14 août 2026 - Ruqaya Hassan et ses filles contemplent leur maison assiégée dans le village de Qusra, situé en Cisjordanie, dans le district de Naplouse, au nord de la Cisjordanie. Des colons israéliens assiègent depuis près d’une semaine trois maisons appartenant à des Palestiniens, après avoir établi un avant-poste juste à proximité. Ruqaya Hassan et ses filles ont quitté leur maison après que l’une des fillettes est tombée malade. Malgré l’attention internationale et les promesses des autorités israéliennes, les colons continuent d’encercler les maisons - Photo : Oren Ziv /Activestills
Par The New Arab
Israël a prolongé son siège militaire de Qusra, alors que des familles palestiniennes restent bloquées après plusieurs jours d’attaques menées par des colons sous le regard de l’armée.
Les forces israéliennes d’occupation ont prolongé leur siège militaire de la ville de Qusra, en Cisjordanie occupée, au moins jusqu’à mardi 18 août, cette opération pouvant se poursuivre pendant plusieurs jours encore, alors que des familles palestiniennes se retrouvent déjà bloquées chez elles à la suite d’attaques terroristes perpétrées par des colons armés, a appris The New Arab.
« Le bureau de liaison palestinien nous a informés que l’opération militaire israélienne avait été prolongée jusqu’à mardi, et qu’elle pourrait l’être à nouveau pour plusieurs jours supplémentaires », a déclaré Abdul-Azim Wadi, le maire de Qusra, à The New Arab.
L’opération militaire israélienne est entrée lundi dans son cinquième jour, prolongeant ainsi un calvaire qui a débuté il y a plus d’une semaine, lorsque des colons terroristes armés ont établi un avant-poste entre des habitations palestiniennes dans la région de Ras al-Ain et ont empêché les habitants de se déplacer librement.
Trois familles palestiniennes sont désormais piégées depuis neuf jours, leur accès à la nourriture, à l’eau et à l’électricité étant sévèrement restreint. Les forces israéliennes sont entrées à Qusra jeudi, plusieurs jours après le début du siège par les colons, et ont par la suite imposé leurs propres restrictions dans la zone.
L’extension de l’opération a également contraint un résident palestino-américain à solliciter la coordination des forces de sécurité israéliennes simplement pour rejoindre son propre domicile.
Appel international pour que cessent les pogroms en Cisjordanie
Louay Abu Rida, dont la maison se trouve dans la zone assiégée de Ras al-Ain, a contacté l’ambassade des États-Unis avant de retourner en Cisjordanie occupée et s’est vu répondre que l’itinéraire menant à sa propriété n’était pas sûr, a déclaré lundi son frère Qusay Abu Rida au journal The New Arab.
Selon Abu Rida, l’ambassade a indiqué à son frère qu’il devrait contacter le bureau de liaison palestinien, qui devrait ensuite se coordonner avec les autorités israéliennes d’occupation et l’officier militaire supervisant l’opération avant qu’il ne puisse se rendre sur place.
« Mon frère Louay m’a contacté et devrait arriver en Cisjordanie ce soir », a déclaré Abu Rida.
Avant d’embarquer sur son vol, Louay a contacté l’ambassade des États-Unis, a précisé son frère, et on lui a répondu qu’une coordination en matière de sécurité était nécessaire pour qu’il puisse entrer chez lui « sans que les colons ne lui causent de tort ».
Wadi a indiqué que des véhicules militaires israéliens et des bus transportant des soldats étaient toujours présents dans tout Qusra, au sud de Naplouse, tandis que les troupes avaient fermé toutes les routes menant à Jabal Ras al-Ain.
Une position militaire israélienne se trouvait toujours à l’intérieur du domicile du résident palestinien Youssef Abdel Karim Hassan, a précisé Wadi. Hassan et sa famille séjournaient quant à eux chez Abu Rida afin de protéger ce dernier des colons.
Lundi, des bulldozers israéliens ont également fermé les routes menant à Ras al-Ain, isolant de fait la zone.
