L’Association médicale israélienne soutient le génocide à Gaza

15 juillet 2026 - Les médecins et le personnel médical du Complexe médical Nasser, à Khan Yunis, dans la bande de Gaza, organisent une manifestation de solidarité pour réclamer la libération immédiate des médecins palestiniens détenus dans les prisons israéliennes ; 362 médecins et professionnels de santé palestiniens ont été enlevés par les forces israéliennes au cours du génocide perpétré par Israël à Gaza, et outre ces kidnappings, les forces israéliennes ont assassiné plus de 1700 professionnels de santé à Gaza depuis octobre 2023 - Photo : Doaa Albaz/Activestills

Par Ghada Majadli

Les reproches que l’on peut à juste titre adresser à l’Israeli Medical Association, doivent l’être aussi à toutes les organisations professionnelles du système de santé français, dont le mutisme est choquant face aux souffrances infligées aux médecins et personnel de santé en Palestine… lesquels sont tout de même leurs collègues… [la rédaction].

Alors que les appels à sa suspension de l’Association médicale mondiale se multipliaient, cet organisme professionnel a revendiqué sa neutralité politique, tout en s’efforçant d’empêcher que les crimes commis par Israël ne soient passibles de poursuites.

Alors que les appels se multiplient pour que l’Association médicale israélienne (IMA) soit suspendue de l’Association médicale mondiale (AMM), une grande partie du débat s’est concentrée sur le fait que cette association n’ait pas condamné la destruction du système de santé de Gaza ni les attaques contre les structures sanitaires au Liban et en Iran.

Mais le problème est plus profond.

En réponse à la récente pétition publiée dans The Lancet appelant l’AMM à suspendre l’IMA, cette dernière a fait valoir : « Les appels des signataires à l’exclusion de l’IMA de l’AMM semblent confondre le gouvernement d’un pays avec son association médicale, ce qui constitue un précédent extrêmement dangereux. »

L’IMA ne s’est pas contentée de manquer à ses obligations éthiques et médicales en gardant le silence face à ces attaques. Elle a activement contesté et combattu les efforts déployés par les associations médicales et universitaires internationales, les organismes professionnels et les revues médicales étrangères pour condamner les actions d’Israël à Gaza.

Elle a mobilisé son autorité professionnelle pour contester les allégations de crimes de guerre et de génocide, et pour repousser les appels à mettre fin à la guerre et à demander des comptes à Israël.

Ce comportement, observé depuis le 7 octobre tant au niveau national qu’international, témoigne d’une complicité qui a été largement occultée dans le débat en cours.

Au-delà du silence

Alors que l’association se présente comme une entité institutionnellement distincte de l’État d’Israël lorsqu’elle est confrontée à des exigences de rendre des comptes, son comportement révèle une relation bien plus complexe.

L’IMA considère depuis longtemps que son rôle va au-delà de celui d’un organisme professionnel indépendant ; elle s’aligne sur les politiques israéliennes ayant une incidence sur la santé des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, et se positionne comme la défenseuse des politiques et pratiques de l’État à l’égard des Palestiniens de manière plus générale.

Ce rôle s’est particulièrement accentué depuis le 7 octobre, mais il remonte à bien plus loin.

Bien avant le génocide actuel, l’association, par exemple, a défendu et banalisé la création d’une faculté de médecine dans la colonie illégale d’Ariel, présentant un projet ancré dans l’expansion territoriale et la dépossession comme une initiative purement professionnelle et humanitaire.

Elle s’est montrée complice de la torture de prisonniers palestiniens et s’est rangée du côté du blocus de Gaza imposé par Israël, plutôt que de le remettre en cause de manière critique, y compris en ce qui concerne les restrictions qu’il impose à la circulation des patients palestiniens.

Mais depuis le 7 octobre, l’IMA a activement défendu la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza.

Elle a cherché à contrecarrer les appels lancés par des associations médicales et universitaires, des organismes professionnels et des revues médicales en faveur d’un cessez-le-feu, de la responsabilisation des coupables et de boycotts, contestant à la fois les critiques des crimes de guerre commis par Israël à Gaza et les mesures proposées en réponse.

L’association a présenté ces initiatives comme motivées par des considérations politiques, arguant qu’elles instrumentalisaient à mauvais escient la médecine et le monde universitaire, tout en appelant à la poursuite de la coopération universitaire et professionnelle avec les institutions israéliennes.

Ce faisant, elle s’est employée à orienter l’opinion publique mondiale en faveur de l’effort de guerre israélien et a relayé les justifications officielles avancées par Israël pour les destructions à grande échelle perpétrées à Gaza.

Parmi celles-ci figuraient notamment les allégations selon lesquelles des hôpitaux auraient été utilisés à des fins militaires, l’aide humanitaire aurait été détournée par le mouvement Hamas et des civils auraient servi de boucliers humains.

Médecine et hasbara

L’IMA se considérait comme faisant partie d’un effort national plus large en faveur de la guerre. Dans sa communication avec ses membres, l’association se décrivait comme opérant sur un « front » supplémentaire de la hasbara, et encourageait les médecins israéliens à participer aux efforts internationaux de plaidoyer.

Elle présentait les forums universitaires et médicaux à l’étranger comme des espaces permettant de défendre la position d’Israël, de réfuter les critiques et de mobiliser le soutien en faveur d’Israël parmi les collègues de la profession à travers le monde.

