Génocide à Gaza : mourir de froid ou submergés par les flots

De fortes pluies ont inondé des tentes abritant des Palestiniens déplacés, à Gaza, en Palestine - Photo : Mohammed Asad/Middle East Monitor

Par Ahmed Dremly

Avec les bâches déchirées et les bâtiments endommagés qui menacent de s’effondrer, les familles alertent qu’elles n’ont aucun endroit sûr où se mettre à l’abri de la pluie et du froid.

Mansour al-Sakni, 33 ans, a assisté, impuissant, à l’inondation de l’abri de fortune installé sur le toit d’un immeuble du quartier d’al-Tuffah, à Gaza, où il vit avec sa femme et ses quatre enfants.

La famille avait remplacé ses vieilles bâches par des neuves il y a à peine deux semaines. Sakni avait vendu deux bidons d’eau pour pouvoir acheter ces nouvelles bâches qui leur permettraient de rester au sec et à l’abri.

Mais lorsque la première tempête hivernale s’est abattue sur la bande de Gaza, l’auvent n’a offert qu’une maigre protection.

« Nous nous sommes réveillés et nous nous sommes retrouvés entourés d’eau. Les enfants pleuraient. Je ne savais pas quoi faire, et j’ai commencé à pleurer moi aussi », a raconté M. Sakni à Middle East Eye.

« Nous sommes restés debout à l’intérieur de l’abri en bâche, attendant que la pluie cesse pour pouvoir essayer de repousser l’eau hors de la pièce. »

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Sakni vit dans une pièce de 30 mètres carrés aux parois en bâche, très abîmées par les intempéries.

« J’ai vendu les deux bidons d’eau pour acheter de nouvelles bâches afin de protéger ma famille de la pluie et du vent, mais cela n’a servi à rien. La nuit dernière, nous avons de nouveau été inondés par la pluie », a-t-il raconté.

Avant la guerre, Sakni gagnait sa vie en vendant des journaux. Aujourd’hui, il n’a plus de revenus réguliers et sa famille dépend entièrement de la nourriture distribuée par la cantine communautaire, appelée localement « takiya ».

Sa fille Jana, âgée de 10 ans, souffre d’une mauvaise vue. Elle a besoin de lunettes, mais Sakni n’a pas les moyens de lui en acheter.

Un ami lui a donné 200 shekels pour en acheter une paire, a-t-il expliqué, mais il a préféré utiliser cet argent pour acheter du bois afin de consolider l’abri.

« Nous sommes des gens pauvres à Gaza. Nous voulons simplement vivre. Nous ne voulons pas mourir à cause des bombardements ou du froid. Ça suffit. Ayez pitié de nous. »

Sakni a dit avoir été blessé par un éclat d’obus en 2024 alors qu’il faisait la queue devant une boulangerie de la rue al-Nasr. L’éclat l’a touché dans le dos, a-t-il précisé, et cette blessure lui cause de vives douleurs par temps froid.

Samedi, de fortes pluies ont inondé des milliers de tentes à travers Gaza, exposant les familles déplacées au froid, à la montée des eaux et au risque de dommages supplémentaires aux bâtiments déjà fragilisés.

L’agence de la défense civile de Gaza a déclaré avoir reçu environ 1500 appels de détresse en 10 heures après le début des pluies tôt samedi matin.

Dans certains centres d’accueil, le niveau de l’eau a monté de 30 à 40 centimètres, a rapporté Al-Jazeera.

Mahmoud Basal, porte-parole de la défense civile, a déclaré : « Ce que nous redoutions s’est effectivement produit. Quelques centres d’accueil ont été complètement inondés, et toutes les personnes qui s’y trouvaient ont désormais été contraintes de partir vers l’inconnu. »

« La pluie s’est infiltrée à l’intérieur »

Pour Nasmeh al-Khatib, 26 ans, la tempête a ravivé la crainte de perdre son logement et l’incertitude qui caractérise sa vie depuis que son mari a été tué lors du déplacement de sa famille à Gaza en 2024.

Mme Khatib vit avec sa fille de deux ans, Alina, dans la maison familiale située à Mashrou Amer, au nord de Gaza. Cinq familles trouvent refuge dans ce bâtiment partiellement détruit.

La maison a été touchée en octobre 2025, quelques jours avant le cessez-le-feu, a-t-elle expliqué. Elle comptait autrefois quatre étages, mais trois ont été détruits. Les familles vivent désormais au rez-de-chaussée, dont elle craint qu’il ne soit également pas sûr.

