Face à l’axe israélo-US, l’Iran impose sa stratégie de puissance régionale

Evocation de la libération du sud-Liban par les combattants de la résistance libanaise - Composition : Zeinab -l Hajj / Al-Mayadeen

Par Abdaljawad Omar

La flambée de violence entre l’Iran et Israël du 8 juin tenait moins aux objectifs immédiats des deux pays qu’aux efforts à long terme de l’Iran pour consolider un axe de résistance uni face à l’hégémonie américano-israélienne dans la région.

Lorsque des missiles balistiques iraniens ont survolé la Galilée aux premières heures du 8 juin, suivis quelques heures plus tard par des frappes d’avions de combat israéliens sur Téhéran, Ispahan, Tabriz et le complexe pétrochimique de Mahshahr, il ne s’agissait pas d’un simple échange de missiles et de frappes, mais d’un affrontement à propos des modalités de l’ordre régional.

Et comme tous les conflits menés sur le terrain des armes, leur signification ne résidait pas dans les effets pyrotechniques eux-mêmes, mais dans la logique stratégique qu’ils imprimaient, ligne par ligne, dans cet ordre.

Au cœur de ce conflit se trouve une seule question stratégique : Israël et les États-Unis peuvent-ils combattre leurs ennemis un front à la fois, ou sont-ils contraints de mener la bataille sur tous les fronts simultanément ?

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, l’a dit sans ambiguïté : « Le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis est sans équivoque un cessez-le-feu sur tous les fronts, y compris au Liban. Sa violation sur un front constitue une violation du cessez-le-feu sur tous les fronts. »

Washington et Tel-Aviv insistent sur le contraire, affirmant que le cessez-le-feu d’avril ne s’applique qu’aux échanges de tirs directs entre les États-Unis et l’Iran, tandis que le Liban resterait un front distinct pouvant être combattu isolément.

Les semaines qui ont suivi le début du cessez-le-feu ont été marquées par une lutte soutenue et croissante pour savoir quelle logique l’emporterait. Mais comment interpréter cette lutte ?

Pour répondre avec précision à cette question, il faut d’abord clarifier la signification d’un concept central que l’analyse de Tufan al-Aqsa (Opération « Déluge d’Al-Aqsa ») avait autrefois mis en avant, et que la situation actuelle confirme aujourd’hui : la doctrine de wihdat al-sahat, ou « l’unité des champs de bataille ».

Cette doctrine posait un postulat simple : tous les fronts de l’axe de la résistance — Gaza, le Liban, le Yémen, l’Irak et l’Iran lui-même — ne constituent pas des théâtres d’opérations distincts, mais un seul et même champ de lutte interconnecté.

Par conséquent, une telle unité des champs impliquerait que la pression exercée sur un front pourrait et devrait susciter une réponse sur tous les autres. Lorsque l’Iran a attaqué Israël le 8 juin, c’était en réponse directe au bombardement par Israël du quartier de Dahiya, au sud de Beyrouth.

Ce que cela nous apprend, c’est que l’idée de l’unité des champs n’est pas morte.

Mais elle a changé. Elle n’est plus ce qu’elle était avant le 7 octobre, lorsqu’elle fonctionnait comme un horizon d’aspiration et comme un imaginaire partagé que l’axe de la résistance avait invoqué mais jamais pleinement incarné.

Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est bien plus intéressant : une doctrine qui est paradoxalement mise à l’épreuve par son propre échec partiel. Wihdat al-sahat a été reconstruite à partir des décombres de ses revers et est désormais mise en œuvre avec une tolérance au risque qui aurait probablement fait reculer les stratèges de la doctrine d’avant Tufan.

Missile iranien « décoré » avant son lancement vers l’Etat génocidaire ou une base américaine – Photo : Fars New Agency

La stratégie qui s’est déployée au cours des dernières semaines, et qui a récemment culminé avec la salve iranienne contre Israël, s’articule autour de trois axes interdépendants visant à contrecarrer les objectifs stratégiques d’Israël.

Chaque axe renforce les autres, et pris ensemble, ils privent Israël de sa capacité à créer les conditions d’un succès stratégique — à savoir un Liban pacifié, un Iran dissuadé et une résistance désagrégée.

