L’apartheid israélien n’a que faire des gains électoraux des Palestiniens de 48

30 octobre 2026 - Les forces israéliennes ont fait sauter les maisons d’Ahmed et de Mohammed al-Jaaba à Hébron (al-Khalil), dans le cadre de la politique israélienne de punition collective visant les familles de Palestiniens accusés d’avoir perpétré des attaques contre des soldats israéliens. Les deux Palestiniens avaient mené une attaque à l’arme à feu contre des soldats de l'occupation au poste de contrôle de Farsh al-Hawa, à Hébron, le 23 octobre, tuant deux soldats. Depuis lors, les forces israéliennes mènent une opération militaire de grande envergure à Hébron et dans ses environs, comprenant des raids, des restrictions sévères à la liberté de circulation des habitants, des démolitions et le déplacement de milliers de Palestiniens du quartier d'al-Jalade - Photo : Mosab Shawer/Activestills

Par Ghada Majadli

L’existence d’une représentation parlementaire (en Palestine de 48) ne remet en cause ni le régime d’apartheid, ni les 50 lois discriminatoires qui régissent la vie des citoyens palestiniens d’Israël.

Le taux de participation élevé des électeurs palestiniens aux élections en Israël a été en partie alimenté par les récentes tentatives visant à éliminer la représentation politique palestinienne à la Knesset.

Cela reste vrai quelle que soit notre opinion sur la participation palestinienne au parlement israélien ; Israël et ses alliés utilisent depuis longtemps cette participation pour masquer le caractère raciste de l’État et rejeter les allégations d’apartheid.

L’existence d’une représentation parlementaire palestinienne ne remet en cause ni le régime d’apartheid ni les 50 lois discriminatoires qui régissent la vie des citoyens palestiniens d’Israël.

Les Palestiniens d’Israël se sont rendus aux urnes car un nouveau mandat du Premier ministre Benjamin Netanyahu, soutenu par une alliance avec les ministres d’extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, aurait eu des conséquences mortelles pour les Palestiniens partout dans le monde.

Cela inclut les Palestiniens vivant en Israël, qui ont été confrontés à une escalade de la violence politique et de l’incitation à la haine, avec des menaces de plus en plus nombreuses de déplacement forcé et d’expulsion, et des opérations de harcèlement et de persécution de plus en plus agressives.

Parmi celles-ci figurent la création récente d’un avant-poste sur les terres de Majd al-Krum, menée par un groupe de jeunes colons d’extrême droite et soutenue par le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich, reproduisant ainsi les pratiques mêmes de confiscation de terres et d’expansion des colonies qui ont lieu en Cisjordanie.

Elles incluent également des attaques contre l’identité culturelle palestinienne, ainsi que des restrictions à l’usage de l’arabe sur les lieux de travail.

Il n’y a rien de bon à attendre des élections israéliennes

On pourrait être tenté d’interpréter cette participation accrue comme une réaction au génocide à Gaza, à l’accélération de la campagne de nettoyage ethnique en Cisjordanie occupée et à la détérioration des conditions de détention des prisonniers palestiniens – et il est vrai que de nombreux électeurs avaient ces préoccupations à l’esprit, y compris des personnes qui avaient boycotté les élections israéliennes toute leur vie –, mais en réalité elle avait surtout pour origine l’élargissement croissant de la répression violente d’Israël aux territoires de 1948.

De fait, les Palestiniens d’Israël sont aller voter pour leur survie.

Vue d’ensemble

Dans le même temps, j’émets certaines réserves quant à la manière dont la participation palestinienne à ces élections, ainsi que les premiers résultats, ont été présentés et commentés. Il est important de corriger certaines de ces fausses représentations et de ne pas perdre de vue la situation dans son ensemble.

Tout d’abord, la réticence des Palestiniens à participer aux élections israéliennes s’inscrit dans une longue histoire politique. Certains Palestiniens boycottent les élections par principe, rejetant la participation parlementaire comme voie politique et refusant de légitimer les institutions de l’État israélien.

