Manoeuvres militaires, Octobre 2023, Photo : Forces de défense iraniennes
L’administration du président Donald Trump a été accusée de mener une guerre contre l’Iran pour le compte d’Israël. Israël n’avait pas caché sa détermination à entraîner les États-Unis dans une telle confrontation, après avoir échoué à persuader les administrations américaines précédentes de le faire.
Depuis lors, les pays de la région subissent les conséquences des répercussions de la guerre et des décisions de Trump à cet égard, que ce soit au niveau de leurs relations régionales, du contexte général de sécurité régionale, voire de la sécurité intérieure et de la stabilité de certains États.
L’équation entourant la guerre contre l’Iran apparaît encore plus complexe lorsqu’on l’examine à travers le prisme de la personnalité de Trump. Issu du monde des affaires et de la finance, il est capable de conclure des accords et maximiser les gains économiques mais pas de s’en remettre à des approches conventionnelles de la politique et de la diplomatie.
La convergence de ces facteurs soulève une question fondamentale : les décisions de Trump pendant la guerre ont-elles été motivées par des considérations politiques, ou ses intérêts personnels et économiques ont-ils également contribué à les façonner, au détriment de la stabilité de la région ?
Les données montrent que les déclarations et les décisions de Trump concernant la guerre contre l’Iran, ainsi que les cessez-le-feu qui y sont associés, ont influencé les mouvements et les tendances des marchés. Un certain nombre d’entreprises du secteur de la défense en ont profité, et le cours de leurs actions a augmenté dès le début de la guerre.
L’escalade, ou les menaces de frappes contre l’Iran, ont également fait grimper les cours du pétrole et les actions des entreprises énergétiques, affectant les indices boursiers des compagnies aériennes, des entreprises de transport et des sociétés technologiques. À l’inverse, la promotion des cessez-le-feu et des négociations a fait baisser les actions du secteur de l’énergie tout en faisant grimper celles des entreprises opérant dans d’autres secteurs.
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Trump détient des actions dans des entreprises de défense, de technologie et d’énergie dont les performances sont influencées par ses décisions concernant le déroulement de la guerre contre l’Iran.
Trump entretient une relation financière officielle bien connue avec la Bourse, relation à laquelle il n’a pas renoncé en prenant ses fonctions, contrairement à la pratique suivie par les présidents qui l’ont précédé. Au début de son premier mandat présidentiel, le Bureau de l’éthique gouvernementale a recommandé à Trump de se défaire de ses intérêts financiers qui entraient en conflit avec ses responsabilités présidentielles.
Les sept présidents qui l’ont précédé, à la suite de l’adoption de la loi de 1978 sur l’éthique au sein du gouvernement (Ethics in Government Act), qui oblige les présidents à divulguer leurs intérêts financiers et leurs transactions, ont soit vendu les actifs qui entraient en conflit avec leurs fonctions officielles, soit les ont placés dans une fiducie sans droit de regard (blind trust), et n’ont pas eu connaissance des transactions effectuées pendant toute la durée de leur mandat.
Aux États-Unis, les décisions et déclarations politiques officielles influencent l’humeur des marchés et le cours des actions. Trump suit de près le marché boursier et le considère comme un indicateur important du succès de sa présidence.
Trump conserve une société cotée en bourse portant son nom, ainsi que des portefeuilles d’investissement contenant des obligations et des actions. La valeur des actions détenues dans le fonds d’investissement qu’il a déclaré lors de son entrée en fonction se situe dans la catégorie de déclaration la plus élevée aux États-Unis, dépassant les 50 millions de dollars.
Trump est l’unique bénéficiaire du fonds, et celui-ci conserve le pouvoir d’acheter et de vendre des actions tout au long de sa présidence. Bien que Trump ait déclaré que d’autres géraient les transactions du fonds, un ancien responsable du Bureau de l’éthique gouvernementale a fait valoir que les montages financiers de Trump étaient bien loin de ce que l’on entend habituellement par « blind trust ».
Le fonds d’investissement de Trump détient des participations dans des entreprises actives dans les cryptomonnaies, la banque, l’intelligence artificielle, la technologie, les semi-conducteurs, l’énergie et la défense, notamment Apple, Tesla, Nvidia, Boeing et le sous-traitant de défense Lockheed Martin.