La résistance géographique

Le premier axe est la résistance géographique, que je définis comme l’effort systématique visant à restreindre la liberté d’action militaire d’Israël sur le territoire libanais, en lui refusant les conditions spatiales nécessaires à la mise en œuvre de ses doctrines militaires les plus destructrices.

Mais pour comprendre les implications de cette forme de résistance, il faut commencer par ce contre quoi elle se bat exactement : la mise en œuvre de ce qui est désormais connu sous le nom de doctrine de la Dahiya d’Israël — une théorie de la coercition stratégique par le biais de punitions collectives massives infligées à la population civile.

Nommée d’après la banlieue sud de Beyrouth rasée par la puissance aérienne israélienne en 2006, la logique de la doctrine Dahiya est simple : détruire suffisamment d’infrastructures civiles pour que la population ou ses dirigeants freinent la Résistance au profit d’Israël.

Mais pour ce faire, Israël doit pouvoir intensifier librement les hostilités et menacer de détruire des quartiers entiers, des villes et des systèmes économiques civils. Il doit pouvoir menacer de commettre des massacres à grande échelle contre des civils libanais, dans le but de monter la population contre la résistance.

Au Liban, cette liberté est en train de lui être refusée. Trump lui-même a annulé la frappe sur la banlieue sud de Beyrouth le 1er juin, annonçant qu’Israël et le Hezbollah cesseraient les hostilités l’un contre l’autre — pour que Netanyahu annonce quelques minutes plus tard que les opérations dans le sud du Liban se poursuivraient.

Cette suite d’évènements discordants, où le protecteur restreint son protégé en temps réel et où ce dernier défie immédiatement ses restrictions, montre qu’Israël n’a pas vraiment de liberté d’action stratégique. Il a besoin de l’autorisation américaine, et cette autorisation n’est plus inconditionnelle.

Il existe un autre discours et une autre pratique israéliens en matière de sécurité qui sont contrariés par le déni géographique : la création de « zones tampons », qui nécessite l’extension des frontières d’Israël pour établir des « ceintures de sécurité » permanentes.

C’est ce qu’il fait à Gaza depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, en étendant progressivement la ainsi-nommée « ligne jaune » pour s’emparer de plus de territoire dans la bande de Gaza, ce qui, selon le chef de l’armée israélienne Eyal Zamir en décembre 2025, deviendrait les nouvelles frontières d’Israël.

Ces derniers mois, Israël a également articulé cette stratégie au Liban, en annonçant son ambition d’établir une ceinture de sécurité autour d’un territoire débarrassé du Hezbollah qui s’étendrait jusqu’au fleuve Litani, loin au nord.

Cette doctrine nécessite de contrôler des territoires, et le contrôle du sud du Liban est une tâche qui a accaparé des générations de militaires israéliens sans aboutir à une solution.

Aujourd’hui, les forces terrestres israéliennes s’enfoncent plus profondément dans le sud Liban, subissant des pertes lors de combats intenses avec les combattants du Hezbollah, tandis que les salves de roquettes continuent de s’abattre sur les colonies israéliennes du nord.

C’est l’autre facette de la résistance géographique : Israël est entraîné dans une guerre impitoyable qui le contraint à se battre village par village, vallée par vallée, épuisant ses ressources militaires comme il le fait depuis des décennies, sans jamais parvenir au résultat clair qu’exige sa doctrine.

La raison en est que le sud n’est pas un espace qui se prête aux opérations de nettoyage. C’est plutôt un espace qui les absorbe et les affaiblit, transformant leur force en attrition et leur ambition en épuisement.

Une guerre d’usure sans fin

Le deuxième axe est celui de la guerre d’usure sans fin, une stratégie que le Hezbollah met en place dans le sud depuis plusieurs semaines. Pour comprendre ce qui donne toute sa force à cette stratégie d’usure, il faut passer du niveau stratégique au niveau tactique, en se penchant sur le type spécifique de dégradation que le Hezbollah a cherché à mettre en œuvre.

La machine militaire israélienne, à son niveau le plus meurtrier, est une machine au sens propre du terme : elle fonctionne grâce à l’automatisation de la destruction, remplaçant le corps exposé du soldat par la puissance de feu et l’ingénierie.