La municipalité, en collaboration avec des organisations internationales, a réussi dimanche à acheminer de l’eau, de la nourriture et de l’électricité vers trois habitations qui étaient encerclées depuis neuf jours, selon Wadi.
Qusay Abu Rida, qui fait partie des personnes piégées dans la zone, a déclaré que les familles ne pouvaient toujours pas partir.
« Le siège de la maison se poursuit encore aujourd’hui. Personne ne peut nous rejoindre, et nous ne pouvons pas quitter nos maisons », a-t-il déclaré à The New Arab, ajoutant que les vivres qui leur avaient été livrés ne dureraient que quelques jours.
Il a déclaré que les menaces et les attaques des colons duraient depuis un certain temps, mais qu’elles s’étaient intensifiées ces dernières semaines, plongeant les jeunes enfants dans une « terreur et une panique constantes » alors que les colons lançaient des pierres sur les maisons et les fenêtres.
« Les Palestiniens ont le droit de vivre en sécurité et en paix dans leurs foyers, sans crainte ni menace, et de se déplacer librement, en entrant et en sortant de chez eux sans entrave », a déclaré Abu Rida. « Nous ne savons pas combien de temps ce siège va durer. »
Les événements survenus à Qusra ont attiré une attention internationale croissante, poussant les autorités israéliennes à intervenir après plusieurs jours durant lesquels le siège mené par les colons s’est déroulé sous le regard complice des forces israéliennes d’occupation.
Des informations précédentes faisaient état de coupures d’électricité et d’eau imposées par les colons aux foyers palestiniens, tandis que les Nations unies indiquaient que les habitants, y compris des enfants, étaient pris au piège dans un « état de terreur ».
Appels à des sanctions contre un commandant israélien
Ce siège a également incité le groupe israélo-palestinien « Combattants pour la paix » à réclamer des sanctions personnelles à l’encontre du général de division Avi Bluth, commandant du Commandement central de l’armée israélienne, qui détient l’autorité militaire générale en Cisjordanie occupée.
Dans un appel urgent adressé à l’Union européenne et aux gouvernements britannique, canadien et australien, le groupe a accusé Bluth de ne pas avoir utilisé les pouvoirs dont il dispose pour empêcher les attaques des colons, faire respecter la loi à l’encontre des responsables et protéger les civils palestiniens.
« Qusra et Beit Sahour ne sont pas des incidents isolés », a déclaré « Combattants pour la paix » dans un communiqué. « Ils reflètent une réalité plus large dans laquelle les communautés palestiniennes sont confrontées quotidiennement au terrorisme des colons, tandis que les responsables continuent de bénéficier de l’impunité. »
Cette intervention est d’autant plus remarquable que M. Bluth s’est rendu en personne à Qusra la semaine dernière et a rencontré l’une des familles palestiniennes prises au piège, alors que les forces israéliennes d’occupation peinaient à évacuer les colons de la zone.
« Combattants pour la paix » a fait valoir que les gouvernements occidentaux, dont plusieurs ont imposé des sanctions à des colons israéliens violents et à des organisations de colons, devraient étendre la responsabilité aux hauts responsables militaires chargés de la sécurité dans les territoires occupés.
« La communauté internationale doit aller au-delà de la simple condamnation du terrorisme des colons et veiller à ce que les responsables occupant des postes de commandement, dont les actions – ou l’inaction – permettent à ces exactions de se poursuivre, répondent de leurs actes », a déclaré le groupe.
Il a fait valoir que l’impunité persistante dont bénéficient les attaques des colons contribuait à créer les conditions propices aux saisies de terres palestiniennes et aux déplacements forcés dans toute la Cisjordanie occupée.
Cet appel a été lancé deux jours après que l’association a déclaré que des tirs à balles réelles avaient été dirigés contre l’une de ses activités conjointes israélo-palestiniennes près de Beit Sahour, qui proviendraient, selon elle, d’un avant-poste de colons israéliens situé à proximité. Personne n’avait été blessé.
