La conspiration contre le Liban

Des personnes inspectent les lieux alors qu'un immeuble résidentiel gît en ruines et que les bâtiments environnants présentent de graves dégâts, après une frappe israélienne qui a touché le quartier de Corniche Al-Mazraa à Beyrouth, au Liban, le 9 avril 2026 - Photo : Murat Şengül / AA

Par Ramzy Baroud

La dernière guerre menée par Israël contre le Liban ne se limite pas à des frappes aériennes. Elle est renforcée politiquement de l’intérieur, Beyrouth s’alignant sur les efforts américano-israéliens visant à isoler le Hezbollah et à affaiblir la position de l’Iran dans les négociations.

Dans un article précédent, nous avons examiné les sept messages que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou cherchait à faire passer par le biais des massacres perpétrés au Liban.

Ces messages visaient à redéfinir la dynamique régionale, à affirmer la dissuasion et à imposer de nouvelles réalités politiques sur le terrain.

Ces massacres ont déjà fait des centaines de morts et plus d’un millier de blessés parmi les Libanais, sans compter les destructions massives des infrastructures civiles, selon les chiffres de la protection civile libanaise.

L’ampleur et l’intensité de la violence n’étaient toutefois pas fortuites. Elles visaient à créer un sentiment d’urgence, de peur et, en fin de compte, de soumission.

À l’époque, nous avions fait valoir que les actions d’Israël s’inscrivaient dans une tentative plus large d’imposer un nouvel ordre régional par le sang. Depuis lors, de nouveaux développements ont confirmé que cette escalade militaire était coordonnée avec des manœuvres politiques parallèles — plus précisément, un effort visant à dissocier le volet des négociations entre l’Iran et les États-Unis au Pakistan de la guerre contre le Liban.

Cette séparation n’est pas un détail technique. Elle est au cœur de la lutte géopolitique actuelle.

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Alors que les bombes israéliennes continuent de s’abattre sur le Liban, Netanyahou a annoncé qu’il avait donné instruction à son gouvernement d’entamer des négociations directes avec le Liban « dès que possible », soulignant que ces pourparlers porteraient sur le désarmement du Hezbollah et l’établissement de « relations pacifiques ».

Ce revirement ne s’est pas produit dans le vide. Il a fait suite à l’une des vagues d’attaques israéliennes les plus meurtrières contre le Liban depuis des années, et il est survenu à un moment où l’Iran avait explicitement lié sa participation aux pourparlers d’Islamabad à un cessez-le-feu au Liban.

En d’autres termes, Israël a intensifié ses opérations militaires tout en ouvrant simultanément un canal politique destiné à contourner les conditions posées par l’Iran.
Ce qui rend cette stratégie particulièrement lourde de conséquences, cependant, ce n’est pas seulement le rôle d’Israël, mais la réponse de Beyrouth.

Dès le début de la guerre israélienne contre le Liban, le gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam a pris des mesures qui s’alignent étroitement sur les objectifs américains et israéliens.

Plutôt que de présenter le conflit principalement comme une agression israélienne, les principaux responsables libanais ont insisté sur la nécessité de freiner la résistance, soulevant à plusieurs reprises la question des armes du Hezbollah et la nécessité de placer toutes les armes sous le contrôle de l’État.

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Cette position n’est pas neutre. Elle reflète un choix politique. Plus important encore, elle crée le cadre même qu’Israël cherche à imposer : un cadre dans lequel la question centrale n’est plus l’occupation, l’agression ou les massacres de civils, mais plutôt le « problème » de la résistance elle-même.

La volonté du gouvernement libanais d’engager des négociations directes avec Israël – ce qu’il s’était historiquement abstenu de faire en dehors du cadre restreint des contacts indirects ou par intermédiaire – constitue un dangereux précédent.

Même si elle est présentée comme conditionnelle ou tactique, une telle démarche équivaut à une reconnaissance politique implicite d’Israël à un moment où des civils libanais sont encore ensevelis sous les décombres des frappes israéliennes.

Cette contradiction n’échappe pas aux acteurs nationaux.

Selon Al Mayadeen, des personnalités affiliées au Hezbollah ont vivement critiqué l’orientation prise par le gouvernement, certaines la qualifiant de trahison de la plus haute importance. Ces critiques reflètent une crainte plus profonde que le Liban ne soit entraîné sur une voie politique qui servira en fin de compte à délégitimer la résistance et à redessiner l’équilibre des pouvoirs au sein du pays.