Le bulldozer blindé D9 est l’emblème de ce remplacement — un instrument de cinquante tonnes destiné à effacer le paysage, capable de détruire des maisons, des tunnels, des vergers et toute l’infrastructure physique de la résistance sans qu’un être humain ait à sortir d’un engin blindé.

La campagne aérienne algorithmique, la colonne de chars, le bataillon du génie — tout cela s’organise autour du même principe : maximiser la puissance destructrice tout en minimisant les pertes israéliennes, car le niveau de tolérance de l’arrière-front israélien pour les sacs mortuaires constitue la principale contrainte de toutes les campagnes militaires que ses gouvernements ont jamais menées.

Dans le sud, le Hezbollah attaque systématiquement cette logique, à ses fondements mêmes. Des drones FPV — des quadricoptères bon marché à vue subjective qui coûtent quelques centaines de dollars et peuvent être fabriqués dans un sous-sol — ont été déployés contre des véhicules blindés israéliens, contre des bulldozers D9 tentant de dégager le terrain, contre des concentrations de troupes de jour comme de nuit, traquant les machines qu’Israël déploie précisément pour éviter d’exposer ses soldats.

Fondamentalement, un drone FPV n’a pas besoin de détruire un char Merkava pour avoir une importance stratégique. Il suffit qu’il oblige les soldats à l’intérieur à ralentir, à avancer avec prudence et à abandonner le rythme d’avance mécanisée qu’exige la doctrine israélienne.

Lorsqu’un D9 est détruit ou mis hors de combat, l’opération de déblayage qu’il était censé accomplir s’arrête ou nécessite qu’un être humain prenne sa place — un être humain qui se retrouve donc à portée du prochain drone, du prochain missile antichar, de la prochaine position de tireur d’élite que le terrain du sud a toujours fourni en abondance.

On assiste en fait à une guerre d’attrition. Ce n’est pas un affrontement spectaculaire entre armées, mais le démantèlement lent et patient des conditions qui rendent possible la guerre mécanisée.

Combinée à la privation géographique de liberté d’action sur l’ensemble du Liban — l’impossibilité de frapper Beyrouth à volonté, la main américaine sur le col de Netanyahu —, la guerre qui en résulte est une guerre dans laquelle Israël est contraint de se battre selon des conditions qui ne lui permettent pas d’appliquer victorieusement sa doctrine : une guerre de corps, de soldats qui se déplacent dans le sud sur un terrain qui a été préparé contre eux, face à un ennemi qui se régénère parce que les conditions politiques de son élimination ne sont pas réunies.

Et les sacs mortuaires s’empilent…

Ils arrivent depuis la reprise des combats en mars. Et dans la culture politique israélienne, les morts qui s’accumulent sans fin — et qu’aucun résultat présent ou futur ne semble justifier — constituent le matériau politique le plus corrosif qui soit. On ne peut pas « tondre la pelouse [*] » quand celle-ci riposte avec des drones qui coûtent moins cher que le carburant du véhicule blindé qu’ils détruisent.

Il n’y a pas de rétablissement de la dissuasion quand celle-ci ne se stabilise jamais assez longtemps pour être rétablie.

26 mars 2026 – Combattant de la résistance libanaise [Hezbollah] – Les médias militaires de la Résistance islamique ont publié un communiqué détaillant l’affrontement héroïque entre les combattants du Hezbollah et les unités blindées israéliennes dans la région de Taybeh-Qantara, au sud du Liban. Le communiqué expliquait comment les combattants de la Résistance avaient attiré l’ennemi dans une embuscade minutieusement préparée avant de tirer leurs missiles antichars. À la suite de cette embuscade, l’ennemi a perdu 10 chars et 2 bulldozers avant que ses troupes ne s’enfuient du lieu de l’affrontement – Photo : Medias militaires

C’est dans ce paysage militaire que l’État libanais s’est inséré — et il vaut la peine de s’arrêter sur la nature précise de cette insertion, car elle est systématiquement mal interprétée.

L’État libanais est engagé dans des négociations avec Israël, sous la houlette de Washington, dans lesquelles il se présente comme un interlocuteur souverain capable d’apporter une résolution politique à ce qui est, au fond, une guerre de résistance que l’État libanais n’a pas déclenchée et ne peut pas finir.

