Ce que les Israéliens prévoient pour le camp de concentration de Gaza

30 juin 2026 - Scène de dévastation dans la région d’Al-Mawasi, à l’ouest de Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, à la suite d’une frappe aérienne israélienne le 29 juin, qui a coûté la vie à la petite Suwar Thaer Abu Daraz, âgée de moins d’un an, ainsi qu’à sa mère, Diana Muhammad Abu Daraz (23 ans). Plus d’une centaine de tentes appartenant à des Palestiniens déplacés ont également été détruites. Bien qu’Al-Mawasi ait été désignée « zone humanitaire sûre » par les autorités israéliennes, elle a été attaquée à plusieurs reprises. Diana tenait sa fille Sawar dans ses bras au moment de la frappe, et elles ont perdu la vie ensemble. Sawar n’avait pas encore un an ; elle est morte avant d’avoir pu faire ses premiers pas ou prononcer ses premiers mots. Depuis le soi-disant « cessez-le-feu » d’octobre 2025, plus de 1 000 Palestiniens ont été tués lors d’attaques israéliennes - Photo : Doaa Albaz/Activestills

Par Ramzy Baroud

Pour résumer, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas l’intention de se retirer de Gaza, ni avant les élections législatives israéliennes — qui devraient se tenir en octobre —, ni après.

Céder ne serait-ce qu’un pouce des quelque 70 % du territoire que son armée occupe actuellement à Gaza serait perçu comme un signe de faiblesse par la majorité des électeurs israéliens et entraînerait une révolte ouverte au sein de sa coalition fascisante.

Il a clairement exprimé ses intentions à maintes reprises. Les récentes déclarations des dirigeants politiques israéliens n’ont fait que renforcer cette réalité, les responsables insistant sur le fait qu’Israël doit maintenir une domination militaire indéfinie sur la bande de Gaza et rejetant explicitement tout accord exigeant un retrait total des troupes.

Pour Netanyahu, la présence militaire à Gaza est une réalité qui doit devenir permanente, et non un simple moyen de pression temporaire.

Certains pourraient soutenir que les déclarations de Netanyahu ne sont que des manœuvres politiques visant à prolonger sa carrière et à éviter les conséquences désastreuses qui l’attendent – en termes d’enquêtes menées par l’État et de procès – s’il venait à être chassé du pouvoir. Cependant, ses politiques extrémistes tout au long de sa carrière à la tête de la politique israélienne indiquent le contraire.

Il n’y a jamais eu de période dans l’histoire de Netanyahu où il ait fait preuve d’une moindre volonté de compromis ou de s’engager dans un véritable processus politique avec les Palestiniens.

Cela réduit à presque rien l’intérêt du Conseil de la paix dirigé par Washington et de ses organes administratifs affiliés.

Ces entités — notamment le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG) et une Force internationale de stabilisation (ISF) multinationale — étaient censées être mises en place dans le seul but de gérer une phase de transition, d’acheminer l’aide humanitaire et de déployer une zone tampon de maintien de la paix afin de faciliter un retrait militaire israélien progressif.

Il semble que deux voies distinctes et inconciliables se dessinent. L’une est la voie israélienne, caractérisée par la poursuite de la guerre, une occupation militaire enracinée et un génocide ininterrompu. L’autre est une voie internationale, fermement contrôlée par Washington, visant principalement à trouver des moyens alternatifs de gérer Gaza pour le compte d’Israël.

Pourtant, malgré ses limites évidentes, la première phase du plan pour Gaza promet théoriquement un redéploiement militaire israélien par étapes, un cessez-le-feu durable, un afflux massif d’aide à la reconstruction et le transfert progressif de l’administration civile à une autorité palestinienne non divisée en tendances politiques.

Pratiquement rien de tout cela n’a été concrétisé. Alors que les États-Unis et les émissaires internationaux affirment que le cessez-le-feu dépend du désarmement, Israël a profité de l’impasse diplomatique pour faire avancer ses troupes plus loin dans la bande de Gaza au lieu de les retirer.

