Gaza est confronté à un blocus encore plus étouffant et à une nouvelle famine

19 août 2026 - Des bénévoles de la cuisine communautaire d’Al-Saada distribuent de la nourriture aux personnes déplacées à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, à Al-Mawasi, à l’ouest de Khan Yunis, dans la bande de Gaza. Depuis près de trois ans, malgré des ressources de plus en plus limitées, cette cuisine continue de fournir des repas qui constituent, pour de nombreuses familles, leur principale source d’alimentation. Les bénévoles, dont beaucoup sont eux-mêmes déplacés et vivent sous des tentes, préparent ce qu’ils ont sous la main, tandis que des dizaines de personnes font la queue pour recevoir un repas. Selon la dernière analyse de l’IPC (Classification intégrée des phases de sécurité alimentaire), plus de 1,2 million de personnes à Gaza ont été confrontées à une insécurité alimentaire de niveau « crise » ou pire encore entre avril et juin 2026 - Photo : Doaa Albaz/Activestills

Par Sally Ibrahim

Lundi 19 octobre, le Programme Alimentaire Mondial [PAM] a annoncé une réduction d’un tiers de son aide alimentaire à Gaza en raison d’un manque de fonds, ce qui affectera environ 500 000 personnes.

Safiya Abu Sabha, une femme palestinienne déplacée originaire de la ville de Gaza, se demande comment elle pourra nourrir ses quatre enfants si l’aide alimentaire dont dépend sa famille venait à disparaître.

Depuis que l’armée israélienne a tué son mari lors d’une attaque et qu’elle a fui le quartier de Shuja’iyya, à l’est de la ville de Gaza, cette femme de 40 ans élève seule ses enfants, luttant pour faire face à la flambée du coût de la vie, alors qu’elle est sans aucun revenu.

Ses angoisses se sont accrues suite à l’annonce par le Programme alimentaire mondial (PAM) d’une réduction de son aide à Gaza en raison d’un manque de fonds. En effet, lundi, le PAM a annoncé une réduction d’un tiers de son aide alimentaire à Gaza en raison de problèmes de financement, ce qui affectera environ 500 000 personnes.

Environ 1,1 million de Palestiniens en situation de vulnérabilité recevront une aide alimentaire ou financière, contre environ 1,6 million le mois précédent, a indiqué le PAM dans un communiqué de presse.

Les rations alimentaires seront réduites de moitié : les familles recevront un colis alimentaire au lieu de deux, tandis que les distributions de farine de blé seront également réduites, a-t-il ajouté.

Gaza : la destruction de toute une génération par la famine et la malnutrition

Le nombre de repas chauds fournis quotidiennement passera de 250 000 à 150 000, et l’aide financière versée à 75 000 foyers sera réduite, a-t-il expliqué. Dans les zones difficiles d’accès, notamment celles situées près de la « ligne jaune », les repas chauds seront distribués un jour sur deux au lieu de tous les jours.

Pour Safiya, qui vit dans une tente délabrée dans un refuge à l’ouest de la ville de Gaza, la perspective de recevoir moins d’aide menace le soutien limité sur lequel elle compte pour nourrir ses enfants.

« Ce qui m’effraie le plus aujourd’hui, c’est que l’aide puisse être encore réduite. Je n’ai aucun revenu pour acheter de quoi pour nourrir mes enfants. Je ne sais pas comment je vais réussir à leur donner à manger si nous perdons ce soutien », a-t-elle expliqué à The New Arab [TNA].

« L’aide que nous recevons ne suffit pas à couvrir tous les besoins de mes enfants, et je ne peux pas toujours leur fournir la nourriture la plus adaptée, mais au moins cela m’aide à m’assurer qu’ils ont quelque chose à manger. C’est mieux que rien », a-t-elle ajouté.

Bien que cette aide ne réponde pas à tous les besoins nutritionnels de sa famille, elle permet à Safiya de mettre de la nourriture sur la table lorsque faire ses courses dépasse ses moyens.

La disparition d’un soutien vital

Les inquiétudes de Safiya sont partagées par Samir Abu Hasira, qui vit avec sa femme et ses trois enfants dans une tente près de la plage de Gaza. L’armée israélienne a détruit sa maison pendant la guerre génocidaire, laissant sa famille sans abri ni moyens de subsistance.

Sa situation s’est aggravée lorsque les forces israéliennes lui ont tiré dessus alors qu’il tentait de rejoindre des camions d’aide alimentaire pendant la famine, ce qui lui a coûté une jambe et l’a rendu incapable de travailler. Depuis, il dépend de plus en plus de l’aide humanitaire pour nourrir sa femme et ses trois enfants.

« Avant, je recevais régulièrement un sac de farine et un carton de conserves, ce qui m’aidait à nourrir ma femme et mes enfants », a-t-il dit à TNA.

