Gaza : un génocide doublé d’un grignotage méthodique de tout espace vital

24 mai 2026 - Un enfant palestinien tient une pancarte sur laquelle on peut lire « J'ai le droit d'être dans les bras de mon père. Je rêve de le retrouver » lors d'une manifestation organisée devant l'hôpital Al-Nasser à Khan Yunis par des femmes et leurs enfants pour réclamer le droit de voyager et de retrouver leurs familles hors de la bande de Gaza, alors que la situation humanitaire s'aggrave et que la guerre génocidaire menée par Israël se poursuit. Les participants ont déclaré que des milliers de femmes dans la bande de Gaza souffrent parce qu’elles ont été contraintes de laisser leurs maris et les membres de leur famille hors de la bande de Gaza. Elles ont également indiqué que les femmes doivent jouer à la fois le rôle de mère et de père pour leurs enfants, luttant pour trouver de quoi les nourrir et les soigner. Même si un prétendu « cessez-le-feu » a été conclu en octobre 2025, Israël impose toujours un siège strict sur Gaza et n’a autorisé qu’un petit nombre de Palestiniens à voyager - Photo : Doaa Albaz / Activestills

Par Ramzy Baroud

Gaza a besoin d’une attention internationale immédiate !

Ce qui se passe actuellement dans la bande de Gaza assiégée et dévastée dépasse de loin une simple catastrophe humanitaire en cours ; il s’agit d’un remaniement géopolitique mûrement réfléchi. Israël met activement en œuvre un plan visant à occuper de manière permanente la grande majorité de Gaza, avec des conséquences qui n’ont guère besoin d’être détaillées compte tenu de ce que nous savons déjà du génocide en cours.

Actuellement, une grande partie du débat international se concentre sur un seul responsable : le diplomate bulgare Nickolay Mladenov. L’ancien coordinateur spécial des Nations unies a été désigné par les États-Unis comme directeur exécutif du « Conseil de la paix » nouvellement créé par l’administration Trump — un conseil international fondé pour superviser la mise en œuvre de la feuille de route en 20 points de Washington pour Gaza.

La question, cependant, dépasse largement le cadre d’un simple bureaucrate soutenu par Washington. Un nombre croissant de Palestiniens et d’analystes politiques accusent Mladenov de créer les conditions mêmes qui continuent d’entraver la progression vers la deuxième phase de l’accord.

Dans ce cadre, la transition officielle vers cette deuxième phase — que Trump et le Conseil de la paix ont déclaré avoir entamée en janvier 2026 — exige des concessions palestiniennes radicales et unilatérales, notamment le désarmement total des factions armées.

Cette exigence est la recette de l’échec de l’ensemble du projet, d’autant plus qu’Israël a complètement échoué à mettre en œuvre les exigences les plus élémentaires de la première phase de l’accord.

Gaza : les Israéliens multiplient leurs tueries pendant que le monde regarde ailleurs

Il a refusé de mettre fin à ses incursions militaires régulières, n’a pas retiré ses forces jusqu’à la ligne de démarcation initialement prévue, la « Ligne jaune », et continue de refuser les permis d’entrée au comité technocratique chargé d’assumer la gouvernance civile de la bande de Gaza.

L’insistance de Mladenov sur le désarmement palestinien avant que l’accord puisse avancer – sans aucune garantie de respect de la part d’Israël – renverse commodément le discours. Elle présente cyniquement la famine systématique et le blocus des fournitures médicales et de construction comme un manquement des Palestiniens à leurs engagements.

En réalité, Mladenov n’a aucune carte en main ; il n’est qu’un rouage dans une machine plus vaste contrôlée par Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre israélien a clairement fait savoir qu’il n’avait aucune intention de suivre une quelconque feuille de route pour la paix, prévoyant au contraire une prise de contrôle permanente et progressive de Gaza.

S’exprimant lors d’une conférence dans une colonie de Cisjordanie occupée le 28 mai, Netanyahu a expliqué sa stratégie avec une clarté totale, abandonnant tout double langage diplomatique : « Nous sommes en train d’étrangler le Hamas ; nous contrôlons désormais 60 % du territoire de la bande de Gaza — vous le savez. Nous étions à 50, nous sommes passés à 60. Ma directive est de passer à… », a-t-il dit, s’interrompant lorsqu’un membre de l’auditoire a crié « 100 ! ».

