Palestine: l’occupant israélien craint de descendre dans « la fosse aux lions »

Membres du groupe de résistance "la tanière du lion" - Photo : via al-Mayadeen

Par Ramzy Baroud

Ce titre du journal israélien, le Jerusalem Post, ne raconte qu’une partie de l’histoire : « Le Repaire aux Lions de Naplouse et d’autres groupes palestiniens sont un casse-tête sans fin pour Israël et l’AP ».

Il est exact que la perspective d’une grande révolte armée en Cisjordanie occupée inquiètent le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne et que la nouvelle brigade basée à Naplouse, le Repaire aux Lions, est au centre de ce mouvement de jeunes.

Cependant, la résistance armée croissante en Cisjordanie cause plus qu’un simple « mal de tête » à Tel Aviv et Ramallah. Si ce phénomène continue à prendre de l’ampleur, il pourrait menacer l’existence même de l’AP, tout en plaçant Israël devant le choix le plus difficile qu’il a eu à faire depuis l’invasion des principales villes palestiniennes de Cisjordanie en 2002.

Les commandants militaires israéliens s’efforcent de contrer le groupe nouvellement formé, mais ils ne semblent pas savoir grand-chose sur ses racines, son influence et son impact futur.

Dans une récente interview accordée au journal israélien Yedioth Ahronoth, le ministre israélien de la défense, Benny Gantz, a affirmé que le Repaire aux Lions est un « groupe de 30 membres », qui finira par être repéré et éliminé. « Nous mettrons la main sur les terroristes », a-t-il déclaré.

Le Repaire aux Lions n’est cependant pas un cas isolé, mais fait partie d’un phénomène plus large qui comprend les Brigades de Naplouse, les Brigades de Jénine et d’autres groupes, situés pour la plupart dans le nord de la Cisjordanie.

Ce groupe, ainsi que d’autres unités militaires palestiniennes armées, réagit du tac au tac au meurtre de Palestiniens, notamment d’enfants, de personnes âgées et, le 14 octobre, même d’un médecin palestinien, Abdullah Abu al-Teen, qui a succombé à ses blessures à Jénine.

Selon le ministère palestinien de la Santé, plus de 170 Palestiniens ont été assassinés en Cisjordanie et à Gaza, depuis le début de l’année.

En réponse à ces meurtres, les Palestiniens ont notamment exécuté deux soldats israéliens, l’un à Shuafat le 8 octobre et l’autre près de Naplouse le 11 octobre.

À la suite de l’attaque de Shuafat, Israël a complètement bouclé le camp de réfugiés de Shuafat, forme de punition collective, similaire aux récents sièges de Jénine et d’autres villes palestiniennes.

Citant les médias hébreux israéliens, le quotidien arabe palestinien Al-Quds a rapporté que l’armée israélienne concentrera ses opérations dans les semaines sur le Repaire aux Lions. Des milliers de soldats d’occupation israéliens supplémentaires seront probablement déployés en Cisjordanie pour combattre ce groupe.

Il est difficile d’imaginer qu’Israël puisse mobiliser une grande partie de son armée pour combattre 30 combattants palestiniens à Naplouse. Mais il n’y a pas qu’Israël… l’Autorité palestinienne [AP] est elle aussi terriblement inquiète.

L’AP a tenté, sans succès, de soudoyer les combattants en leur proposant un « accord » de reddition, au titre duquel ils rendraient leurs armes et rejoindraient les forces de l’AP. De tels accords ont été proposés par le passé aux combattants des Brigades des Martyrs d’Al Aqsa du Fatah, avec un succès mitigé.

Cette fois-ci, la stratégie n’a pas fonctionné. Le groupe a rejeté les ouvertures de l’AP et, du coup, le gouverneur de Naplouse, Ibrahim Ramadan, affilié au Fatah, s’en est pris aux mères des combattants qu’il a qualifiées de « monstres » qui « envoient leurs fils se suicider ».

Ramadan utilise les mêmes mots que les Israéliens et les pro-israéliens pour parler de la société palestinienne, et cela met en évidence le fossé qui sépare le discours politique de l’AP et celui des Palestiniens ordinaires.

