Des révélations font état de la transformation cauchemardesque de la base militaire israélienne de Sde Teiman, située près de la ville méridionale de Be'er Sheva/Bir al-Saba, en centre de détention. Les récits des mauvais traitements infligés aux Palestiniens détenus par les forces israéliennes à Gaza font écho aux tristement célèbres prisons américaines de Guantanamo Bay à Cuba et d'Abu Ghraib en Irak, et confirment ce que beaucoup soupçonnaient : que les forces de sécurité israéliennes se livrent à des actes de torture contre les Palestiniens détenus depuis le 7 octobre - Photo : via +972 Magazine
Par Muhammad al-Qiq
Un projet de loi légalisant l’exécution des Palestiniens est en cours d’adoption à la Knesset. L’indifférence internationale a ouvert la voie à cette mesure.
La Knesset israélienne est en train de faire passer un projet de loi qui, s’il est adopté, permettrait aux autorités d’occupation d’assassiner « légalement » des Palestiniens.
Cette évolution n’a guère attiré l’attention internationale, mais pour les Palestiniens, c’est une nouvelle horreur qui se profile à l’horizon.
Ce projet de loi fait partie de l’accord qui a permis la formation du gouvernement de coalition de Benjamin Netanyahu fin 2022. Il a été demandé par Itamar Ben-Gvir, aujourd’hui ministre de la Sécurité nationale, qui a mené une véritable campagne de terreur en Cisjordanie au cours des trois dernières années.
En novembre, le projet de loi a été adopté en première lecture, et en janvier, ses dispositions ont été révélées : exécution dans les 90 jours suivant le prononcé de la sentence, pas d’appel possible et mort par pendaison.
Les Palestiniens accusés d’avoir planifié des attentats ou tué des Israéliens seraient passibles de la peine de mort.
Les prisons israéliennes sont des centres de tortures et d’exécutions
Ben-Gvir a appelé à plusieurs reprises à l’exécution des Palestiniens, tout récemment lors de sa visite à la prison d’Ofer, où il s’est filmé en train de superviser les mauvais traitements infligés aux détenus.
Il n’est guère surprenant que nous en soyons arrivés là. Depuis des décennies, la prétendue communauté internationale néglige le sort des prisonniers palestiniens.
Au cours des deux dernières années et demie, il n’y a eu pratiquement aucune réaction mondiale face à la brutalité massive dont sont victimes les Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes, qu’ils aient été inculpés ou non.
Les efforts déployés par Israël pour légaliser les exécutions de Palestiniens constituent la prochaine étape logique dans l’élimination de la question palestinienne.
« Prisonniers » ou captifs ?
L’utilisation du terme « prisonniers » pour désigner les Palestiniens détenus par Israël est trompeuse. Elle occulte le contexte dans lequel s’inscrit cette cruauté, à savoir l’occupation militaire et la colonisation dont sont victimes les Palestiniens.
Les termes « prisonniers de guerre » ou « captifs » sont beaucoup plus appropriés. En effet, les Palestiniens sont emmenés soit pour avoir résisté à l’occupation, soit sans aucune raison, dans le seul but de terroriser leurs familles et leurs communautés.
Actuellement, plus d’un tiers des Palestiniens détenus par Israël sont soumis à une « détention administrative », c’est-à-dire qu’ils sont détenus sans inculpation, et certains d’entre eux sont des femmes et des enfants.
Les Palestiniens sont également « jugés » par des tribunaux militaires, qui font preuve d’un parti pris flagrant à l’encontre de la population occupée.
J’ai moi-même été victime de ce système d’oppression par le biais d’une détention injuste.
En novembre 2015, des soldats israéliens ont fait irruption chez moi à Ramallah et m’ont enlevé. Ils m’ont torturé et isolé pendant des semaines sans même me dire de quoi j’étais accusé.
Finalement, ils ont retenu contre moi une accusation d’« incitation », pour laquelle ils n’ont produit aucune preuve. Ils m’ont maintenu en « détention administrative », ce qui est en réalité une arrestation arbitraire. Les abus ont continué et, lors d’un interrogatoire, un officier israélien m’a menacé de viol.
Ils m’ont traité comme un animal, sans droits ni protection juridique. Les représentants du Comité international de la Croix-Rouge ont été empêchés de me rendre visite. Je n’ai été libéré qu’après avoir fait une grève de la faim pendant trois mois et que mon état s’était détérioré à un niveau des plus dangereux.