Ces dons ont permis de couvrir une partie des besoins de la famille, mais de nouvelles réductions pourraient mettre Samir en difficulté pour combler le manque à gagner. Sans revenu ni autre source de subsistance, il lui est difficile d’acheter de la nourriture sur les marchés locaux.

« La guerre a bouleversé nos vies. J’ai perdu ma maison, puis, après avoir perdu ma jambe, j’ai perdu ma capacité à travailler. Ma famille dépend désormais de l’aide humanitaire pour survivre », a-t-il expliqué. « Je n’aurais jamais imaginé en arriver au point de ne plus pouvoir nourrir mes propres enfants. Ce qui m’effraie le plus, c’est de ne pas savoir ce que demain leur réserve. »

Son expérience met en lumière la vulnérabilité des familles qui ont perdu leurs moyens de subsistance, en particulier celles qui s’occupent de personnes dont les blessures ou le handicap les empêchent de travailler.

Pour ces ménages, une aide réduite ne se traduit pas seulement par des rations alimentaires plus maigres ; elle menace leur capacité à subvenir à leurs besoins les plus fondamentaux.

Malgré ces coupes budgétaires, le PAM entend continuer à soutenir les boulangeries qui couvrent environ un tiers des besoins en pain de Gaza, en fournissant une aide alimentaire à environ 300 000 femmes et enfants ainsi que des compléments nutritifs à 200 000 écoliers.

Cependant, la crise de financement menace la capacité du programme à maintenir cette aide à un moment où de nombreuses familles n’ont guère d’autres solutions. Pour des ménages comme ceux de Safiya et Samir, la perspective de recevoir moins d’aide alimentaire vient s’ajouter à l’incertitude liée au fait de vivre sans logement digne de ce nom ni revenu.

La faim ajoute une pression supplémentaire

Le PAM estime qu’environ 1,4 million de personnes, soit 67 % de la population de Gaza, sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë atteignant des niveaux de crise, voire pire. Seul un enfant sur cinq a accès à une alimentation suffisamment variée.

Selon le programme, avec un taux de chômage dépassant les 80 %, de nombreuses familles n’ont pas les moyens d’acheter des produits frais et des aliments riches en protéines, même lorsque ceux-ci sont disponibles sur les marchés locaux. L’aide alimentaire a constitué une bouée de sauvetage pour près de 90 % des ménages de Gaza au cours des trois dernières années.

Depuis le début prétendu du cessez-le-feu en octobre 2025, le PAM a venir en aide à environ 1,6 million de personnes chaque mois grâce à des colis alimentaires, de la farine, du pain, des repas chauds, des programmes nutritionnels et une aide en espèces.

Gaza soumis à la mort lente

Cependant, les fonds reçus pour ses opérations en Palestine en 2026 n’ont représenté que la moitié de ceux reçus les années précédentes. Le programme a besoin de toute urgence de 450 millions de dollars US pour poursuivre ses opérations à Gaza et en Cisjordanie d’octobre 2026 à mars 2027.

Au-delà de ses conséquences physiques, l’insécurité alimentaire pèse psychologiquement sur les familles, en particulier sur les mères qui peinent à subvenir aux besoins de leurs enfants dans un contexte de déplacement, de pauvreté et de perte de leur habitat.

Mustafa Ayesh, un expert en sciences sociales de la ville de Gaza, a déclaré à TNA que les pénuries alimentaires affectaient la santé mentale et les relations familiales.

« Lorsqu’une mère ne peut pas nourrir ses enfants ou craint de ne pas pouvoir les nourrir le lendemain, elle est confrontée à une pression psychologique intense et à un sentiment d’impuissance », a expliqué M. Ayesh.

Il a ajouté que les réductions de l’aide humanitaire accentuaient l’angoisse des familles face à l’avenir, tandis que les enfants pouvaient se sentir davantage effrayés et en insécurité à mesure que les tensions montaient au sein du foyer.

M. Ayesh a averti que la persistance des pénuries pourrait contraindre les familles à manger tout ce qu’elles parviennent à trouver, augmentant ainsi le risque de malnutrition, en particulier chez les enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes.

« Pour de nombreuses familles, l’aide alimentaire constitue une protection fondamentale contre la faim lorsqu’elles n’ont ni revenu ni autre soutien. Toute réduction ne fait qu’accroître la pression sur des personnes qui luttent déjà pour survivre », a-t-il encore dit.

Pour Safiya, l’aide alimentaire ne peut ni reconstruire sa maison ni ramener son mari, mais elle l’aide à nourrir ses enfants.

Pour elle et Samir, l’aide qu’ils reçoivent reste essentielle, même si elle ne suffit pas à couvrir leurs besoins. Alors que le manque de financement menace d’entraîner de nouvelles coupes, les deux familles sont confrontées à une incertitude croissante quant à la manière dont elles pourront se procurer leur prochain repas.

21 octobre 2026 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine

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