15 août 2026 - Des enfants palestiniens à l'école Al-Karama, dans le quartier de Cheikh Radwan, au nord de la ville de Gaza - Photo : Rasha Abou Jalal
Par Rasha Abu Jalal
Malgré des ressources limitées et un financement des plus restreints, les structures scolaires de fortune mises en place ces derniers mois s’efforcent d’offrir une certaine éducation aux enfants de Gaza.
VILLE DE GAZA — Samedi, Saida Abdullah, 13 ans, se tenait devant plusieurs dizaines de ses camarades de classe rassemblés sous des bâches tendues entre des oliviers, sur un terrain agricole du quartier de Cheikh Radwan, au nord de la ville de Gaza. « Vive une Palestine libre et arabe ! », s’est-elle exclamée. « Gloire et éternité à nos martyrs vertueux. »
Les enfants ont repris ses slogans à leur compte et ont entamé une nouvelle journée d’école à l’école Al-Karama, l’un des nombreux établissements scolaires de fortune mis en place ces derniers mois à Gaza, où le système scolaire a été décimé par la guerre génocidaire menée par Israël.
L’école Al-Karama, qui accueille 200 garçons et filles et dispense des cours à des enfants âgés de 4 à 17 ans, manque des moyens pédagogiques les plus élémentaires. Les élèves suivent leurs cours assis par terre dans l’une des deux tentes ou en plein air, sans cahiers, sans pupitres ni tableau noir.
La directrice de l’école, Ghadeer Odeh, a expliqué à Drop Site News qu’elle avait fondé cette école après le prétendu « cessez-le-feu » d’octobre 2025, « pour lutter contre l’ignorance qui menace désormais une nouvelle génération de Palestiniens à Gaza ».
Avant le génocide, les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie affichaient l’un des taux d’alphabétisation les plus élevés au monde, atteignant plus de 97 % en 2020, malgré l’occupation brutale d’Israël.
Pourtant, depuis près de trois ans d’affilée, près de 700 000 enfants palestiniens sont privés d’enseignement scolaire formel en présentiel à Gaza, selon l’UNICEF. Près de 98 % des bâtiments scolaires de Gaza ont été endommagés et plus de 93 % d’entre eux (526 sur 564) nécessitent des travaux de réhabilitation majeurs ou une reconstruction complète pour redevenir fonctionnels.
Les salles de classe qui restent utilisables ont été transformées en centres d’hébergement pour personnes déplacées.

15 août 2026 – Sous la direction de Saida Abdullah, 13 ans, les enfants entonne des chants matinaux au début de la journée scolaire à l’école Al-Karama, dans le quartier de Cheikh Radwan, au nord de la ville de Gaza – Extrait vidéo : Rasha Abou Jalal
Au cours de la guerre, quelque 20 000 enfants d’âge scolaire et plus de 530 enseignants de Gaza ont été assassinés par Israël, selon Monir Abu Zaiter, directeur de l’éducation à Gaza-Est. Des dizaines de milliers d’autres ont été blessés, dont beaucoup ont subi des blessures qui vont bouleverser leur vie.
Le prétendu « cessez-le-feu » n’a pas mis fin au massacre : au moins 300 enfants ont été tués par Israël depuis l’entrée en vigueur de l’accord en octobre, soit en moyenne un enfant tué chaque jour.
Selon M. Abu Zaiter, quelque 19 500 élèves ont également quitté Gaza depuis le début de la guerre.
« Au-delà des jours d’école manqués, la crise entraîne de graves pertes d’apprentissage : sans enseignement ni pratique réguliers, les compétences fondamentales des enfants en lecture, écriture et calcul s’érodent, ce qui rend plus difficile leur réintégration scolaire et leur progression à des niveaux adaptés à leur âge », a déclaré l’UNICEF dans un rapport publié en avril.
