Bien tardivement, le monde prend conscience de la guerre de désinformation menée par Israël

Un soldat des forces d'occupation, blessé dans une attaque de la résistance, arrive à un hôpital dans al-Qods - Photo : médias israéliens

Par Yara Hawari

Le monde prend enfin conscience de la guerre de désinformation menée par Israël. Mais n’est-ce pas trop tard ? interroge Yara Hawari.

Pendant la Nakba, les forces sionistes ont bombardé mon village, Tarshiba, dans l’opération Hiram qui visait à vider de force la Haute Galilée de ses habitants palestiniens. Une bombe est tombée sur la maison de ma grand-mère et a tué une douzaine de membres de ma famille et en a blessé beaucoup d’autres.

Ma grande-tante Fatmeh qui avait à l’époque 18 ans a été retirée des décombres mais a eu le bassin et les jambes paralysés.

Quelques dizaines d’années plus tard, quand Fatmeh a tenté de poursuivre en justice l’Etat d’Israël nouvellement établi pour avoir massacré presque toute sa famille et l’avoir paralysée à vie, on lui a répondu que ce n’était pas l’armée israélienne nouvellement constituée qui avait bombardé sa maison.

Les forces sionistes pourtant étaient les seules à utiliser les avions et elles le faisaient pour accomplir le nettoyage ethnique de la Palestine. Même quand plus tard le pilote israélien, qui est devenu plus tard un pacifiste actif, a tenté de soulager sa conscience en avouant qu’il avait bombardé mon village, l’Etat a tout nié.

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Ce mensonge faisait partie du grand mensonge fondateur de l’Etat sioniste selon lequel quand les Sionistes à la fin du 19ème ont commencé à arriver, la Palestine était un vague désert traversé par quelques Arabes non-civilisés.

Après avoir posé ses mensonges fondateurs, le régime israélien a utilisé d’énormes ressources afin de couvrir l’effroyable violence dont il a fait preuve à l’égard du peuple palestinien, allant même jusqu’à donner à son armée le titre d « armée la plus morale du monde ». Aujourd’hui, comme avec toutes ses opérations militaires, il accompagne son bombardement massif et incessant de Gaza d’une guerre de l’information aussi massive et incessante.

Comment peut-il faire autrement quand on sait qu’il a tué plus 15 000 Palestiniens incluant plus de 6000 enfants et détruit la majeure partie des infrastructures ?

Les procédés favoris du régime israéliens n’ont pas seulement été de nier l’humanité de ses victimes mais de constamment recourir au mensonge, qu’il soit sophistiqué ou grossier.

En 2022, il a carrément nié que les soldats israéliens avaient assassiné Shireen Abu Akleh, la journaliste connue, et a accusé les combattants palestiniens d’avoir commis ce crime. Ce double mensonge n’avait aucune chance de tenir face aux témoins oculaires palestiniens, aux vidéos et à une enquête indépendante.

Un an plus tard, le régime israélien a admis tranquillement que c’étaient ses soldats qui avaient commis l’assassinat. Depuis ce temps, Israël a tué plus de journalistes en un mois que durant tous les conflits documentés.

Alors qu’il transmettait son reportage en direct le correspondant d’Al Jazeera, Wael el Dahdouh a appris que sa femme, son fils et sa fille avaient été tués dans des bombardements israéliens.

La machine de propagande israélienne pendant ce temps, afin justifier ses assassinats de journalistes, ne cesse de façon éhontée de désigner ceux-ci comme les porte-parole de Hamas.

Un des mensonges les plus abjects entretenus par Israël est qu’il fait de son mieux pour éviter les morts de civils.

La réalité est qu’en moins d’un mois, Israël à lâché sur Gaza l’équivalent de deux bombes de Hiroshima. Poussant plus loin l’abjection, ce régime a bombardé les convois transportant les 1,1 millions de déplacés qui empruntaient les routes qu’il a lui-même désignées comme sûres.

Il est clair qu’une certaine utilisation de la langue est un outil essentiel pour tous les régimes oppresseurs, elle permet non seulement de déshumaniser l’autre mais de complètement fausser la réalité. Des mots tels que « évacuations » , « routes sûres » permettent de cacher la réalité des expulsions de masse et des marches de la mort.

Ils tentent de donner l’impression qu’on n’a pas affaire à un régime génocidaire mais à une force bienveillante. Coller l’étiquette « Hamas » sur une école, une usine ou un hôpital donne le feu vert pour les bombarder et s’il y a des victimes civiles, elles seront « collatérales ».

Les responsables israéliens étendent désormais l’affiliation au Hamas à la quasi-totalité des infrastructures de Gaza, y compris les installations des Nations unies.

Jusqu’à très récemment, la communauté internationale et ses médias ont avalé et regurgité avec enthousiasme les mensonges du régime israélien. Mais maintenant, en cette étape de l’entreprise de génocide, les mensonges et le double langage deviennent tout simplement colossaux et n’arrivent plus à être avalés par les médias dominants.

La BBC qui a toujours adopté un langage déshumanisant à l’égard des Palestiniens a rapporté qu’Israël manipulait les faits à propos de l’Hôpital Al Shifa.

Elle n’a pas pu s’empêcher de manifester son scepticisme à propos de ce que ce régime laissait voir aux journalistes.

Par ailleurs, Christiane Amanpour de CNN est restée sans voix quand elle a appris de l’ancien premier ministre Ehud Barak que c’était Israël qui avait bâti des dizaines d’années auparavant les souterrains de l’hôpital Al Shiffa, une information qui confirme que l’armée israélienne n’a en fait rien montré.

Les médias sociaux pour leur part se sont révélés impitoyables face à la guerre de l’information menée par Israël. En très peu de temps, ils ont mis en pièces les nombreuses fabrications mensongères parmi lesquelles celles de la fausse infirmière et du fameux calendrier « terroriste ».

Certaines personnes diront que le fait qu’Israël soit en train de perdre la guerre de l’information est une bonne chose parce qu’elle détruit les mensonges et permet aux gens de voir la vérité telle qu’elle est.

Mais plus de 15 000 personnes sont déjà mortes…

23 novembre 2023 – Novaramedia.com – Traduction : Chronique de Palestine – Najib Aloui