L’aide reste bloquée aux frontières, et la reconstruction promise n’a même pas commencé.

Des pourparlers indirects se poursuivent au Caire, bien qu’il semble que seuls les Palestiniens soient tenus pour responsables ou appelés à faire de lourdes concessions.

De plus, après 19 ans d’administration du Hamas à Gaza, le mouvement a annoncé le 6 juillet qu’il avait officiellement dissous le Comité d’urgence qui administrait la bande de Gaza. Le mouvement s’est déclaré tout à fait prêt à transférer le pouvoir au Comité national, chargé d’administrer Gaza dans le cadre du plan concocté par les États-Unis.

Sur le papier, cela suggère qu’une transition politique est enfin en cours. En réalité, aucune transition de ce type n’a lieu.

Israël empêche activement ce gouvernement technocratique d’assumer la moindre responsabilité concrète. Plutôt que de faciliter un transfert de pouvoir civil, le cabinet de sécurité politique israélien a complètement rejeté cette transition.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a ouvertement qualifié cette initiative de « supercherie », arguant qu’une administration technocratique ne serait chargée que de tâches municipales telles que le ramassage des ordures, tout en permettant aux réseaux de résistance de perdurer.

Au contraire, la stratégie militaire d’Israël continue d’entretenir des conditions qui sapent toute possibilité de stabilisation de la bande de Gaza dévastée. Son objectif n’est pas seulement de rejeter une administration palestinienne alternative, mais de s’assurer qu’aucune autorité palestinienne fonctionnelle ne puisse voir le jour.

Ce faisant, Tel-Aviv souhaite créer un vide de pouvoir permanent, semant ainsi davantage de chaos et de division.

Si aucune instance politique palestinienne alternative n’est autorisée à stabiliser Gaza, l’effondrement qui s’ensuivra inévitablement contraindra les organisations locales à reprendre le contrôle des questions de survie quotidienne, donnant ainsi à Israël encore plus de prétextes pour infliger davantage de punitions à une population sans défense.

Suite à l’initiative politique du Hamas, Israël a simplement répondu par sa monnaie d’échange habituelle : la violence immédiate.

Cela a été illustré de manière frappante le 9 juillet, lorsque les forces israéliennes ont mené une frappe aérienne ciblée contre un véhicule à Gaza-Ville, dans une tentative avortée d’assassiner le porte-parole du Hamas, Hazem Qassem. Bien que la tentative d’assassinat ait échoué, cette frappe a envoyé un message clair : Israël n’a aucune intention de respecter les transformations politiques ou les cessez-le-feu.

Alors qu’aucune maison n’est construite, qu’aucune école n’est édifiée et qu’aucun hôpital n’est remis en état, les seuls chiffres qui ne cessent d’augmenter sont ceux des morts et des blessés. Le bilan humain a atteint des proportions inimaginables : le nombre de Palestiniens tués recensés à Gaza a dépassé les 73 000, tandis que le nombre de blessés dépasse les 173 200.

Malheureusement, ces chiffres continuent d’augmenter chaque jour : plus de 1098 Palestiniens ont été tués depuis que le soi-disant accord-cadre de cessez-le-feu a été initialement conclu, ce qui prouve que la trêve n’existe que dans la rhétorique médiatique, et non sur le terrain.

Cela nous amène à une seule conclusion inéluctable : la voie politique visant à reconstruire Gaza et à mettre fin à la présence militaire israélienne n’a que peu d’incidence sur les sombres réalités qui se déroulent sur le terrain.

La seule issue réside dans une volonté internationale plus forte et indépendante, capable d’arracher l’avenir de Gaza à l’emprise de Netanyahou, en traduisant les accords politiques en résultats humanitaires immédiats et en mettant définitivement fin à l’occupation israélienne.

Tant qu’Israël ne sera pas contraint de renoncer à son contrôle militaire sur Gaza, chaque nouveau comité, mécanisme de reconstruction ou initiative diplomatique risque de n’être guère plus qu’une mise en scène politique.

15 juillet 2026 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Soyez le premier à commenter

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.