19 février 2026 - Une famille palestinienne rompt le jeûne sur le toit de sa maison détruite, le deuxième jour du ramadan, dans un quartier dévasté de Jabalia. C'est le troisième ramadan que les Palestiniens observent dans des conditions catastrophiques depuis qu'Israël a lancé sa guerre génocidaire contre Gaza en octobre 2023. La situation humanitaire reste désastreuse. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), au moins deux tiers de la population de Gaza vivraient dans environ 1000 sites de déplacement, souvent dans des conditions de surpeuplement et dans des tentes offrant peu d'intimité et de protection contre les éléments, tandis que 230 familles supplémentaires résideraient dans des structures présentant un risque élevé d'effondrement - Photo : Yousef Zaanoun / Activestills
Par Ohood Nassar
La restriction des activités humanitaires des ONG et le blocage de l’aide humanitaire en raison de la fermeture des postes-frontières constituent une forme de punition collective supplémentaire.
L’attaque de l’Iran par Israël et les États-Unis a semé la panique chez Palestiniens de la bande de Gaza. Ils se sont souvenus des précédentes fermetures des points de passage qui avait provoqué une famine et se sont précipités au marché pour acheter tout ce qu’ils pouvaient.
Les prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité ont donc grimpé en flèche. Et parallèlement, la nouvelle de la fermeture des points de passage frontaliers s’est vite répandue.
Tout cela s’est produit juste au moment où expirait le délai accordé par Israël à 37 ONG pour se retirer de Gaza soi-disant pour ne pas avoir rempli les conditions d’enregistrement. Des organisations telles que Médecins sans frontières (également connue sous son acronyme français MSF), Medical Aid for Palestinians UK, Handicap International : Humanity & Inclusion, ActionAid, CARE, etc. étaient censées cesser leurs activités à Gaza.
Au dernier moment, une décision de la Cour suprême israélienne leur a permis de poursuivre leurs activités pendant qu’elle examinait leur recours contre l’interdiction. Mais cette décision de justice ne permet toutefois pas à ces organisations de fonctionner pleinement.
En effet, l’occupation israélienne continue d’empêcher leur approvisionnement et leur personnel étranger d’entrer à Gaza.
La moitié des distributions de nourriture dans la bande de Gaza et 60 % des services fournis dans les hôpitaux de campagne dépendent de ces ONG, selon leurs études.
Pour de nombreuses familles à Gaza, le blocage est synonyme de faim, car les colis alimentaires sont leur seul moyen de subsistance.
Nous savons parfaitement que l’accusation, selon laquelle ces ONG n’auraient pas respecté les nouvelles règles d’enregistrement est un mensonge, tout comme l’argument de la sécurité invoqué pour fermer les postes-frontières.
Il s’agit uniquement d’imposer une nouvelle forme de punition collective aux Palestiniens.
Même si, par miracle, la Cour suprême se prononçait contre l’interdiction des ONG, l’occupation israélienne trouverait toujours un autre moyen de chasser ces organisations étrangères de Gaza.
Cela a été clairement démontré ce mois-ci lorsqu’il a été révélé que World Central Kitchen, qui gère des dizaines de soupes populaires dans la bande de Gaza et qui ne figure pas sur la liste des organisations interdites, pourrait être obligé de suspendre ses activités.
Selon le bureau des médias du gouvernement de Gaza, cela s’explique par le fait qu’Israël a bloqué l’entrée de la plupart des camions de ravitaillement de l’organisation. En conséquence, il n’y a pas assez de provisions pour continuer à cuisiner. World Central Kitchen avait précédemment déclaré servir 1 million de repas par jour.
Ainsi, dans le contexte de la guerre avec l’Iran, qui pourrait durer des semaines ou des mois, des centaines de milliers de familles se retrouveront à nouveau privés de nourriture.
Tout cela s’ajoute à la guerre que mène Israël contre l’UNRWA. Depuis sa création fin 1949, l’agence des Nations unies est le pilier du soutien international aux réfugiés palestiniens. Elle dispose de la plus grande capacité d’intervention d’urgence et offre la plus large gamme de services. Pourtant, Israël a interdit ses opérations et bloqué l’entrée de ses approvisionnements dans la bande de Gaza.
Grâce à un lobbying incessant, Israël a réussi à obtenir des réductions substantielles du budget de l’UNRWA. En conséquence, 600 employés ont été licenciés le mois dernier. Les salaires des autres ont été réduits de 20 %.
L’interdiction des ONG entraînera probablement la perte de leur emploi pour des milliers de personnes. Et cela à un moment où le taux de chômage à Gaza dépasse les 80 %.
Ma famille en souffrira également. Dans le passé, nous avons bénéficié de distributions de nourriture et de produits de première nécessité par des ONG, et mon frère a pu trouver un emploi temporaire comme chauffeur pour l’une d’entre elles.
La fermeture éventuelle des organisations internationales constitue une menace directe pour la vie de centaines de milliers de civils qui dépendent de leurs services et de leurs emplois. La fermeture des postes-frontières pourrait entraîner une nouvelle famine.
Il s’agit là d’une forme de punition collective qui, une fois de plus, ne fera pas la une des journaux. Israël ne cesse d’imaginer de nouveaux moyens de rendre notre vie toujours plus insupportable, toujours plus impossible dans notre patrie dévastée.
Deux ans et demi de génocide israélien ont détruit les hôpitaux, les écoles, les universités, les routes, les réseaux d’égouts et d’eau potable, les stations d’épuration, le réseau électrique et d’innombrables générateurs et panneaux solaires.
La grande majorité de la population vit dans des conditions primitives, dans des tentes ou des abris de fortune qui ne peuvent la protéger de la chaleur ou du froid extrêmes.
L’eau est contaminée, la nourriture est insuffisante, les terres ont été détruites et empoisonnées.
Désormais, nous allons être privés du peu de soutien international dont nous bénéficions.
Et quel est le but de tout cela ? Nous pousser toujours plus vers le désespoir et la capitulation finale, afin de nous obliger à quitter notre patrie de notre propre chef. Un nettoyage ethnique par accord mutuel.
Toutes les organisations qu’Israël cherche à interdire sont étrangères. La plupart d’entre elles sont basées dans des pays occidentaux. Pourtant, les gouvernements occidentaux n’ont guère condamné les décisions d’Israël à l’encontre de leurs propres organisations.
Personne ne s’est indigné que l’occupant tente d’empêcher l’aide humanitaire internationale d’arriver afin de contrôler totalement la distribution de l’aide et pouvoir la rationner à son gré.
Les punitions collectives constituent une violation du droit international. Les États n’ont pas le droit de se contenter de condamnations verbales ; ils doivent prendre des mesures et notamment imposer des sanctions au responsable de ces crimes.
Mais nous savons qu’ils n’en feront rien et que nous, à Gaza, nous continuerons de subir les punitions collectives toujours plus brutales que nous inflige l’occupant.
Auteur : Ohood Nassar
* Ohood Nassar est journaliste et enseignante à Gaza. Elle écrit pour We Are Not Numbers, New Arab, l'Institut d'études palestiniennes, Electronic Intifada, Al-Jazeera et Prism.
1er mars 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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