Comment Israël siphonne et détourne l’argent européen destiné à la recherche

Photo : Anne Paq/ActiveStills
La recherche financée par l'UE sert largement au complexe militaro-industriel israélien, et Gaza sert de "banc de test" - Ici les victimes de la famille Abu Amer de Khan Younis, après le massacre commis par l'armée israélienne en juillet 2014 - Photo : Anne Paq/ActiveStills
David Cronin Les politiques de l’Occident à l’égard de la Palestine peuvent être divisées en deux grandes catégories : les stupides et les mensongères.

En décidant de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, Donald Trump s’est comporté de manière irréfléchie. L’explication la plus plausible pour laquelle le président américain l’a fait c’est qu’en agissant comme un pyromane, il consolide la faveur de son bailleur de fonds de campagne pro-israélien Sheldon Adelson et d’un électorat extrémiste – principalement chrétien.

Malgré sa propension à mentir, Trump a été plus honnête sur ce dossier particulier que l’Union européenne et ses représentants robots. Ils prétendent œuvrer à la paix et pour une solution à deux États, tout en aidant les autorités israéliennes que ni l’un ni l’autre de ces objectifs n’intéressent.

Il a été accordé une forte priorité à la recherche scientifique dans la coopération entre Israël et l’UE. Israël participe activement à Horizon 2020, programme de l’UE visant à encourager l’innovation, qui s’est vu allouer près de 100 milliards de dollars sur une période de sept ans.

J’ai épluché environ 700 projets financés dans le cadre du programme et impliquant Israël. Ils illustrent à quel point les signaux envoyés par l’UE sont extrêmement trompeurs.

Sismique ?

En 2013, Israël accusait l’UE de causer un « séisme », selon le quotidien de Tel Aviv Haaretz. Les directives préparées pour Horizon 2020 irritaient l’élite politique israélienne, car elles stipulaient que les entreprises ou institutions israéliennes basées en Cisjordanie occupée – y compris Jérusalem-Est – ne seraient pas éligibles pour ses subventions.

La publication de ces directives n’a pas été l’événement sismique dont Haaretz avait fait ses gros titres.

Elles avaient été rédigées après que les fonctionnaires de Bruxelles avaient été informés que certains bénéficiaires de subventions de l’UE étaient loin d’être transparents – et c’est un euphémisme.

L’Autorité des antiquités d’Israël a participé au précédent programme scientifique de l’Union, même si son siège se trouvait à Jérusalem-Est occupée. Elle avait fourni comme adresse une boîte postale en Israël lorsqu’elle postula pour une subvention de l’UE.

L’Autorité des antiquités d’Israël n’a pas été punie pour cette supercherie. Elle participe maintenant à un projet de préservation du patrimoine de 5 millions de dollars dans le cadre d’Horizon 2020.

L’adresse indiquée sur le site Web de l’autorité pour ce projet est le Musée Rockefeller. Ce bâtiment se trouve à Jérusalem-Est.

Une faille peu remarquée dans les directives 2013 de l’UE permet aux organismes publics israéliens de bénéficier d’Horizon 2020, quelle que soit leur domiciliation.

L’annonce faite par l’Autorité des antiquités d’Israël de transfert de ses bureaux à Jérusalem-Ouest n’excuse pas son rôle dans la spoliation des Palestiniens.

L’autorité supervise les fouilles dans le cadre des plans d’aménagement d’un parc archéologique à Silwan, quartier de Jérusalem-Est. Ce faisant, elle a constituée un partenariat avec Elad, organisation pro-implantation israélienne qui expulse les Palestiniens de chez eux.

La Commission européenne – qui administre Horizon 2020 – a essayé de justifier la manière dont elle se met en quatre pour satisfaire Israël.

Un porte-parole de la Commission a déclaré qu’elle « veille constamment à ce que chaque règle soit respectée », lorsque j’ai sollicité un commentaire. C’est une piètre excuse convenue pour sa complicité dans la colonisation de Jérusalem.

Un certain nombre d’autres organismes israéliens en activité à Jérusalem-Est ont reçu des subventions au titre d’Horizon 2020.

Le ministère israélien des sciences – basé à Jérusalem-Est – s’est engagé dans des projets de l’UE sur l’alimentation et l’égalité des sexes.

Il y a de fortes chances que l’Université hébraïque de Jérusalem, quant à elle, préserve son statut de participant principal d’Israël au sein des activités de recherche de l’UE.

