Alors que Trump annonce un « accord de paix » à Gaza, les Israéliens multiplie les tueries

14 juillet 2026 - La sœur de Moataz Abu Sha'ar et d'autres proches pleurent sa mort près de son corps à l'hôpital Al-Nasser de Khan Yunis. Moataz a été touché par une balle perdue tirée par les forces israéliennes alors qu'il se trouvait dans la tente où sa famille avait trouvé refuge, dans le quartier de Sheikh Frish, situé dans la zone d'Al-Mawasi, au sud de la bande de Gaza. Le cortège funèbre est parti du complexe médical Al-Nasser, où les personnes venues rendre hommage ont récité les prières funéraires avant d’enterrer Moataz au cimetière de la ville. Le père, le grand-père et l’un des frères de Moataz avaient déjà été tués près du centre de distribution de l’aide américaine, dans le quartier de Mirage, au sud de la bande de Gaza. Suite au décès de Moataz, sa mère, Warda Abu Sha'ar, et sa sœur de trois ans, Jannah, sont les seuls membres survivants de la famille, la plupart de ses membres ayant été tués au cours du génocide perpétré par Israël. Selon le ministère de la Santé de Gaza, au moins 1110 Palestiniens ont été tués depuis le soi-disant « cessez-le-feu » d’octobre 2025 - Photo : Doaa Albaz/Activestills

Par Tareq S. Hajjaj

Quelques heures après que Donald Trump eut annoncé un accord « historique » prévoyant le désarmement du Hamas et le retrait d’Israël de la bande de Gaza, Israël a attaqué la bande de Gaza, faisant 19 morts. Les Palestiniens n’en ont pas été surpris. « Nous ne faisons pas confiance à Israël, et nous ne faisons pas confiance aux États-Unis », a déclaré un habitant.

Peu après que le président américain Donald Trump eut annoncé, le 31 juillet, qu’un accord « historique » visant au « désarmement complet du Hamas » et au retrait progressif d’Israël de la bande de Gaza avait été conclu, Israël a lancé une série de frappes aériennes des plus violentes sur l’ensemble de la bande de Gaza, tuant 19 personnes en une seule journée, le 3 août.

Cette attaque a confirmé aux habitants de Gaza ce qu’ils savaient déjà : Israël ne respecterait aucun accord qui ne lui garantirait pas le contrôle total du territoire assiégé.

Le nouveau cadre proposé jeudi par le prétendu « Conseil de la paix » de Trump prétendait que le désarmement se ferait par étapes et s’accompagnerait de retraits israéliens successifs, tandis que les responsables du Hamas précisaient de leur côté que le mouvement ne remettrait ses armes offensives que si Israël mettait fin à sa campagne d’assassinats et de frappes aériennes, laquelle constitue en soi une violation flagrante du soi-disant « cessez-le-feu » signé en octobre 2025.

Au cours du week-end, Israël a cependant lancé une série de frappes visant des camps de déplacés et un entrepôt pharmaceutique de l’hôpital des Martyrs d’al-Aqsa, où un incendie a détruit environ la moitié des fournitures médicales de l’établissement.

La reprise des bombardements a également fait grimper le bilan des victimes à son plus haut niveau en un seul mois pour cette année-là, atteignant 152 personnes, selon le ministère palestinien de la Santé à Gaza.

Parmi les personnes tuées figurent 21 enfants, 14 femmes et quatre personnes âgées, des chiffres qui, selon le ministère, soulignent l’impact de l’escalade sur les civils et les zones résidentielles densément peuplées.

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Ces violations israéliennes suivent le même schéma auquel les habitants de Gaza se sont habitués : le Hamas fait une concession, et Israël intensifie encore les hostilités pour maintenir la pression militaire et perpétuer sa guerre génocidaire.

La reprise des attaques a renforcé le scepticisme chez de nombreux habitants de Gaza, qui estiment que la violence éclipse les espoirs suscités par l’annonce de Trump.

« La réalité sur le terrain ne laisse en rien entrevoir qu’Israël s’oriente vers une véritable solution », a déclaré à Mondoweiss Eyad Awadallah, 55 ans, un habitant de la ville de Gaza vivant dans une tente à Tal al-Hawa avec les six membres de sa famille. « Elle ne suggère pas non plus qu’Israël ait l’intention d’honorer ce qu’a annoncé Trump concernant la conclusion d’un accord et la fin de la guerre. »

« Nous nous sommes habitués aux étapes habituelles de tout accord avec Israël », a-t-il ajouté. « La partie palestinienne respecte ses engagements, s’acquitte de ses obligations et fait des concessions douloureuses ; Israël se soustrait à ses responsabilités et poursuit sa guerre implacable contre les Palestiniens. »

M. Awadallah a également déclaré que la dernière escalade envoyait un message politique plus large. « Je pense qu’il s’agit d’un message clair d’Israël à l’intention des Palestiniens de Gaza et du monde entier », a-t-il expliqué.

