Des personnes en deuil tiennent un portrait de Fatemeh Yazdanpanah et de sa cousine Asra lors d'une cérémonie funéraire organisée en hommage aux enfants tués lors de la frappe américaine sur Minab, le 3 mars 2026. Des milliers de personnes, parmi lesquelles des proches et des responsables, ont assisté à la cérémonie - Photo : Stringer / Anadolu
Par Ryan Grim, Peiman Salehi, Jeremy Scahill
L’Iran estime que les États-Unis et Israël pourraient lancer une attaque avant les élections de mi-mandat. Le général Mohsen Rezaei, haut responsable de la sécurité, a déclaré à « Drop Site » que l’Iran avait de nouvelles cibles en vue.
Selon de hauts responsables iraniens et un responsable américain, les États-Unis et Israël se préparent à reprendre leurs attaques contre l’Iran, et pourraient même lancer des opérations avant les élections israéliennes de la semaine prochaine.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se bat pour sa survie politique, et la presse israélienne regorge d’articles indiquant qu’il cherche un moyen d’exploiter à son avantage l’impasse avec l’Iran. Aux États-Unis, la cote de popularité du président Donald Trump est au plus bas, et les élections de mi-mandat auront lieu dans moins de deux semaines.
Le plus haut responsable iranien de la sécurité, le général Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien et représentant personnel du Guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré à Drop Site qu’en cas d’attaque, l’Iran avait toujours la capacité de continuer à lancer des missiles et des drones contre diverses cibles américaines dans toute la région en guise de représailles, et qu’il élargirait son éventail de cibles.
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« Si la question est de savoir si l’Iran a toujours la capacité de poursuivre ses opérations de missiles et de drones, la réponse est oui », a déclaré Rezaei dans une interview écrite exclusive. « Les États-Unis disposent d’actifs précieux dans la région. En cas de guerre, les câbles, les centres de données et les installations d’intelligence artificielle pourraient également se retrouver à notre portée. Si le conflit reprend, nous aurons un plan plus large. »
« Chacun doit comprendre que toute action contre l’Iran a un coût », a-t-il ajouté. « Si la diplomatie peut permettre d’aboutir à cette prise de conscience, nous préférons la diplomatie. Mais si la guerre se poursuit, l’Iran dispose des outils nécessaires pour continuer à riposter. »
Un haut responsable iranien a déclaré à Drop Site que l’évaluation actuelle des services de renseignement internes de Téhéran indiquait une forte probabilité que des bombardements à grande échelle puissent même commencer avant les élections israéliennes de mardi.
« Trump a laissé en suspens la proposition iranienne visant à mettre fin à la guerre, et les négociations sont au point mort », a déclaré ce responsable, qui n’est pas autorisé à s’exprimer publiquement. « Contrairement au spectacle qu’il donne, Trump n’a aucun plan clair ni réalisable pour [mettre fin à] la guerre avec l’Iran. C’est ce qui est à l’origine de l’impasse diplomatique. »
Il a averti qu’il ne fallait pas sous-estimer l’Iran : « Si une nouvelle guerre contre l’Iran venait à éclater, compte tenu de notre connaissance des schémas de déploiement des forces américaines dans les pays de la région, le nombre des victimes que ferait l’Iran serait dix fois plus élevé. »
La Maison Blanche a nié qu’elle prévoyait de frapper l’Iran au cours des deux prochaines semaines. « Les États-Unis n’attaqueront pas l’Iran à aucun moment avant les élections de mi-mandat », a déclaré Anna Kelly, attachée de presse adjointe principale de la Maison Blanche, dans un communiqué adressé à Drop Site.
Nous estimons qu’Israël serait chargé de tirer les premiers coups de feu, a déclaré ce haut responsable iranien, dans le but de « détruire les systèmes de défense aérienne récemment déployés par l’Iran, afin d’ouvrir la voie aux bombardiers américains ». Les États-Unis, a-t-il ajouté, se concentreraient probablement sur l’attaque des systèmes de défense sud de l’Iran le long du détroit d’Ormuz et tenteraient potentiellement de s’emparer d’une des îles au large du continent iranien après un bombardement intensif.