Les intérêts de ces grandes entreprises américaines sont affectés par les décisions prises par l’administration Trump, notamment celles relatives aux droits de douane, aux restrictions à l’importation, à la guerre et aux cessez-le-feu, ce qui crée un conflit d’intérêts manifeste.
Rien qu’au cours du premier trimestre de cette année, le fonds d’investissement de Trump a effectué plus de 3600 opérations d’achat et de vente d’actions concernant ces entreprises. Ses déclarations financières officielles révèlent l’ampleur de son activité de trading et l’étendue de ses participations, mais elles ne précisent pas les bénéfices exacts générés par ces opérations boursières.
Pendant la guerre, les marchés ont réagi aux déclarations de Trump, même lorsqu’elles ne se traduisaient pas par une politique concrète.
Un schéma récurrent s’est dessiné : les menaces musclées avaient tendance à faire grimper les cours du pétrole et à faire baisser les actions d’autres entreprises, tandis que l’annonce d’un délai supplémentaire ou la mention de négociations inversaient cette tendance. La déclaration de Trump du 9 mars, selon laquelle la guerre évoluait plus favorablement que prévu, a contribué à une baisse des cours du pétrole et à une hausse des cours des actions d’autres entreprises.
De même, son annonce du 23 du même mois, reportant les frappes contre les installations énergétiques iraniennes, a entraîné une baisse des cours du pétrole d’environ 15 %. Ce qui a toutefois soulevé d’autres questions, c’est que des acteurs non identifiés ont vendu d’importants contrats à terme sur le pétrole quelques minutes seulement avant que Trump n’annonce le report des frappes, ce qui a déclenché une chute immédiate des cours du pétrole.
Le 7 avril, quelques heures seulement avant que Trump n’annonce un cessez-le-feu de deux semaines, des contrats à terme sur le pétrole ont de nouveau été vendus de la même manière, leur volume ayant presque doublé. À la suite de son annonce, les cours du pétrole ont chuté d’environ 15 %. Ce ne sont là que quelques exemples qui ont incité les experts à réclamer une enquête sur la possibilité d’une fuite d’informations officielles confidentielles.
En vertu de la législation américaine sur les conflits d’intérêts, il est interdit aux responsables de l’exécutif de participer à des affaires gouvernementales qui affectent leurs propres intérêts financiers, bien que le président et le vice-président soient exemptés de cette restriction. La législation américaine sur les valeurs mobilières interdit également toute opération boursière lorsque l’on détient des informations non publiques de nature significative.
Les États-Unis ont récemment fait échouer l’accord avec l’Iran et sapé tous les efforts de négociation et de diplomatie déployés tout au long de la guerre, au milieu des politiques contradictoires qu’ils ont menées pendant cette période.
La disposition liminaire de l’accord-cadre de cessez-le-feu prévoyait la fin des hostilités sur tous les fronts actifs, y compris au Liban. Bien qu’Israël n’aie pas participé à l’accord, l’inclusion du Liban dans sa toute première disposition, conjuguée à l’alliance stratégique et au partenariat de longue date entre les États-Unis et Israël ainsi qu’à leur conduite conjointe de la guerre contre l’Iran, implique qu’Israël a accepté les termes convenus par son allié.
Le refus des États-Unis de débloquer les avoirs gelés de l’Iran, tout en subordonnant leur déblocage à leur utilisation à des fins spécifiques, va également à l’encontre de l’accord, qui prévoyait expressément le déblocage immédiat de ces fonds sans restriction quant à leur utilisation.
De même, la modification des routes maritimes traversant le détroit d’Ormuz à la demande des États-Unis a constitué une nouvelle violation de l’accord par Washington. Elle a également perturbé l’équilibre des relations entre Oman et l’Iran.
Les États-Unis avaient longtemps échoué dans leurs efforts visant à semer la discorde entre Oman et l’Iran, ayant toujours qualifié les relations omano-iraniennes de cordiales, tandis qu’Oman restait un pilier de la médiation entre l’Iran et les États du Golfe.
Dans le cadre du récent accord de cessez-le-feu, cependant, les États-Unis ont réussi à mettre les deux partenaires sur une trajectoire de collision dans le détroit d’Ormuz après qu’Oman eut activé la voie maritime sud conformément à la position américaine, sans accord avec l’Iran.
