France : Ramy Shaath, menacé d’expulsion parce que Palestinien

« J’ai consacré toute ma vie à affronter le colonialisme et la tyrannie. J’ai subi de nombreuses formes de répression. J’ai été arrêté et emprisonné en Égypte sans aucun fondement juridique, dans une tentative de m’empêcher de dénoncer l’injustice, l’oppression et l’exploitation. Ces tactiques autoritaires ne m’ont pas intimidé hier, et elles ne m’intimident pas aujourd’hui. Tant qu’il me restera un souffle, je crierai : Free Palestine ! » - Ramy Shaath - Photo : capture vidéo

Par Alex MacDonald

Réfugié politique, l’universitaire et militant palestinien Ramy Shaath risque d’être expulsé de France en raison de son engagement en faveur de Gaza.

La commission départementale d’expulsion, composée de trois magistrats et qui se réunissait jeudi 21 mai après-midi à Nanterre, a émis un avis défavorable à l’expulsion du militant palestinien Ramy Shaath, donnant ainsi un camouflet aux autorités préfectorales et par extension au ministère de l’intérieur ainsi qu’à la présidence. Son avis n’est que consultatif, mais cette décision honore (pour une fois) la justice.

En janvier 2022, Ramy Shaath est arrivé à Paris après avoir passé 900 jours dans une prison égyptienne.

Contraint de renoncer à sa nationalité égyptienne lors de sa libération, cet universitaire et militant palestinien a été accueilli à l’aéroport par son épouse française et sous les acclamations de ses partisans.

« Je partage le soulagement de son épouse », avait écrit le président français Emmanuel Macron, qui avait fait pression sur son homologue, Abdel Fattah el-Sissi, pour obtenir la libération de Shaath. « Merci à tous ceux qui ont joué un rôle positif dans cette issue heureuse. »

Et pourtant, quatre ans plus tard, Shaath risque d’être expulsé de France au motif qu’il représente une « menace grave pour l’ordre public ».

Jeudi [21 mai], il devait comparaître devant une commission d’expulsion à Nanterre – où il réside – qui déterminera s’il doit être expulsé de France. Cette décision n’aura toutefois qu’une valeur consultative, et les autorités préfectorales peuvent choisir de ne pas en tenir compte.

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« Ils ne peuvent pas me renvoyer à Gaza ; d’une part parce que c’est une zone de guerre et d’autre part parce que je suis pris pour cible par les Israéliens », a déclaré Shaath, né dans cette enclave assiégée, à Middle East Eye.

« Et dans les deux cas, le droit européen ne leur permettra pas de m’expulser vers la Palestine. Et bien sûr, je suis toujours en contact avec d’autres Égyptiens, mais ils ne peuvent pas m’expulser vers l’Égypte. »

Il a déclaré qu’il était possible qu’ils l’envoient dans un pays tiers – « je pourrais donc me retrouver au Liberia ou en Gambie » – mais il soupçonne qu’il sera plutôt laissé dans l’incertitude, incapable de renouveler son permis de séjour français, harcelé par les autorités et privé d’accès aux services de base.

La menace d’expulsion repose sur le militantisme pro-palestinien de Shaath. En Égypte, il était une figure de proue des soulèvements du Printemps arabe de 2011 contre Hosni Moubarak et était coordinateur de la section égyptienne du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre Israël.

Shaath est arrivé en France en 2022, disposant alors d’un visa d’un an. Il a demandé le renouvellement de son visa en septembre 2023, mais n’a reçu aucune réponse. Depuis lors, il a déposé dix recours d’urgence pour obtenir ce renouvellement, sans succès.

Le 30 avril, il a reçu à son domicile un avis l’informant qu’une procédure d’expulsion avait été engagée à son encontre. Un document émis par la préfecture de Nanterre énumérait les motifs de la procédure d’expulsion, citant principalement divers discours, conférences et autres interventions publiques de Shaath.

Parmi celles-ci figuraient ses liens avec des « figures de la cause palestinienne en France », ainsi que ses références à « l’occupation criminelle de Gaza par Israël », son antisionisme déclaré et son soutien à une solution à un seul État en Palestine.

« Oh mon Dieu, vous êtes sérieux ? », a déclaré Shaath à MEE.

« Les services français ont percé le plus grand secret de ma vie ! Depuis 40 ans, je n’ai pas prononcé un seul discours sans critiquer le sionisme, et aujourd’hui, vous m’avez brisé le cœur en prétendant que je mentais – que je suis antisioniste ? Incroyable. »

Un autre exemple l’accusait d’avoir prononcé un « discours militariste » tout en « portant un treillis militaire ». Shaath a fait remarquer qu’il existait une vidéo de l’événement en question, sur laquelle on le voyait donner une conférence, assis et vêtu d’un pantalon beige de marque Uniqlo…

On a également cité un appel lancé par Shaath à l’Iran pour qu’il intervienne face au génocide perpétré par Israël à Gaza, qui a jusqu’à présent tué plus de 72 000 Palestiniens et réduit la majeure partie de l’enclave en ruines.