Trump, a-t-il encore dit, poursuit sa quête d’une action marquante qu’il pourrait utiliser pour proclamer la victoire, précisant qu’il pourrait chercher à lancer une attaque « symbolique » contre l’un des sites nucléaires souterrains iraniens, tel que Pickaxe Mountain, pour ensuite la présenter comme un coup décisif. « Et Trump ment effrontément au sujet du programme nucléaire iranien », a déclaré le responsable.
Un responsable américain a confirmé à Drop Site que des moyens militaires sont rapidement déployés en prévision d’une probable attaque de Trump. Parmi les responsables américains qui font pression pour de nouvelles attaques figure le général Bradley Cooper, chef du Commandement central américain (CENTCOM), selon ce responsable.
« Le CENTCOM met tout en place pour relancer des opérations de combat de grande envergure », a ajouté ce responsable, qui n’est pas autorisé à évoquer les plans de guerre. Il s’est montré sceptique quant à la reprise de la guerre avant les élections israéliennes, mais a concédé : « Nous avons bel et bien lancé l’opération Epic Fury sans mettre en place tous nos moyens. »
Le porte-avions USS Theodore Roosevelt et la 13e Unité expéditionnaire des Marines font route vers le Moyen-Orient, apportant environ 10 000 marins et Marines supplémentaires dans la région. Le Roosevelt, qui a quitté le Japon lundi, pourrait atteindre la région d’ici la fin de la semaine prochaine, avant son déploiement initialement prévu pour fin novembre. Il rejoindra l’USS George H.W. Bush et l’USS George Washington, tous deux actuellement en mer d’Oman.
Si le responsable américain a estimé que la probabilité de nouvelles attaques américano-israéliennes était élevée, il a reconnu que Trump avait envisagé une action militaire avant de se raviser plus souvent que le public en a eu connaissance. « Trump a renoncé à sept reprises depuis juillet à mener des opérations de combat de grande envergure contre l’Iran ou les Houthis », a déclaré ce responsable américain, faisant référence à Ansarallah, qui a lancé une offensive majeure contre des groupes soutenus par l’Arabie saoudite au Yémen. « À la dernière minute, il annule tout. »
Netanyahu, qui est en retard dans les sondages, a affirmé mercredi, sans preuve à l’appui, que l’Iran travaillait activement au développement d’une arme nucléaire et a déclaré avoir ordonné à l’armée israélienne de se préparer à une action préventive.
« Le régime iranien n’a toujours pas tiré les leçons du passé. Mojtaba Khamenei a décidé de suivre les traces de son père. Il a retiré le cran de sûreté, et l’Iran tente une nouvelle fois de développer ses armes de mort », a déclaré Netanyahu. « Il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer cette menace une fois pour toutes : renverser le régime iranien, et telle est la directive que j’ai donnée à l’armée israélienne, au Mossad et aux agences de sécurité. »
Selon les analystes, Trump maintient un récit de victoire éclatante, qui reste insaisissable, tandis que Netanyahu comprend que c’est peut-être sa dernière chance de poursuivre la guerre qu’il veut faire depuis le début de sa carrière politique.
« C’est la dernière chance pour Netanyahu d’y parvenir. Et il n’abandonnera pas tant qu’il n’aura pas remué ciel et terre pour y parvenir. D’autant plus qu’il sait que sa carrière peut prendre fin, et que les États-Unis peuvent s’engager dans une voie où cela ne sera plus une option », a déclaré Trita Parsi, éminent spécialiste de l’Iran et vice-président exécutif du Quincy Institute.