D’autres doutent simplement que la représentation parlementaire puisse apporter un changement fondamental au sein d’un État qui a été établi par leur déplacement forcé et leur dépossession, et qui a poursuivi ces processus, sous différentes formes, sur l’ensemble du territoire palestinien depuis 1948.

Même si les électeurs palestiniens constituent un bloc politique qui ne peut être ignoré, leur capacité à traduire leurs gains électoraux en influence politique reste fortement limitée.

Pour beaucoup, l’expérience de plusieurs décennies de participation parlementaire n’a fait que renforcer cette position. Les conditions auxquelles sont confrontés les Palestiniens n’ont pas fondamentalement changé, et ne peuvent pas changer fondamentalement, sans démanteler les structures profondes de la domination sioniste et de la suprématie juive, et sans transformer les rapports de force entre les juifs israéliens et les Palestiniens.

Cette position repose également sur la conviction que les droits civils des Palestiniens en Israël ne peuvent être dissociés de leurs droits politiques et nationaux. La représentation parlementaire n’a pas fondamentalement modifié leur position subordonnée, pas même au niveau des droits civils.

Pourtant, à un moment critique où les conditions se détériorent rapidement, les Palestiniens sont de plus en plus acculés. L’espace déjà restreint d’action politique est encore davantage rétréci. Beaucoup considèrent désormais le vote comme l’un des rares outils qui leur restent, même s’ils n’en attendent que très peu.

Les Palestiniens d’Israël, qu’ils l’expriment ou non en ces termes, connaissent la réalité de la vie sous un système où les Juifs israéliens jouissent de privilèges et de droits qui leur sont systématiquement refusés – un système où le racisme est ancré dans les lois de l’État, ses institutions et ses pratiques quotidiennes.

C’est pourquoi nous devons rester prudents face à l’atmosphère de liesse qui entoure les premiers résultats électoraux.

Sans illusions

Deuxièmement, le fait que les citoyens palestiniens d’Israël puissent voter aux élections à la Knesset, et qu’ils constituent un bloc électoral significatif capable d’affaiblir l’alliance Netanyahu-Ben-Gvir-Smotrich, ne change rien à la réalité selon laquelle Israël reste un régime d’apartheid, y compris au sein des territoires de 1948, comme l’ont établi plusieurs organisations de défense des droits de l’homme.

Nous ne devons pas nous faire d’illusions à ce sujet. J’ai du mal à croire que certains continuent de présenter la citoyenneté palestinienne et la participation aux élections israéliennes comme des preuves du caractère « démocratique » et « libéral » de l’État israélien, ou comme un aperçu d’un Israël qui pourrait d’une manière ou d’une autre être sauvé ou restauré.

La citoyenneté israélienne accordée aux Palestiniens doit être comprise dans le cadre plus large du projet colonialiste, comme un mécanisme par lequel l’État gouverne et intègre la population autochtone tout en maintenant des structures de dépossession et de domination.

La citoyenneté accorde aux Palestiniens certains droits individuels et politiques, tout en subordonnant simultanément leurs droits collectifs et leurs revendications territoriales et d’autodétermination à l’ordre colonialiste. La représentation parlementaire palestinienne, y compris les 19 sièges remportés à la Knesset, doit donc être comprise dans le cadre de ces limites structurelles.

Ces limites structurelles se reflètent également dans les institutions politiques et les partis israéliens, où l’exclusion des Palestiniens ne se limite guère à Netanyahu et à l’extrême droite.

Même si les électeurs palestiniens constituent un bloc politique impossible à ignorer, leur capacité à traduire leurs gains électoraux en influence politique reste fortement limitée.

Même dans le scénario hypothétique où les partis palestiniens seraient disposés à rejoindre un gouvernement de coalition, des figures de proue du « camp du changement » ont déjà écarté une telle possibilité.