« Oui, c’est vrai. Mais j’ai également prononcé six autres discours dans lesquels j’ai également appelé la France à envoyer ses forces armées pour frapper les avions israéliens qui poursuivent le génocide à Gaza », a-t-il souligné. « Il s’agit d’une attaque maccarthyste qui est raciste, criminelle et hors-la-loi, visant à harceler tous ceux qui parlent de la Palestine. »

MEE a contacté le ministère français de l’Intérieur pour obtenir des commentaires, mais n’avait reçu aucune réponse au moment de la publication. MEE a également contacté la préfecture de Nanterre pour obtenir des commentaires, mais n’a pas non plus reçu de réponse.

Répression anti-palestinienne tous azimuts

À l’instar d’une grande partie de l’Europe occidentale, la France connait une répression du militantisme pro-palestinien depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza en octobre 2023.

Cela a été particulièrement le cas dans les universités, où militants, étudiants, enseignants et syndicats ont mis en garde contre la pression croissante exercée sur ceux qui expriment leur soutien aux Palestiniens.

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Les manifestations, les discours publics et les occupations de bâtiments sont criminalisés, ce qui entraîne des procédures disciplinaires, des sanctions administratives, des poursuites judiciaires et, dans certains cas, des casiers judiciaires.

Un projet de loi qui devait être examiné au Parlement français le mois dernier prévoyait toute une série de sanctions en cas de critiques à l’encontre d’Israël, notamment pour la négation de l’existence d’Israël et les comparaisons entre Israël et l’Allemagne nazie.

Le texte a finalement été retiré de l’ordre du jour parlementaire, mais le gouvernement devrait présenter un projet de loi sur le même sujet cet été.

Le projet de loi aurait élargi la définition des infractions liées au terrorisme pour y inclure ce que le texte qualifie de provocation « implicite ».

Citoyen d’honneur de la ville de Nanterre

La ville de Nanterre, où il réside actuellement, a nommé Ramy Shaath citoyen d’honneur en 2021. Mais cela ne l’a empêché d’être pris dans le nouveau climat anti-palestinien.

Les proches, les amis et les sympathisants de Ramy Shaath ont annoncé dimanche le lancement d’une campagne visant à s’opposer à son expulsion. Cette campagne, intitulée #FreeRamyShaath2, fait référence à son incarcération en Égypte entre 2019 et 2022, période durant laquelle il avait été accusé d’« avoir aidé un groupe terroriste à atteindre ses objectifs ».

Alors que la première campagne bénéficiait du soutien de l’Elysée, la seconde est dirigée contre lui. En novembre 2023, Shaath a été dénoncé à la justice pour « apologie du terrorisme » par le préfet de Paris du moment, Laurent Nunez – aujourd’hui ministre de l’Intérieur.

Cette dénonciation faisait suite à un discours prononcé lors d’un rassemblement, dans lequel il affirmait que « le peuple palestinien, comme tous les peuples sous occupation, a le droit de se défendre et de résister ». L’affaire a été classée sans suite 11 mois plus tard par le parquet de Paris.

Shaath, qui se dit opposé à la violence et au racisme sous toutes leurs formes, y compris l’antisémitisme, a déclaré que toutes les accusations portées contre lui visaient à le faire taire ou à le pousser à quitter la France – même si, en fin de compte, aucune des accusations n’a abouti.

« Oui, bien sûr, s’ils maintiennent cette décision totalement injuste à mon encontre et me placent en résidence surveillée… je m’y opposerai, mais je ne passerai pas ma vie dans ces conditions », a-t-il déclaré. « À terme, cela pourrait probablement m’amener à partir. »

La lettre informant Shaath de la procédure engagée contre lui suggérait qu’il serait assigné à résidence, que ses déplacements seraient limités à sa commune et qu’il serait tenu de se présenter « matin et soir » au poste de police local.

Shaath a déclaré qu’il épuiserait toutes les voies de recours légales avant cela, allant même jusqu’à porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme.

« Je ne vivrai pas sous la menace. S’ils tiennent à être une république bananière, de mon côté je suivrai la voie légale », a-t-il déclaré. « Ils veulent m’enfermer chez moi pour que je cesse de parler de Gaza et de la Palestine. C’est hors de question. »

21 mai 2026 – Middle East Eye – Traduction : Chronique de Palestine

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