« Je soupçonne que Trump a déjà pris la décision d’entrer en guerre », a-t-il ajouté. « Les Israéliens ont très bien su jouer sur sa psychologie, à savoir qu’il est prêt à prendre des risques énormes tant qu’il est convaincu que cela peut lui apporter la victoire, afin d’éviter d’accepter la défaite, ce qui est crucial pour lui. Mais c’est une énorme erreur de calcul qui aggravera la situation cent fois plus. »
La convergence des intérêts politiques de Trump et de Netanyahu augmente les chances d’une reprise de la guerre, estime Robert Malley, ancien négociateur américain de haut rang chargé des questions iraniennes.
« Netanyahu pourrait vouloir une longue campagne avec des objectifs plus larges. Trump pourrait vouloir une opération plus courte dont il pourrait se retirer rapidement. Le point de convergence entre les deux pourrait bien être une campagne intense qui ne dure pas trop longtemps », a déclaré Malley, figure clé dans la négociation de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015.
« Le président Trump pourrait vouloir un tour d’honneur et une issue de secours. Mais comme cela a été prouvé à maintes reprises, ce n’est pas seulement lui qui décide de la sortie », a ajouté Malley, qui dirige actuellement le programme Moyen-Orient de l’International Crisis Group.
« Tout porte à croire que les Iraniens préparent toutes sortes de mesures, qui seraient mises en œuvre par eux-mêmes ou par leurs partenaires régionaux, sur le terrain ou en dehors, pour s’assurer que, même si Trump souhaite ardemment un tour d’honneur et une issue de secours, il soit privé des deux. »
Entretien complet avec le général Mohsen Rezaei
En septembre et octobre, Drop Site News a soumis une série de questions écrites au général Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. Vous trouverez ci-dessous la transcription intégrale de ses réponses – Traduction par Peiman Salehi

Le général Mohsen Rezaei – Photo : Tehran Times
Drop Site News : Si les flux pétroliers ont retrouvé leurs niveaux d’avant-guerre alors même que les exportations de pétrole iranien restent limitées, comment l’Iran peut-il prétendre contrôler le détroit d’Ormuz ?
Général Mohsen Rezaei : Partout dans le monde, les pays gèrent leur économie. Par exemple, on dit que l’économie américaine est sous le contrôle du gouvernement américain, mais la contrebande et l’activité économique souterraine existent toujours dans tous ces pays. Trump collabore avec un certain nombre de ces contrebandiers dans les eaux côtières rocheuses d’Oman, puis publie chaque jour des messages affirmant que le détroit est ouvert. Ce que vous faites, c’est de la contrebande.
Premièrement, la contrebande existe partout dans le monde, mais le détroit d’Ormuz est sous le contrôle de l’Iran et c’est nous qui le gérons.
Deuxièmement, au cours des deux ou trois derniers mois, nous avons intercepté en moyenne cinq navires appartenant à ces contrebandiers chaque nuit.
Il s’agit des mêmes personnes dirigées par le commandant du CENTCOM, qui fait également appel à du personnel militaire émirati. Par exemple, ils préparent cinq ou six navires, transfèrent la cargaison sur des bateaux plus petits, puis l’acheminent vers des navires plus grands de l’autre côté du détroit. Nous en interceptons plusieurs chaque nuit.
Les capitaines et les navigateurs qui recevaient autrefois entre 10 000 et 15 000 dollars sont désormais payés 100 000 dollars. La contrebande s’opère le long de la rive sud du détroit, à un coût énorme et au prix de risques considérables. Trump affirme ensuite que le détroit d’Ormuz est ouvert. Il y a partout de la contrebande et de la piraterie et cela ne signifie pas que le le détroit d’Ormuz est « ouvert ». Il n’y a a qu’à voir le cours actuel du pétrole.
DSN : L’Arabie saoudite a déclaré qu’elle n’accepterait pas de nouveaux accords qui reviendraient à considérer le détroit d’Ormuz comme des eaux territoriales iraniennes. Quel type d’accord diplomatique avec les États du Conseil de coopération du Golfe est envisageable, et qu’est-ce que l’Iran s’attend à ce qu’il comprenne ?
