27 octobre 2026 - Un homme brandit une pancarte sur laquelle on peut lire « Non aux punitions collectives et au confinement » devant les forces israéliennes qui empêchent les habitants de regagner leurs foyers lors d’une opération militaire de grande envergure dans la ville d’Hébron (Al-Khalil), en Cisjordanie. L’opération a débuté le vendredi précédent après que deux Palestiniens ont tué deux soldats israéliens et en ont blessé trois autres lors d’une attaque de la résistance contre le poste de contrôle de Farsh al-Hawa, à l’approche des élections israéliennes. Depuis lors, la municipalité d’Hébron a indiqué que 4969 Palestiniens issus de 780 familles des quartiers d’al-Jaladeh et d’Ain Deir Baha ont été déplacés à titre de punition collective. La municipalité a également estimé que 35 hectares (86 acres) ont été détruits ou destinés à la démolition - Photo : Yousef Zaanoun/Activestills
Par Ramzy Baroud
Par le passé, de nombreux Palestiniens et Arabes suivaient de près les élections israéliennes.
Ils ne l’ont pas fait parce qu’ils se faisaient des illusions quant à la capacité d’un dirigeant sioniste à instaurer la paix et la justice, à mettre fin à l’occupation ou à démanteler les colonies illégales. Ils craignaient plutôt que certains dirigeants israéliens ne soient pires que d’autres. Ils espéraient éviter le pire scénario.
Au fil du temps, cependant, cette distinction a cédé la place à la conviction que tous les dirigeants israéliens étaient fondamentalement identiques. Ce n’est pas du pessimisme. C’est de l’expérience.
Prenons, par exemple, l’expansion des colonies juives illégales pendant le processus de paix d’Oslo sous le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin.
Entre 1992 et 1995, le nombre de colons israéliens en Cisjordanie, à l’exclusion de Jérusalem-Est, est passé de 111 673 à 140 235 – soit une hausse de plus de 25 %, selon le Bureau central palestinien des statistiques, qui s’appuie sur les données statistiques israéliennes.
Cette tendance s’est poursuivie sous le gouvernement travailliste d’Ehud Barak.
Au cours de ses six premiers mois, le gouvernement de Barak a lancé des appels d’offres pour 3196 logements dans les colonies, dépassant ainsi la moyenne annuelle enregistrée sous son prédécesseur de droite, Benjamin Netanyahu.
Lorsque Naftali Bennett a formé en juin 2021 un gouvernement de coalition incluant le parti arabe Ra’am, l’expansion des colonies s’est poursuivie sans relâche.
Selon Peace Now, le gouvernement Bennett-Lapid a fait avancer des projets portant sur 7292 logements dans les colonies au cours de sa première année, soit une augmentation de 26 % par rapport à la moyenne annuelle enregistrée sous les précédents gouvernements Netanyahu.
Les colonies constituent elles-mêmes un moteur de l’occupation. Elles nécessitent des terres, et donc la confiscation de terres ; une protection, et donc une présence militaire renforcée ; de l’eau, des routes et des infrastructures, et donc l’appropriation des ressources palestiniennes. Ensemble, ces éléments aggravent la dépossession et engendrent davantage de violences israéliennes.
Selon le Bureau central palestinien des statistiques, la Cisjordanie comptait 645 sites de colonies israéliennes, avant-postes et autres installations d’occupation à la fin de l’année 2025, dont 350 avant-postes de colonies.
La Commission palestinienne de résistance à la colonisation et au mur a indiqué que les autorités israéliennes avaient visé environ 29 335 dunums de terres palestiniennes en les déclarant « terres de l’État » entre octobre 2023 et août 2026 — l’une des plus importantes vagues d’appropriation foncière de ce type depuis les accords d’Oslo.
En septembre 2026, la Commission avait également documenté l’avancement ou l’étude de projets visant la construction de plus de 18 000 logements supplémentaires dans les colonies à travers la Cisjordanie et Jérusalem-Est occupée.
Cette expansion s’accompagne de violences qui se déroulent dans toute la Cisjordanie.
À la fin de l’année 2023, la Cisjordanie avait connu son année la plus meurtrière pour les Palestiniens depuis que l’ONU a commencé à recenser systématiquement les victimes en 2005.
