Génocide à Gaza : la solidarité ne suffit pas !

18 août 2026 - Des familles palestiniennes déplacées tentant de survivre dans des conditions de vie difficiles, au milieu des décombres d'immeubles endommagés ou détruits à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, en Palestine - Photo : Ramez Habboub/AA

Par Ramzy Baroud

C’est désormais officiel : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a catégoriquement rejeté les conditions essentielles du cadre proposé par le dit « Conseil de la paix », affirmant explicitement qu’Israël ne respecterait pas de cessez-le-feu et ne retirerait pas ses forces de Gaza.

Lors d’un précédent entretien avec l’émissaire en chef Nickolay Mladenov, Netanyahou a posé des conditions — telles que l’exigence d’une liberté d’action unilatérale permettant à l’armée israélienne de mener des frappes à l’intérieur de Gaza à sa guise — qui rendent structurellement impossible tout véritable accord de paix.

Les dirigeants de l’armée israélienne, sous la houlette du chef d’état-major Eyal Zamir, ont renforcé cette position en définissant trois « lignes rouges » non négociables à l’intention de la classe politique : une liberté opérationnelle totale pour éliminer les menaces perçues partout dans la bande de Gaza, un contrôle strict de toutes les armes entrant ou sortant de Gaza, et aucun retrait militaire tant que le Hamas n’aura pas été complètement désarmé.

Ces derniers temps, Netanyahu s’est montré remarquablement franc quant à ses intentions ; par conséquent, personne ne peut prétendre qu’il ait trompé qui que ce soit.

Plus tôt cette année, lors d’un discours prononcé lors d’une conférence dans une colonie de Cisjordanie occupée, Netanyahu s’est explicitement vanté d’avoir donné pour instruction à l’armée israélienne d’étendre sa présence physique et d’occuper de manière permanente au moins 70 % de la bande de Gaza — une expansion massive allant bien au-delà des lignes de démarcation administratives temporaires établies dans les précédents accords de trêve.

Dans le même temps, ses ministres d’extrême droite ont poussé encore plus loin la position de rejet du gouvernement. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et la ministre des Missions nationales, Orit Strock, ont publié une demande conjointe visant à convoquer une réunion d’urgence du Conseil des ministres afin de revenir sur l’autorisation de déploiement de la Force internationale de stabilisation (ISF).

L’ISF, conçue dans le cadre du prétendu Conseil de la paix en tant qu’organe de maintien de la paix transitoire, était censé veiller à la sécurité humanitaire, en commençant par des zones pilotes à Rafah.

Pourtant, Smotrich et Strock ont affirmé que le cabinet de sécurité avait été « induit en erreur » pour approuver cette force, arguant que le fait d’autoriser la présence de personnel international à Gaza mettait en danger la liberté d’action opérationnelle d’Israël et allait directement à l’encontre de ses objectifs de guerre déclarés.

Ces dernières mesures, associées aux « lignes rouges » strictes imposées par l’armée d’occupation, confirment ce que les bombardements incessants de ces derniers mois ont clairement mis en évidence : le gouvernement israélien n’a aucune intention de mettre fin à son génocide à Gaza ni de renoncer à son emprise sur ce territoire assiégé et dévasté.

Mais mettre en avant de telles positions ne changera rien, si ce n’est de souligner une fois de plus l’absence totale de volonté de paix de la part d’Israël et son intention de perpétuer le conflit.

Bien que réelle, cette prise de conscience n’a en soi aucune valeur, étant donné que ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie dépasse l’horreur, et que le massacre quotidien des Palestiniens fait du terme « cessez-le-feu » une cruelle plaisanterie.

Tandis que les diplomates débattent des cadres d’action, les frappes israéliennes continuent de faire quotidiennement des victimes parmi les civils, portant le bilan depuis la trêve à plus de 1250 morts et le nombre total de tués depuis octobre 2023 à plus de 73 000.

Il est donc nécessaire d’agir, et de toute urgence. En effet, la position officielle d’Israël ne laisse d’autre choix à la communauté internationale que de mener une action directe et coordonnée sur cinq fronts clés :

  • Premièrement, les gouvernements arabes, musulmans et alliés doivent tirer parti de toutes les tribunes internationales disponibles, à commencer par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité des Nations unies, pour condamner officiellement la violation par Israël du cadre de paix pour Gaza et dénoncer sa mauvaise foi dans les négociations.
    Les États doivent aller au-delà des déclarations symboliques et invoquer des mécanismes tels que la résolution « Uniting for Peace » afin de contourner les vetos occidentaux, de faire adopter des sanctions contraignantes et de mettre en œuvre un embargo universel sur les armes à l’encontre d’Israël.
  • Deuxièmement, une nouvelle campagne mondiale doit remettre Gaza et la Cisjordanie au centre des préoccupations, en dénonçant les objectifs territoriaux plus larges d’Israël — notamment le nettoyage ethnique systématique de Gaza et l’annexion administrative discrète de la Cisjordanie.
    La société civile, les syndicats et les organisations de base du monde entier doivent faire pression sur leurs gouvernements nationaux respectifs pour qu’ils rompent leurs liens diplomatiques, économiques et militaires avec Israël jusqu’à ce que ce dernier se conforme au droit international.
  • Troisièmement, les instances juridiques internationales doivent accélérer leurs procédures. Il faut renouveler les pressions sur la Cour pénale internationale (CPI) pour qu’elle exécute les mandats d’arrêt visant les hauts responsables israéliens, tandis que la Cour internationale de justice (CIJ) doit faire appliquer des mesures provisoires et rendre des décisions définitives concernant les violations par Israël de la Convention sur le génocide.
    Le respect du droit doit être considéré comme une condition préalable non négociable aux relations internationales.
  • Quatrièmement, une campagne médiatique internationale unifiée est nécessaire pour contrer la propagande d’État, en maintenant l’attention du public sur les plans stratégiques à long terme d’Israël : le déplacement permanent de la population de Gaza et l’annexion officielle des terres palestiniennes.
    Les médias indépendants, les journalistes et les institutions culturelles doivent remettre en cause les discours officiels qui présentent l’agression israélienne comme de la légitime défense, en mettant plutôt l’accent sur les réalités vécues et les témoignages des Palestiniens assiégés.
  • Cinquièmement, la communauté internationale doit contourner l’obstruction israélienne pour garantir que des quantités massives de denrées alimentaires, de fournitures médicales et de matériaux de construction d’abris parviennent immédiatement à Gaza, afin d’éviter une famine généralisée et les rigueurs de l’hiver.
    Les agences d’aide internationales doivent établir des couloirs humanitaires protégés en vertu d’un mandat mondial, en refusant de laisser Israël utiliser la famine provoquée et le déni humanitaire comme armes de guerre.
    Les intentions d’Israël étant désormais pleinement dévoilées, la communauté internationale doit passer d’une médiation passive à une action coercitive active.

Israël veut banaliser le génocide, tout comme il a auparavant banalisé le siège illégal de Gaza, l’occupation militaire de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza avant cela, ainsi que le déplacement continu des Palestiniens depuis 1948.

Nous devons rejeter avec fermeté l’idée selon laquelle le massacre d’innocents pourrait un jour devenir une pratique courante et acceptée.

Il ne suffit pas d’avoir connaissance de ces atrocités. Il ne suffit pas non plus d’exprimer sa solidarité par de simples mots. Une action concrète et décisive s’impose aujourd’hui — et nous avons pleinement le pouvoir de demander des comptes aux auteurs de ces crimes si le monde trouve le courage politique d’agir.

12 août 2026 – Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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