La gestion du détroit d’Ormuz est pour nous un atout national, et il ne s’agit pas simplement de percevoir des péages. La question principale est celle de la sécurité. Des redevances peuvent également être perçues pour couvrir les coûts liés à la sécurité, aux assurances et à l’environnement, mais l’importance de la gestion du détroit va bien au-delà des recettes qu’il génère. Nous continuerons à le gérer pour maintenir la paix et la sécurité dans la région, et nous ne cèderons pas là-dessus.
DSN : Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a déclaré que si la guerre reprenait, il déploierait de nouvelles capacités et étendrait sa riposte à de nouvelles zones géographiques. À quoi cet avertissement fait-il référence ?
Nous n’avons pas déployé toutes nos capacités lors des phases précédentes. Nous avons mis en œuvre davantage de moyens à mesure que la guerre s’intensifiait et nous sommes prêts pour la prochaine étape.
Les États-Unis disposent d’actifs précieux dans la région. En cas de guerre, les câbles, les centres de données et les installations d’intelligence artificielle pourraient également se retrouver à portée de nos frappes. Si le conflit reprend, nous aurons un plan plus vaste.
DSN : Vous avez déclaré que l’Iran ne rouvrirait pas le détroit d’Ormuz à moins que les États-Unis ne reviennent au protocole d’accord signé par les États-Unis et l’Iran en juin. Selon vous, pourquoi le premier protocole d’accord a-t-il échoué, et comment comptez-vous vous assurer que celui-ci ne subisse pas le même sort ?
Le premier protocole d’accord a échoué parce que les engagements ont été mis en œuvre dans le mauvais ordre. Nous avons ouvert le détroit et le trafic maritime a repris, mais les engagements politiques et économiques de la partie adverse n’ont pas été mis en œuvre de manière à pérenniser l’accord. Une fois que les États-Unis ont obtenu ce dont ils avaient besoin dans l’immédiat, le rapport de force s’est inversé. Nous n’avons pas oublié cette leçon.
Permettez-moi donc de rectifier une partie de votre question : nous ne reviendrons pas à notre approche diplomatique antérieure, mais nous n’abandonnerons pas non plus la diplomatie. Nous avons présenté sept nouvelles conditions par l’intermédiaire de médiateurs. Tant que ces conditions ne seront pas remplies, l’Iran ne rouvrira pas le détroit et ne reprendra pas les négociations.
La différence cette fois-ci est que nous intégrons cette garantie dans la structure même de l’accord. Nous sommes parvenus à un accord avec Oman concernant un nouveau couloir maritime traversant le détroit d’Ormuz. Une partie substantielle de cet itinéraire passera par des eaux sous contrôle iranien. Mais ce couloir ne signifie pas une réouverture d’urgence du détroit. Il s’agit d’un cadre qui deviendra opérationnel une fois que les États-Unis auront rempli les conditions que nous avons énoncées et que l’Iran aura décidé de rouvrir le détroit d’Ormuz.
Cela signifie que la séquence est cette fois-ci tout à fait claire : d’abord, le respect des engagements ; ensuite, la décision de l’Iran de rouvrir le détroit ; puis, la reprise du trafic maritime selon les nouvelles modalités convenues avec Oman.
Nous ne sommes plus intéressés par des accords dont la seule garantie est la bonne volonté politique. Ormuz n’est donc pas seulement l’objet de l’accord ; il fait également partie de la garantie que l’accord sera mis en œuvre.
Si Washington honore ses engagements, la voie est ouverte à la réouverture du détroit d’Ormuz et à la poursuite de la diplomatie. Mais l’Iran ne renoncera pas d’abord au moyen de pression qui a amené la partie adverse à la table des négociations, en espérant que les promesses soient tenues.
