4 octobre 2026 - Des Palestiniens se tiennent devant un poste de contrôle militaire récemment installé dans la vieille ville d’Hébron (Al-Khalil), le 4 octobre 2026. L’armée israélienne a mis en place cette semaine quatre nouveaux postes de contrôle militaires à l’intérieur ou à proximité de l’entrée de la vieille ville d'Al-Khalil, renforçant ainsi les restrictions imposées à la liberté de circulation des Palestiniens et rendant de plus en plus difficile pour les habitants, les commerçants et les clients d’accéder à leurs domiciles et aux commerces du quartier. Ces barrières s’inscrivent dans le cadre d’un système plus large de restrictions de circulation qui s’est intensifié ces deux dernières années, parallèlement à l’expansion des colonies israéliennes déjà présentes à l’intérieur de la vieille ville et à la création de nouvelles colonies. Les responsables palestiniens et les organisations de défense des droits de l’homme qualifient ces nouvelles restrictions de manœuvre délibérée visant à expulser les derniers résidents palestiniens de la région - Photo : Hamid Vakili/Anadolu
Par Aida Chavez
Les services de renseignement américains anticipent des troubles civils et un effondrement de l’État en Israël à l’approche des élections du 27 octobre.
Israël risque de sombrer dans la guerre civile ou de connaître un effondrement de l’État, met en garde une évaluation classifiée de la CIA, alors que des années de génocide à Gaza et de guerre au Liban et en Iran aggravent les fractures politiques, économiques et sociales au sein du pays.
Ce rapport d’août, intitulé « Fracture From Within » (Fracture de l’intérieur), a été rédigé par des experts de la « Red Cell » de la CIA, selon deux sources américaines qui en ont décrit le contenu à Drop Site News.
La « Red Cell », unité chargée de fournir des « analyses alternatives » au sein de l’agence, a élaboré cette évaluation en combinant des informations issues de sources ouvertes et des renseignements américains.
Cette évaluation semble ne concerner que les citoyens juifs d’Israël et ne tient pas compte de ses citoyens palestiniens, qui représentent environ 20 % de la population israélienne et qui subissent diverses formes de discrimination qu’Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits de l’homme ont qualifiées de partie intégrante d’un système plus large d’apartheid. La CIA n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Bientôt une guerre civile en Israël ? Alors que le meilleur gagne !
Les experts de la CIA ont mis en avant un mélange explosif de pressions qui convergent à l’approche des élections israéliennes du 27 octobre : crise économique et explosion des dépenses militaires ; retour d’anciens combattants lourdement armés après des combats prolongés, dont beaucoup souffrent de graves traumatismes psychologiques ; colère grandissante face aux hommes ultra-orthodoxes exemptés du service militaire ; escalade de la violence des colons en Cisjordanie occupée ; et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui se bat pour conserver le pouvoir et déclenche une crise constitutionnelle.
Les « équipes rouges » de la CIA ont pour mission de développer des analyses et des idées qui remettent en cause les hypothèses dominantes et mettent au jour la pensée de groupe ou les angles morts susceptibles de s’installer au sein de l’appareil du renseignement.
« Les auteurs de ce rapport sont des experts d’Israël », a noté une source au sein de la communauté du renseignement, « il ne s’agit pas d’un scénario hypothétique fantaisiste : compte tenu des élections à venir et des fissures en Israël, nous devrions prendre au sérieux leur conclusion selon laquelle Israël n’est qu’à une étincelle d’un véritable conflit interne. »
L’une des fractures les plus profondes de la politique israélienne n’est pas née de l’opposition aux crimes de guerre du pays, mais de la question de savoir qui est censé combattre et qui en est exempté. Les hommes ultra-orthodoxes bénéficient depuis toujours de larges exemptions du service militaire tout en continuant à percevoir des prestations de l’État, un arrangement qui est devenu de plus en plus controversé face aux mobilisations répétées des réservistes.
Leur refus collectif de servir ne trouve pas son origine dans une opposition aux guerres d’Israël, les dirigeants ultra-orthodoxes affirmant que le service militaire menace la vie religieuse et leur obligation d’étudier la Torah. Mais après des années au cours desquelles les réservistes ont été appelés à maintes reprises loin de leur travail et de leur famille, cette exemption est devenue une source importante de ressentiment au sein de la société israélienne.
Les ménages ont également dû supporter les coûts des politiques belliqueuses d’Israël. Les prix des denrées alimentaires ont atteint des niveaux records, le coût de l’alimentation — y compris les fruits et légumes frais — ayant augmenté de 9,5 % au cours des deux dernières années, aggravant ainsi une crise du coût de la vie déjà sévère après des années de guerre.
