Le discours sur les Palestiniens met leur vie en péril

Photo : Abdallah Aljamal, PC
Des Palestiniens de Gaza participent à la Grande Marche du retour - Photo : Abdallah Aljamal, PC
Donna Miles-MojabLe langage utilisé par la plupart des médias grand public pour rapporter et analyser les événements à Gaza n’est pas seulement honteux, il met en péril des vies palestiniennes.

Il semble que l’esprit collectif des médias est tellement saturé de propagande israélienne qu’ils sont prêts à mettre en doute ce qu’ils voient de leurs propres yeux et entendent de leurs propres oreilles.

Ainsi la BBC se retrouve à qualifier le massacre dont nous avons été témoins à Gaza d’«affrontements », même s’il est clair qu’un camp est responsable de tous les meurtres et que tous les tués se trouvent dans l’autre.

Cet usage impropre du langage n’est pas simplement irritant, il est franchement dangereux, car le langage qu’utilisent les médias alimente et renforce le récit qui permet à Israël de commettre des crimes contre les Palestiniens en toute impunité.

Notre cerveau est conditionné pour nous amener à renoncer à ce qui est sensé, raisonnable et moral lorsqu’il s’agit des Palestiniens, et à présupposer que ces derniers sont violents par nature et habitués à un mode de vie qui fait que pour eux se faire tirer dessus est une expérience ordinaire.

Aucun être humain ne choisira jamais de se faire tirer dessus. Mais si, et seulement si, nous choisissons d’oublier que les Palestiniens sont comme nous, tout aussi humains, tout aussi capables de ressentir de la peur et de la souffrance, tout aussi capables d’éprouver de la joie et former de l’espoir, alors – et seulement alors – pouvons-nous éventuellement croire qu’ils feraient volontiers le choix de se faire tirer dessus.

Encourager cette façon tordue de penser s’appelle la déshumanisation des Palestiniens. Recherchez ce type de déshumanisation dans la plupart des reportages que vous lisez sur les Palestiniens et vous verrez qu’il s’y trouve – parfois explicitement et parfois de manière très subtile.

Disons les choses proprement: Les Palestiniens sont massacrés par l’une des armées les plus puissantes du monde, qui refuse de leur donner une quelconque autre option que celle de vivre en captivité, assortie d’une humiliation quotidienne.

Le seul choix que les Palestiniens ont fait pour eux-mêmes c’est celui de ne pas tolérer leur oppression, de refuser d’être dépouillés de leur dignité et de vivre en captivité.

Les attaques des tireurs d’élite israéliens ont, à ce jour, tué près de 100 manifestants palestiniens et en ont blessé des milliers au cours d’une marche de protestation pacifique enregistrée et rapportée par les médias du monde entier.

Dans ces reportages, nous pouvons voir de nos propres yeux que les civils, y compris les femmes et les enfants, ne sont pas armés – et qu’il n’y a aucune menace pour la vie des Israéliens, ni aucun risque de « violation massive de la frontière ». Pourtant, nos médias sont tout à fait disposés à laisser qualifier la marche pacifique du peuple opprimé de Gaza d' »attaques terroristes ».

C’est vraiment scandaleux. Où sont les voix palestiniennes ?

Les médias ne s’intéressent pas aux voix palestiniennes et à leur histoire, et ainsi ils consolident un récit que nous avons entendu répété maintes et maintes fois par la machine de propagande sioniste visant à déshumaniser les Palestiniens – à savoir que les Palestiniens détestent Israël plus qu’ils n’aiment leurs propres enfants, ou qu’ils veulent la destruction d’Israël plus qu’ils ne veulent la paix.

Ce projet de déshumanisation joue un rôle essentiel dans le programme sioniste, car sans lui, il ne pourrait y avoir de justification du traitement inhumain des Palestiniens par Israël.

Nous avons besoin de voir et d’entendre davantage les Palestiniens. Nous avons besoin d’entendre des récits qui ne s’articulent pas entièrement autour des préoccupations en matière de sécurité d’Israël, ou qui n’ont pas pour à priori la représentation des Palestiniens comme terroristes déterminés à anéantir Israël.

Nous avons besoin d’entendre parler des aspirations et des espoirs des Palestiniens, de leurs souffrances et de leur résilience.

Il est grand temps pour les médias d’ouvrir leurs colonnes aux Palestiniens pour qu’ils nous parlent de leur déplacement, de leur humanité et de leur résilience, et de cesser de perpétuer un discours qui nous permet d’oublier que les Palestiniens sont des êtres humains et non des cibles pour les tireurs d’élite israéliens.

* Donna Miles-Mojab est une Néo-Zélandaise d’origine iranienne née en Écosse. Cet article est d’abord paru sur stuff.co.nz et Palestine Chronicle le republie avec la permission de l’auteur.

04 juin2018 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – MJB