28 mars 2026 - Abu Jihad et sa famille ont été chassés des terres qu’il possède près de Yarza en raison de violences extrêmes commises par des colons après la construction de nouvelles colonies à proximité, dont certaines dans les zones A et B de la vallée du Jourdain, en Cisjordanie. Il est propriétaire des terres sur lesquelles il vivait auparavant et il a l’intention d’y retourner dès qu’il le pourra. Les colons de la région comptent parmi les plus extrémistes et commettent de graves agressions contre les communautés d’éleveurs vulnérables de la région. Cette recrudescence de la violence et du harcèlement de la part des colons intervient alors que les autorités israéliennes d'occupation ont commencé les préparatifs pour construire un nouveau mur dans le cadre du « plan Crimson Thread » d'Israël, qui prévoit à terme une barrière de 22 km s'étendant d'Ein Shibli au poste de contrôle de Tayasir, coupant ainsi les Palestiniens d'environ 60 000 dunams de leurs terres - Photo : Sharona Weiss / Activestills
Par Mariam Barghouti
Ces élections sont une participation sans pouvoir, ce qui montre à quel point l’occupation façonne et limite la vie politique palestinienne.
Le 25 avril, les Palestiniens voteront lors d’élections locales afin d’élire leurs représentants aux conseils municipaux et villageois pour un mandat de quatre ans. Ces élections interviennent après des années de reports successifs des scrutins nationaux, aucune élection législative n’ayant eu lieu depuis 2006.
Dans les villes de la Cisjordanie occupée, telles que Ramallah, el-Bireh et Naplouse, des panneaux d’affichage présentant les candidats locaux bordent les rues, tandis que dans les villages, des affiches des candidats ont été placardées dans les espaces publics.
Ces élections, qui sont devenues le seul mécanisme électoral restant par lequel les Palestiniens peuvent exercer, même de manière limitée, une forme de participation politique, suscitent à la fois du cynisme et une attente prudente.
Plutôt que de marquer un renouveau démocratique, ces élections reflètent la reproduction d’une gouvernance sous contrainte.
Elles sont à la fois théâtrales et révélatrices : elles montrent comment, malgré des tensions constantes, l’absence de stabilité sociopolitique, l’épuisement des ressources et la fragmentation orchestrée par Israël, les Palestiniens sont contraints d’affirmer leur survie à travers les structures mêmes qui les restreignent.
Cette réalité se reflète également dans le lieu où — et pour qui — ces élections ont lieu.
Le vote se déroule dans toute la Cisjordanie occupée, mais à Gaza, il est limité à une seule municipalité : Deir el-Balah, ce qui met en évidence le paysage politique et géographique fracturé dans lequel les Palestiniens sont contraints de survivre.
Une représentation sans souveraineté
Le contexte palestinien est fondamentalement antidémocratique, non seulement parce que les Palestiniens n’ont pas organisé d’élections nationales depuis près de deux décennies, mais aussi parce qu’ils sont gouvernés par un pouvoir oppressif qu’ils n’ont pas choisi.
L’occupation israélienne de la Palestine, soutenue par les États-Unis et les gouvernements occidentaux, contrôle et régit de force tous les aspects de la vie palestinienne.
Vivre en Palestine, c’est être séparé de force de son propre peuple, être pris en otage sous la menace constante d’une détention ou d’une arrestation pour ses opinions politiques et son engagement, et, face à l’expansion croissante des colonies, vivre dans un état d’urgence permanent.
Cela laisse peu de place à un développement politique fonctionnel ou authentique.
À Gaza, le contrôle israélien s’exerce par les bombes et les balles. En Cisjordanie occupée, cependant, il s’exerce à la fois par la force militaire et par un réseau dense de structures politiques et juridiques, imposées par une violence systématique.
Dans ce contexte, aucune politique ni aucune décision politique officielle n’est prise sans l’approbation d’Israël. Depuis des années, les Palestiniens sont contraints de voir leurs propres dirigeants se livrer à des actes de trahison et d’espionnage en collaboration directe avec Israël.
Cette situation trouve son origine dans la structure de l’Autorité palestinienne, créée par les accords d’Oslo, qui a été conçue non pas pour servir la libération nationale palestinienne, mais pour gérer la vie quotidienne sous l’occupation tout en intégrant la résistance palestinienne dans des cadres institutionnels pouvant être surveillés et contenus.
Ce faisant, l’Autorité palestinienne a, en réalité, allégé le coût de l’occupation pour Israël en assumant des responsabilités qui, en vertu du droit international, incombent à une puissance occupante.