Netanyahu a souri et répondu : « Allons-y étape par étape. Tout d’abord, 70. Commençons par là. Nous les pressons de toutes parts, nous nous occuperons des restes. »

Il s’agit là du véritable plan d’action du gouvernement israélien, déclaré ouvertement à son public national.

Cet aveu était si effronté que même le secrétaire d’État américain Marco Rubio a exprimé sa frustration face à la franchise de Netanyahu. Témoignant devant le Congrès le 2 juin, Rubio a fait remarquer : « Nous avons un plan — il ne prévoit pas cela », faisant référence à une nouvelle expansion territoriale israélienne.

Pourtant, Rubio est rapidement revenu à la ligne officielle de Washington : « Et en fin de compte, nous comprenons que ce que nous voulons, et je pense ce que les Israéliens voudraient en fin de compte, c’est une bande de Gaza gouvernée par une entité non-Hamas. »

Alors que la priorité immédiate pour les Palestiniens n’est pas la gouvernance mais la nourriture vitale, l’eau potable, les médicaments et la survie de base, Netanyahou et Rubio envisagent toute la crise sous un angle politique. Le plan américano-israélien repose sur l’idée d’atteindre, par l’étranglement diplomatique et une famine orchestrée, ce qu’ils n’ont pas réussi à accomplir pleinement par la force militaire.

Une réponse rare et décisive est venue du porte-parole des Nations unies, Stéphane Dujarric, qui a résumé clairement la position de l’ONU : « Gaza devrait appartenir à 100 % au peuple palestinien. » Le problème, cependant, est que la rhétorique de l’ONU n’est étayée par aucun mécanisme d’application réel.

La communauté internationale est tombée directement dans un piège, en confiant l’avenir de la bande de Gaza à l’administration Trump et à son Conseil de paix. Même le comité technocratique désigné a été rendu totalement hors jeu, exclu d’un processus décisionnel laissé exclusivement aux diplomates redevables à la Maison Blanche.

La situation sur le terrain reste catastrophique. Depuis l’entrée en vigueur, le 10 octobre, d’un cessez-le-feu fragile et fortement compromis, les violations régulières et les frappes aériennes israéliennes ont tué près de 1000 Palestiniens et en ont blessé des milliers d’autres — en grande majorité des femmes et des enfants.

Si l’on ajoute à cela le bilan effroyable des deux premières années de guerre, le nombre officiel de Palestiniens tués a dépassé les 73 000, avec plus de 173 000 blessés.

De plus, des études épidémiologiques crédibles et des revues médicales ont conclu que le véritable bilan des victimes est bien plus élevé.

La « ligne jaune » israélienne à Gaza : une annexion en toute impunité

Alors que la quasi-totalité de la population de Gaza vit dans des tentes insalubres et survit grâce aux maigres rations autorisées par les postes de contrôle israéliens, exiger des concessions politiques en échange de moyens de subsistance élémentaires constitue la forme la plus grave d’immoralité.

L’annexion « étape par étape » de Netanyahou ne dépend pas de ce que les factions palestiniennes décident de faire ; son calendrier expansionniste est défini indépendamment de la coopération palestinienne.

Les nations arabes, musulmanes et alliées doivent modifier fondamentalement leur stratégie diplomatique. Elles doivent insister fermement pour dissocier complètement l’aide humanitaire de la future gouvernance ou de la démilitarisation de la bande de Gaza.

La famine ne peut être tolérée comme moyen de pression politique pour des criminels de guerre. Netanyahu, enhardi par une histoire d’impunité internationale, parle ouvertement d’étendre son occupation militaire sans se soucier des conséquences d’une telle action.

La [prétendue] communauté internationale doit rappeler au gouvernement israélien que la survie de millions de Palestiniens ne peut être prise en otage par les ambitions politiques d’une coalition d’extrême-droite.

10 juin 2026 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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