« Israël affirme ainsi ne pas se sentir lié par aucune décision, et que le dernier mot lui revient. Même lorsque la décision émane de l’allié le plus proche d’Israël, le président Donald Trump, Israël tient à démontrer que c’est lui, et non le président américain, qui commande. »

À la suite de l’intensification des bombardements, le Hamas a accusé Israël d’intensifier délibérément sa campagne militaire dans le but de saper les ententes conclues avec les médiateurs, notamment les États-Unis, concernant le maintien de l’accord de cessez-le-feu.

Dans son communiqué du 2 août, le Hamas a déclaré que les « bombardements criminels et frénétiques » de Gaza, qui ont entraîné l’extermination de familles entières, constituaient une « escalade délibérée » de la part d’Israël et visaient à « faire échouer les accords conclus avec les médiateurs, y compris l’administration américaine, pour mener à bien la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu ».

« Nous ne faisons pas confiance à Israël, ni aux États-Unis »

Peu après l’annonce de l’accord avec le dit « Conseil pour la paix », le Hamas a déclaré que tout progrès dépendait avant tout de la fin de l’offensive militaire israélienne et du respect par Israël des engagements de la première phase du cessez-le-feu, qui comprenaient notamment l’acheminement de l’aide humanitaire.

Le mouvement a souligné que les discussions sur les « armes lourdes » s’inscrivaient dans un cadre politique plus large comprenant : le retrait complet d’Israël de Gaza, le lancement des efforts de reconstruction et de relance rapide, le déploiement du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), l’arrivée d’une force internationale de protection, ainsi que des garanties concernant l’autodétermination et la création d’un État palestinien.

Selon les principes publiés de l’accord, l’administration civile et la sécurité intérieure seraient transférées au NCAG, qui fonctionnerait selon le principe « une seule autorité, une seule loi et une seule arme ».

Mais des responsables ont également précisé que l’accord n’exigeait pas que le mouvement remette son arsenal lourd à Israël ou à toute autre entité non palestinienne, mais qu’il place ces armes dans des entrepôts sécurisés sous l’autorité du NCAG.

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Les armes à feu personnelles resteraient soumises à la législation palestinienne, le comité étant la seule autorité compétente en matière de délivrance de permis et d’enregistrement, selon le texte de l’accord.

Mais pour de nombreux Gazaouis, les détails de l’accord n’avaient pas d’importance. La question la plus importante était de savoir si Israël le respecterait, et la réponse est venue en l’espace de quelques jours.

« Je ne crois pas qu’Israël ait jamais respecté un accord », a déclaré Raed Darwish, 44 ans, un habitant déplacé de la ville de Gaza qui vit dans une tente avec les 11 membres de sa famille. « Chaque fois qu’il obtient ce qu’il veut par la pression militaire, il renonce à ses engagements. »

Darwish a évoqué la mise en œuvre de la première phase du cessez-le-feu d’octobre 2025, faisant valoir qu’Israël n’avait suspendu ses bombardements que le temps que les prisonniers israéliens et les dépouilles des Israéliens décédés soient restitués.

« Une fois cela accompli », a-t-il déclaré, « les bombardements ont repris avec une intensité encore plus forte. Les Palestiniens ont de nouveau été soumis à des frappes aériennes et à des meurtres quotidiens. »

Selon lui, la dernière proposition ne diffère guère des accords précédents, car le Hamas avait déjà accepté bon nombre de ces conditions plusieurs mois auparavant.

« Le Hamas a accepté de renoncer à son autorité gouvernementale et de transférer la responsabilité au NCAG », a-t-il expliqué. « Mais Israël a empêché le Comité d’entrer à Gaza. L’obstacle n’a jamais été les Palestiniens. »

Comme de nombreux Palestiniens déplacés, M. Darwish a déclaré que sa priorité n’était pas la politique, mais de rentrer chez lui. Plus de 1,9 million de Palestiniens restent déplacés à travers Gaza, beaucoup d’entre eux étant dans l’impossibilité de rentrer car de vastes zones situées près de la « ligne jaune » élargie par Israël, qui divise Gaza, restent inaccessibles.

Pour Darwish, des décennies de négociations infructueuses ont fait que les Palestiniens n’ont plus guère confiance dans les promesses faites par Israël ou par les États-Unis.