Hypocrite

Sur les 700 projets que j’ai examinés, l’Université hébraïque étaient impliquée dans plus de 80. Certaines des subventions allouées à l’université s’élèvent à près de 2,5 millions de dollars chacune.

L’Université hébraïque est administrée depuis le mont Scopus à Jérusalem-Est. L’UE considère cela comme acceptable parce que le mont Scopus a été réquisitionné par les forces sionistes en 1948, plutôt que pendant la guerre de juin 1967 (quand Israël a raflé le reste de Jérusalem-Est).

La position hypocrite de l’UE ferme les yeux sur la manière dont l’Université hébraïque empiète sur les territoires saisis en 1967 et le zèle avec lequel elle soutient les forces d’occupation israéliennes.

Plusieurs organismes israéliens coupables de violations des droits de l’homme bénéficient des largesses de l’UE.

La municipalité de Jérusalem, sous contrôle israélien, a placé une sorte d’étouffoir autour des quartiers palestiniens. Les procédures qu’elle a introduites rendent la construction par les Palestiniens pratiquement impossible, tout en favorisant la colonisation par les Israéliens.

La liste des moyens par lesquelles la municipalité contribue à l’apartheid israélien vient de s’allonger. Elle cherche à empêcher les habitants de deux villages palestiniens – al-Walaja et Battir – d’accéder à une source qui fournit de l’eau à leur communauté depuis 3 000 ans.

Avec une ironie sordide, l’UE a approuvé la participation de la municipalité à une initiative de ville durable, d’une valeur également de 5 millions de dollars.

Le ministère israélien de la sécurité publique supervise un service pénitentiaire qui soumet régulièrement les Palestiniens à la torture.

Gilad Erdan, l’actuel ministre israélien de la sécurité publique, a donné le feu vert – au moins tacitement – à un changement provocateur en matière de maintien de l’ordre. Il en résulte que la police se range ouvertement du côté des militants qui souhaitent s’emparer des lieux saints islamiques dans l’enceinte de la mosquée al-Aqsa de Jérusalem et les détruire pour pouvoir y construire un temple juif.

Les tentatives d’Erdan pour resserrer l’emprise d’Israël sur Jérusalem-Est n’ont pas dissuadé l’UE de le coopter. Le ministère de la sécurité publique participe à des projets de recherche de l’UE sur la surveillance des frontières, les techniques d’interrogatoire et la recherche de contenus « terroristes » sur Internet.

Voyous

Mekorot, la compagnie nationale israélienne de l’eau, se comporte en voyou environnemental. Des enquêteurs onusiens montrent preuves à l’appui comment elle met en péril le droit à l’eau des Palestiniens en asséchant les puits et les sources en Cisjordanie.

Honteusement, l’UE permet à Mekorot de cultiver une image plus responsable en participant aux activités Horizon 2020 sur la protection des infrastructures de l’eau et la réduction de la pollution.

Les entreprises qui contribuent à imposer un siège à Gaza sont également les bienvenues à Horizon 2020.

L’an dernier, la société d’État israélienne Israel Electric Corporation a réduit de façon draconienne la fourniture en électricité aux hôpitaux de Gaza, mettant ainsi la vie des patients en danger. La même société est impliquée dans des projets de l’UE sur les technologies de l’information.

L’industrie de l’armement israélienne bénéficie également d’Horizon 2020.

Elbit, le fournisseur de drones, de phosphore blanc et d’autres munitions utilisées lors des grandes attaques israéliennes contre Gaza, a reçu une subvention de l’UE de 860 000 dollars pour lui permettre de mettre au point de nouveaux composants de cockpit pour les futurs avions. L’objectif déclaré de ce travail est de faire progresser une initiative dont le nom Clean Sky (ciel propre) est doux à entendre.

On permet ainsi à un profiteur de crimes de guerre de se faire passer pour un sauveur de la planète. Et l’UE peut continuer à se leurrer que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

* David Cronin est le correspondant de l’agence de presse Inter Press Service. Né à Dublin en 1971, il a écrit pour diverses publications irlandaises avant de commencer à travailler à Bruxelles en 1995. Son dernier livre, « Corporate Europe : How Big Business Sets Policies on Food, Climate and War » est publié chez Pluto Press.

17 mars 2018 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – MJB