Les forces d’occupation ordonnent la fermeture d’une usine pendant une semaine
L’impact de l’opération israélienne s’est entre-temps étendu au-delà des habitations initialement visées par les colons.
L’armée israélienne a ordonné à une usine située près de Jabal Ras al-Ain d’évacuer ses locaux et de fermer pendant une semaine, ce qui affecte plus de 15 Palestiniens dont les moyens de subsistance dépendent de cette usine, a déclaré Wadi à The New Arab.
« Plus de 15 travailleurs de la ville travaillent dans cette usine, et c’est leur seule source de revenus », a déclaré Wadi à propos de la société Qusra, spécialisée dans les antiquités et les arts. L’usine s’étend sur environ 10 dunams de terrain près de Ras al-Ain, a-t-il ajouté.
Cette décision illustre comment un incident qui a commencé par l’encerclement d’un petit nombre d’habitations palestiniennes par des colons s’est transformé en une opération militaire israélienne perturbant les déplacements et les moyens de subsistance ailleurs à Qusra.
Un avant-poste de colons au cœur des affrontements
La dernière escalade a débuté il y a plus d’une semaine, lorsque des colons ont établi un avant-poste à l’ouest de Qusra, entre trois habitations palestiniennes appartenant aux frères Rizq et Youssef Hassan ainsi qu’à Louay Abu Rida.
Selon les habitants, les colons ont bloqué l’accès à ces habitations et coupé l’approvisionnement en eau et en électricité. Des images tournées sur place ont également montré des soldats israéliens en train de prier aux côtés des colons au lieu de les expulser, ce qui a poussé l’armée à annoncer des mesures disciplinaires à l’encontre du personnel impliqué.
Les forces israéliennes d’occupation sont finalement intervenues à Qusra et ont démantelé les structures appartenant à l’avant-poste de colons dans la zone d’Ain Aina, entre Qusra, Talfit et Jalud. Mais cette intervention n’a pas simplement permis de rétablir la liberté de circulation des habitants palestiniens.
Au contraire, l’opération militaire s’est étendue. Des habitants palestiniens ont été expulsés de leurs maisons, des propriétés ont été utilisées comme postes militaires et les restrictions autour de Ras al-Ain ont été renforcées.
Selon les habitants, les colons cherchent à prendre le contrôle de Jabal Ras al-Ain, une colline stratégiquement située à environ 930 mètres d’altitude, offrant une vue sur la Méditerranée à l’ouest et sur les montagnes jordaniennes à l’est.
Depuis le début de l’année, font savoir les habitants, les colons ont restreint l’accès à plusieurs habitations palestiniennes situées sur la colline, tout en y faisant paître leurs moutons et en utilisant les puits d’eau locaux.
On ignore encore si la fermeture, lundi, des routes menant à Ras al-Ain visait à empêcher les colons d’atteindre la zone ou à empêcher les habitants palestiniens et les militants de solidarité d’y entrer.
L’armée israélienne a qualifié l’activité des colons à Qusra, qu’elle avait autorisée pendant plusieurs jours, d’« illégale, répréhensible et inacceptable ». Mais ses premières et très timides tentatives pour évacuer l’avant-poste ont échoué, et les familles palestiniennes sont restées privées de leur liberté de mouvement même après le déploiement de renforts israéliens.
Les violences à Qusra s’inscrivent dans une recrudescence plus générale des attaques de colons et des déplacements de Palestiniens dans toute la Cisjordanie occupée. L’ONU a recensé plus de 1430 attaques de colons ayant fait des victimes ou causé des dégâts matériels dans environ 260 communautés palestiniennes depuis le début de l’année, selon des chiffres publiés la semaine dernière.
Auteur : The New Arab
* The New Arab ou Al-Araby Al-Jadeed est un média panarabe basé à Londres et appartenant à la société qatarie Fadaat Media. Il a lancé un site Web en langue arabe en mars 2014 et un quotidien en langue arabe en septembre 2014.
17 août 2026 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine

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