La Commission de résistance à la colonisation et au mur a recensé 23 827 attaques perpétrées par les forces israéliennes et les colons contre les Palestiniens et leurs biens au cours de la seule année 2025. Au cours des sept premiers mois de 2026, les attaques des colons ont augmenté de 63 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Généralement, cette violence, perpétrée par l’armée d’occupation israélienne et des colons armés illégaux, s’inscrit dans le contexte du génocide en cours à Gaza.
Mais la violence en Cisjordanie sert également un autre objectif au-delà de la punition collective : la confiscation des vergers palestiniens, l’annexion de terres, l’expansion des colonies et l’écrasement de la résistance palestinienne, y compris l’opposition non violente à cette entreprise coloniale.
Tout candidat israélien aux élections du 27 octobre qui soutient l’expansion des colonies le fait en pleine connaissance de cause : dépossession accrue, occupation militaire, annexion et violence.
La différence entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, d’une part, et les responsables politiques présentés comme moins extrêmes, d’autre part, réside souvent dans le langage, la stratégie et le choix du moment.
L’ancien chef d’état-major israélien et dirigeant du parti Yashar, Gadi Eisenkot, par exemple, soutient ouvertement l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, malgré sa réputation d’alternative plus « modérée » à Netanyahu.
Qu’en est-il alors de Gaza ?
Qui, parmi les principales figures politiques israéliennes, promet de mettre fin au génocide, de lever le siège, de garantir une aide humanitaire sans restriction, de freiner l’armée ou d’enquêter sur les violations du droit international ? Personne.
Depuis trois ans, les médias israéliens font état de désaccords majeurs entre le gouvernement, l’establishment militaire, les services de renseignement et l’opposition politique quant à la marche à suivre à Gaza.
Pourtant, Eisenkot s’est engagé à mettre fin au régime du Hamas à Gaza dans les 18 mois suivant son entrée en fonction, que ce soit par le biais du plan-cadre de Trump ou par la poursuite de la guerre.
De son côté, le chef de l’opposition et ancien Premier ministre Yair Lapid a proposé de placer Gaza sous administration égyptienne pendant 15 ans, transférant ainsi de fait la responsabilité des actions d’Israël aux États arabes.
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett, quant à lui, soutient le maintien du contrôle militaire israélien jusqu’à ce que les groupes palestiniens soient désarmés.
Le désaccord porte donc souvent sur la manière dont Israël devrait atteindre ses objectifs, plutôt que sur la question de savoir si ces objectifs devraient changer.
D’autres désaccords majeurs concernent principalement la société israélienne : la conscription des juifs ultra-orthodoxes, la réforme judiciaire, la responsabilité des échecs du 7 octobre.
Mais ces différends ne doivent pas être confondus avec les questions qui importent le plus aux Palestiniens.
Si Netanyahu parvient à former une nouvelle coalition de droite, les politiques d’occupation, d’expansion des colonies et de confrontation militaire se poursuivront, peut-être avec un élan renouvelé.
Si Israël met en place une coalition plus large, ses membres pourraient parvenir à des compromis sur la réforme judiciaire, la conscription et d’autres différends nationaux. L’occupation, en revanche, a peu de chances de devenir le principal point de désaccord.
Plus inquiétant encore, même un gouvernement penchant vers un prétendu centre-gauche pourrait réussir à présenter Israël à la communauté internationale comme un pays prêt à dépasser l’image qu’il s’est forgée au cours de trois années de génocide, sans pour autant modifier fondamentalement son comportement sur le terrain.
La communauté internationale doit donc rester vigilante. Elle ne peut pas permettre à un futur gouvernement israélien de se présenter comme un artisan de la paix, ni de vendre l’illusion d’un Israël nouvellement réformé, tout en continuant à investir dans les colonies, l’occupation, la guerre et le génocide.
Auteur : Ramzy Baroud
* Dr Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle.
Il est l'auteur de six ouvrages. Son dernier livre, coédité avec Ilan Pappé, s'intitule « Our Vision for Liberation : Engaged Palestinian Leaders and Intellectuals Speak out » (version française). Parmi ses autres livres figurent « These Chains Will Be Broken: Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons », « My Father was a Freedom Fighter » (version française), « The Last Earth » et « The Second Palestinian Intifada » (version française) Son dernier livre, « Before the Flood », a été publié par Seven Stories Press.
Dr Ramzy Baroud est chercheur principal non résident au Centre for Islam and Global Affairs (CIGA). Son site web.
29 octobre 2026 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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