13 avril 2026 - Une palestinienne subit une séance de dialyse à l'hôpital Al-Shifa, ravagé par la guerre, à Gaza - Photo : Ebrahim Hajjaj
Par Tareq S. Hajjaj
Les responsables de la santé à Gaza affirment qu’Israël mène une campagne des plus agressives contre le système de santé de la bande de Gaza en imposant délibérément des restrictions sur le carburant et les fournitures afin de maintenir les hôpitaux au bord de l’effondrement.
Le 31 mai, le Dr Raed Hassanein, directeur de l’hôpital des Martyrs d’al-Aqsa situé à Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, a annoncé que l’établissement était une nouvelle fois sur le point de fermer ses portes après la mise hors service de son quatrième générateur.
Il a expliqué que le demi-million de personnes qui dépendent de cet hôpital pour se soigner risquaient désormais de se retrouver privées d’accès aux services de santé.
Cette conférence de presse est le dernier épisode d’une série ininterrompue de crises qui frappent le secteur de la santé à Gaza depuis octobre 2023, date à laquelle l’approvisionnement en nourriture, en eau, en carburant et en électricité a été complètement coupé dans la bande de Gaza.
Depuis lors, le réseau électrique de Gaza a été complètement détruit, obligeant les hôpitaux et les centres médicaux à dépendre entièrement de générateurs pour maintenir leurs activités, alors que ceux-ci servaient auparavant de complément au réseau.
Le personnel hospitalier affirme que les générateurs sont désormais très usés après plus de trois ans d’utilisation continue, et que plusieurs sont déjà tombés en panne.
Les Israéliens s’acharnent à détruire ce qui subsiste du système de santé de Gaza
En conséquence, les hôpitaux et autres institutions qui fournissent des services essentiels à la population fonctionnent désormais en permanence à quelques jours de la fermeture, ne recevant que juste assez de carburant et de fournitures médicales pour éviter de fermer complètement leurs portes, mais jamais assez pour fonctionner à plus d’une fraction de leur capacité normale.
Les professionnels de santé et les responsables à Gaza constatent que la fréquence à laquelle les hôpitaux continuent de faire face périodiquement à des crises aiguës suivies de périodes de répit temporaire, indique une politique israélienne délibérée visant à doser le degré de privation.
Il en résulte, selon eux, qu’un effondrement total est évité, mais que le secteur de la santé dans son ensemble reste dans un état de précarité permanent.
Le Dr Khalil al-Daqran, porte-parole de l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa, a déclaré à Mondoweiss qu’Israël mène une campagne agressive contre le système de santé de Gaza et reste déterminé à maintenir les points de passage frontaliers fermés ou seulement partiellement ouverts.
Dans le même temps, a-t-il noté, le blocus de la bande de Gaza se poursuit, et « aucun équipement médical n’a été autorisé à entrer dans le secteur de la santé, tandis que seules des quantités limitées de médicaments et de fournitures médicales ont pu passer ».
Al-Daqran a souligné que ce qui a pu entrer dans le territoire sous blocus est loin d’être suffisant pour répondre aux besoins des patients.
En avril dernier, l’hôpital Nasser de Khan Younis a lancé des appels urgents concernant les pénuries de fournitures médicales et le manque de lait maternisé pour les enfants hospitalisés.
Ce même hôpital a ensuite été confronté à des pénuries récurrentes de carburant et à un manque de matériel de laboratoire. Aujourd’hui, l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa a tiré la sonnette d’alarme concernant les pénuries de carburant et de générateurs.
Une politique organisée de privation au cœur d’une catastrophe sanitaire
L’état de crise permanente qui frappe le secteur de la santé à Gaza est antérieur à la guerre, mais il a pris une dimension totalement nouvelle pendant le génocide et s’est poursuivi de manière intermittente pendant le soi-disant cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, entré en vigueur en octobre 2025.
Selon les responsables hospitaliers, le flux d’aide chroniquement faible et intermittent fait que même un retard de deux ou trois jours dans l’arrivée des fournitures peut entraîner des pénuries critiques quasi immédiates qui menacent d’arrêter complètement les opérations.
À cela s’ajoutent ce que le Dr Daqran a qualifié de « violations quotidiennes » de l’accord de cessez-le-feu, qui continuent d’amener un grand nombre de morts et de blessés dans des hôpitaux aux ressources fortement en baisse.