Gadi Eisenkot, par exemple, a explicitement rejeté l’intégration du Ra’am dans son gouvernement, malgré la volonté de ce parti de participer à des coalitions par le passé.

Cela illustre à quel point l’exclusion des Palestiniens est ancrée dans l’ensemble du spectre politique israélien, et n’est pas l’apanage des seuls partis d’extrême droite. De tels partenariats politiques ne sont donc pas simplement difficiles à réaliser ; ils sont fondamentalement limités par les fondements racistes et coloniaux de l’État et de son système politique.

Ainsi, si une participation palestinienne plus élevée et une représentation parlementaire accrue peuvent perturber l’alliance de Netanyahu avec le sionisme religieux, elles ne peuvent pas surmonter ces limites structurelles.

C’est précisément pour cette raison que la représentation parlementaire palestinienne ne doit pas être idéalisée ni considérée comme une réussite en soi, détachée de la structure politique plus large dans laquelle elle s’inscrit.

Au-delà des urnes

Plus fondamentalement, la participation parlementaire palestinienne ne peut être interprétée indépendamment du génocide que commet actuellement Israël à Gaza et de l’intensification de la violence militaire et des colons, ainsi que des expulsions et des déplacements de population en Cisjordanie occupée.

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Il ne s’agit pas là de réalités politiques distinctes, mais de manifestations différentes d’un même projet colonialiste de peuplement, qui gouverne les Palestiniens par le biais de divers régimes juridiques et politiques. Toute célébration des gains électoraux palestiniens qui ferait abstraction de cette réalité plus large risque de reproduire la fragmentation même du peuple palestinien que le colonialisme de peuplement israélien a historiquement cherché à imposer.

La question n’est donc pas de savoir combien de sièges les Palestiniens peuvent remporter à la Knesset. Il s’agit de déterminer ce que la participation parlementaire peut apporter au sein d’un système politique qui continue de priver les Palestiniens, sur l’ensemble de la Palestine historique, de leurs droits collectifs et de leur autodétermination.

Le désir de freiner la détérioration rapide des conditions de vie des Palestiniens, quelle que soit leur région, est tout à fait compréhensible.

Depuis le début du génocide à Gaza, cette détérioration a été particulièrement alarmante et, sous l’impulsion de personnalités telles que Ben Gvir, de plus en plus spectaculaire – depuis les abus, tortures et traitements inhumains systématiques infligés aux prisonniers palestiniens, jusqu’aux invasions provocatrices de la mosquée Al-Aqsa, en passant par les raids policiers très médiatisés dans les villes palestiniennes situées en Israël et les démolitions de maisons palestiniennes.

Il faut bien être conscient que cette situation ne constitue en rien une rupture avec l’histoire d’Israël, et que le génocide et l’intensification de la violence à l’encontre des Palestiniens ne sont pas seulement la conséquence des décisions de Netanyahu et de ses alliés sionistes religieux.

Malgré leurs divergences politiques, les gouvernements israéliens successifs ont maintenu la même ligne politique, notamment par l’expansion et la consolidation des colonies en Cisjordanie occupée, qui font depuis longtemps partie intégrante de la politique d’État israélienne – et non d’un projet exclusivement de droite.

Si l’éviction de Netanyahu et de ses alliés pouvait apporter un soulagement immédiat ou limiter certaines formes de violence, elle ne changerait pas fondamentalement la réalité politique à laquelle sont confrontés les Palestiniens, d’autant plus que le génocide à Gaza se poursuit parallèlement à l’accélération des expropriations, des déplacements de population et de la violence en Cisjordanie.

La participation palestinienne à la Knesset, quelles que soient les récentes avancées électorales, ne doit pas non plus détourner l’attention de la question plus vaste et plus urgente de savoir comment les Palestiniens doivent s’organiser pour mettre en place des stratégies politiques plus efficaces, face à la réalité qui prévaut sur l’ensemble du territoire palestinien.

30 octobre 2026 – Middle East Eye – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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