DSN : Quels arrangements envisagez-vous avec les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) concernant le détroit et la future architecture de sécurité ? Pourquoi la conférence de Salalah [une réunion de responsables iraniens, irakiens et des pays du CCG, à l’exception de Bahreïn, prévue le 14 septembre à Salalah, en Oman] a-t-elle été reportée ?
Nous discutons avec les pays du Conseil de coopération du Golfe du type d’architecture de sécurité régionale qui pourrait empêcher le golfe Persique de redevenir un théâtre de confrontation entre l’Iran et des puissances extérieures à la région.
Notre position est que la sécurité dans le golfe Persique ne peut pas être externalisée indéfiniment. L’Iran, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, Oman, le Koweït, Bahreïn et l’Irak ont tous un intérêt direct à empêcher un cycle dans lequel les infrastructures régionales, les ports, les installations énergétiques et les voies de navigation deviendraient des cibles. Cela nécessite des mécanismes de communication, des mesures visant à prévenir les rencontres accidentelles en mer, le partage d’informations sur les mouvements militaires et, en fin de compte, des accords sur l’utilisation du territoire des pays de la région par des puissances étrangères.
Bien sûr, nous ne sommes pas sans savoir à quel point la méfiance est grande. Certains pays du CCG sont plus disposés que d’autres à discuter de nouveaux accords avec l’Iran.
La réouverture du détroit d’Ormuz et la mise en place d’une architecture de sécurité plus large pour le golfe Persique ne relèvent pas d’une seule et même décision. La réouverture du détroit dépend toujours du respect des conditions que l’Iran a communiquées aux États-Unis. Le dialogue avec le CCG peut préparer le cadre de cette décision, mais il ne peut pas la remplacer.
DSN : Quel rôle l’Iran a-t-il joué dans l’opération menée par Ansarallah pour s’emparer de Mokha ? Allez-vous vous coordonner avec eux pour fermer le détroit de Bab al-Mandab à la navigation commerciale ?
Ansarallah n’est pas une unité militaire iranienne, et les décisions concernant le territoire yéménite sont prises par les Yéménites eux-mêmes. Nous entretenons des relations politiques avec eux et n’avons jamais caché notre soutien à leur résistance. Mais qualifier l’opération de Mokha d’opération iranienne, ou supposer que Téhéran donne des ordres opérationnels à Sanaa, n’est pas exact.
Ansarallah avait ses propres raisons stratégiques de s’emparer de Mokha. Le contrôle de la côte occidentale modifie l’équilibre militaire au Yémen et renforce considérablement son influence sur l’Arabie saoudite, ainsi que son accès à la mer Rouge. En ce qui concerne Bab al-Mandab, il ne faut pas supposer d’emblée que ce que fait l’Iran à Ormuz se reproduira là-bas exactement de la même manière. Il s’agit de deux détroits différents, de deux situations politiques différentes et de deux acteurs différents.
L’Iran est responsable de ses propres décisions dans le détroit d’Ormuz. Ansarallah est responsable de ses propres décisions à Bab al-Mandab. Nous n’annonçons pas une décision conjointe irano-yéménite visant à fermer complètement Bab al-Mandab à la navigation commerciale.
Mais il ne faut pas négliger une réalité stratégique plus large. Si la guerre continue de s’étendre, ou si les voies maritimes de la région deviennent des instruments de guerre économique, chaque acteur réévaluera les moyens dont il dispose.
L’Iran n’a pas besoin de donner d’ordres à Ansarallah pour que celui-ci comprenne l’importance stratégique de Bab al-Mandab. Il la comprend très bien par lui-même. Quiconque envisage une guerre régionale prolongée devrait comprendre que la stabilité à Ormuz, en mer Rouge et à Bab al-Mandab ne peut être dissociée indéfiniment de la situation sécuritaire globale de la région.
DSN :De quelle capacité disposez-vous pour continuer à lancer des missiles et des drones sur diverses cibles à travers la région ?