Dans le même temps, Israël a non seulement maintenu son occupation, mais l’a étendue géographiquement et intensifiée militairement jusqu’à en faire un génocide avéré.
Qui sont-ils censés représenter ?
Les élections locales mettent en évidence les conséquences de la campagne menée sans relâche par Israël depuis cinq ans pour fragmenter géographiquement et démembrer la vie palestinienne.
Ces élections se déroulent dans 420 collectivités locales, avec plus d’un million d’électeurs inscrits. Pourtant, Gaza en est largement exclue, tandis que les Palestiniens ayant la citoyenneté israélienne et ceux détenant des cartes d’identité de Jérusalem ne peuvent pas y participer, restant sous l’autorité israélienne.
Et cela sans compter le fait que plus de la moitié de la population palestinienne vit en diaspora et en exil forcé.
En conséquence, la grande majorité des Palestiniens est exclue de ce dernier moyen de participation politique qui subsiste. Même en Cisjordanie occupée, la géographie du vote elle-même est fracturée.
Les postes de contrôle israéliens, les fermetures sporadiques et les raids sur les villes et les villages, associés à l’escalade de la violence des colons et à l’expansion des colonies, restreignent non seulement la mobilité nécessaire à la campagne électorale, à l’organisation et à la gouvernance, mais remodèlent continuellement le territoire lui-même.
Dans ce contexte, la compétence, le mandat et les pouvoirs des représentants élus sont en constante évolution. Les fonctions pour lesquelles se déroule la campagne électorale se limitent au maintien de cadres institutionnels qui reflètent des priorités extérieures plutôt que palestiniennes.
De plus, il est important de noter que ces élections sont limitées à une seule organisation politique, le Fatah, parti de l’Autorité palestinienne.
Cela s’explique principalement par la répression politique exercée tant par Israël que par l’Autorité palestinienne, qui, au cours des deux dernières années, ont pris des mesures sévères contre les Palestiniens affiliés à d’autres courants politiques.
Pourtant, même au sein du Fatah, les structures sont conçues de manière à satisfaire les intérêts israéliens.
Plutôt qu’une véritable représentation, on offre aux Palestiniens des gestes largement symboliques, alors que ce dont ils ont besoin, c’est d’un organe de protection : un organe capable d’empêcher l’escalade des attaques de colons qui font des victimes palestiniennes à un rythme sans précédent, et qui ne fonctionne pas sous le joug des lois et politiques israéliennes discriminatoires et oppressives.
Des élections pour plaire à l’Occident
Pour les Palestiniens, ces élections témoignent de leur capacité à persévérer et à négocier dans un espace d’autonomie qui ne cesse de se réduire.
Après les accords d’Oslo, non seulement Israël a été déchargé de ses obligations envers le peuple palestinien occupé, mais les Palestiniens ont également été maintenus dans une illusion.
Cette illusion, entretenue par les accords d’Oslo, a donné naissance à la forme extérieure d’un État dépourvu de substance, plongeant les Palestiniens dans un état prolongé de limbes politiques.
Les dirigeants occidentaux ont constamment reproché aux Palestiniens de ne pas avoir réussi à mettre en place une gouvernance démocratique.
Les instances internationales ont appelé à maintes reprises à la tenue d’élections, sans jamais reconnaître les limites, les obstacles et les abus imposés par Israël.
Plus encore, elles ne reconnaissent pas les conditions nécessaires à la libération palestinienne pour permettre le développement d’un cadre de gouvernance qui réponde aux besoins des Palestiniens plutôt qu’à ceux d’Israël et de ses alliés occidentaux.
Dans ce contexte, ces élections ne doivent pas être considérées comme dénuées de sens. Leur signification réside ailleurs : elles ne reflètent pas la libre expression d’une volonté collective, mais elles témoignent d’une négociation délibérée avec les contraintes imposées d’en haut.
Ces élections se déroulent dans un contexte de nettoyage ethnique systémique, de division imposée par Israël et de génocide. Elles montrent qu’en l’absence de continuité territoriale, les Palestiniens tentent de maintenir une certaine forme de continuité institutionnelle, même si l’institution elle-même reste fondamentalement contrainte.
Elles reflètent un effort pour maintenir une vie politique et institutionnelle sous l’occupation, dans un monde qui considère trop souvent les Palestiniens comme morts ou incapables.
Auteur : Mariam Barghouti
* Mariam Barghouti est une écrivaine palestino-américaine basée à Ramallah. Ses commentaires politiques sont publiés dans l'International Business Times, le New York Times, TRT-World, entre autres publications. Mariam Barghouti est également correspondante en Palestine du site d'informations et d'analyses Mondoweiss. Son compte Twitter.
25 avril 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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