« Parallèlement, de plus en plus de personnes tombent malades en raison des conditions de vie insalubres », a-t-il ajouté. « Les habitants sont contraints de vivre au milieu des eaux usées, des ordures, des insectes et des rongeurs, ce qui crée un environnement propice à la propagation des maladies. »
L’infestation de rongeurs dans la bande de Gaza a conduit à une urgence de santé publique, avec plus de 70 000 infections transmises par les rongeurs enregistrées sur l’ensemble du territoire entre janvier et mai de cette année. Cela s’inscrit dans le cadre d’une politique plus large visant à utiliser les maladies infectieuses comme arme contre la population de Gaza.
Le Dr Salman Khan, spécialiste des maladies infectieuses qui s’est rendu à Gaza dans le cadre d’une mission médicale de trois semaines en février dernier, a écrit dans Mondoweiss que l’effondrement du système de santé, la surpopulation et le manque d’hygiène ont « tous concouru à faciliter la propagation de bactéries multirésistantes et à aggraver le fardeau de la résistance aux antimicrobiens à Gaza », ce qu’il a décrit comme s’inscrivant dans une politique israélienne plus large visant à utiliser les maladies infectieuses comme arme contre la population de Gaza.
Al-Daqran a souligné que cette politique est manifeste dans la manière dont Israël a délibérément pris pour cible le système de santé de Gaza, détruisant un grand nombre d’hôpitaux et de services essentiels, ainsi que plus de 50 % des générateurs électriques des hôpitaux.
« Les générateurs restants se sont détériorés en raison d’une utilisation continue depuis près de trois ans », a-t-il ajouté, décrivant ces générateurs comme le seul moyen de survie des hôpitaux pour leurs opérations.
Il a ajouté que la fermeture continue des points de passage vers Gaza et l’interdiction de l’entrée de l’aide et des fournitures essentielles constituent, selon lui, « une politique délibérée de meurtre indirect, affectant à la fois les patients et les civils ».
Il a également déclaré que la solution réside dans l’autorisation de l’entrée libre de générateurs de grande capacité capables d’alimenter tous les services hospitaliers et de rétablir un approvisionnement direct en électricité des établissements médicaux. Cela ne se limite pas au carburant, a-t-il précisé, mais inclut également les lubrifiants et les pièces de rechange pour la maintenance.
Des hôpitaux sous perfusion
Au moment où nous écrivons ces lignes, le bloc opératoire de l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa a été fermé. Plus de 50 % des services de l’unité de dialyse, de l’unité de soins intensifs, des couveuses néonatales et des laboratoires ont également été suspendus.
Lors de la conférence de presse de lundi, le Dr Hassanein a déclaré que certains services avaient déjà été déconnectés la semaine précédente, mais que le coup le plus dur avait été porté en début de semaine, « lorsque le travail dans les salles d’opération de l’hôpital a dû être interrompu ».
Il a expliqué que l’hôpital avait utilisé plusieurs générateurs tout au long de la guerre, mais que trois d’entre eux étaient tombés en panne au cours de la première année, ne laissant que trois générateurs en état de marche. Récemment, l’un des générateurs de secours est également tombé en panne, n’en laissant plus que deux en service : l’un fonctionne pendant la journée, et l’autre pendant la nuit.
Ismail Abu al-Nimr, chef du service de maintenance de l’hôpital, a déclaré à Mondoweiss que le personnel hospitalier réutilisait et recyclait les mêmes huiles moteur dans les générateurs depuis le début de la guerre, « car il n’y a pas de nouvelles fournitures disponibles ».
« Cette pratique endommage les machines et les générateurs », a-t-il fait remarquer, « mais il n’y a pas d’alternative. Les huiles pour les véhicules et les équipements électriques sont totalement indisponibles depuis le début de la guerre ».
« L’hôpital a également dû couper les systèmes de climatisation des unités de soins intensifs et de néonatologie afin de réduire la charge électrique, car un seul générateur fonctionne depuis plusieurs heures », a-t-il ajouté.
Le Dr Hassanein a également souligné lors de la conférence de presse que l’hôpital se retrouvait en terrain connu. « Nous sommes sur la voie d’une fermeture complète de l’hôpital », a-t-il déclaré. « Je crains que nous ne devions bientôt tenir une autre conférence de presse pour annoncer sa fermeture. »
Auteur : Tareq S. Hajjaj
* Tareq S. Hajjaj est un auteur et un membre de l'Union des écrivains palestiniens. Il a étudié la littérature anglaise à l'université Al-Azhar de Gaza. Il a débuté sa carrière dans le journalisme en 2015 en travaillant comme journaliste/traducteur au journal local Donia al-Watan, puis en écrivant en arabe et en anglais pour des organes internationaux tels que Elbadi, MEE et Al Monitor. Aujourd'hui, il écrit pour We Are Not Numbers et Mondoweiss.Son compte Twitter.
4 juin 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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