Parallèlement à ces efforts, l’IMA a réorganisé les ressources sanitaires afin de soutenir les réservistes et leurs familles, et a autorisé la prise en compte des périodes de service militaire dans le cadre de l’accomplissement des stages médicaux des médecins.

En s’appuyant sur ses déclarations publiques, sa correspondance avec les autorités israéliennes, ses échanges avec les médecins et ses réponses aux critiques internationales, l’IMA a agi en tant qu’acteur politique plutôt qu’en tant qu’organisme professionnel indépendant, par le biais de ce que l’on pourrait qualifier de « diplomatie médicale » : la mobilisation de l’autorité médicale, des réseaux professionnels et des revendications de neutralité scientifique et médicale au service de la défense d’Israël et de la riposte aux critiques internationales.

Dans la pratique, cela s’est traduit par des interventions lorsque la conduite d’Israël était remise en cause, non pas en enquêtant sur les attaques contre les structures de santé ou en les condamnant, mais en contestant les appels au cessez-le-feu et à la responsabilisation, et en défendant les objectifs politiques et militaires de la guerre.

Les appels et demandes de renseignements adressés par l’IMA à l’armée israélienne concernant la situation humanitaire à Gaza et les attaques contre les structures de santé s’inscrivaient également dans un contexte de pression internationale croissante exercée sur l’association.

Confrontée à des critiques de plus en plus vives concernant son silence, ainsi qu’à des appels de plus en plus nombreux en faveur de sanctions professionnelles et de boycotts, l’IMA a commencé à publier des demandes de renseignements adressées aux autorités militaires israéliennes, même si certaines d’entre elles ont par la suite été retirées de son site web.

Dans une lettre rédigée à la suite de demandes émanant de ce que l’association a qualifié d’« acteurs internationaux » concernant la mort d’un médecin à Gaza, l’IMA a demandé à l’armée de clarifier les circonstances de son assassinat, notamment de préciser si les forces israéliennes en étaient responsables.

La lettre se terminait en soulignant que ces informations aideraient l’association à protéger « la réputation d’Israël ».

Les médias israéliens ont également établi un lien entre ces interventions et les inquiétudes au sein du corps médical israélien face à la pression internationale croissante et à la possibilité de campagnes de boycott plus étendues.

Ces développements suggèrent que la décision de l’IMA de s’exprimer publiquement sur la situation humanitaire à Gaza a été influencée, au moins en partie, par des pressions externes et internes de la part de ses membres médecins, que l’association ne pouvait plus ignorer.

Protection sélective

Il est significatif que la correspondance de l’IMA avec l’AMM, à la suite d’une frappe iranienne contre l’hôpital Soroka de Beersheba, en Israël, en juin 2025, ait été envoyée presque immédiatement. Elle appelait la communauté médicale internationale à condamner sans équivoque cette attaque, qu’elle qualifiait de crime de guerre.

Pourtant, dans cette même correspondance, l’association a continué à reprendre les discours de l’armée israélienne concernant les hôpitaux de Gaza, en distinguant Soroka des établissements de santé qui, selon elle, auraient été utilisés par le Hamas à des fins militaires.

Cette distinction a de fait privé les hôpitaux palestiniens de la même protection inconditionnelle qu’elle exigeait pour Soroka, réitérant ainsi les arguments invoqués tout au long de la guerre pour remettre en cause le statut protégé des établissements de santé à Gaza et légitimer les opérations militaires menées à leur encontre.

L’importance de cet épisode ne réside pas dans le fait que l’IMA ait exigé une condamnation – c’est précisément le genre de réaction morale et professionnelle que l’on attendrait d’une association médicale face à des attaques contre les services de santé.

Elle révèle plutôt la manière sélective dont l’IMA applique ces principes.

Tout en dénonçant les appels au cessez-le-feu, à la responsabilisation et aux boycotts comme une politisation illégitime de la médecine, l’IMA n’a pas hésité à demander à ses homologues internationaux de condamner l’attaque contre Soroka et de se mobiliser pour défendre les établissements de santé israéliens.

Si l’AMM a exprimé son inquiétude face à la crise humanitaire et sanitaire à Gaza et a appelé Israël à respecter les Conventions de Genève, ses premières déclarations s’inscrivaient largement dans une logique de symétrie.

Elle a appelé toutes les parties à respecter le droit international humanitaire, à protéger les établissements de santé et à faciliter l’aide humanitaire, alors même que le système de santé de Gaza était systématiquement détruit et que les professionnels de santé étaient pris pour cibles.

En revanche, elle a réagi rapidement et sans équivoque à la frappe de missile contre l’hôpital Soroka en juin 2025, condamnant cette attaque, réaffirmant le statut protégé des établissements de santé en vertu du droit international humanitaire et qualifiant les attaques contre les hôpitaux de violations graves des Conventions de Genève.

Alors que la destruction des hôpitaux de Gaza a été abordée dans un cadre d’obligations partagées et de retenue mutuelle, l’attaque contre Soroka a fait l’objet d’une condamnation claire et directe qui ne laissait guère de place à l’ambiguïté quant à la responsabilité.

La question n’est donc pas de savoir si l’IMA n’a pas dénoncé avec suffisamment de force la destruction du système de santé de Gaza, mais si une association qui a, à maintes reprises, mobilisé son autorité professionnelle pour défendre la violence d’État, contester les appels à la responsabilité et saper les critiques internationales peut encore se présenter de manière crédible comme un organisme professionnel indépendant, distinct de l’État dont elle a défendu les politiques à maintes reprises.

17 juillet 2026 – Middle East Eye – Traduction : Chronique de Palestine

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