Rezaei : Si la question est de savoir si l’Iran a toujours la capacité de poursuivre ses opérations de missiles et de drones, la réponse est oui. L’une des hypothèses sous-jacentes à la campagne menée contre l’Iran était que des attaques soutenues finiraient par épuiser notre capacité de riposte. Cette hypothèse ne s’est pas vérifiée. Les capacités de l’Iran en matière de missiles et de drones n’ont jamais été concentrées en un seul endroit ni dépendantes d’une seule chaîne de production.
L’Iran a investi pendant des années pour protéger et dédoubler ses capacités : production dispersée, installations souterraines, différents systèmes de lancement, et capacité à réparer les dégâts et à remplacer les pertes.
Plus important encore, il ne faut pas évaluer notre capacité uniquement en se demandant combien de missiles restent en stock. Dans une guerre prolongée, la question centrale est de savoir si un pays peut maintenir un cycle continu de production, de déploiement et de riposte. Nous avons démontré que, même plusieurs mois après le début de la guerre, nous sommes toujours en mesure d’infliger des pertes à l’adversaire.
Nous n’avons pas non plus besoin de tirer avec la même intensité chaque jour. La dissuasion n’est pas une compétition sur le nombre de tirs. L’objectif est que l’adversaire comprenne que toute nouvelle attaque aura des conséquences, et que ces conséquences pourront survenir au moment et à l’endroit de notre choix.
Chacun doit comprendre que toute action contre l’Iran a un coût. Si la diplomatie peut faire naître cette prise de conscience, nous préférons la diplomatie. Mais si la guerre se poursuit, l’Iran dispose des moyens nécessaires pour continuer à riposter.
DSN : Ansarallah a infligé de lourds dégâts aux infrastructures énergétiques dans l’ouest de l’Arabie saoudite. Si la guerre se poursuit, avez-vous également l’intention de cibler les infrastructures énergétiques de la région ?
L’Iran n’a pas pour politique d’attaquer les infrastructures énergétiques civiles afin de nuire à l’économie régionale. Ce n’est pas notre objectif.
Mais il y a un autre aspect à cette question. Si les infrastructures énergétiques sont utilisées directement pour soutenir la guerre contre l’Iran — que ce soit en appuyant des opérations militaires, en remplaçant les approvisionnements perdus en raison de la situation dans le détroit d’Ormuz, ou en permettant la poursuite du blocus économique — alors la nature de ces infrastructures change dans nos calculs stratégiques.
La vulnérabilité dans le golfe Persique n’est pas unilatérale. Les installations pétrolières, les ports et le transport maritime de l’Iran ne peuvent être considérés comme des cibles légitimes tout en partant du principe que les infrastructures économiques de la partie adverse, qui soutiennent cette guerre, resteront à jamais à l’abri.
Notre préférence est tout à fait claire : la désescalade. Nous avons proposé une voie politique pour mettre fin à la guerre. Si cette voie est acceptée, il n’y a aucune raison pour que les infrastructures énergétiques de la région deviennent le théâtre d’un champ de bataille élargi.
Mais si la stratégie américaine consiste à prolonger la guerre tout en utilisant les infrastructures énergétiques des pays voisins pour compenser la pression exercée au niveau du détroit d’Ormuz et maintenir le blocus de l’Iran, ces gouvernements ne doivent pas croire qu’ils peuvent participer à une guerre économique contre l’Iran sans s’exposer eux-mêmes à des risques.
Le message n’est pas que l’Iran souhaite détruire le système énergétique du golfe Persique. Le message est qu’il ne peut y avoir d’accord dans lequel les artères économiques vitales de l’Iran seraient attaquées tandis que l’architecture économique permettant ces attaques resterait à l’abri.
IA : les centres de données et de calcul sont-ils des « cibles militaires légitimes » ?
C’est précisément pour cette raison que nous disons aux pays de la région que la meilleure alternative est un accord de sécurité dans lequel les installations énergétiques, les voies maritimes et les infrastructures civiles seraient mutuellement tenues à l’écart de la guerre. C’est possible, mais cela doit fonctionner dans les deux sens.
