir la cohésion de la population juive israélienne.
La difficulté électorale pour la majorité juive réside dans le fait que ses deux camps internes hostiles sont à égalité. La moitié est profondément fidèle à Netanyahu ; l’autre moitié lui est farouchement opposée.
Cela a placé les partis palestiniens dans une position délicate. Ils détiennent désormais la balance du pouvoir au Parlement, ce qui leur confère le délicat statut de faiseurs de rois.
La logique du génocide
Il y a une raison pour laquelle tant de « citoyens » palestiniens se sont rendus aux urnes lors de cette élection, malgré leur désillusion totale vis-à-vis de la majorité juive.
Premièrement, bien qu’il existe un consensus écrasant parmi les Juifs israéliens en faveur du génocide de Gaza, la minorité palestinienne espère que les partis d’opposition, contrairement à Netanyahu et à ses alliés, seront davantage enclins à modérer leurs actions par souci de l’image d’Israël à l’étranger.
Ils comprennent également que le Premier ministre a ses propres intérêts personnels à poursuivre et à étendre le massacre à Gaza, au Liban, en Iran et ailleurs – notamment parce que cela détourne l’attention de son procès pour corruption et lui a fourni un prétexte commode pour repousser sans fin les audiences du tribunal.
La dépendance de Netanyahu vis-à-vis du soutien de fascistes assumés au sein de sa coalition, tels que le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, signifie également que son gouvernement est plus susceptible d’étendre à la minorité palestinienne la logique génocidaire inhérente au sionisme, pleinement mise en évidence à Gaza.
Les « citoyens » palestiniens sont parfaitement conscients que leur expulsion d’Israël jouit du large soutien des Juifs israéliens, et pourrait bien se traduire très rapidement en politique.
L’idéologie fondatrice du soi-disant « sionisme libéral » a peut-être façonné Israël comme un État d’apartheid juif, mais Netanyahu et l’extrême droite ont montré qu’ils pouvaient pousser cette idéologie à ses pires extrémités.
La minorité palestinienne s’est mobilisée en masse pour tenter d’endiguer cette barbarie du mieux possible, en réduisant la part globale des voix en faveur du bloc de Netanyahu, l’éloignant ainsi davantage de la majorité et renforçant par là même le bloc de l’opposition.
Fait inhabituel, les partis palestiniens ont choisi la voie difficile de se mettre d’accord, dès le départ, sur le fait d’entamer des négociations pour soutenir le bloc d’opposition, très probablement depuis l’extérieur du gouvernement, même s’ils savent que l’on peut s’attendre à ce que l’opposition continue de faire avancer la conduite génocidaire d’Israël à Gaza.
Lutte pour le pouvoir
Mais ce que les partis palestiniens apprennent pour la énième fois, c’est que le camp de l’opposition, s’ils craignent que Netanyahu se maintienne au pouvoir, ont encore plus peur de laisser les « citoyens » palestiniens exercer quelque influence que ce soit au sein de l’État « juif ».
Le Likoud de Netanyahu a peut-être perdu des voix lors de ces élections, mais la droite israélienne maintient très nettement son ascension. Sur les 120 sièges de la Knesset, 93 sont revenus à des factions religieuses radicales, ultranationalistes ou militaristes.
Le chef de l’opposition, Gadi Eisenkot, est un général de l’armée et l’auteur de la tristement célèbre « doctrine Dahiya », qui consiste à bombarder sans discernement et à raser les zones urbaines des pays voisins d’Israël – un élément central de la stratégie israélienne tant dans le génocide de Gaza que dans son offensive contre le sud du Liban.
Parmi les alliés d’Eisenkot au sein du bloc d’opposition figurent Avigdor Lieberman, un homme politique laïc d’extrême droite qui fait passer Netanyahu pour un modéré, et Naftali Bennett, qui partage l’idéologie sioniste religieuse des colons illégaux de Cisjordanie et fut autrefois un proche allié de Netanyahu.
Même le Parti démocrate de Yair Golan, légèrement plus centriste, qui n’a remporté que huit sièges, a adopté une position ambiguë sur la création d’un État palestinien, Golan qualifiant les récentes initiatives de reconnaissance de la Palestine par la Grande-Bretagne, le Canada et la France de « mesure destructrice pour la sécurité d’Israël ».
Quelle que soit la coalition au pouvoir qui finira par se former, il n’existe aucun parti juif sur la scène politique israélienne qui soit en faveur de la solution à deux États que les capitales occidentales soutiennent de plus en plus frénétiquement, soi-disant pour contribuer à mettre fin à la dépossession et au massacre du peuple palestinien par Israël.
Il est plus probable que certains membres de l’opposition envisagent déjà de rejoindre Netanyahu au sein d’un gouvernement d’unité juive, mettant de côté leurs antipathies personnelles à son égard, plutôt que de s’engager de manière significative avec les partis palestiniens.
Eisenkot aurait, selon certaines informations, imposé des conditions pour ce qu’il a qualifié de « gouvernement sioniste élargi » – des conditions qu’il sait que les partis palestiniens ne peuvent accepter, notamment la reconnaissance d’Israël en tant qu’« État juif et démocratique » et la déclaration du Hamas comme organisation terroriste.