Pourtant, une grande partie de l’opposition à Netanyahu ne réside pas dans une opposition à la brutalité d’Israël envers les Palestiniens, mais dans la colère suscitée par la manière dont il a géré cette situation. Les principaux partis sionistes anti-Netanyahu sont eux-mêmes divisés sur les questions de direction et de stratégie de coalition, tandis que l’un des principaux axes d’attaque contre Netanyahu porte sur sa responsabilité dans l’échec militaire du 7 octobre.
De récents sondages ont montré que tant le bloc pro-Netanyahu que le bloc anti-Netanyahu peinent à atteindre les 61 sièges nécessaires pour gouverner.
Les sources ont averti que la combinaison d’une fracture politique et d’une population croissante d’anciens combattants lourdement armés et traumatisés avait des précédents historiques. « On sait que les Freikorps allemands étaient des vétérans en proie au syndrome de stress post-traumatique, armés et assoiffés de sang », a-t-il déclaré. « Je ne dis pas qu’Israël après Gaza est l’Allemagne après la Première Guerre mondiale, mais certains aspects de cette situation me semblent certainement similaires. »
Israël est également confronté à un isolement croissant à l’étranger, notamment à une érosion du soutien des États-Unis que les responsables israéliens eux-mêmes ont, en privé, qualifiée de menace à long terme. Le rapport d’août soulignait que le fait qu’Israël devienne de plus en plus un État paria constituait un facteur susceptible de conduire à l’effondrement de l’État.
Selon une autre évaluation de la CIA rapportée en juillet par Capital & Empire, les responsables israéliens estiment que le consensus politique américain qui sous-tend l’alliance est en train de s’effriter et que le recours continu à des milliards de dollars d’aide militaire directe des États-Unis pourrait finir par devenir politiquement intenable.
Leur réponse a consisté à rechercher une intégration plus profonde au sein de l’appareil militaire, des services de renseignement et de la défense américains — des liens qu’il serait plus difficile pour les futurs gouvernements de dénouer. Au printemps dernier, 60 % des Américains avaient une opinion défavorable d’Israël, contre 53 % un an plus tôt, selon un sondage du Pew Research Center.
Cette détérioration du soutien est également de plus en plus perceptible au sein même de l’appareil de sécurité nationale américain. « La communauté du renseignement, tout comme l’Amérique, tout comme l’armée, tout comme partout ailleurs, est de plus en plus frustrée par le capital réel et politique dépensé pour soutenir Israël », a déclaré la source.
« Alors que nous poursuivons l’intégration de nos capacités militaro-industrielles avec les leurs, il règne une profonde frustration à l’idée que nous agissions ainsi pour un pays qui nous a entraînés dans une guerre que nous sommes en train de perdre, un pays qui nous espionne. »
Le rapport de la CIA s’est également efforcé d’envisager comment ces pressions pourraient interagir si la crise interne d’Israël s’aggravait — comment une simple étincelle pourrait transformer une fracture politique en conflit civil ouvert, et quelles en seraient les conséquences.
Parmi les scénarios évoqués figuraient le retrait par des entreprises étrangères de technologie et d’intelligence artificielle de leurs investissements ou de leur personnel d’Israël, érodant davantage une économie déjà mise à rude épreuve ; la remise en question par les gouvernements régionaux de la valeur politique et stratégique d’une normalisation plus poussée des relations avec Israël ; et l’exploitation par le Hamas ou le Hezbollah d’une période de faiblesse interne.
Selon ces sources, le rapport utilisait spécifiquement le terme « conflit civil ».
Pendant des décennies, la puissance d’Israël a reposé non seulement sur ses armes et le soutien américain, mais aussi sur l’image selon laquelle sa domination militaire, sa supériorité en matière de renseignement et sa cohésion interne rendaient l’État pratiquement indestructible.
Mais comme le soulignait cette évaluation, derrière cette image de force écrasante, Israël accumule des contradictions économiques, politiques et sociales que la puissance militaire seule pourrait ne pas être en mesure de contenir.
Auteur : Aida Chavez
* Aída Chávez est une journaliste spécialisée dans la politique américaine et la politique étrangère. Elle est la fondatrice et la rédactrice en chef de Capital & Empire.Auparavant, elle a été correspondante à Washington pour The Nation et a couvert l'actualité du Congrès pour The Intercept.
5 octobre 2026 – Drop Site News – Traduction : Chronique de Palestine

Soyez le premier à commenter