Au milieu de cette dévastation, des initiatives éducatives menées par le gouvernement, ainsi que des initiatives communautaires telles que l’école Al-Karama, font tout leur possible pour combler ce vide.
L’école Al-Karama
Peu après le début de l’offensive israélienne en octobre 2023, Odeh et sa famille ont été contraintes de quitter leur domicile à Gaza. Au cours des mois qui ont suivi, elles ont été déplacées à 13 reprises, fuyant différentes parties de la Bande de Gaza pour tenter de survivre aux bombardements incessants.
Peu après l’entrée en vigueur du dit « cessez-le-feu » le 10 octobre 2025, alors que la campagne de bombardements de terre brûlée s’était transformée en attaques sporadiques, Odeh est revenue à Gaza et a fondé l’école Al-Karama un mois plus tard.
L’école n’enseigne que quatre matières : l’arabe, l’anglais, les mathématiques et les sciences. Les autres matières que les élèves de Gaza étudiaient avant la guerre, telles que l’éducation physique, les arts, la technologie et l’éducation civique, ont été supprimées.
À l’instar d’autres initiatives éducatives mises en place à Gaza, l’école Al-Karama met fortement l’accent sur l’amélioration de la santé mentale des enfants et sur la gestion des traumatismes massifs liés au fait d’avoir vécu près de trois ans de génocide marqué par les bombardements aériens, les déplacements forcés et la famine.
Gaza : « La perte la plus difficile à accepter, c’est l’absence d’école »
Le week-end dernier, l’école Al-Karama a organisé un camp d’été pour les élèves dans le but d’atténuer leur souffrance psychologique. Les enfants ont chanté et dansé ensemble au milieu des oliveraies éparses et ont pu s’exprimer librement sur leurs expériences et ce dont ils avaient été témoins.
Mais Fayad, âgée de treize ans, s’est adressée aux autres élèves avec une éloquence poignante bien au-delà de son âge. « La guerre a anéanti ce qui restait de nos rêves et détruit nos maisons et nos écoles. Cette guerre est douloureuse. Elle a déchiré nos cœurs de peur et de terreur. Quel cœur pourrait bien supporter tout cela, ô Dieu ? On a l’impression que notre bonheur est une trahison, que notre confort est une trahison, et que le toit au-dessus de notre tête est une trahison. On a honte d’être heureux pour ne pas trahir leur chagrin, et on refoule la douleur de son impuissance, en s’excusant auprès d’eux d’être encore en vie », a-t-elle déclaré.
Aseel Shaher, dont le fils Mohammed, âgé de 12 ans, fréquente l’école Al-Karama, a expliqué à Drop Site que la guerre avait créé une nouvelle génération d’élèves privés d’éducation, mais que des écoles comme Al-Karama « nous ont donné l’espoir que la vie puisse revenir à Gaza ».
Shaher et sa famille ont été déplacées plus de sept fois pendant la guerre. Elles ont sombré dans la pauvreté après que son mari eut perdu son magasin de vêtements, ce qui a contraint la famille à envoyer Mohammed travailler sur les marchés de rue pour aider à subvenir aux besoins alimentaires du foyer.
« Je n’ai jamais été heureuse que mon enfant travaille. Mais nous ne pouvions rien y faire », a déclaré Shaher. « À présent, ce que j’espérais s’est produit : mon enfant a cessé de travailler au marché et a repris l’école. »
Au cours des derniers mois, des mosquées, des centres communautaires et des bibliothèques publiques ont ouvert leurs portes aux élèves pour servir de centres éducatifs temporaires. Ces écoles de fortune ne peuvent fonctionner que grâce au temps et aux efforts consacrés bénévolement par des centaines d’enseignants.
« Les initiatives éducatives populaires permettent aux élèves de suivre un enseignement dans les matières fondamentales, parallèlement à des activités récréatives et à des programmes visant à alléger le fardeau de la guerre qui pèse sur eux et à les dédommager, dans une certaine mesure, de l’éducation et de la scolarité qu’ils ont perdues », a déclaré à Drop Site Mohammed Al-Koumi, enseignant bénévole d’arabe.