« Nous avons recouvert notre abri de bâches, mais chaque fois qu’il pleut, nous sommes inondés », a déclaré Mme Khatib à Middle East Eye.

Elle a expliqué que de fortes pluies et des vents violents avaient malmené le bâtiment pendant la nuit, faisant tomber les bâches utilisées pour couvrir les ouvertures et laissant l’eau s’infiltrer. Le tonnerre a également terrorisé les enfants, qui se sont réveillés en croyant que ces bruits provenaient de bombes.

« Ma fille de deux ans a pleuré toute la nuit. Elle m’a demandé : ‘Maman, pourquoi la pluie est-elle à l’intérieur de la maison et pas à l’extérieur ? Je n’aime pas la pluie’ », a raconté Khatib.

La famille dispose de panneaux solaires, mais le courant a été coupé puis rétabli à plusieurs reprises au cours de la nuit. Elle a expliqué que certaines parties des murs et du sol se sont mises à donner des décharges électriques, tandis que les lumières et les chargeurs de téléphone ont cessé de fonctionner.

« Nous ne savons pas quoi faire. Toutes nos affaires sont mouillées. Depuis ce matin, nous essayons de colmater les trous dans les murs et d’attacher les bâches comme nous le pouvons », a-t-elle dit.

« Nous savons que tout ce que nous faisons est vain et que, dès qu’il pleuvra à nouveau, nous serons une nouvelle fois inondés. Nous avons besoin d’une solution à toute cette souffrance. »

Crise hivernale

La tempête a mis en évidence la vulnérabilité de centaines de milliers de Palestiniens déplacés vivant dans des tentes, des abris de fortune et des bâtiments endommagés lors de la guerre génocidaire toujours menée par Israël contre Gaza.

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Le comité d’urgence de Gaza a déclaré que plus d’un million de personnes déplacées sont exposées aux risques liés à l’hiver et que le territoire a besoin d’environ 200 000 tentes, ainsi que de matériel de chauffage, a rapporté Al-Jazeera.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), dans un rapport publié le 5 novembre, a indiqué qu’au 1er novembre, la population de Gaza avait encore besoin d’environ 121 000 tentes et 561 000 bâches.

Il a précisé que les stocks disponibles comprenaient environ 2800 tentes et 76 000 bâches, mais qu’aucun kit d’hébergement d’urgence n’était disponible.

OCHA a indiqué que les autorités israéliennes d’occupation continuaient de refuser l’entrée du bois nécessaire à la fabrication des kits d’abris.

Il a également averti que les restrictions sur les livraisons, les retards dans les autorisations et les pénuries de financement pourraient faire que certains matériaux n’arrivent pas avant la seconde moitié de l’hiver.

Le Conseil norvégien pour les réfugiés a déclaré le 5 octobre que les restrictions israéliennes sur l’entrée de matériaux d’hébergement et les déficits de financement risquaient de contraindre 1,65 million de personnes à passer un quatrième hiver dans des tentes usées et des bâtiments endommagés par la guerre.

Les organisations humanitaires ont également averti que de nombreux sites d’accueil de personnes déplacées étaient menacés d’inondations.

OCHA avait déjà indiqué dans un rapport publié en octobre qu’environ 950 000 personnes vivaient dans des sites d’accueil exposés à des risques d’inondation moyens à élevés, dont plus de 400 000 à haut risque.

La dernière tempête a également endommagé des bâtiments déjà fragilisés par les bombardements.

La Protection civile de Gaza a indiqué que des habitants avaient été évacués d’un bâtiment partiellement effondré à Nuseirat, tandis que deux personnes ont été blessées lors de l’effondrement d’un mur dans le nord de Gaza, a rapporté l’agence de presse palestinienne Wafa.

Les responsables de la Protection civile ont déclaré que leur capacité d’intervention était limitée par le manque d’équipements et de fournitures.

Raed al-Dahshan, directeur de la Protection civile du gouvernorat de Gaza, a déclaré à Al-Jazeera que l’agence ne disposait pas « d’une seule bâche ni d’une seule tente » à distribuer aux familles touchées par les inondations.

Pour des familles comme celles de Sakni et de Khatib, le problème ne réside pas simplement dans l’arrivée des pluies hivernales, mais dans l’absence d’un endroit sûr où s’abriter.

« Je suis fatigué de cette vie », a déclaré Sakni. « Nous voulons que le monde trouve une solution pour nous. »

7 novembre 2026 – Middle-East-Eye – Traduction : Chronique de Palestine

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