« Nous ne faisons pas confiance à Israël, et nous ne faisons pas confiance aux États-Unis », a-t-il déclaré. « Ce jugement découle de l’expérience. Depuis les accords d’Oslo, les Palestiniens ont fait à maintes reprises des concessions en échange de promesses de paix. Israël a continué à étendre son occupation tandis que les Palestiniens continuaient de mourir. Cette guerre n’en est que le dernier exemple en date. »

Tous les Palestiniens ne partagent toutefois pas le point de vue de Darwish. Certains estiment que le Hamas a prolongé la guerre en refusant les conditions israéliennes dès ses débuts. Tout en reconnaissant que l’acceptation de ces conditions aurait été profondément humiliante, ils font valoir que les pertes civiles incessantes ont finalement pris le pas sur le coût politique.

« Le Hamas aurait dû accepter cette condition dès le début », a déclaré Alaa Abu Asi, 39 ans, père de quatre enfants, déplacé, qui vit dans une tente à l’ouest de la ville de Gaza. « Au lieu de cela, il n’a cessé de la rejeter. Il en a résulté davantage de destructions, davantage de morts et davantage de souffrances. Si un accord avait été conclu plus tôt, nous n’en serions peut-être pas arrivés à une catastrophe d’une telle ampleur. »

Abu Asi a remis en question l’utilité pratique des armes du Hamas tout au long de la guerre, soulignant qu’Israël avait continué à assassiner des hauts dirigeants du Hamas et à mener des opérations militaires malgré le fait que le mouvement ait conservé ses armes.

Le Hamas a toujours tenu ses engagements, au contraire des Israéliens

Pour de nombreux Palestiniens, la question des armes reste profondément symbolique. Même ceux qui sont épuisés par près de trois ans de guerre considèrent souvent le désarmement comme une forme d’humiliation nationale et un signe de défaite, malgré l’insistance du Hamas sur le fait que l’accord prévoit uniquement le gel et le stockage des armes lourdes, et non leur remise officielle.

Pour Sumaya al-Muqaddama, 25 ans, une mère déplacée vivant à Deir al-Balah, le débat sur les armes est très éloigné des réalités de la survie quotidienne. « Ce qui compte pour les familles de Gaza, c’est simplement de rentrer chez elles, même si ces maisons ont été détruites », a-t-elle expliqué.

Les Israéliens s’acharnent sur un camp d’extermination

« Nous voulons que ces souffrances prennent fin : la recherche sans fin de nourriture et d’eau potable, la chaleur insupportable à l’intérieur des tentes, et le fait de vivre au milieu des rats et des maladies. »

Elle a ajouté que les Palestiniens entamaient les négociations avec peu de moyens de pression, tandis qu’Israël continuait d’exercer une pression militaire. « Israël négocie tout en continuant à tuer des civils », a-t-elle dit. « Il utilise les bombardements, les déplacements forcés et le massacre de femmes et d’enfants comme moyen de pression. Mais les Palestiniens ne disposent d’aucun moyen comparable pour exercer ce genre de pression. »

Mme al-Muqaddama a également accusé les gouvernements occidentaux de faciliter la campagne militaire d’Israël tout en qualifiant la résistance palestinienne de terrorisme. « Les pays qui parlent de droits de l’homme continuent de fournir à Israël des armes, de l’argent et une protection politique, tandis que les Palestiniens qui défendent leur terre sont qualifiés de terroristes. »

Elle a rappelé que les précédents accords de cessez-le-feu avaient également promis une aide humanitaire, mais a déclaré qu’Israël n’avait pas respecté ses engagements.

« Il n’a même pas mis en œuvre les dispositions humanitaires auxquelles il avait consenti », a-t-elle déclaré. « Au contraire, les livraisons d’aide ont été retardées et bloquées. Tous les Palestiniens connaissent ces faits. C’est pourquoi les gens ici restent sceptiques. »

« Nous pensons que le Hamas respectera cet accord car il n’a guère le choix », a-t-elle ajouté. « La vraie question est de savoir qui garantira qu’Israël en fera de même. »

La hausse continue du nombre de victimes civiles et l’intensification des frappes aériennes depuis l’annonce de l’accord, a-t-elle noté, confirment cette affirmation. Elle a déclaré aussi qu’il incombait désormais à la dite communauté internationale, en particulier au président Donald Trump, qui a publiquement annoncé l’accord, d’en garantir la mise en œuvre.

« Pour que cet accord ait un sens », a-t-elle ajouté, « quelqu’un doit garantir qu’Israël respectera ses engagements. Sinon, ce ne sera qu’un accord de plus qui se terminera comme les autres : par davantage de destructions, davantage de déplacements de population et davantage de vies perdues. »

3 août 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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