« Les enfants de Palestine ont le droit d’apprendre, de jouer et de réaliser les espoirs et les ambitions que la guerre a anéantis. »
Al-Koumi a également souligné que, bien que la guerre ait ralenti, elle n’est pas terminée, et que les parents continuent de craindre d’envoyer leurs enfants à l’école, par peur qu’ils ne soient victimes de bombardements, de tirs d’artillerie ou de tirs de l’armée israélienne.
Le ministère de l’Éducation de Gaza s’est également efforcé de promouvoir l’enseignement à distance afin de permettre à davantage d’enfants de suivre les cours ; les leçons sont ainsi mises en ligne par les enseignants et accessibles via des applications mobiles.
Cependant, une grave détérioration des services Internet, due aux attaques israéliennes contre les tours de télécommunications, aux coupures fréquentes d’électricité et à une grave pénurie de smartphones et d’ordinateurs résultant du blocus israélien, a privé une grande partie de la population scolaire de l’accès aux cours en ligne.
Selon Abu Zaiter, seuls 14 % de l’effectif total des élèves sont actuellement inscrits à l’enseignement en ligne.
En conséquence, parents, enseignants et bénévoles se sont mobilisés pour mettre en place des alternatives en présentiel et des initiatives communautaires permettant aux enfants de poursuivre leur scolarité en face à face, bien que dans des conditions et avec des ressources extrêmement limitées.
De nombreuses campagnes de collecte de fonds ont été lancées afin de réunir des dons permettant de fournir le matériel de base nécessaire à un certain niveau d’enseignement en présentiel. Certaines initiatives ont réussi à fournir des pupitres, des tables et des tableaux noirs aux élèves et aux enseignants.
Les projets éducatifs menés par les communautés et les pouvoirs publics ont joué un rôle significatif dans la mise en place d’« écoles temporaires » pour les élèves, selon M. Abu Zaiter, avec quelque 400 000 enfants inscrits à un programme scolaire, quel qu’il soit. Pourtant, près de 130 000 enfants — soit un cinquième de l’ensemble des élèves — restent exclus du système éducatif, a déclaré Abu Zaiter.
Bien que des institutions locales et internationales, dont l’UNICEF, aient apporté un soutien important au secteur éducatif dévasté, l’ampleur de cette aide reste bien en deçà des besoins réels, a-t-il ajouté.
Les initiatives éducatives telles que l’école Al-Karama « restent des solutions temporaires sur lesquelles on ne pourra pas compter pendant de nombreuses années », a déclaré Abu Zaiter. Il a souligné qu’Israël devait ouvrir les points de passage vers Gaza pour permettre l’acheminement de matériaux de construction, d’équipements et de ressources — notamment des cahiers et des crayons — afin de commencer à remettre en état les infrastructures scolaires de Gaza.
S’adressant aux autres enfants de l’école Al-Karama, Fayyad, 13 ans, a résumé la situation en quelques mots : « Nous sommes les enfants brisés de Gaza, dont les cœurs ont été anéantis par la guerre, privés de nos rêves, de nos ambitions et de nos écoles. N’avons-nous pas le droit d’apprendre ? N’avons-nous pas le droit de vivre dans un endroit sûr, de réaliser nos rêves et de dormir en paix et en tranquillité ? »
Auteur : Rasha Abu Jalal
* Rasha Abu Jalal est auteure et journaliste à Gaza. Elle couvre les événements politiques et les questions humanitaires et elle a produit des reportages sur des questions sociales pour le journal local Istiklal pendant six ans. Rasha a également été membre du jury de l'événement annuel sur la liberté de la presse dans la bande de Gaza, Press House, en 2016. Son compte Twitter.
18 août 2026 – Drop Site News – Traduction : Chronique de Palestine

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