Le président libanais Joseph Aoun a annoncé un accord de cessez-le-feu, affirmant qu’il entrerait en vigueur dans les 24 heures suivant son approbation par toutes les parties concernées, mais le Hezbollah l’a rejeté.

Cette séquence résume la situation politique de l’État libanais ; c’est un gouvernement qui négocie, annonce, puis est publiquement contredit par le parti qui contrôle les armes et la logique stratégique.

Ce à quoi nous assistons ici, c’est le « moment Oslo » du Liban : une autorité politique se présentant comme un interlocuteur légitime pour une lutte qu’elle ne représente pas, offrant une légitimité que l’occupant et son protecteur peuvent utiliser tandis que la résistance se poursuit selon ses propres termes.

Mais le « moment Oslo » du Liban est structurellement plus faible que celui de l’OLP, car l’État libanais a déjà épuisé la majeure partie de son influence sans rien recevoir en retour.

Il a déjà perdu, ou est en passe de perdre la légitimation symbolique et juridique qu’il pouvait offrir, à savoir la reconnaissance formelle du Hezbollah en tant que mouvement de résistance intégré à l’ordre politique de l’État, la doctrine de l’al-muqawama (résistance) en tant que politique d’État, l’architecture juridique et politique qui donnait aux armes du Hezbollah une justification nationale.

Que reste-t-il ? Un État qui négocie, mais dont les engagements, même s’ils sont pris de bonne foi, ne peuvent se traduire en rien de concret sur le terrain.

Il ne peut désarmer le Hezbollah. Il ne peut garantir la sécurité du Sud. Il ne peut mettre en place les dispositions de sécurité qu’Israël exige comme condition préalable à tout accord, car la partie qui contrôle les variables qui comptent n’est pas à la table des négociations.

Il ne reste que deux parties négociant sur un terrain contrôlé par une tierce partie, produisant des documents que cette dernière respectera ou ignorera selon son propre calcul stratégique.

Dans cette configuration, l’État libanais n’est pas un médiateur, mais une surface de légitimation pour un processus dont il ne peut façonner la dynamique réelle.

3. Les affrontements avec Israël comme test de la retenue américaine

Le troisième axe est le plus délicat et, pour notre analyse, le plus révélateur : les affrontements directs avec Israël comme test de la retenue américaine.

La position de l’Iran est qu’Israël n’agit pas indépendamment de Washington, que les États-Unis portent une responsabilité directe dans les violations du cessez-le-feu, et que les derniers échanges ne feront « qu’aggraver un processus diplomatique chaotique », selon la formulation commune.

Il ne s’agit pas seulement d’une manœuvre rhétorique, mais d’un pari stratégique : celui que les États-Unis, désespérés de conclure un accord qui clôturerait le dossier iranien avant qu’il ne dévore ce qui reste du mandat « pas de nouvelles guerres » de Trump, constituent par cela même un levier de pression sur l’action israélienne.

Trump a prévenu Netanyahu que le président américain « mène la danse » et qu’Israël « n’aura d’autre choix » que d’accepter un accord entre les États-Unis et l’Iran.

Cette formulation, malgré toute sa vulgarité, confirme l’interprétation iranienne. Si l’on parvient à amener Washington à freiner Tel-Aviv, alors l’action directe de l’Iran remplit une double fonction : elle montre à la résistance que l’Iran est plus assertif, mais elle teste également si la volonté américaine de contenir Israël est plus forte que la volonté israélienne d’aggraver dramatiquement le conflit.

La déclaration de l’Iran annonçant la fin de ses opérations militaires après les échanges de feu — de manière unilatérale, avant qu’Israël n’ait officiellement répondu — était la mise en scène délibérée d’une escalade contrôlée : suffisante pour rétablir la dissuasion, mais pas assez provocatrice pour justifier une reprise totale de la guerre à laquelle l’armée israélienne se dit prête.

L’horizon qui se rétrécit pour Israël et la marée montante

Qu’est-ce que tout cela signifie ?

Les colonies de peuplement israéliennes près de la frontière avec le sud du Liban sont en crise existentielle.

Le projet de colonisation qu’elles représentent est lentement étouffé par l’impossibilité des conditions nécessaires à sa réalisation : un Liban débarrassé du Hezbollah, un nord exempt de roquettes et de drones, et une menace iranienne neutralisée à un coût que le protecteur américain est prêt à supporter.