Cela m’est arrivé il y a dix ans, bien avant le 7 octobre 2023. À l’époque, la prétendue communauté internationale fermait les yeux sur les violations du droit international commises par Israël à travers la détention administrative et les abus.
Après le 7 octobre, les conditions dans les prisons militaires israéliennes se sont détériorées, avec une recrudescence des actes de torture, de la famine et de la négligence médicale. Au moins 88 Palestiniens ont été tués dans des centres de détention israéliens depuis lors.
Le monde est restée silencieux, se contentant de condamner mollement ces actes de temps à autre.
Légaliser l’illégal
Les mauvais traitements brutaux infligés par Israël aux Palestiniens détenus constituent une violation directe des Conventions de Genève, dont Israël est signataire.
Du fait qu’ils vivent sous occupation, les Palestiniens sont considérés comme une population protégée et ont des droits que les autorités israéliennes leur ont systématiquement refusés.
Néanmoins, le monde a accepté ces violations flagrantes. Sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, le discours international a transformé les Palestiniens, qui étaient un peuple occupé, en une menace pour la sécurité israélienne et internationale.
Les prisonniers palestiniens subissent la période la plus meurtrière de leur histoire
Même les images et les témoignages choquants de viols collectifs dans les centres de détention israéliens n’ont pas réussi à renverser cette image totalement fausse.
Dans ce contexte, le projet de loi sur la peine de mort n’est pas une proposition extrémiste ; il s’inscrit parfaitement dans le schéma de brutalisation des détenus palestiniens.
Du point de vue des Palestiniens, ce projet de loi est un outil supplémentaire de vengeance israélienne. S’il était adopté, il répandrait davantage la peur et affaiblirait encore plus toute résistance pacifique contre les agressions violentes des colons israéliens à l’encontre du peuple palestinien et de ses biens.
Ce projet de loi est également un cauchemar pour toutes les familles dont un membre est détenu dans une prison israélienne. Elles sont déjà poussées à bout par le manque d’informations sur leurs proches depuis l’interdiction des visites, suite à la recrudescence des décès en détention.
Plus effrayante encore est la perspective que ce projet de loi puisse être appliqué rétroactivement. Cela signifie que toute personne accusée d’avoir planifié ou causé la mort d’un Israélien pourrait être exécutée.
Selon certaines informations relayées par les médias israéliens, le gouvernement israélien serait actuellement sous pression pour ne pas faire avancer ce projet de loi. Il a été suggéré de modifier le texte afin de le rendre plus acceptable. Mais nous savons qu’Israël finira par exécuter des Palestiniens.
Comme il l’a fait avec d’autres lois, il manœuvrera de manière trompeuse pour minimiser les réactions, mais continuera à faire ce qu’il veut.
Alors qu’Israël est en passe de bafouer une nouvelle norme juridique internationale, il ne risque au pire que des « appels à la retenue » ou des « déclarations de condamnation ».
C’est grâce à cette rhétorique minable qu’il a pu mener son offensive contre le droit international au cours des dernières décennies, et en particulier au cours des deux dernières années et demie.
Si le monde veut sauver ce qui reste du régime juridique international et sauver la face, il est temps de changer radicalement d’approche.
Au lieu de faire des déclarations sans contenu sur le respect du droit international, il doit imposer des sanctions à Israël. Les responsables israéliens accusés d’avoir commis des crimes contre les Palestiniens ne devraient pas être accueillis, mais tenus de rendre des comptes.
Ce n’est qu’alors qu’il y aura un espoir de voir tous les prisonniers palestiniens rentrer chez eux sains et saufs, comme cela avait déjà été convenu dans les accords d’Oslo.
Et ce n’est qu’alors qu’il y aura un espoir de voir cesser les efforts d’Israël pour démanteler le droit international afin de pouvoir agir à sa guise en Palestine.
Auteur : Muhammad al-Qiq
* Muhammad al-Qiq est un analyste et journaliste palestinien, correspondant et reporter pour l'agence de presse saoudienne Almajd TV Network. Al-Qiq a attiré l'attention internationale en 2015 lorsqu'il a entamé une grève de la faim pour protester contre son incarcération dans le cadre d'une détention administrative israélienne (internement sans procès ni accusation). Il a été libéré le 19 mai 2016, après avoir enduré une grève de la faim de 94 jours.
21 février 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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