L’accord lui-même reflétait la réalité imposée par la guerre, selon laquelle la voie maritime nord, passant à proximité de l’Iran, restait opérationnelle, et il ne prévoyait aucun arrangement alternatif. Il stipulait également que le détroit serait administré conjointement par Oman et l’Iran, sans faire mention d’un quelconque rôle pour Washington dans ce contexte.
Il est difficile d’ignorer les profonds changements intervenus dans les relations extérieures, voire intérieures, de la région, résultant de la guerre menée par Trump et Netanyahu contre l’Iran, contrairement aux intérêts et aspirations déclarés des pays de la région.
Après des décennies d’efforts diplomatiques et politiques visant à combler le fossé entre les États du Conseil de coopération du Golfe et l’Iran – efforts qui s’étaient avérés fructueux ces dernières années –, les tensions entre États voisins ont refait surface sous une forme plus complexe.
Pendant la guerre, l’Iran a lancé des frappes militaires contre des États voisins du Golfe au motif qu’ils abritaient des bases militaires américaines impliquées dans des attaques à son encontre. Cela a créé un déséquilibre fondamental dans des relations qui avaient mis de nombreuses années à se consolider.
Les relations prudentes entre l’Irak et le Koweït n’ont pas été épargnées par la détérioration provoquée par la guerre menée par Trump et Netanyahu contre l’Iran.
Les différends relatifs aux frontières maritimes entre les deux pays étaient restés dans un cadre politique et juridique sous l’égide des Nations unies. La guerre a toutefois donné lieu à des mouvements militaires de l’Irak vers le Koweït, justifiés par le fait que l’Iran prenait pour cible la présence militaire américaine au Koweït.
Cela a marqué une évolution sans précédent depuis l’invasion du Koweït par l’Irak et a encore compliqué et altéré le paysage régional.
Face à l’Iran, Trump et son équipe sont comme « un poulet sans tête »
Le Liban et la Syrie n’ont pas été épargnés par les conséquences des politiques de Trump. Ce dernier a fait du désarmement du Hezbollah une condition imposée au Liban, bien que cette proposition ne fût pas nouvelle au sein de l’État libanais, et l’a lié au retrait d’Israël du Sud-Liban, provoquant une controverse considérable et des désaccords internes.
Trump a également suggéré que la Syrie pourrait combattre le Hezbollah à la place d’Israël, dans le cadre de propositions qui auraient des conséquences désastreuses pour la sécurité et l’avenir de la région.
Les États sont bien conscients de leurs intérêts, de leurs priorités et de leurs objectifs ; il suffit de suivre leurs médias pour s’en rendre compte. Les médias du Golfe ont couvert la guerre contre l’Iran principalement sous l’angle de ses implications pour leurs économies et leurs ressources nationales.
Les médias iraniens se sont attachés à rejeter toute capitulation tout en affirmant que l’Iran ne cherche pas la guerre.
Les médias israéliens ont continué à mettre l’accent sur la persistance de la menace iranienne et à rejeter les cessez-le-feu, les accords et les négociations.
Les médias américains se sont concentrés sur la capacité des États-Unis à gérer l’ordre régional tout en préservant leurs intérêts au moindre coût.
Les médias européens, quant à eux, ont abordé la guerre sous l’angle de la stabilité internationale et de l’évolution vers un ordre international multipolaire.
Il n’est pas dans l’intérêt des États arabes de rester prisonniers des agendas et des intérêts d’autres puissances, y compris ceux des États-Unis.
Auteur : Sania Faisal El-Husseini
* Dr Sania Faisal El-Husseini est professeure de relations internationales à l'Université arabo-américaine de Palestine. Écrivaine et chercheuse, elle a publié de nombreux articles politiques et travaux de recherche. Mme El-Husseini a travaillé pendant plus de deux décennies au sein de l’Autorité nationale palestinienne, où elle a occupé des fonctions dans les domaines de l’information et de la diplomatie. Depuis 2008, elle enseigne dans plusieurs universités palestiniennes, notamment à l’université de Birzeit et à l’université Al-Quds. Elle a été invitée en tant que chercheuse invitée par le Centre d’études islamiques d’Oxford en 2013-2014, puis par l’université de Georgetown en 2017-2018.
16 juillet 2026 – Middle-East-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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