Aucune de ces conditions n’est à la portée d’Israël, malgré la destruction massive des villages du sud. Ce qui prévaut, en revanche, c’est un Sud-Liban enlisé dans une guerre d’usure acharnée, un cessez-le-feu trop fragile et trop lourd de conséquences pour être abandonné, une administration Trump tiraillée entre deux directions, et un Iran capable de tirer près de trente missiles balistiques sur Israël depuis plus de mille kilomètres et de se retirer après avoir fait passer son message.

Combattants des Brigades al-Qassam, la branche armée du mouvement islamique, le Hamas – Photo : via Al Manar

Ce n’est peut-être pas là l’unité des fronts que Muhammad Deif, le chef de la branche armée du Hamas, a invoquée le matin du 7 octobre, lorsqu’il a appelé les forces de la région à converger dans un déferlement synchronisé.

Dans la pratique, cet appel n’a pas donné tous les résultats escomptés : le Hezbollah n’a pas traversé ni franchi le nord en force, les campagnes de missiles yéménites étaient plus symboliques que stratégiques, et la mobilisation régionale plus large promise par la doctrine ne s’est pas concrétisée à l’échelle imaginée par ses concepteurs.

Les détracteurs de la wihdat al-sahat ont eu raison de souligner ses limites. Parmi eux figurent des analystes de la gauche arabe qui soutenaient depuis longtemps que l’unité des champs fonctionnait davantage comme une consolation idéologique que comme un plan opérationnel, et que les asymétries entre les capacités réelles de l’Iran et ses engagements rhétoriques avaient été systématiquement occultées.

L’incapacité de la doctrine à produire une escalade synchronisée, conjuguée à l’hésitation prolongée de l’Iran et à son refus de s’impliquer directement dans la guerre, a mis en évidence de réelles contradictions entre la solidarité politique de l’axe et sa cohérence opérationnelle.

Mais une doctrine n’a pas besoin d’atteindre son aspiration maximale pour avoir une importance historique. Ce que l’unité des champs accomplit sous sa forme actuelle est quelque chose de plus modeste et peut-être de plus durable : priver Israël du succès stratégique dont il a si désespérément besoin.

Elle atteint cet objectif non pas par une victoire totale, mais par le maintien patient, peu coûteux et sans fin visible de l’insécurité sur le front intérieur israélien.

L’horizon se rétrécit. Pas pour la résistance, qui n’a pas d’horizon susceptible de se rétrécir mais seulement un présent auquel survivre et un avenir à revendiquer, au contraire d’Israël.

Cela se traduit par le rétrécissement du théâtre géographique dans lequel Israël peut opérer librement, l’allongement d’une guerre qu’il ne peut pas terminer, la découverte que la protection de son protecteur américain a des limites, et l’érosion lente et irréversible des fantasmes qu’il se raconte au sujet de sa victoire totale.

Ce que l’Iran affirme, au prix d’échanges de missiles qui s’abattent sur ses propres villes, c’est le refus de la défaite et la capacité croissante d’affirmer son propre pouvoir — un refus mené simultanément sur plusieurs fronts, à des seuils d’escalade délibérément calibrés, et fondé sur le pari que la surextension israélienne et l’épuisement américain finiront, avec le temps, par accomplir ce que la confrontation directe ne peut pas faire : lui offrir des opportunités de redevenir une puissance politique et militaire beaucoup plus influente.

Il s’agit là de wihdat al-sahat, une forme de patience stratégique mais proactive, plutôt que de frappe synchronisée. Moins de déluge, plus de marée.

Note:

[*] « Tondre la pelouse » ( en hébreu : כיסוח דשא ) est une métaphore utilisée pour décrire les attaques israéliennes périodiques contre la bande de Gaza , menées dans le cadre du conflit israélo-palestinien. Lors de ces attaques, Israël a ciblé des militants palestiniens, des civils et des infrastructures civiles dans la bande de Gaza.
La stratégie est généralement mise en œuvre en menant des opérations militaires courtes et [prétendument] ciblées pour maintenir un certain niveau de contrôle sur la zone sans s’engager dans une solution politique à long terme, un peu comme on tondrait une pelouse pour la garder propre et bien domestiquée.

9 juin 2026- Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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