« Qu’allons-nous manger demain ? »

Juillet 2024 - Tous les enfants de moins de cinq ans, soit 335 000 enfants, sont exposés à une malnutrition sévère, alors que le risque de famine continue d'augmenter. En raison du blocus, même avant cette guerre, la moitié des habitants de Gaza souffraient d'insécurité alimentaire et 80 % d'entre eux dépendaient de l'aide humanitaire. Le seul moyen de mettre fin à l'horreur imposée par les Israéliens est un cessez-le-feu immédiat et une aide humanitaire sans entrave - Photo : via Anadolu Agency

Par Shaimaa Eid

En vous promenant parmi les tentes qui abritent les personnes déplacées dans la bande de Gaza, vous n’aurez sans doute pas à attendre longtemps avant d’entendre la question qui pèse lourdement sur le cœur des parents : « Que mangerons-nous aujourd’hui ? »

Cela peut sembler une question simple, mais à Gaza, elle recèle une peur trop profonde pour être exprimée par des mots : celle que les enfants se réveillent le ventre vide et que, après des heures de recherche, leurs parents reviennent sans rien pour leur donner à manger.

Cette question est redevenue inévitable alors que les réserves alimentaires de base s’amenuisent et que les fruits et légumes se font de plus en plus rares. De nombreuses familles n’ont plus les moyens d’acheter le peu qui reste sur les marchés en raison de la flambée des prix.

Chaque jour, les parents sont confrontés au même défi : partir tôt à la recherche de quoi nourrir leurs enfants, sans aucune garantie de trouver de quoi manger ni même de rentrer sains et saufs, alors que la guerre génocidaire et les bombardements se poursuivent autour d’eux.

Dans la bande de Gaza, où des années de guerre et de blocus ont poussé les familles au bord du gouffre, les craintes d’une famine refont surface. Les habitants redoutent le début d’une troisième vague de famine, qui leur ferait revivre des scènes de privation dont ils ne se sont pas encore remis.

Mohammed Shurrab, 42 ans, père de trois enfants déplacé originaire de Khan Yunis, dans le sud de Gaza, explique que les informations faisant état du retour de la famine ont ravivé en lui un sentiment terrifiant qu’il pensait ne plus jamais avoir à affronter.

Gaza : quand un simple repas devient un rêve quotidien

« Depuis que j’ai appris que la famine était de retour, j’ai eu l’impression qu’un nouveau cauchemar planait au-dessus de ma tête. Lorsque mes enfants ont appris que les marchés étaient vides, que les produits de première nécessité se faisaient extrêmement rares et que ce qui restait était hors de prix, ils se sont mis à pleurer », raconte-t-il.

Pour Mohammed, il ne s’agit pas simplement de la disparition de certains produits des marchés. Il s’agit de la crainte de ne pas pouvoir nourrir ses enfants dans les jours à venir, dans des conditions qui laissent aux familles peu de moyens de résister à une nouvelle crise.

Il demande avec amertume : « Qu’attend le monde ? Attend-on que les enfants et les personnes âgées meurent avant d’agir ? Où sont les médiateurs et les organisations de défense des droits de l’homme au milieu de tout ce qui se passe ? Pourquoi n’agissent-ils pas pour endiguer cette vague avant qu’elle ne s’aggrave ? »

Les malades et les femmes enceintes confrontés à la faim

L’impact des pénuries alimentaires va bien au-delà de la faim elle-même. Pour les personnes âgées et celles souffrant de pathologies qui ont besoin d’une alimentation équilibrée pour rester en bonne santé, trouver de quoi manger fait partie d’un combat quotidien pour survivre.

Ce combat devient encore plus difficile lorsque les pénuries s’ajoutent aux difficultés pour se procurer des médicaments et accéder aux soins de santé.

Khadija Wahab, 66 ans, est déplacée dans la région d’Al-Mawasi, à l’ouest de Khan Yunis, et souffre d’hypertension artérielle. Comme d’autres personnes dans sa situation, elle a besoin d’une alimentation saine et équilibrée, mais la raréfaction des denrées et la hausse des prix rendent de plus en plus difficile la satisfaction de ses besoins quotidiens.

Pour Khadija, le manque de nourriture ne peut être considéré comme un problème passager. L’alimentation est essentielle au maintien de sa santé et à la prise en charge de sa maladie, mais ses options se réduisent de jour en jour.

Marah Al-Khalidi, 28 ans, qui a été déplacée du nord de Gaza vers Al-Mawasi, est confrontée à la faim pendant sa grossesse. Attendant la naissance de son enfant dans des conditions de vie difficiles, elle craint que les pénuries alimentaires n’affectent à la fois sa santé et celle de son bébé.

Prise entre le déplacement et la privation des besoins fondamentaux, Marah est confrontée à des questions auxquelles elle ne peut répondre. Comment mener sa grossesse à terme en toute sécurité alors qu’elle ne sait pas ce qu’elle pourra manger dans les jours à venir ? Comment répondre aux besoins de son corps alors qu’il est devenu si difficile de se procurer une alimentation suffisante ?

Pour les femmes enceintes, l’alimentation va bien au-delà de la simple satisfaction de la faim. Elle est essentielle à la santé de la mère et du bébé. Le manque d’aliments variés et nutritifs augmente les risques pour la santé, en particulier chez les femmes souffrant déjà d’anémie ou de malnutrition à la suite de périodes antérieures de famine sévère.

Des marchés vides et des prix inabordables

Ces craintes surgissent alors que le Programme alimentaire mondial (PAM) annonce la suspension de l’aide alimentaire mensuelle destinée à environ 500 000 personnes dans la bande de Gaza en raison d’un manque de financement. L’agence a mis en garde contre une hausse brutale et soudaine de la malnutrition aiguë, en particulier chez les enfants et les femmes enceintes.

Gaza : la destruction de toute une génération par la famine et la malnutrition

Les familles ont de plus en plus de mal à compter sur les marchés pour subvenir à leurs besoins fondamentaux, car les produits de première nécessité se font rares et les prix ne cessent d’augmenter. Trouver de la nourriture ne signifie pas nécessairement pouvoir l’acheter.

Ismail Al-Thawabta, directeur général du Bureau des médias du gouvernement de Gaza, a déclaré dans un communiqué de presse que plus de 66 % des besoins fondamentaux de la population n’étaient pas satisfaits en raison des restrictions imposées par Israël à l’entrée de l’aide humanitaire et des marchandises.

Par ailleurs, l’Euro-Mediterranean Human Rights Monitor a indiqué que son équipe de terrain avait constaté une pénurie de farine sur les marchés de Gaza, ainsi que de graves pénuries de légumes, de fruits et d’autres produits de première nécessité.

Les prix des produits encore disponibles ont également augmenté au-delà du pouvoir d’achat de la plupart des habitants.

Pour eux, la famine n’est pas un chiffre dans un rapport ni un avertissement lancé par une organisation humanitaire. C’est un père qui passe des heures à chercher de quoi manger, une mère qui tente de cacher son angoisse à ses enfants, un patient incapable d’obtenir la nourriture dont son corps a besoin, et une femme enceinte qui craint pour son bébé à naître tout en luttant pour se nourrir elle-même.

À Gaza, les parents ne demandent rien d’autre que de quoi nourrir leurs enfants et de leur épargner une nouvelle période de famine après tout ce qu’ils ont enduré : pertes, déplacements et peur.

Pourtant, la question qui résonne aujourd’hui dans les tentes — celle à laquelle les familles cherchent une réponse dans les marchés déserts — reste sans réponse : que mangerons-nous demain ?

25 octobre 2>026 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – YG

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