Cette inquiétude est renforcée par la succession des événements elle-même. Le Liban n’a pas encore reçu de date officielle de la part des États-Unis pour entamer les négociations, selon le correspondant d’Al Mayadeen à Beyrouth.

Les responsables libanais ont insisté sur le fait qu’un cessez-le-feu doit précéder toute discussion, mais Israël a clairement indiqué que son objectif est précisément le contraire : utiliser les négociations comme un outil pour imposer de nouvelles réalités, notamment le désarmement du Hezbollah.

Dans le même temps, l’Iran a clairement affiché sa position. Sa délégation a subordonné sa participation aux pourparlers d’Islamabad à la condition que tout cessez-le-feu soit lié à l’arrêt complet des opérations israéliennes au Liban. Les responsables iraniens sont allés plus loin, soulignant qu’aucun accord à long terme n’est possible sans la fin totale de l’agression israélienne.

Cela crée un choc direct entre les visions politiques. D’un côté, l’Iran tente d’intégrer le Liban dans un règlement régional plus large qui préserve le rôle de la résistance en tant qu’acteur central. De l’autre, les États-Unis, Israël et leurs alliés régionaux s’efforcent de fragmenter ce cadre — en isolant le Liban, en écartant le Hezbollah et en réaffirmant un ordre dirigé par les États-Unis.

Dans ce contexte, le comportement du gouvernement libanais ne peut être considéré comme indépendant.

L’establishment politique de Beyrouth opère depuis longtemps au sein d’un système façonné par des pressions extérieures, notamment de la part de Washington et de ses alliés régionaux. La situation actuelle ne fait pas exception. La poussée vers les négociations, l’accent mis sur le désarmement et le cadrage politique du conflit reflètent tous un alignement plus large avec le camp pro-américain.

Ce camp est confronté à un dilemme stratégique. Son incapacité à imposer une issue décisive à l’Iran — que ce soit sur le plan militaire ou économique — a déjà modifié l’équilibre des pouvoirs. La crise du détroit d’Ormuz, la résilience de l’État iranien et l’échec à neutraliser le Hezbollah ont tous mis en évidence les limites de l’influence américaine.

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Permettre au Liban d’être inclus dans un cadre de négociation mené par l’Iran renforcerait ce glissement.

Cela marginaliserait de fait les acteurs pro-occidentaux à Beyrouth et ouvrirait la voie à un nouvel arrangement régional dans lequel l’Iran détiendrait un poids significatif. Pour Washington, Tel-Aviv et leurs alliés, c’est un résultat inacceptable.

D’où la stratégie actuelle : bombarder le Liban, puis se précipiter dans des négociations avec le gouvernement libanais lui-même.

Cette double approche n’est pas contradictoire. Elle est délibérée. Les massacres créent une pression. Les négociations ouvrent une voie politique alternative — une voie qui exclut l’Iran et recadre le conflit autour du désarmement et de la normalisation.

Surtout, Israël et certains segments de la classe politique libanaise partagent un objectif commun : l’affaiblissement, puis la défaite, du Hezbollah, et les pourparlers directs ne constituent qu’une première étape.

Dans le scénario idéal envisagé par les États-Unis et Israël, ce processus déboucherait sur un consensus international — éventuellement par l’intermédiaire des Nations unies — qui délégitimerait formellement le Hezbollah et, par extension, toutes les formes de résistance armée.

Un tel revirement ne se contenterait pas de remodeler le Liban sur le plan interne, mais porterait également un coup au cœur de l’axe de résistance au sens large.

Mais de tels scénarios se déroulent rarement comme prévu.

Le principal obstacle reste l’insistance de l’Iran à lier le Liban à tout accord plus large. Tant que ce lien subsistera, les tentatives visant à isoler le Liban se heurteront à une résistance significative – non seulement de la part de Téhéran, mais aussi d’acteurs au sein même du Liban.

L’issue de cette lutte ne se limitera pas au Liban.

Elle déterminera si la région s’oriente vers un ordre fragmenté dominé par des États soutenus par les États-Unis, ou vers un nouvel équilibre dans lequel les mouvements de résistance et leurs alliés conserveront un rôle décisif.

9 avril 2026 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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