Non seulement le discours de l’AP n’est plus audible, mais L’AP perd le peu de contrôle qu’il lui reste en Cisjordanie, en particulier à Naplouse et à Jénine.

Un haut fonctionnaire palestinien a déclaré à Media Line : « La rue palestinienne ne nous fait plus confiance, car elle nous considère comme une extension d’Israël ». C’est vrai, mais ce n’est pas nouveau, cela fait des années que la confiance des Palestiniens dans l’AP ne fait que diminuer.

L’ « Intifada de l’unité » de mai 2021 a toutefois constitué un tournant majeur dans les relations entre l’AP et les Palestiniens. La montée en puissance du Repaire aux Lions et celle d’autres groupes armés palestiniens ne sont que quelques manifestations des évolutions spectaculaires en cours en Cisjordanie.

En effet, la Cisjordanie est en train de changer. Une nouvelle génération qui n’a que peu ou pas de souvenirs de la seconde Intifada (2000-2005) est arrivée. Elle n’avait pas connu l’invasion israélienne à l’époque, mais elle a grandi sous l’occupation et l’apartheid, en se nourrissant des souvenirs de la résistance à Jénine, Naplouse et Hébron.

À en juger par leur discours politique, leurs slogans et leurs symboles, cette génération en a assez des divisions paralysantes et souvent superficielles des Palestiniens entre factions, idéologies et régions. En fait, les brigades nouvellement créées, y compris le Repaire aux Lions, semblent être des groupes où se mêlent, pour la première fois, des combattants du Hamas, du Fatah et d’autres organisations au sein d’une même plate-forme.

Cela explique l’enthousiasme populaire et l’absence de suspicion des Palestiniens du peuple à l’égard de ces nouveaux combattants.

Par exemple, Saed al-Kuni, un combattant palestinien qui a récemment été assassiné par des soldats israéliens lors d’une embuscade dans la banlieue de Naplouse, était membre de le Repaire aux Lions. Certains ont affirmé qu’al-Kuni était un membre important des Brigades du Fatah, et d’autres qu’il était un combattant bien connu du Hamas.

Ce manque de certitude quant à l’identité politique des combattants tués est assez rare dans la société palestinienne, du moins depuis la création de l’AP en 1994.

Israël va certainement faire ce qu’il fait toujours : amasser davantage de troupes d’occupation, attaquer, assassiner, écraser les protestations et assiéger les villes rebelles et les camps de réfugiés.

Ce que l’Occupation ne comprend pas, du moins pour l’instant, c’est que la rébellion croissante en Cisjordanie n’est pas le fait de quelques combattants à Naplouse et quelques autres à Jénine ; elle est le fruit d’une véritable conscience populaire.

Dans une interview accordée à Yedioth Ahronoth, traduite par Al-Quds, un commandant israélien a décrit ce que se passe à Jénine pendant les raids :

« Lorsque nous entrons (à Jénine), des combattants armés et des lanceurs de pierres nous attendent dans chaque coin. Tout le monde participe. Vous voyez là un vieil homme … et vous vous dites, va-t-il jeter des pierres ? Et il en jette. Une fois, j’ai vu une personne qui n’avait rien à lancer (sur nous). Elle s’est précipitée vers sa voiture, a attrapé une brique de lait et l’a lancée sur nous ».

Les Palestiniens en ont tout simplement assez de l’occupation israélienne et de leurs dirigeants collaborateurs. Ils sont prêts à tout risquer, et en réalité, pour ce qui est de Jénine et de Naplouse, c’est déjà fait. Les semaines et les mois à venir seront cruciaux pour l’avenir de la Cisjordanie et pour tous les Palestiniens.

19 octobre 2022 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

1 Commentaire

  1. Israël a lancé son attaque aujourd’hui et elle est d’abord sur les forces de l’AP qui ont pour une fois résisté ! Faut-il y voir un changement de l’AP ou un avertissement de sa part aux sionistes ?

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