DSN : Des déclarations ont été faites au sein de l’administration Trump [notamment par le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio] suggérant que la guerre pourrait se poursuivre jusqu’en 2029. Pensez-vous que l’armée et l’économie iraniennes pourront tenir jusqu’à cette date ?
L’Iran a déjà démontré que sa résilience stratégique ne peut se mesurer simplement à l’aune d’indicateurs économiques trimestriels ou du nombre de missiles tirés au cours d’un mois donné. Nous avons enduré une guerre de huit ans, et notre puissance est aujourd’hui bien supérieure à ce qu’elle était pendant ce conflit. Ainsi, plus les États-Unis prolongent la guerre, plus nous devenons forts, même si ce n’est pas ce que nous souhaitons.
Cette guerre imposera également des coûts considérables aux États-Unis, aux pays du golfe Persique, aux marchés énergétiques mondiaux et aux stocks d’armes des pays impliqués. C’est pourquoi il est erroné de croire que l’Iran est le seul à être contraint par le temps.
Sur le plan militaire, la question n’est pas de savoir si nous pouvons mener la guerre exactement comme au premier jour pendant plusieurs années. Aucun pays ne peut soutenir une guerre de plusieurs années de la même manière. Ses forces armées s’adaptent, changent de tactique, préservent les capacités coûteuses, augmentent la production dans la mesure du possible et recherchent des moyens moins onéreux d’imposer des coûts à l’ennemi.
Il en va de même pour l’économie. L’Iran souffrira d’un blocus prolongé ; quiconque prétend le contraire manque de réalisme. Les familles en supporteront les coûts, les investissements en pâtiront et il deviendra plus difficile de maintenir certains secteurs de l’économie à flot. Mais souffrance économique et effondrement stratégique ne sont pas synonymes.
Washington a commis à maintes reprises l’erreur de supposer que, s’il parvenait à rendre la vie suffisamment difficile en Iran, le système politique iranien finirait par accepter les exigences stratégiques des États-Unis. Il s’agit là de deux logiques distinctes.
Notre objectif n’est pas d’arriver jusqu’en 2029. Notre objectif est de mettre fin à la guerre à des conditions qui réduisent le risque d’une nouvelle guerre.
Mais si la stratégie américaine repose sur l’hypothèse que l’Iran ne pourra tenir que quelques mois, alors que les États-Unis disposent d’un temps, de ressources et d’une patience politique illimités, alors elle se trompe une fois de plus dans ses calculs.
Auteur : Jeremy Scahill
* Jeremy Scahill est journaliste à Drop Site News, cofondateur de The Intercept, auteur des livres Blackwater et Dirty Wars. A fait des reportages en Irak, en Afghanistan, en Somalie, au Yémen, etc...
Auteur : Peiman Salehi
* Peiman Salehi est un analyste politique basé à Téhéran, spécialisé sur l’Iran, les États-Unis et les changements de rapports de force mondiaux. Ses articles sont publiés dans @thehill, @SCMPNews, @RStatecraft et @DropSiteNews. Il est cité dans : @TheEconomist et @Forbes.
Auteur : Ryan Grim
* Ryan Grim est le chef du bureau de The Intercept à Washington et l'animateur du podcast Deconstructed. Il est l'auteur de la lettre d'information Bad News et était auparavant chef du bureau de Washington du HuffPost, où il a dirigé une équipe qui a été deux fois finaliste du prix Pulitzer et l'a remporté une fois. Il a été journaliste pour Politico et le Washington City Paper et coanimateur de l'émission Counter Points. Il est l'auteur des livres « We've Got People » (2019) et « This Is Your Country on Drugs » (2009).
Ryan Grim a grandi dans une région rurale du Maryland. Son troisième livre, à paraître fin 2023, s'intitulera « For What Purpose : AOC, The Squad, and the Final Act of a Political Revolution ».
Son compte Twitter.
21 octobre 2026 – Drop Site News – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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