Si le bloc d’opposition rejette les partis palestiniens, ce qui semble pratiquement inévitable, Israël pourrait être plongé dans une série d’élections législatives visant à tenter de sortir de l’impasse entre les partis juifs – comme cela s’est produit entre 2019 et 2022.
Netanyahu s’est empressé de paver le chemin vers ces nouvelles élections, en multipliant une fois de plus à des propos incendiaires.
Il a affirmé, sans preuve bien sûr, que les partis palestiniens avaient « volé » l’élection.
Les services de sécurité israéliens – tant la police secrète israélienne, le Shin Bet, que sa principale agence de renseignement, le Mossad – ont été mobilisés pour enquêter sur l’allégation absurde de Netanyahu selon laquelle les « citoyens » palestiniens se seraient rendus aux urnes en si grand nombre uniquement parce que l’État du Golfe qu’est le Qatar les aurait soudoyés pour qu’ils votent.
Un communiqué publié la semaine dernière par son parti, le Likoud, a qualifié le succès électoral des partis palestiniens d’« attaque terroriste contre la démocratie visant à permettre une prise de contrôle étrangère de la Knesset [et] l’islamisation d’Israël ».
Moshe Feiglin, l’un des alliés de Netanyahu, a exigé qu’Israël organise de nouvelles élections, cette fois-ci avec des forces de police paramilitaires postées dans les bureaux de vote des « citoyens » palestiniens.
La chaîne de télévision Channel 14 a qualifié le succès des partis palestiniens de « cas de terrorisme électoral ».
Comme l’a fait remarquer un éditorial du journal libéral Haaretz : « Les citoyens arabes ont passé quatre ans à être traités comme des ennemis par le ministre de la Sécurité nationale [Ben Gvir]. Aujourd’hui, Netanyahu tente de transformer leur droit le plus fondamental – le droit de vote – en un crime. »
Le sionisme, c’est du racisme
Alors que les médias occidentaux se penchent sur les retombées de ces élections, il est facile de perdre de vue la situation dans son ensemble. Netanyahu, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité pour avoir affamé la population de Gaza, a remporté la plus grande part des voix la semaine dernière.
Il reste l’homme politique le plus populaire d’Israël.
Tout gouvernement susceptible de voir le jour à l’issue des négociations post-électorales actuelles – même s’il devait bénéficier du soutien des partis palestiniens – serait dominé par l’extrême droite. Une coalition dirigée par l’opposition ne serait pas moins belliciste ni moins farouchement hostile aux Palestiniens – qu’ils soient sous occupation ou qu’ils possèdent la « citoyenneté » israélienne – qu’une coalition dirigée par Netanyahu.
Bien qu’il s’agisse des premières élections depuis qu’Israël a lancé sa campagne génocidaire à Gaza fin 2023, le débat sur le génocide a été absent de la campagne électorale – tout comme les discussions sur l’intensification des pogroms perpétrés par des terroristes colons contre les communautés palestiniennes de Cisjordanie.
Rien de tout cela n’est considéré comme un problème. Il existe un consensus juif absolu selon lequel Israël doit être la Sparte du Moyen-Orient, terrorisant et massacrant ses voisins.
Et si Netanyahu sent qu’il risque de perdre son emprise sur le pouvoir, il a tout intérêt à intensifier les bombardements sur Gaza et à relancer sa guerre d’agression contre l’Iran. Ce fin politicien sait parfaitement à quel point cela plaira à la plupart des juifs israéliens.
Par ailleurs, un sondage réalisé en début d’année a montré que la jeunesse israélienne est plus fanatiquement de droite et plus fervemment religieuse que jamais. Seuls 5 % se déclarent de gauche.
La chaîne Channel 12 a invité dans ses studios un échantillon représentatif de ces jeunes âgés de 18 à 21 ans. Sur 12, 11 ont répondu qu’ils étaient opposés à ce que les partis palestiniens soient autorisés à siéger au Parlement – sans parler de faire partie d’un gouvernement.
Ces nouveaux électeurs font progressivement basculer la politique israélienne toujours plus vers l’extrême droite.
Cette élection a clairement confirmé que le Parti vert britannique avait tout à fait raison d’adopter une nouvelle ligne politique le mois dernier lors de son congrès, déclarant que le sionisme – l’idéologie politique qui sous-tend Israël en tant qu’État juif – est raciste.
C’est la logique pervertie du sionisme, et non un quelconque besoin de sécurité, qui a poussé Israël à raser Gaza et à tuer et mutiler plusieurs dizaines de milliers d’enfants palestiniens.
Et c’est cette même logique raciste qui empêche les partis juifs israéliens de parvenir à un compromis avec la minorité palestinienne pour évincer Netanyahu.
La grande majorité en Israël est déterminée à éradiquer les Palestiniens. Les responsables politiques et les médias occidentaux s’accrochent obstinément à l’idée que le comportement raciste et génocidaire d’Israël est propre à Netanyahu et qu’une élection suffirait à y remédier.
Les prochaines semaines prouveront, une fois de plus, qu’ils se trompent complètement.
Auteur : Jonathan Cook
* Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel ad the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Consultez son site personnel.
3 novembre 2026 – Middle-East-Eye – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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